CONCLUSIONS
1. L'inoculation de la syphilis aux animaux est moins une découverte qu'un instrument de découverle.
2. Plus les plaies sont étroites et superficielles, plus les inoculations sont significatives. Ces inoculations répondent parfois tardivement à la question dont on cherche la solution; mais elles y répondent sûrement.
il Le substantif syphilisation (le verbe correspondant étant syphiliser) peut indiquer une sorte de saturation des organes vivants par le virus syphilitique, ou mieux l'état d'immunité auquel ou arrive par une succession de chancres; et le mot syphilismc, l'aptitude à être syphilisé.
Olr VACCINATION SYPHILITIQUE. 57
4. Aucun animal susceptible de contracter le chancre syphilitique ne s'est montré jusqu'ici réfractaire à la syphilisation.
5. 11 existe des degrés dans la syphilisation; pourquoi n'en existerait-il pas dans la vérole constitutionnelle'/
6. Les animaux sont susceptibles d'avoir, comme l'homme, la syphilis constilutionnelle.
7. Personne n'est réfractaire à la syphilis constitutionnelle avant d'avoir été syphilisé. Si beaucoup de gens y échappent, bien qu'ayant contracté des chancres, c'est qu'ils on ont heureusement contracté en trop petite ou en trop grande quantité et dans un mode particulier de succession. En réglant, par l'inoculation, le nombre et la succession des chancres, on pourrait donner, à coup sur, à l'homme, comme on le peut aux animaux, la syphilis constitutionnelle.
8. Il n'y a pas de différence fondamentale entre le chancre d'un singe et celui d'un homme.
9. Un chancre est parfaitement caractérisé par sa forme, qui devient un type chez les animaux où il n'a point été modifié par des médicaments ou par quelques circonstances particulières; mais il faut examiner cette forme aux différentes périodes de la durée du chancre.
10. L'étendue d'un chancre est, toutes choses égales d'ailleurs, proportionnelle au volume de l'animal, et inversement proportionnelle à son syphilisme.
14. Le volume d'un chancre de singe est, relativemenaut volume de l'animal, aussi grand que celui d'un chancre d'homme.
42. Un chancre de singe dure aussi longtemps, eu égard a l'activité des fonctions de l'animal, qu'un chancre d'homme.
13. L'inflammation qui accompagne un chancre de singe est aussi considérable que celle qui accompagne un chancre d'homme.
•14. La durée d'un chancre est, toutes choses égales d'ailleurs, inversement proportionnelle à l'activité vitale et au syphilisme de l'animal.
15. La syphilisation et le syphilisme sont, toutes choses égales d'ailleurs, en raison inverse du volume de l'animal.
16. La syphilisation est en raison directe du nombre des chancres simultanés.
17. La syphilisation est en raison inverse de l'étendue des chancres.
18. La syphilisation est en raison directe du nombre des chancres successifs qu'on donne à un animal.
19. Il faut beaucoup plus de chancres simultanés que de chancres successifs pour syphiliser un animal.
20. 11 faut moins de temps pour syphiliser un animal par des chancres simultanés que par des chancres successifs.
21. Le temps nécessaire à la syphilisation est en raison directe du volume de l'animal, et en raison inverse de l'activité de ses fonctions.
22. Les chancres deviennent d'autant moins vivaces qu'on les multiplie davantage et surtout qu'on les multiplie successivement sur le même animal.
23. Il y a des chancres qui peuvent ne durer que quelques jours sous l'influence d'une syphilisation plus ou moins complète.
-4. On appelle ces chancres de fausses pustules, et on considère les chancres qui les ont engendrés comme n'était plus virulents. C'est une double erreur; car ce sont des pustules parfaitement virulentes quoique avortées.
2o. Il répugne aux lois de l'organisme que le virus syphilitique puisse demeurer sans décomposition pendant plusieurs jours dans le derme ou sous
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l'épidémie. Il n'est donc pas possible de l'y prendre pour le transporter et le l'aire agir ailleurs; à plus forto raison, est-il impossible de le transplanter plusieurs fois, et à différentes époques, d'un de ces lieux dans un autre. Le prétendu dogme de la transplantation est donc condamné par la physiologie.
2b'. Le virus syphilitique se transmet de l'homme aux animaux, des animaux aux animaux cux-mômes, et de ceux-ci à l'homme; ces transmissions peuvent ôtre indéfinies sans dégénérescence du virus.
27. L'idée que le virus pourrait cesser d'être identique à lui-même dans ces migrations et reproductions est en opposition avec celle de Vunité de ce virus.
28. Le virus chancreux est un comme le vaccin ou comme le virus variolique. C'est une graine 'qui germe plus ou moins bien suivant les terres; elle s'étiolerait, et finirait par périr si elle ne changeait jamais de terrain.
29. Les chancres sont les analogues des pustules vaccinales ou des pustules varioliques. La syphilisation correspond à l'état général dans lequel nous sommes après une éruption vaccinale ou une éruption variolique.
30. Mais les pustules chancreuses sont des manifestations moins aiguës que les pustules vaccinales ou que les pustules varioliques.
3t. La syphilisation est, philosophiquement parlant, le plus haut degré de Vétat constitutionnel.
