COURS DE STABILISATION
Jo n'ai réclamé qu'une fois; voici dans quelle circonstance : un concours se tenait à la Faculté de médecine; un des compétiteurs, M. Maisonneuve. parlait des ulcères, et il avança que j'avais montré des singes avec des ulcérations prétendues syphilitiques, à l'égard desquelles plusieurs personnes s'étaient trompées comme moi. 11 sembla croire que j'étais moi-même revenu de mon erreur, et c'est, contre cela que je me suis inscrit, dans une lettre adressée à la Gazette médicale du 29 janvier 1848 (I). J'insistais dans cette lettre sur les motifs de ma réclamation. Je me plaignais, non pas de ce qu'on avait contesté, mais de ce qu'on avait altéré mon opinion, en m'altribuant une pensée de rétractation bien éloignée de mon sentiment.
Pendant six années, j'avais répété plusieurs fois mes expériences, et j'avais fait souvent des démonstrations publiques sur l'inoculation de la syphilis aux animaux, lorsqu'une occasion solennelle est venue réveiller l'opinion publique des médecins sur celte question; je veux parler des expériences auxquelles s'est courageusement prêté Robert de Welz, et dont je vous entretiendrai dans un instant.
Je ne me suis pas borné dans mes expériences à l'examen d'un fait matériel : ï inoculation delà syphilis aux animaux. J'ai cherché aussi à me rendre compte des insuccès qui m'arrivaient. La syphilisation y jouait un grand rôle. C'est en •1849 que j'ai entrevu cet important phénomène. Je me suis livré, dès lors, à dos recherches historiques, et j'ai trouvé qu'après l'épidémie du xv° siècle, la maladie avait diminué par degré d'intensité, en subissant une transformation favorable, jusqu'à l'époque à peu près où l'on fit usage du mercure pour -la combattre. Ce métal serait-il venu modérer les progrès d'une syphilisation qui gagnait déjà les masses par des contaminations successives? Je soupçonnais en même temps que la vérole pourrait bien être très-ancienne, et avoir été 7'éveillée au xv° siècle par les rapports des Européens avec des peuples chez qui la maladie aurait été affaiblie par une syphilisation accidentellement produite sur une grande échelle. C'est ainsi que la syphilis se serait trouvée très-bénigne chez ces peuples, et, on quoique sorte, à l'état latent. Le contact d'un sang nouveau aurait pu ranimer un feu qui couvait sous la cendre de plusieurs siècles.
En compulsant les auteurs, j'ai trouvé que Swediaur avait, le plus distinctement de tous, entrevu la syphilisation. Il dit à propos du virus syphilitique: « Ce même virus propagé depuis, surtout aujourd'hui, par une inoculation presque générale, est devenu coimne la petite vérole inocxdée, beaucoup vioins meurtrier qu'il n'était. »
J'ai fait des recherches suivies dans des lieux de débauches, et j'ai découvert des filles publiques qui, par suite de contaminations successives, se trouvaient être, très-avancées en syphilisation. Il est inutile que je vous dise les moyenpar lesquels j'ai obtenu d'elles qu'elles me permissent de leur faire quelque inoculations. Elles avaient, pour ainsi dire, l'habitude de la syphilis, et sa vaient presque aussi bien que moi que les chancres que je leur donnerais ne seraient pas très-grands ni très-longs à se cicatriser; ces chancres, en effet, furent très-petits et peu douloureux ; il ne me fut bientôt plus possible d'en produire aucun.
Je sais qu'il existe à cet égard des réclamations de priorité ; mais quelle dé couverte est à l'abri de semblables prétentions? Ces prétentions se sont élevée en de tels termes, que la seule réponse convenable de ma part était le silen" du dédain.
(1) V..ir p. A3.
