‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 36 sur 205 · ANALYSE DE LA SYPHILISATION · texte numérisé non relu

ANALYSE DE LA SYPHILISATION

Après l'exposé que je viens de faire des faits, il ne me sera pas difficile de définir et de décrire, de manière à ne laisser des doutes dans l'esprit d'aucun lecteur, cette sorte de modification de l'organisme par le virus syphilitique que j'ai désignée sous le nom de syphilisation ; il me suffira do laisser parler les observations qui précèdent.

Je n'attache pas à ce mot une signification assez nette pour prétendre qu'il pénètre au fond des choses, et exprime dans son essence le phénomène dont il s'agit. La physiologie etla pathologie ne se prùtentmalhcureusementpasà une aussi exacte précision. Je ne puis pas, par exemple, décider si le mot syphilination doit impliquer l'idée d'une impression produite sur le système nerveux, plutôt que celle d'une imprégnation particulière des humeurs. D'autres théories ont déjà été proposées. Sans connaître à fond l'état dans lequel nous place la vaccination ou Y inoculation de la variole, ne savons-nous pas que cet état nous exempte, pendant un certain temps, de la contagion varioleusel II en est de même, quant à la syphilis, de l'état que j'appelle syphilisation : l'animal syphilisé se trouve à l'abri dp toute contagion syphilitique. Il n'est pas un singe qui se soit montré jusqu'ici dépourvu de syphilisme, c'est-à-dire de l'aptitude à être syphilisé.

Je n'ai pas à ma disposition un nombre de faiLs suffisants pour qu'il me soit possible de faire l'histoire complète de la syphilisation. Voici pourtant quelques résultats :

1° Rapports de la syphilisation avec le volume de l'animal :

Un animal est d'autant plus difficile à syphiliser qu'il est plus gros; combien, par conséquent, l'homme ne doit-il pas être plus difficile à syphiliser qu'un petit singe?

2° Rapports de la syphilisation avec le nombre dos chancres •

Elle est en raison directe du nombre des chancres; en effet, on obtient d'autant plus rapidement la syphilisation, que ceux-ci sont plus nombreux, toutes choses étant égales d'ailleurs. Il est rare qu'entre un très-grand nombre de chancres, il n'y en ait pas au moins un qui s'indure. Or, quand Yinduration d'un chancre s'est produite chez un animal, la cicatrisation de ce chancre et de ceux qui viennent après lui se fait promptement. Les chancres sont, en général, lents à se produire, après que l'induration s'est manifestée; elle indique bien moins un état local qu'un état général de l'économie. C'est parce qu'il n'est pas fréquent qu'un animal arrive à la syphilisation sans avoir passé par le chancre induré, que j'ai écrit au commencement de ce Mémoire et ailleurs, que Yinduration est la règle et non l'exception. Je ne nie pas que, un individu étant porteur de plusieurs chancres, une sorte de dissémination (1) de l'induration ne puisse la rendre imperceptible, ou même qu'elle puisse manquer totalement.

3° Rapports de la syphilisation avec l'étendue des chancres :

Ces rapports n'existent pas d'une manière absolue; mais la syphilisation ralentit l'activité, et par conséquent l'extension des chancres ; elle diminue aussi leur durée. L'étendue des chancres est don'c, d'une manière générale, en raison inverse de la syphilisation et du syphilisme. L'élévation de la base des chancres, leur induration, et leur avortement, témoignent des progrès et des différentes phases delà syphilisation. Ils indiquent que les portes do Jl'organisme se ferment à l'absorption, ou que celui-ci se refuse à l'impression particulière du virus syphilitique. Le vrai phagédénisme (il no saurait être ici question du phagédénisme dit gangréneux, ou par excès d'inflammation) dénote, au contraire, que le chancre inocule vigoureusement son pourtour. Dans le phagédénisme, de nouveaux chancres s'ajoutent, pour ainsi dire, à ceux qui

(1) Est-ce la dissémination ou le passage rapide d'un état à un autre qui éclipse le phénomène? Signalons le fait, et soyons sobre d'explications.