32. L'état constitutionnel ordinaire est sur la route de la syphilisation, qui est un autre état constitutionnel. L'un se traduit en général par des symptômes (vérole constitutionnelle), et se trouve compatible avec de nouveaux chancres; l'autre ne se révèle à nous que par son incompatibilité avec l'existence d'une nouvelle syphilis primitive.
33. Si l'on ne peut arriver à la syphilisation qu'en passant par la syphilis primitive et par l'état syphilitique constitutionnel, on peut dire théoriquement qu'elle guérit plutôt qu'elle ne prévient la syphilis primitive et la syphilis constitutionnelle; mais on doit la considérer pratiquement comme prophylactique, et comme curative de la syphilis primitive et de la syphilis constitutionnelle.
34. Le virus syphilitique est le meilleur remède contre l'action du virus syphilitique.
35. On devrait syphiliser : 1° tous ceux qui ont la syphilis n'importe sous quelle forme; 2° toutes les filles publiques; 3° tous les militaires et tous les marins; 4° tous ceux qui passent leur vie ensemble et en grand nombre (prisons, basrnes, manufactures, etc.); 5° enfin tous ceux qui peuvent être exposés à la contagion.
36. On pourrait éteindre dans le monde la syphilis par une syphilisation universelle.
37. J'ai vu un seul chancre suffire presque à la syphilisation d'un animal.
38. On ne peut pas, au moyen de caustiques, produire des ulcérations identiques, même pour la physionomie, au chancre syphilitique primitif.
39. Le vrai chancre phagédénique est un chancre qui inocule sans cesse et très-activement une partie de sa circonférence. Le phagédénisme est en raison inverse du syphilisme et de la syphilisation.
40. L'inoculation moins active de la totalité de la circonférence du chancre pendant un temps plus court est un caractère de tous les chancres en voie de progrès. Elle ne constitue pas de nouveaux chancres; c'est pourquoi aucune espèce de phagédénisme ne saurait aboutir à la syphilisation.
44. Quand, sous l'influence d'un état plus ou moins local, un chancre n'inocule plus aucune partie de sa circonférence, il se cicatrise.
Quand sous l'influence de la syphilis constitutionnelle, un chancre n'inoculo plus aucune partie de sa circonférence, il s'indure puis se cicatrise.
Quand, sous l'influence de la syphilisation, un chancre n'inocule plus aucune partie de sa circonférence, il se cicatrise promptement, il avorte même si la syphilisation est complète.
Ces trois propositions, surtout les deux premières, n'ont rien d'absolu.
42. Toute inoculation qui avorte sur un individu syphilisé peut réussir sur un individu qui ne l'est pas.
43. On affirme souvent que le pus d'un chancre n'est plus inoculable quand c'est le malade qui ne l'est plus. Là se trouve, comme je l'ai dit plus haut, le secret des fausses pustules.
44. Une inoculation peut n'être pas concluante si elle est pratiquée sur le malade lui-même; elle est toujours concluante si elle est convenablement pratiquée sur un individu sain.
45. Quand on donne à un singe plusieurs chancres à la fois, pourvu qu'ils ne soient pas confluents, la cicatrisation se fait plus rapidement que si on ne lui en donnait qu'un.
46. La syphilisation est plus facilement produite par plusieurs chancres que par un seul.
47. Quand on donne à un singe des chancres séparés par une période de quelques jours, Vinduration ne se montre pas toujours au premier chancre, elle se montre souvent au second ou même au troisième. Cette induration apparaît alors à une époque en rapport avec la durée du premier chancre, de telle façon qu'elle peut se montrer vers les premiers jours du second ou du troisième chancre. Une pustule d'inoculation sur le malade lui-même peut donc être rapidement suivie d'induration.
48. La syphilisation est, à un point de vue, le contraire de la saturation mercurielle; l'une empêche, l'autre favorise l'existence du chancre. L'une conduit à Vavortement du chancre et l'autre au phagédénisme.
49. Les chancres que contracte un animal sont d'autant moins vivaces que celui-ci s'avance plus vers la syphilisation. Les chancres ne peuvent pas même se produire quand la syphilisation est complète : elle n'empêche donc pas seulement un chancre de sHndurer, elle l'empêche d'exister. L'aptitude à contracter l'affection syphilitique locale est en raison inverse du syphilisme et de la syphilisation.
50. Toute tentative d'inoculer le pus syphilitique, qu'il provienne d'une manifestation primitive ou autre, doit tenir compte de la syphilisation et du syphilisme.
51. Les chancres avortés qui se manifestent sur un animal plus ou moins syphilisé sont inoculables à un animal bien portant. Il en est de même des chancres volants de l'homme et de la femme. Ils peuvent donc se transmettre par le coït, bien qu'ils passent souvent inaperçus.
52. L'induration chancreuse n'est pas le prélude indispensable de la syphilisation. U en est de même de Vinduration lymphatique et ganglionnaire.
53. U est rare qu'un singe soit soumis à une succession de chancres sans que l'un au moins de ces chancres ne s'indxire ; mais quand cette induration s est montrée sur un ou deux chancres, elle ne se mon tre pas sur ceux qui suivent.
54. Le syphilisme est une règle qui paraît avoir peu d'exceptions, si toutefois il en existe.