‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 47 sur 205 · A. OBSERVATION DE M. LAVAL · texte numérisé non relu

A. OBSERVATION DE M. LAVAL

Le sujet de cette observation est M. Laval, étudiant en médecine, âgé de 24 ans, et d'une constitution ordinaire. Les inoculations ont été commencées le2S juillet 1851. Je désignerai numériquement les premières d'entre elles. Les suivantes ayant été multipliées, je me dispenserai de compter une à une les pustules souvent avortées qui en ont été la conséquence.

L'inoculation 1™ a été pratiquée au niveau de l'empreinte deltoïdienne droite. Le pus qui a servi pour cette inoculation avait été emprunté au cinquième chancre du nommé T..., en voie de syphilisation. Il n'est pas indifférent de noter que les chancres deT... avaient été engendrés les uns par les autres, un à un, et à trois jours d'intervalle. Depuis plusieurs jours, le pus deT... n'était plus inoculable aux animaux.

30 juillet. Le chancre qui résulte de cette inoculation faite à M. Laval est inoculé à un papion mâle. L'ulcération produite sur l'animal a été sans vigueur, et s'est bientôt éteinte.

2 août. P. L'ulcération a marché.

Une deuxième inoculation est pratiquée au niveau de l'empreinte deltoïdienne gauche avec le pus d'un chancre de chat. Ce chancre avait été donné au chat, le 30 juillet, par l'inoculation du pus d'un chancre récent et actif du prépuce. 7 août. P. L'ulcération a 25 millimètres de diamètre.

— I2. Son diamètre est la moitié de celui de la précédente ulcération. 9 août. P. L'ulcération s'est agrandie.

— I*. Elle fournit du pus pour l'inoculation P, qui est multiple etfaile

un peu au-dessus d'elle par trois piqûres.

12 août. P. L'ulcération s'est rétrécie et n'a plus, comme le 7, que 25 milli-

mètres de diamètre.

— Is. 1 millimètre de diamètre.

— P. Les trois piqûres ont conllué.

— P. Pratiquée avec le pus de l'P par deux piqûres faites au bras droit.

13 août. P. Elle continue à décroître.

— P. Elle commence sa marche décroissante.

— P. Elle est stationnairc.

— P. On voit deux petites vésicules, une à chaque piqûre.

14 août. P. Pratiquée sur h; ventre avec lepuS de la première.

iîî août. I*. Elle a été promptcmenl suivie d'une pustule chancrcusc.

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■16 août. P. Pratiquée au devant du sternum avec le pus de ri5. Dès le soir

existe une papule bien marquée.

•17 août. I1, I-, P et I1. Tous les chancres sont arrêtés dans leur marche ou en voie de répartition. Leur décroissance de volume est manifeste, p. Elle n'a pas môme 3 millimètres de diamètre. 1". Elle a un peu plus de 1 millimètre de diamètre. Un ganglion de

l'aisselle est engorgé.

I7. Elle est faite à midi précis, au moyen de six incisions ou sections très-étroites pratiquées sur le devant de la poitrine et du ventre avec, la pointe de ciseaux très-fins. Chacune de ces incisions est contaminée par le pus parfaitement isolé de chacune des six inoculations précédentes. Pour éviter toute confusion, six tuyaux de plume avaient été chargés chacun à chacun du pus des six chancres. Le pus de chaque tuyau a été déposé sur chacune des six incisions. On fit en sorte que le numéro d'ordre des six incisions correspondît exactement, en allant de haut en bas, aux numéros d'ordre des chancres générateurs. Dès le soir, à six heures, on pouvait percevoir distinctement avec la pulpe du doigt une papule correspondant à la sixième petite incision. 18 août. P. Les six incisions sont converties en pustules. Le pus est emprunté pour une P à un chancre du gland peu profond et à base légèrement engorgée. 11 datait de huit jours. Cette inoculation ne produisit qu'une ulcération insignifiante.

Depuis le 18 jusqu'à la fin du mois, les inoculations ont été multipliées. On en a fait jusqu'à douze par jour, en empruntant le pus, tantôt à des chancres simples ou indurés, tantôt à des chancres phagédéniques, car le pus du sujet avait cessé de bonne heure de lui être inoculable à lui-même. On ne produisit ainsi que despapuZes ou des pustules, petites, passagères et à pus concret; quelquefois cependant on obtint de petites ulcérations par l'inoculation d'un pus très-énergique.