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existent déjà et se confondent avec leur circonférence. Avortement, induration, élévation de la base, phagédénisme, tous ces phénomènes, complètement indépendants de la nature du ous, qui est toujours identique à lui-môme, sont exclusivement sous l'influence d'un état général; aussi les fauteurs de la doctrine du loup renfermé dans la bergerie n'onl-ils qu'entrevu la vérité! Ils ont eu raison de soutenir que l'infection générale se produit difficilement quand les chancres suppurent et s'étendent beaucoup ; mais ils ont eu tort d'en conclure qu'il fallait bien se garder d'éteindre, dans tous les cas, la maladie locale; c'était prendre l'effet pour la cause. La syphilisation explique ces contradictions apparentes.

4° Rapports de la syphilisation avec la manière dont les chancres se succèdent ou se combinent :

On peut distinguer trois cas : 1° les chancres sont donnés les uns après les autres : le deuxième, quand le premier est à sa fin; le troisième, quand le deuxième est à sa fin, et ainsi de suite ; 2° les chancres sont donnés les uns après les autres : le deuxième, quand le premier est à son milieu, etc. ; 3» les chancres sont donnés et marchent tous ensemble. Or, il faudra, pour que la syphilisation devienne complète, le moins de chancres et le plus de temps dans le premier cas, et le moins de temps et le plus de chancres dans le troisième ; le deuxième cas tiendra le milieu, soit pour le temps, soit pour le nombre de chancres nécessaires à la syphilisation. Les combinaisons variées de ces trois cas rendent facilement raison de toutes les circonstances qui peuvent se présenter.

S0 Temps moyen nécessaire à la syphilisation :

Le temps absolu est difficile à préciser. 11 faut à peu près un mois de l'existence de chancres pour syphiliser un singe ; mais on conçoit combien ce temps peut varier selon le nombre, la succession des chancres, le volume de l'animal et plusieurs autres circonstances.

Pour laisser une idée claire de la syphilisation. jo vais supposer deux cas particuliers de singes, qu'on soumet à l'inoculation de pus chancreux :

A. On inocule, par exemple, à un singe cinq chancres, à dix jours d'intervalle les uns des autres. En désignant ces chancres parleurs numéros d'ordre, voici à peu près quelle en sera l'évolution et la succession :

Le premier chancre durera environ vingt-cinq jours.

Le deuxième chancre durera environ quinze jours.

Le troisième chancre durera environ douze jours.

Le quatrième chancre durera environ dix jours.

Le cinquième chancre durera environ huit jours.

On arriverait rapidement ainsi à l'impossibilité de donner des chancres à l'animal. Pour les cinq chancres en question, les choses se passeront donc comme il suit :

Au cinquième jour de l'expérience, existera un chancre, le chancre 1. Au quinzième jour de l'expérience, existeront deux chancres, les chancres 4 et 2.

Au vingt-cinquième jour de l'expérience, existera un chancre, le chancre 3.

Au trente-cinquième jour de l'expérience, existera un chancre, le chancre 4.

Au quarante-cinquième jour de l'expérience, existera un chancre, le chancre 5.

En outre, le premier chancre s'indurera un peu; le deuxième sera un type d'induration ; le troisième s'indurera à peine, et les deux derniers no s'indure ront aucunement.

B. Supposons qu'on inoculo à un autre singe vingt chancres en même temps ; ils se cicatriseront plus rapidement qu'un seul, ou qu'un moins grand nombre de chancres, parce que la syphilisation viendra plus vite. Quinze à vingt jours pouront suffiro pour quo celle-ci soit complète.

Quand les animaux sont plus ou moins syphilisés, les chancres, je l'ai déjà dit, quoique peu durables, sont très-lents à se montrer après l'inoculation.

Les nombres hypothétiques qui précèdent ne sont pas très-éloignés de la réalité: on peut les considérer comme étant la résultante ou la moyenne d'un grand nombre d'expériences. Ils font saisir, en quelque sorte à mesure qu'il se produit, le phénomène incontestable de la syphilisation, dont je no veux pas indiquer ici toutes les conséquences ; elles trouveront place, pour la plupart, dans les aphorismes qui complètent ce Mémoire.

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