COURS DE SYPHILISATION. 87 Je reviens à l'historique (Je mes expériences de syphilis expérimentale. Que d'objections ne m'ont pas été faites? Il en est une à laquelle mes adversaires semblaient tenir par-dessus toul ; c'est celle qui imposait la nécessité d'une contre-épreuve faite d.' ranimai à l'homme. Celle pierre de touche, disaientils, esl indispensable, niais ne doit pas être employée à cause des dangers auxquels on exposerait un de nos semblables; car ne croyez pas, Messieurs, que l'Ecole qui professait la localisation primitive du chancre ait été conséquente à elle-même. Non, ce n'est pas de son sein qu'est sorti celui à qui revient l'honneur d'avoir scellé de son sang ce progrès de la science; je fais allusion à notre estimable confrère allemand Robert de Welz, qui, tant à Paris qu'en Allemagne, s'esl plusieurs fois prêté à celle contre-épreuve; il a fallu que M. Ricord, forcé dans son dernier retranchement, cédât à l'évidence dans sa clinique même à l'hôpital du Midi : mais, comme s'il regrettait de s'être trop engagé, il a publié quelques jours après, dans l' Union médicale, une profession de foi des plus ambiguës; il est revenu sur ce chapitre à différentes reprises, et a tant fait, grâce à maintes explications, que sa pensée est devenue une énigme! Je dois avouer en faveur de l'esprit et du caractère de M. Cullerier, qu'il ne s'est jamais réfugié dans des distinctions subtiles, et qu'il a constamment nié, sans ambages, que j'aie pu donner la syphilis aux animaux.
J'ai répondu amplement à ceux qui exigeaient des accidents secondaires chez les animaux. En effet, j'ai montré sur des singes et des chats, des croûtes et des dépilations circinôes, des ulcérations aux lèvres et à la gorge, des ophthalmies syphilitiques, etc. ; j'ai été plus loin, puisque j'ai fait voir de jeunes chats atteints, et qui sont morts de syphilis constitutionnelle héréditaire.
Après n'avoir rien négligé pour forcer les convictions des esprits les plus rebelles, j'ai repris mes études sur la syphilisation; j'ai recueilli beaucoup de renseignements que j'ai consignés dans les Archives générales de médecine et dans la Gazette médicale. J'avais appliqué bien avant cette époque l'inoculation de la syphilis à la guérison du cancer. Je vous dirai bientôt les essais que j'ai faits et les résultats importants qui en ont été la suite.
C'est à la même époque, 23 mai 1851, que M. Casimir Sperino (de Turin) a publié son premier travail sur la syphilisation de l'homme. Ce praticien recommandable, membre de l'Académie médico-chirurgicale de Turin, et médecin depuis 14 ans du Syphilicome de cette ville, avait soumis publiquement cinquante-deux prostituées à la syphilisation. On a opposé au travail de M. Sperino une fin de non-recevoir fort peu convenable; on a prétendu que les observations de notre confrère italien étaient entachées d'exagération, parce qu'il ne donnait pas de détails. Il fallait, au contraire, tenir compte de la précipitation avec laquelle M. Sperino a dû rédiger et présenter son Mémoire à ses collègues, et ne pas oublier que l'Italie est la patrie des Morgagni et des Scarpa!
Honneur à Casimir Sperino! Il se voue à des travaux qui l'élèveront au rang des plus célèbres médecins!!!
2e Leçon, dimanche 7 décembre 1851.
Je vous ai dit quelques mots, dimanche dernier, du premier écrit de M. Sperino sur la syphilisation. Je reviendrai bien d'autres fois sur les recherches de noire savant confrère italien, et pourtant, je ne lui rendrai peut-être pas toute la justice qu'il mérile, malgré le vif désir que j'en ai.
Pourquoi ne me sera-t-il pas possible de lui rendre cette entière justice?
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Parce que nous nous sommes trouvés placés tous les deux, presque en même temps, à un même point de vuo nouveau : un nouvel horizon s'est en même temps déroulé sous nos yeux. Nous avons donc pu découvrir chacun des mômes choses, à l'insu l'un de l'autre. 11 m'arrivera, sans doute, plusieurs l'ois de me tromper, en vous donnant, comme si elles venaient de moi, des découvertes dont la priorité pourra appartenir à M. Sperino. Comment n'en serait-il pas ainsi? M. Sperino n'a pas beaucoup écrit, et moi, je lis fort mal l'italien. Mais, en tout cas, personne n'a plus d'admiration que moi pour la belle initiative de Casimir Sperino !