Pendant le cours de ces expériences, les ulcérations n'ont jamais été soignées spécialement. Nous en avons pourtant cautérisé quelques-unes pour réprimer des bourgeons charnus. Dans le principe, les croûtes étaient leur meilleur moyen de protection ; mais vers la fin des premières ulcérations, qui ont été de beaucoup les plus larges, nous avons eu recours pour les protéger, et en l'absence des croûtes, à du taffetas d'Angleterre.

Il ne fallut pas longtemps d'inoculations successives après le 8 août pour faire cesser le gonflement du ganglion de l'aisselle qui s'était engorgé.

Nos expériences ne se sont pas bornées là. Pendant tout le mois de septembre, nous avons maintes fois déposé sur le gland et à la face interne du prépuce, ou bien dans l'urèthre, au moyen d'une sonde, du pus blennorrhagique et du pus chancreux qui venaient d'être puisés à leur source; nous avons eu le soin de frotter les parties les unes contre les autres, dans le but de faciliter la contamination. 11 ne nous a jamais été donné de faire naître chez M. Laval soit la blennorrhagie, soit la balano-posthilc.

A la même époque, des inoculations ont été multipliées sur diverses parties du corps. On choisissait toujours les pus les plus actifs. Nous n'avons jamais pu obtenir que de petits chancres de quelques jours seulement de durée, et qui dans l'école de M. Ricord, sont connus sous le nom de fausses pustules.

Pendant tout le mois d'octobre, des inoculations variées ont été faites sans résultat à M. Laval. M. Robert de Welz en a pratiqué plusieurs, soit à la Société des médecins allemands, soit en particulier. MM. Langlebert, Nyman (de Stokholm),etc, ontfait, ont vu l'aire des inoculations qui n'ont jamais réussi. Enfin

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M. Ricord a pratiqué publiquement à M. Laval sept inoculations, sans pouvoir lui faire produire un atome de pus inoculable. On peut consulter sur ce point le témoignage des personnes qui ont fréquenté la clinique de M. Ricord, depuis le 17 jusqu'au 31 octobre.

Le 1er novembre, nous avons fait à M. Laval, et avec les pus les mieux éprouvés, des centaines d'inoculations aux parties postérieures et latérales du tronc. Dix heures après, ces parties étaient recouvertes d'une multitude de pustules moins grosses que des grains de millet. M. Laval n'a éprouvé ni fièvre, ni malaise, et a suivi ses occupations habituelles. Vingt-quatre beures après ces inoculations, toutes les pustules étaient llétrics. Nous avons dès lors considéré M. Laval comme exemplairement sypbilisé. Depuis, d'autres inoculations, toujours négatives, lui ont été faites par MM. Gosselin, Marclial de Calvi, etc.

Toutes ces expériences ont augmenté l'appétit, et n'ont en rien troublé la santé de M. Laval.

M. Laval publiera, sans doute, plus en détail, son observation dans sa thèse, et exposera les conclusions particulières qu'il en déduit. 11 se met à la disposition de tout confrère qui voudra l'examiner ou se faire des inoculations.

De toutes les conséquences de cette observation, je ne veux, dans ce momentci, en faire saillir qu'une seule : c'est qu'à une certaine époque, des pus qui ne pouvaient pas s'inoculer aux animaux se sont bien inoculés à M. Laval, et qu'à une autre époque des pus qui s'inoculaient aux malades ne prenaient plus sur M. Laval.

B. OBSERVATION DE M. LINDEMAN.

Voici cette observation, telle qu'elle est exprimée dans une note des Lettres de M. Ricord sur la syphilis :

« M. le Dr L.. a été présenté à la Société de cbirurgic par M. Musset, interne du service de M. Ricord, pour soumettre à l'observation de cette Société savante les résultats d'expériences entreprises dans le but de vérifier les idées émises sur la sypbilisation.

