‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 70 sur 205 · PROPHYLAXIE ET CURATION DU CANCER · texte numérisé non relu

PROPHYLAXIE ET CURATION DU CANCER

J'ai pansé moi-même très-attentivement ces prétendus vésicaÉires : deux ou trois chancres ainsi produits se sont indurés. L'induration était surtout marquée à l'un d'eux. Une roséole ne tarda pas à paraître; d'autres symptômes de syphilis constitutionnelle se sont succédé pendant une année, tandis que le cancer battait en retraite manifestement. La tumeur du sein avait diminué, et la douleur ne se montrait plus. J'ai jugé à propos de soumettre cette fille à un traitement mercuriel. Aujourd'hui, elle se porte bien.

J'ai fait, depuis cette époque, d'autres inoculations à des personnes atteintes de cancer, et je n'ai obtenu que des chancres qui ne se sont point indurés; j'ai même eu à lutter dans deux cas contre le phagédénisme. L'impossibilité d'obtenir le chancre induré m'a semblé un indice du peu de prise qu'avait le virus syphilitique sur la constitution des personnes que je cherchais à guérir. Le cancer a maintenu ses droits; il est, pour ainsi dire, resté maître du terrain.

Il paraîtrait, d'après cela, qu'il existe un antagonisme entre la vérole et le cancer. Je ne veux pas dire que ces deux maladies ne puissent jamais se rencontrer sur le terrain de l'organisme; mais elles ne peuvent pas y coexister longtemps. Unissons-nous à la plus faible pour chasser la plus forte : nous combattrons la première à son tour. Heureux, si nou3 pouvons dans tous les cas substituer la syphilis au cancer ! Que de fois on essaie trop tard d'obtenir ce résultat! Il convient de ne rien entreprendre si le terme fatal est prochain.

Je n'ai pas vu le malade de M. Thiry, auquel on a inoculé le virus syphilitique pour le guérir d'une affection cancéreuse de la verge. De deux choses l'une : ou bien ce malade n'avait qu'une maladie épithéliale, ou bien il s'agit d'un véritable cancer. Ce dernier cas est plus probable, d'après les renseignements que vient de donner M. Ricord : c'est celui que je vais supposer pour rendre ma démonstration péremptoire.

Ce qu'on a fait pour guérir le malade ne pouvait pas suffire. Il fallait, après les premières inoculations, s'arrêter et attendre; il fallait chercher à produire le chancre induré, la vérole, en un mot, puis laisser subsister pendant un temps ce nouveau mal avant de songer à le combattre. Ce qui n'a pas été fait peut-il se faire? Il en est peut-être encore temps : rien n'est perdu, s'il reste au malade assez de résistance vitale. Je suis donc tenté d'en appeler de la condamnation à mort qu'on vient de prononcer contre lui.

On vous a parlé en outre d'une femme dont le cancer s'était avantageusement modifié à la suite d'inoculations syphilitiques. Pourquoi n'a-t-on pas accepté cette modification et continué le traitement?

A l'époque où j'ai soigné la fille dont je vous ai parlé tout à l'heure, la syphilisation n'était pas encore découverte; elle me semble appelée à jouer un rôle important dans -la guérison du cancer.

Il m'est démontré que non-seulement la syphilisation peut être obtenue chez une personne complètement indemne jusque-là de l'action du virus syphilitique, mais encore qu'elle peut l'être chez une personne atteinte de diathèse syphilitique. Il est possible, en d'autres termes, de convertir la diathèse syphilitique en syphilisation. Il y a plus : c'est qu'une partie du chemin est déjà faite vers la syphilisation par celui qui est atteint de diathèse syphilitique.

Il y a deux choses à signaler dans cette transformation : la disparution à tout jamais des symptômes constitutionnels et l'immunité contre les accidents primitifs. Quand je parle de disparution des symptômes constitutionnels, j'entends dire que le travail pathologique qui les a produits s'est arrêté, mais non pas que des parties organiques de nouvelle formation, comme une exostose éburnée, puissent disparaître.

Lorsque la diathèse syphilitique est ancienne, l'une et l'autre de ces deux choses arrivent en général plus tôt que lorsqu'elle est récente. La disparution des symptômes constitutionnels anciens tertiaires a souvent lieu plus rapidement que celle des symptômes constitutionnels récents secondaires. Enfin, il arrive quelquefois que les uns et les autres ne disparaissent qu'après l'immunité acquise contre les accidents primitifs.

Les malades, que j'ai eu l'occasion de traiter de la syphilis comtitutionnelle par la syphilisation, appartenaient principalement à la catégorie de ceux qui ne pouvaient pas supporter l'usage du mercure, ou bien qu'aucun traitement mercuriel ou autre n'avait pu soulager d'une manière durable. C'est là le triomphe de la syphilisation.