Ainsi, quand j'ai annoncé la syphilisation à l'Académie des sciences, dans sa séance du 18 novembre 1850, j'avais déjà des faits de syphilisation artificielle de l'homme que je n'ai pas osé produire explicitement. Je me suis borné à dire : Des obsei'vations entreprises sur l'homme sont venues confirmer le fait que j'annonce. Ma conscience applaudissait à ma conduite, mais j'ai cru devoir voiler l'expression de ma pensée, parce que je prévoyais, d'après l'histoire d'autres découvertes, les passions qu'on ne manquerait pas de susciter contre moi. Ah! si j'avais eu l'imprudence d'annoncer alors que j'avais sauvé quelqu'un delà vérole ou du cancer paria syphilisation, qu'auraient dit ceux dont la plume et la bouche se sont plus tard avilies jusqu'à me désigner clairement aux rigueurs du bras séculier! Qu'ils se détrompent, s'ils ont l'espoir qu'en cherchant à troubler ma tranquillité ils me forceront à pactiser avec ma conscience et à m' arrêter dans la voie où elle me pousse!
M. Sperino a eu le triple privilège de se trouver chargé d'un service de malades syphilitiques, où il a pu faire en grand ce qui aurait constitué la réalisation d'un de mes rêves de plusieurs années : d'avoir des collègues académiciens pleins de zèle pour le progrès, et enfin d'être favorisé par les autorités de son pays.
Mais ce concours de circonstances favorables ne diminue en rien le mérite de M. Sperino. N'a-t-il pas contribué à faire naître ce concours? N'est-ce pas lui, tout au moins, qui en a su tirer parti? Ne doutez pas qu'il ait eu des obstacles à vaincre, des préjugés et des passions à combattre. Les ennemis de la syphilisation à Paris avaient des complices à Turin. Le plus grand mérite de M. Sperino n'est pas d'ailleurs, d'avoir, le premier, syphilisé des femmes; il a réellement une grande part dans la découverte de la syphilisation.
En effet, la lettre que j'ai écrite à l'Académie des sciences pour annoncer la syphilisation, et présager une révolution en syphilographie, a été connue en même temps de cent personnes qui se trouvaient dans une position aussi bonne que M. Sperino. Parmi elles, deux étaient en relation directe avec moi, et ont fait des essais à ma sollicitation. Ces essais n'ont pas été décourageants, et néanmoins les personnes dont je parle ont craint de les continuer. Une intrigue avait suffi pour faire évanouir mes espérances. Personne, autre que M. Sperino, n'a donc trouvé en soi celle inspiration, ce feu sacré qui fait poursuivre les grandes choses; M. Sperino est le seul qui ait de prime-abord compris l'avenir de la syphilisation; à plus forte raison eût-il compris cet avenir s'il avait trouvé le premier la syphilisation. Le génie qui a conçu, la conscience et la science qui ont conseillé, et la main qui a exécuté feront la gloire de Casimir Sperino
Le Mémoire de M. Sperino ne m'a été connu que fort lard (le 3 juillet de celte année). J'avais commencé un cours; voici une partie du texte de l'affiche : M. Auzias montrera l'évolution delà syphilis chez les animaux; il exposera les idées nouvelles en syphilographie qui résultent de ses expériences. Après avoir
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soumis des singes à l'inoculation du virus syphilitique, il les rendra ré fractaires à l'action de ce virus par son procédé spécial de vaccination. C'est pendant ce cours que j'ai constaté que les divers pus do chancres n'ont pas tous la même force. J'ai exprimé cela en disant que le pus syphilitique a des formes graduées). Cette découverte des différentes formes de pus m'a autant coûté de travail que celle de la syphilisation elle-même. En revanche, j'en ai obtenu un grand profit; elle a élargi mon horizon, et m'a permis de voir clairement des choses que je n'avais pas encore pu comprendre; je crois avoir tiré de cette connaissance nouvelle un grand avantage dans la pratique de la syphilisation. Il y a donc trois phases dans mes recherches sur la maladie syphilitique : 1° Inoculation de la syphilis aux animaux oasyphilis expérimentale; i° Syphilisation ;
3° Découverte des différentes formes de pus syphilitique ou des divers degrés de force du pus syphilitique.