« En attendant que M. le Dr L donne lui-même, in extenso, l'histoire de sa

propre observation, non encore complétée, voici les principaux résultats auxquels il est déjà arrivé :

« M. le Dr L n'a jamais eu ni chancres ni blennorrhagies.

« Au mois de décembre 1850 et janvier 1851, il s'est inoculé à la Verge, à un intervalle d'une semaine chaque fois, une dizaine de chancres, dans le but d'étu-* dier une nouvelle médication. Ces chancres ont disparu en peu de temps, sous l'influence d'un traitement simple, hygiénique.

« Le 2 juillet, il s'inocule de nouveau au bras gauche, et un chancre induré en est la conséquence.

« Trois mois après, c'est-à-dire le 1er octobre, il se déélare une syphilidc exan^ thématique et bientôt papulcusc, accompagnée de l'engorgement des ganglions cervicaux postérieurs.

« Quelques jours après, des plaques muqueuses apparaissent sur les amygdales.

« M. le D1' L ne se soumet à aucun traitement.

« Le 17 octobre, une inoculation est pratiquée sur le bras gauche par M. Auiiias, en présence de M. Ricord, aVec du pus puisé à un chancre datant de 20 jours, existant Chez Uh malade qui avait été inoculé lui-même avec du pus pris chez un prétendu syphilisé qui en était à pcii pris à son (i0° cliancre.

« Le 20 octobre, M. Ricord pratique deux inoculations : l'une sur le bras gau-

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die, l'autre sur la muqueuse du prépuce, avec du pus d'un chancre phagôdénique non serpigineux, existant sur un malade couché salle 2, n° 4, de son service.

« Le 27 octobre, M. le Dr L s'inocule lui-même au bras el à la verge

avec le pus du premier chancre.

« Le 28 octobre, deux inoculations sont pratiquées au bras gauche, l'une avec le pus du premier chancre, l'autre avec celui du quatrième.

« Le 29 octobre, deux inocula lions sont faites avec le pus du quatrième chancre.

« Le 30, deux inoculations sont pratiquées au bras avec le pus du premier chancre et du second.

« Le nombre des inoculations s'élève ainsi à onze.

« 1° Bien que des inoculations, au nombre de dix, aient été faites, cela n'a pas empêché une. onzième de s'indurcr et d'être suivie régulièrement de la syphilis constitutionnelle.

« 2° Les nouvelles inoculations successives qui ont été faites en vue de la syphilisation ont toutes réussi.

« 3° Les chancres n'ont pas été d'une moindre étendue à mesure des inoculations faites.

« Ainsi les diamètres des chancres successifs ont été indifféremment plus grands ou plus petits que ceux des chancres qu'ils avaient précédés ou suivis.

« 4° Le plus grand nombre des chancres inoculés a pris la forme phagédénique, comme cela se montre souvent chez des individus qui, ayant une syphilis constitutionnelle, contractent de nouveaux chancres.

« 5° Il est à remarquer que les plus intenses proviennent du pus du syphilisé de M. Auzias, parvenu à son 60e chancre.

« 6° Le phagédénisme non serpigineux n'a pas dépendu de la source à laquelle le pus avait été emprunté, car le plus grand nombre des chancres qui ont été produits par le pus provenant du syphilisé ont pris indifféremment la forme phagédénique, tandis que parmi trois chancres produits par le pus fourni par un malade du service de M. Ricord, affecté d'un chancre phagédénique non serpigineux, un seul a pris la forme phagédénique.

« 7U Le phagédénisme des premiers chancres n'a pas été atténué parles chancres qui ont suivi et qui sont devenus phagédéniques à leur tour.

« 8° Le phagédénisme a donc semblé tenir à l'état général du malade influencé par le siège, car tandis que le plus grand nombre des chancres inoculés au bras ont pris cette forme, les chancres inoculés à la verge, le même jour, avec le même pus, sont restés très-restreints, et ont vite marché vers la réparation.

