‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 40 sur 205 · DE LA SYPHILISATION OU VACCINATION SYPHILITIQUE · texte numérisé non relu

DE LA SYPHILISATION OU VACCINATION SYPHILITIQUE

55. Un animal qui ne serait pas susceptible de contracter le chancre pourrait être considéré comme syphilisé ou doué du maximum de syphilisme.

56. Tout animal qui se syphilisé facilement a beaucoup de syphilisme.

57. Dire que les animaux peuvent être syphilisés, c'est dire qu'ils peuvent passer par la syphilis constitutionnelle.

58. L'induration du chancre peut cesser spontanément, mais elle cède surtout à la syphilisation.

Si les propositions précédentes ne sont pas les plus importantes de celles qui résultent de mes expériences et de mes observations, elles sont au moins les plus sûres. Le temps qui mûrit tout permettra de recueillir plus tard d'autres fruits. J'ajouterai que les faits de syphilisation appliquée à l'homme, et la possibilité de faire passer sans scrupule aujourd'hui le pus d'une personne à une autre, constituent une source féconde et rapide de progrès.

J'ai abordé depuis huit années ce sujet d'études que j'ai poursuivi sans relâche, au prix de sacrifices de plus d'un genre; j'obéis à un sentiment de justice et de reconnaissance en remerciant l'administration de la ménagerie du Muséum de m'avoir efficacement secondé.

Voici les questions que j'examinerai en détail dans un autre travail : •1. Quelle est l'action du mercure sur la syphilisation?

2. La syphilisation est-elle transniissible par l'inoculation ou par la transfusion du sang, et pourrait-on, par conséquent, syphiliser un individu sans le faire passer par le chancre?

3. La blennorrhagie et la balano-posthite peuvent-elles conduire à la syphilisation ?

4. Quelle est la maladie virulente des animaux qui ressemble le plus à la syphilis ?

5. La syphilisation est-elle compatible avec la diathese cancéreuse?

6. Quels sont les autres états morbides généraux qui sont sympathiques ou antipathiques à la syphilisation

DOCUMENTS A L'APPUI 1844 — 1851

Académie de médecine. — Séance du 5 novembre 1844.

M. Auzias-Turenne montre à l'Académie un des animaux auxquels il a inoculé le pus de chancres syphilitique?. C'est un jeune singe macaque porteur de dix à douze chancres huntériens parfaitement caractérisés. L'inoculation du premier de ces chancres date de dix jours, celle de quelques-uns de deux jours seulement; celle de tous les autres a été faite a des époques intermédiaires et variables.

Pour pratiquer ces inoculations, M. Auzias choisit un endroit où l'animal ne puisse se lécher. 11 rase les poils pour peu qu'ils soient longs et abondants.

Si l'animal est un singe, et surtout un jeune singe, l'inoculation peut se faire comme chez l'homme, par la piqûre d'une lancette dont la pointe a été trempée dans du pus chancreux. Tous les phénomènes consécutifs ressemblent alors entièrement ou presque entièrement à ce qu'ils sont chez l'homme.

Si l'animal est un singe plus âgé, ou un chien, un chat, etc., voici le procédé que préfère M. Auzias :

1° Il fait, avec un bistouri ou des ciseaux, une écorchure qui permet un léger suintementde sang; il irrite au besoin l'endroit écorché et son* voisinage.

2° Il dépose sur l'écorchure le pus chancreux qui fait bientôt corps avec les goutteettes de sang à demi-coagulées.

3° Il fait surveiller l'animal pendant quelques minutes, pour qu'il ne puisse pas se frotter, puis il l'abandonne à lui-même.

4° Lorsque, vers le premier, le deuxième ou le troisième jour, se manifeste une croûte, il l'enlève de manière à irriter encore le siège de l'inoculation.

5° Il réitère cette ablation d'une croûte plusieurs jours de suite, c'est-à-dire jusqu'à ce que sous elle se montre un chancre avec tous les caractères indiqués par les syphilogi-aphes.

6° Celui-ci étant devenu bien apparent ne laisse pas que de se couvrir d'une croûte. La rupture de cette croûte permet l'écoulement d'un pus abondant et très-inoculable jusqu'à un nombre indéfini de générations.

D'après les expériences de M. Auzias, le chancre passe de l'homme à l'animal, plus difficilement que de l'animal à lui-même. Aussi, quand une fois il avait obtenu un chancre, la reproduction s'effectuait souvent du jour au lendemain chez le même animal ou chez un animal de son espèce. Il est vrai de dire que l'inoculation de l'homme à l'animal était faite avec du pus recueilli depuis un certain temps et . transporté, tandis que l'inoculation de l'animal à l'animal était pratiquée avec du pus sortant à l'instant même audessous de la croûte des chancres.

M. Auzias, conduit à cette découverte par des vues analogiques qui lui donnaient confiance, pense que les expérimentateurs qui l'ont précédé ont dû plusieurs fois obtenir des chancres sur les animaux sans les reconnaître. Ils ont dû voir des croûtes précédées ou accompagnées d'un léger suintement séreux là où ils avaient fait des piqûres. En enlevant une ou plusieurs de ces croûtes successivement, ils auraient pu reconnaître le vrai chancre huntérien.

M. Auzias a jusqu'ici inoculé des chancres avec succès au singe, au chat, au chien et au lapin. Il n'a pas encore fait d'expériences sur d'autres animaux; mais il compte pouvoir les entreprendre incessamment, et être à même de présenter ensuite à l'Académie de nouveaux résultat', grâce aux lumières et à l'esprit élevé qui préside à la direction de la ménagerie du Muséum.

(Gazette des hôpitaux du 7 novembre 1844.)

Société de chirurgie. — Séance du 20 novembre 1844.

M. Auzias-Turenne montre à la Société un singe macaque chez lequel il a déterminé la production de plusieurs chancres par le moyen de l'inoculation. Ces chancres siègent tous à la tête, au-dessus et en arrière de la bouche de l'animal.

Deux conditions, dit M. Auzias, concourentà la production d'un chancre: 1° le dépôt et le maintien du virus sur le derme excorié; 2° une certaine dose d'irritation dans la partie où on a déposé ce virus.

Page 1