Je vais à l'instant vous donner des détails sur ce dernier point.
Pendant l'été dernier, et dans le cours dont je viens de vous parler, deux singes et plusieurs autres animaux étaient soumis à des expériences de syphilisation.-Je désirais beaucoup que ces expériences fussent suivies de succès, et je choisissais constamment un pus sur la nature duquel je devais compter; c'était un pus dont l'inoculabilité venait d'être constatée sur l'homme par l'inoculation; plusieurs individus en traitement de syphilisation m'en fournissaient en abondance.
Le succès ne répondit pas à mon attente : quand je voulais produire des chancres, je n'obtenais absolument rien, ou bien que des pustules petites, peu actives, de courte durée, et des ulcérations faiblement caractérisées; cela était loin de répondre au programme de mon cours ; j'avais beau alléguer, en guise d'explication, que les choses ne se passaient pas habituellement ainsi; mes assertions semblaient condamnées par un résultat négatif, presque invariable.
Mes deux singes étaient des papions qui avaient été achetés à Bordeaux. Après en avoir fait l'acquisition, j'avais appris qu'un médecin de cette ville avait tenté des expériences d'inoculation de la syphilis aux animaux, et comme je trouvais une grande ressemblance des pustules avorlées que je faisais naître sur ces papions, avec celles qu'on produit sur les singes quand ils sont presque complètement syphilisés, je me suis mis à soupçonner que mes papions avaient été déjà soumis à des expériences.
Néanmoins des raisons sérieuses venaient combattre ce soupçon dans mon esprit. Un confrère aurait-il eu la patience de conduire si loin des expériences délicates, difficiles à faire, sans avoir rien publié, rien dit, et surtout sans avoir voulu garder des animaux qu'il devait être curieux d'observer?
J'étais en tout cas porté à accuser les papions de mes revers, avec d'autant plus d'apparence de vérité que je n'avais pas encore expérimenté sur des cynocéphales. Il est vrai que mon accusation tombait solidairement sur une demidouzaine de chats dont deux étaient certainement innocents. Les quatre autres, nés d'une mère vérolée, pouvaient être considérés comme suspects; ils sont morts tous les quatre de la vérole héréditaire.
A tout prendre, ce n'est que sur le singe que les choses se passent absolument comme sur l'homme; et j'avais perdu confiance dans mes papions ; c'est pourquoi j'ai fail échange de l'un d'eux contre un jeune macaque qui n'avait jamais subi d'inoculation. Le macaque, surtout quand il est jeune, est le meilleur sujet pour mes expériences. Celles que j'allais entreprendre devaient donc être décisives; mais les choses se passèrent comme avec les papions.
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C'ost on vain que je me flattais, devant les personnes qui suivaient mes expériences, d'avoir la certitude que je finirais par trouver la cause de tant d'insuccès; c'est en vain qu'invoquant mes antécédents je promettais que cet échec serait une occasion de découverte; il n'en était pas moins pénible pour moi de rester publiquement frappé d'une sorte d'impuissance : aussi, n'est-il pas de tentative à laquelle jo ne me sois rattaché pour varier les conditions de mes expériences et les faire réussir. Je fus obligé, malgré tous mes efforts, de suspendre ces expériences infructueuses.
J'avais fait, en trois semaines, cent soixante-dix-sept inoculations négatives ou à peu près négatives. Je fus plutôt excité que rebuté par ces revers, et je consacrai une semaine entière à consulter les notes que j'avais écrites jour par jour. Je cherchais ainsi à sonder l'obstacle qui m'arrêtait, afin de devenir à même de l'écarter dans de nouvelles expériences.