« 9° Les inoculations successives, faites dans le sens de la syphilisation, et qui ont affecté une marche si grave, non-seulement n'ont pas influence favorablement les accidents de la syphilis constitutionnelle, mais, bien au contraire, ces accidents ont semblé prendre une nouvelle intensité au fur et à mesure que les chancres d'inoculation tendaient au phagédénisme.

a 10° Il est à remarquer que, tandis que toutes les inoculations faites avec du pus d'ulcères primitifs ont été suivis do résultats positifs, des inoculations d'accidents secondaires appartenant aux formes les plus graves, et dans toute leur intensité, sont restées sans effet. »

J'ai vu pour la première fois M. Liildenian, lo 13 octobre, dans la Société des médecins allemands. Je venais de présenter aux membres de cette Société un syphilisé, auquel plusieurs d'entre eux, et notamment Ris ltobcrt de WelZ; avaient fait, sans résultat, des inoculations. M. Lindcman se montrait à ses compatriotes pour leur faire part que, après s'être inoculé au bras le pus d'une

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ulcération secondaire de l'amygdale, il avait contracté une ulcération dont il nous a montré la cicatrice. M. Lindeman portait actuellement sur lui les preuves les moins équivoques de la vérole. Trois jours après, j'ai eu l'occasion de voir M. Lindeman, et je lui ai proposé de le syphiliser, pour le guérir des accidents constitutionnels dont il était atteint. M. Lindeman accueillit favorablement ma proposition, et voulut quo les inoculations successives lui fussent faites publiquement dans la clinique, et sous les yeux de M. Ricord.

En conséquence, le 17 octobre, j'inoculai M. Lindeman vers l'empreinte dcltoïdienne gauche par une piqûre étroite et superficielle. Le pus fut emprunté à M. P... dont je commençais la sypiiilisalion et qui avait un chancre depuis huit jours. C'était un pus régénéré sur un terrain vierge. En apprenant que, le 24, M. Ricord avait pratiqué à M. Lindeman deux inoculations intempestives, et d'un pus que je n'avais pas choisi, je fus alarmé des conséquences probables du jcourage imprudent de M. Lindeman, et je résolus, après avoir tenu conseil de mes amis, de ne prendre aucunement part à ce qui se ferait désormais, si je n'obtenais, par mes prières, de M. Lindeman, qu'il se confiât entièrement à ma direction. Je compris dès lors, et j'annonrai tout le parti qu'on ne manquerait pas de tirer contre la sypiiilisalion d'expériences que je blâme avec autant d'énergie que qui que ce soit. Je n'expérimente pas sur mes semblables; je les soigne et je les guéris, ou bien, je les vaccine et je les préserve.

Voici à peu près comment les choses se seraient passées, si j'avais pu continuer mes soins à M. Lindeman :

Le premier chancre n'aurait pas dépassé la largeur d'une pièce de 50 centimes, et aurait commencé sa marche décroissante au bout de quinze à vingt jours. J'aurais, d'ailleurs favorisé celte marche décroissante par une inoculation que j'aurais faite huit à dix jours après la première, et à une certaine dislance de celle-ci à laquelle j'aurais emprunté le pus. Le deuxième chancre ainsi produit ne serait probablement pas devenu aussi large ni aussi enflammé que le premier. Un troisième chancre, engendré par le pus du premier ou du deuxième, aurait suivi d'assez près ce dernier, c'est-à-dire à six ou huit jours de distance, et aurait à peine dépassé en largeur celle d'une lentille. Après quoi, j'aurais fait à M. Lindeman, et dans une même séance, huit à dix inoculations de son propre pus, puisé indifféremment à quelques-uns de ces chancres. J'aurais alors été sûr du peu de développement des pustules qui en seraient résultées; plus tard, j'aurais cherché un pus de forme très-supérieure avec lequel j'aurais recommencé et parcouru rapidement la série précédente. Je suis bien convaincu que les chancres auraient graduellement diminué d'étendue.

Enfin, j'aurais inoculé à M. Lindeman indistinctement toute espèce de pus, sans pouvoir produire autre chose que des pustules insignifiantes. Après quoi, je l'aurais considéré comme syphilisé; les symptômes restant de syphilis constitutionnelle n'auraient pas lardé à disparaître spontanément.

Je me prononce avec assurance parce que l'expérience ne m'a pas encore donné de démenti. J'aurais donc guéri M. Lindeman sans l'exposer à aucun inconvénient, et à plus forte raison, à aucun danger.