La syphilisation est donc un moyen curatif de la maladie vénérienne; elle en est de plus un moyen prophylactique. A ce double titre, sa supériorité sur le mercure ne saurait être douteuse. D'ailleurs, là n'est pas la question, puisqu'il s'agit de la guérison du cancer par la syphilisation.

Je ne ferai pas encore connaître des faits de cancer guéris par la syphilisation. J'attends la consécration du temps pour savoir si des sujets dont la santé est notablement améliorée seront complètement et définitivement guéris.

Je soigne quelques personnes cancéreuses qui n'appartiennent pas à la classe de celles qu'on reçoit dans les hôpitaux; plusieurs de ces personnes ont subi des opérations, et le

PAR LA SYPHILISATION.

mal de toutes est considéré par des praticiens instruits comme au-dessus des ressources de l'art. Chez l'une d'elles, j'ai déjà obtenu un chancre induré : chez une autre, je suis presque parvenu a là syphiiisation complète; mais, dans aucun cas, la syphilis n'a défavorablement compliqué le cancer, tandis que dans la plupart, au contraire, une amélioration notable est venue à la suite des inoculations du pus chancreux.

Je cherche à m'arrèter dans ces inoculations quand j'arrive a la syphilis constitutionnelle. Je voudrais qu'elle fit le plus de ravages possible ou plutôt qu'elle restât longtemps maîtresse du terrain, sans que ses désordres fussent irrémédiables. Lorsqu'elle se serait bien substituée à la diathése cancéreuse, je la combattrais elle-même par la syphiiisation. Ainsi, la vérole déplacerait le cancer, et la syphiiisation chasserait la vérole.

Il n'est pas dans ma pensée, Messieurs, qu'il faille considérer la production du chancre induré comme une condition sine qua non de succès, et renoncer à la cure quand il ne se montre pas. La syphilis constitutionnelle peut exister sans lui, et, d'ailleurs, que de degrés depuis le chancre le moins induré jusqu'à celui qui l'est le plus! Celui-ci est, sans doute, l'étiquette habituelle, la première manifestation de la vérole; mais la vérole peut exister sans lui. On pouvait dire, avant la découverte de la syphiiisation : Pas de chancre induré sans vérole ; mais on n'a jamais pu dire, d'une manière absolue : Pas de vérole sans chancre induré. L'étiquette du vase peut en effet manquer, sans que rien soit changé dans le contenu de ce vase.

En résumé, la syphilis constitutionnelle et la syphiiisation sont deux états bien diffé-, rents, quoiqu'ils dérivent de la même source. Le cancer, ou mieux la diathése cancéreuse, constitue un troisième état, bien distinct aussi, de chacun des deux précédents.

La syphilis modifie-t-elle le cancer par une sorte d'antagonisme, ou bien, au contraire, parce qu'il y a dans le cancer quelque élément syphilitique? Je l'ignore.

Il n'en est pas moins certain que la diathése syphilitique a pu set substituer à la diathése cancéreuse, que la diathése syphilitique peut être masquée, sinon détruite, par l'intervention du mercure, et que, en outre, toutes les inoculations qui sont faites dans l'intention de guérir ceux qui ont des cancers par la syphiiisation ne sauraient les exposer a aucun danger.

C'est donc une voie nouvelle à explorer. On peut la parcourir sans inconvénient pour les malades, et y faire bien des découvertes utiles !

(Bulletin de l'Académie royale de médecine de Belgique, t. XI, n° 6.)

BEVUE hebdomadaire de la Gazette médicale de Paris.

Il y a quelques jours, l'Académie de médecine de Belgique semblait avoir été envahie par la France. Les questions qu'on y a traitées sont presque exclusivement du domaine de la médecine française, et les médecins qui les ont discutées, presque tous des médecins français. C'était un acte de déférence et de courtoisie de la part de l'Académie de médecine de Belgique au profit de nos compatriotes appelés dans ce pays pour prendre part à une fête médicale. Nous sommes heureux, en remerciant l'Académie belge de sa parfaite .hospitalité, de dire que nos confrères de Paris ont répondu dignement à sa bienvenue. MM. Dechambre, Leroy-d'Etioles, Ricord et Auzias-Turenne, ont en grande partie défrayé la séance : ils ont obtenu un succès, complet et de bon aloi.

L'Académie avait mis à l'ordre du jour la prophylaxie du cancer' par la syphiiisation

M. Auzias-Turenne, que l'Académie a eu la courtoisie d'entendre, bien qu'il ne soit pas membre de la Compagnie, a répliqué avec bonheur à son habile antagoniste. Il a cité quelques cas où la guérison de cancers opérés et récidivés avait paru suivre le développement de véroles constitutionnelles. Il a maintenu quelques preuves ou au moins quelques apparences d'antagonisme entre les deux maladies : comme la rareté relative du cancer chez les prostituées ; l'absence presque complète du cancer dans les pays chauds, en Égypte, par exemple, où la maladie vénérienne est pour ainsi dire endémique. Mais la partie de l'argumentation où M. Auzias a surtout captivé l'attention de l'Académie est celle où il a exposé les procédés de la syphiiisation, et montré la différence considérable qui existe entre cette méthode et les accidents syphilitiques qu'elle ne fait que traverser.