Je suis arrivé de cette manière à supposer que la principale cause de mes insuccès résidait dans la circonstance dont je me méfiais le moins; je veux parler de l'inoculabilité du pus dont je m'étais servi jusqu'alors : ce pus avait été, au préalable, inoculé positivement aux malades dont les chancres le fournissaient. A qui ce pus était-il emprunté? A des malades qu'on syphilisait, à des malades qui portaient plusieurs chancres successivement engendrés les uns des autres, et pouvaient par suile être dans un étal particulier. Leurs chancres, me disaisje, no peuvent-ils pas sécréter un pus en quelque sorte inférieur au pus ordinaire? L'influence générale à laquelle ils sont soumis n'a-l-elle pas retenti dans le travail pyogénique? Il ne m'était pas possible d'admettre chez eux des pus de sources différentes, mais j'étais porté à y admettre des pus modifiés à leur source d'une manière différente, suivant l'époque de la sécrétion. J'avais en quelque sorte produit et vu naître ces pus; je les avais vu s'engendrer tantôt par le pus d'un chancre simple ou induré, tantôt par le pus d'un chancre phagédénique; j'avais vu des individus très-avancés en syphilisation me rendre à peu près la même matière par tous leurs chancres, pourvu que je ne recueillisse de leur pus qu'un certain nombre de jours après les inoculations; j'avais aussi constaté que, sur les personnes de cette catégorie, les inoculations positives se trouvaient plus rares que sur d'au 1res. •
Il y avait dans tout cela une révélation ou du moins le sujet d'une hypothèse; j'ai cherché à la vérifier. Voici un exemple des expériences que j'ai faites dans ce but :
J'ai pris le jeune singe macaque dont je vous ai parlé tout à l'heure, et que j'avais échangé contre un papion. Rappelez-vous que plusieurs inoculations successives du pus de malades en traitement de syphilisation avaient eu sur lui un résultat négatif, ou ne lui avaient donné que des pustules insignifiantes.
Je lui ai inoculé le pus d'un chancre envahissant, mais non phagédénique, du fourreau de la verge d'un malade de M. Puchc. Ce chancre, au dire du malade, existait depuis un mois; il était considéré par le chef de service comme ne devant pas être suivi d'accidents constitutionnels; je ne me rappelle pas si le malade en question avait eu d'autres maladies syphilitiques.
C'est le mardi 19 août, à midi, que l'inoculation est faite sur la paupière droite. La section de l'épiderme a moins de 1 millimètre de largeur. C'est à peine si l'on y aperçoit un peu de sérosité. Dès six heures du soir, il y a légère papule. Le 20, à cinq henres du malin, il y a vésico-pustule, et le 21, à midi, pustule. Le 22, vendredi, jo romps la pustule, et j'inocule le pus qu'elle contient à la face antérieure de l'un des avant-bras de M. Laval.
L'ulcération qui est sous la pustule a tous les caractères d'un chancre : fond
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pointillé, matière grisâtre, adhérente; bords vifs, piquetés, grisâtres, soulevés. Ce chancre, donl [a forme es! très-régulière, est un ellipsoïde dont le grand diamètre est transversal et a 3 millimètres. L'aréole de ce chancre, qui était trèsanimée la veille, n'était presque plus rouge. L'induration commence à se manifester. Quelques heures après avoir été détruites, la croûte et la pustule s'étaient refaites.
Le lundi 23, le chancre, dont les progrès se sont arrêtés, est supporté par une induration des mieux accentuées et qu'on perçoit môme à l'œil. Un vaisseau lymphatique engorgé part de l'induration; il se dirige en dehors et aboutit à un ganglion gros comme un grain de chènevis et placé à I millimètre en dehors de l'apophyse orbitaire externe.