Contrairement à cela qu'a-t-on fait? On a multiplié sans mesure les inoculations, en se servant de toute espèce de pus. En outre, on a lavé les chancres de manière à contrarier l'absorption ou mieux, quoique plus vaguement, l'action sur l'économie de leur pus, et à empêcher par suite l'effet syphilisant, au lieu de les laisser cachés sous leur propre croûte. ' M. Lindeman a donc été la victime ou plutôt le jouet de la sypiiilisalion, comme est victime de la saignée celui dont un chirurgien novice ouvre l'artère

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brachiale, comme esl \ ictiriie du cathétêrisme celui dont une main inhabile perfore la vessie, victime de l'opium celui qu'un médicastre empoisonne par une dose exagérée de ce médicament ! Cette syphilisation postiche n'est pas la nôtre !

Il y a, Messieurs, des circonstances dans lesquelles le hasard ou la fatalité pèsent do tant de poids sur une idée, qu'on dirait d'une conjuration pour l'opprimer, bien qu'on sache très-certainement qu'il n'est pas possible que les passions des hommes s'en soient mêlées.

Telle est la circonstance actuelle.

Le caractère honorable de M. Ricord, son empressement à accepter toute idée nouvelle, la considération qui revient aux confrères et aux écrivains qui semblent avoir marché sous sa bannière dans une espèce de croisade contre la syphilisation, sans s'être aucunement concertés avec lui, le courage si mal dirigé de M. Lindeman, le témoignage nombreux et intègre des personnes qui ont assisté à ses inoculations, et enfin la chronologie des faits, tout démontre avec la plus parfaite évidence l'intervention fatidique de quelque deus ex machina.

Pourtant, qu'on rapproche les événements. Les doctrines de M. Ricord venaient de se briser contre un fait authentique, éclatant; conviée en champ clos par M. Ricord, la syphilisation s'était rendue dans l'arène de l'hôpital du Midi. M. Ricord, après avoir choisi ses armes, avait été publiquement vaincu, désarmé! Quelle revanche pouvait-on prendre sur la syphilisation triomphante, si ce n'est... après avoir baissé le rideau sur la défaite de l'hôpital du Midi.

Ce que je viens de dire est hypothétique, impossible, absurde; mais le jeu de la fatalité en a transformé le résultat en réalité. On a touché une corde qui devait réveiller des échos généreux dans des réunions de médecins.

Exciter la pitié, c'était imposer silence à la raison

Ces deux observations ont un grand intérêt pour qui sait les voir d'ensemble après s'être dégagé de toute idée préconçue.

Je vous dirai, chemin faisant, que M. Laval n'a pas été présenté par moi à M. Ricord; ce n'est pas que le chirurgien de l'hôpital du Midi l'ait prétendu explicitement. Mais M. Ricord s'est exprimé ainsi dans sa dernière lettre sur la syphilis : « on a enfin présenté, etc. » Lisez la lettre précédente de M. Ricord, et vous verrez que ce on ne peut guère s'appliquer qu'à moi. Pourquoi le langage de M. Ricord se prête-t-il à des équivoques? Parce que le on anonyme est malheureusement passé dans ses habitudes professorales, quand-il parle de ses adversaires; au moins devrait-il le proscrire dans ses écrits. Je m'appelle on clans bien d'autres cas, et particulièrement dans une note de la deuxième édition de Hunter- Ricord, où il fait mention, en termes fort succints, de l'inoculation de la syphilis aux animaux.

"Voici la fin de cette note : « on a dernièrement réussi, après de nombreux insuccès, à inoculer des accidents primitifs (des chancres non indurés) sur divers animaux, sur des singes, des chats, etc., et de ces animaux à l'homme: mais sans production de bubons ni d'accidents constitutionnels. Ce n'est pas encore la syphilis. » M. Ricord est libre, sans doute, de traiter si légèrement une découverte qui commence la ruine de ses doctrines, mais ne commetil pas un déni de justice en me désignant par on (qui veut dire tout le monde ou personne), à propos de travaux qui sont une propriété scientifique? Quant aux erreurs de celte note, qu'il eût mieux valu supprimer que de la rendre si... courte, vous les connaissez; vous savez, en effet, que j'ai inoculé le pus de chancres indurés aux animaux; vous savez aussi que j'ai obtenu chez eux des

accidents constitutionnels, Ne vous ai-jc pas raconté tout à l'heure l'observation d'un singe auquel j'ai donné un chancre induré par l'inoculation du pus d'un chancre qui ne l'était pas?