Les choses restèrent dans cet état jusqu'au samedi 30 août; alors la lymphite et la ganglionite commencèrent à décroître pour ne laisser bientôt plus aucune trace ; mais l'induration persista. (Depuis le 23 jusqu'au 30 août, plusieurs inoculai ions du pus de ce chancre ont été faites à l'homme. Nous avons remarqué que les chancres ainsi obtenus avaient une grande activité.)
Il n'y eut pas de changement depuis le 30 août jusqu'au vendredi S septembre. Ce jour-là, j'ai pratiqué au D<- Ch... une inoculation du pus du chancre de ce singe. Cette inoculation a réussi.
Le 8 septembre, un peu de conjonctivite semble se montrer à l'œil gauche. Je me sers du mot semble, parce qu'il n'y a d'anormal qu'un écoulement peu abondant d'un liquide comme séreux.
9 septembre. Le lendemain, cet écoulement est plus abondant. Les paupières sont œdématiées et rapprochées par le gonflement; L'œil opposé (droit), sur la paupière duquel siège le chancre, commence à se prendre. Pas de fièvre, mais inappétence presque complète.
•10 septembre. Le mal a augmenté des deux côtés. L'œdème s'étend à toute la face et au front. L'animal semble souffrir beaucoup, et pourtant il mange avec un grand appétit. Tous les témoins en font la remarque, parce que cet appétit contraste avec la souffrance actuelle du singe et son inappétence de la veille.
1 1 septembre. Le mal a empiré. L'œdème a envahi le col.
L'animal succombe le 12 au soir, malgré les soins les plus grands. Dans ses dernières heures, nous ne l'avons pas quitté un instant, tant dans l'espoir de le sauver que pour l'observer avec soin.
Le liquide séreux qui coulait de ses yeux et de ses narines a été plusieurs fois inoculé à d'autres singes ou déposé sur leurs yeux ou sur leurs parties sexuelles, mais sans résultat.
Autopsie. — L'œdème occupe en entier la tête et le col. Le sans est fluide, et les muscles sont décolorés. Il n'y a pas de tubercules dans la rate ni dans les poumons. Les glandes salivaires sont très-développées ou plutôt très-gonflées. Les ganglions lymphatiques de toutes les régions sont engorgés. Ainsi, les ganglions mésentériques, coliques et axillaires sont très-gros. Les ganglions carotidiens, et particulièrement ceux du côté gauche, sont comme hypertrophiés. A la région carolidienne de ce côté, il existe une sorte de chapelet ganglionnaire à gros grains, et qui n'a pas pu être senti pendant la vie dans un examen attentif et réitéré, que la docilité de l'animal rendait facile. Ces ganglions sont assez gros pour avoir pu comprimer les vaisseaux du col et en gêner la circulation.
Avant l'autopsie on n'a pas pu les sentir davantage, quoiqu'on ait chassé la sérosité de la tête et du col par des ponctions suivies de compression.
J'appelle, Messieurs, votre attention sur cette difficulté de reconnaître les ganglions pendanl la vie, cl même après la mort (et avant l'autopsie), parce qu'on
a insisté bien à tort sur l'absence de ganglions engorgés cbez les animaux véroles. Mais aurait-on mieux perçu l'existence de ces ganglions sur d'autres animaux forts, vigoureux, indociles?
MM. Robin et Gros (de Moscou), après avoir examiné ebacun de son côté ces ganglions au microscope, les ont trouvés simplement hypertrophiés. Il y avait donc hypertrophie de tous les ganglions, puisqu'ils se trouvaient tous à peu près dans le même état.
Serait-ce un cas de mort par vérole aiguë?
Cette observation fait voir clairement que les pus qui s'inoculaient parfaitement à l'homme n'étaient pas assez forts pour s'inoculer au singe; j'ai exprimé cela, en disant que le singe a plus de syphilisme que l'homme.
Je vais loucher maintenant, Messieurs, à une question palpitante d'actualité, c'est-à-dire que je vais vous parler de deux observations qui ont fait beaucoup de bruit : celle de M. Laval, étudiant en médecine, et celle de M. Lindeman, médecin allemand.