Messieurs, le on qui a présenté M. Laval à M. Ricord, ce n'est pas moi, c'est M. Laval lui-même. Mais ce on qui n'est pas moi, n'a pas voulu que M. Ricord expérimentât sur lui, en l'absence du on qui était moi ; bien &B a pris à M. Laval d'avoir exigé ma présence et mon appui, car M. Ricord qui ne reconnaît sûrement (et encore pas toujours!) les chancres qu'après l'inoculation du pus qu'ils fournissent, lui qui se débarrasse si aisément de nos chancres avortés en les qualifiant de fausses pustules, il était parfaitement disposé, dans ces jours d'épreuve, à donner la bienvenue aux pustules et aux croûtes les plus équivoques. Quantum mutatus ab Mo! Mais, halte-là, lui ai-je dit, vous n'avez pas été d'un accès si facile à mes chancres d'animaux! Tout chancre, lui ai-je répété devant son auditoire accru par la circonstance, doit fournir un pus inoculable; c'est vous, M. Ricord, qui le dites par ma bouche. Quant à vos fausses pustules, je pourrais m'en servir comme d'une arme défensive à votre égard; mais il ne me convient pas de m'abriter contre mes adversaires, même sous les erreurs dont ils se parent.

Les sept inoculations de M. Ricord ont échoué, comme peuvent l'attester MM. Deville, Langlcbert, Nyman, Pajot, Hilfclsheim, comme peuvent l'attester deux cents autres personnes.

Mais, nous a dit M. Ricord, le pus de tous les chancres que j'ai inoculés à M. Laval n'était pas virulent. Vous vous trompez, ai-je répondu; pourquoi, du reste, n'en avez-vous pas choisi de meilleur? Pourquoi, puisqu'on vous ic permet, ne faites-vous pas de nouvelles inoculations?

M. Laval est une exception, reprit M. Ricord. C'est vous pourtant, M. Ricord, qui nous avez appris que Zes hommes sont égaux devant le chancre. Celle objection lombe d'ailleurs d'elle-même en face des nombreuses cicatrices de chancres que porte M. Laval.

Après avoir, ou avant d'avoir (je ne sais) avancé que M. Laval était une exception, et qu'à ce titre il no pouvait pas contracter de chancres, M. Ricord a prétendu qu'il en avait eu en trop grande quantité pour que la sypbilisation pût devenir une méthode généralement applicable. La réponse était fort simple (en admettant qu'elle ne fût pas toute faite dans l'objection qui précède;. M. Laval n'a pas voulu seulement se syphiliser, il s'est donné, dans un but d'étude, beaucoup de chancres qui auraient été superflus pour la syphilisation.

Mais, prétendit encore M. Ricord, les cicatrices de chancres et leur atmosphère ne sont pas inoculables. Erreur, deux fois erreur, avons-nous répondu.

Assez et trop d'objections comme cela! Je m'arrête dans l'intérêt de M. Ricord.

C'est ainsi que le plus habile pilote court à l'éeueil, quand, après s'être égaré, il méprise les avertissements du simple matelot.

Voici un épisode fort piquant de ce tournoi. M. Laval avait sur l'épaule une pustule avortée dont il arrachait la croûte tous les jours, pour savoir pendant combien de temps il pourrait eu retarder la cicatrisation, et pourvoir la forme qu'elle affecterait. M. Ricord a vu là un chancre! lui, qui ne reconnaît pas à la vue les chancres quand ils existent! C'est le système d'Azaïs appliqué au diagnostic.

Enfin, j'ai abandonné le service de M. Ricord, en lui disant les paroles suivants : M. Ricord, armez-vous de la meilleure de vos lancettes, trempez-en la vointe dans le meilleur de vos pus, et faites à M. Laval une de ces inoculations que vous savez si bien faire. Je vous porte le défi de produire sur M. Laval un'

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