(Gazette médicale de Paris, du 3 avril 1852.)

Lettre de M. Auzias-Turenne

A M. le Rédacteur en chef de l' Union médicale.

Paris, le 28 avril 1852.

Monsieur le Rédacteur,

On me communique les numéros de V Union médicale du fi et du 8 avril, dans lesquels, non-seulement mes idées sur la syphilisution se trouvent travesties (j'y suis habitué et je ne m'en plaindrai pas), mais encore où l'on va jusqu'à mettre en cause ma moralité. J'use de mon droit et j'accomplis un devoir, en protestant dans Y Union médicale elle-même, contre ces attaques, dont l'auteur est M. Vénot que je ne connais pas.

Les deux articles dans lesquels mon honneur est outragé, ont été lus, dites-vous, à la Société de médecine de Bordeaux et publiés dans le Recueil de cette Société. Je ne doute pas que le Président de cette Compagnie, qui doit être en même temps le directeur de ce Recueil, n'ait la loyauté de communiquer à l'une et d'insérer dans l'autre ma protestation.

Jusqu'à présent, Monsieur, je me suis abstenu de répondre aux injustes attaques, aux insinuations déloyales et aux allusions malveillantes dont ma doctrine et ma personne étaient l'objet. Je n'ai pas même réclamé contre le retentissement que vous avez donné à l'observation d'une syphilisation mal faite, et dont je n'avais point à rendre compte, parce qu'elle n'était pas mon œuvre. Il m'aurait d'ailleurs répugné, d'une part, de toucher à une question délicate d'individualité, et, d'autre part, de me mêler à une polémique passionnée, tant je redoute de me dévier de la voie scientifique et de devenir, par représailles, injuste envers mes adversaires ! Mieux vaut cent fois être victime que coupable d'une injustice. Mais je ne veux pas souffrir que personne touche à mon honneur !

Quant à ma doctrine scientifique sur la syphilisation, M. Vénot la condamne avant d'en connaître le premier mot. Faut-il donc que je proteste tous les jours contre cette idée perfide de saturation syphilitique pour qu'on cesse de me l'imputer à crime? M. Vénot me fait dire tout le contraire de ce que j'ai écrit, puis il taxe ma pensée de ridicule. Que vos lecteurs s'amusent à relire dans le numéro du 8 avril les premières lignes fort bizarres de sa quatrième observation, et je serai dix fois vengé de ce reproche par la peine du talion que M. Vénot a pris soin de s'infliger lui-même.

Il m'a semblé que les auditeurs de mes cours saisissaient mieux le phénomène nouveau et complexe de la syphilisation, à l'aide d'une comparaison matérielle. J'ai supposé un voyageur qui gravissait et qui descendait les deux versants d'une montagne , j'ai considéré les chancres comme des étapes, et j'ai admis, par fiction, que le plus fort de la vérole du voyageur correspondait au milieu de sa route, c'est-à-dire au sommet de la montagne. Je savais bien que cette comparaison grossière n'était qu'une image imparfaite de la réalité. Je ne m'en suis servi et je ne l'invoque encore aujourd'hui que pour faciliter les études de ceux qui cherchent à comprendre la syphilisation. J'espérais qu'ils en choisiraient le côté sérieux et utile. Pourquoi M. Vénot a-t-il eu le mauvais esprit de faire le contraire? Je n'ai donc pas placé l'immunité à la crête de la montagne, comme il le suppose gratuitement, mais au terme du voyage.

Je suis, au reste, plus que personne, partisan de la simplicité et de la réserve dans l'expression en syphilographie; et, puisqu'on prétend parler morale, j'appelle de mes vœux une réforme dans les habitudes du langage de cette branche de la médecine. N<* devrait-on pas y éviter les phrases équivoques à l'endroit des mœurs et tout ce qui peut tendre à profaner le sanctuaire de la famille? Mais Dieu me garde de faire ici la moindre allusion à qui que ce soit, et en particulier à M. Vénot ! Je ne veux que me justifier d'un reproche qu'il m'adresse.

Où serait donc l'immoralité dans la syphilisation? L'inoculation a été permise pour satisfaire une curiosité scientifique; serait-elle coupable quand elle guérit et préserve d'une affection contagieuse? .1 Cela se réduit en définitive à la solution d'une question des plus simples. La syphilisation guérit-elle la vérole ? Je n'hésite pas à répondre : oui. Que de gens, en eflet, atteints de véroles rebelles au traitement ordinaire, ont trouvé leur salut dans la syphilisation ? Si vous désirez des faits qui le prouvent, vous en aurez assez pour en remplir vos colonnes. N'ai-je pas montré des faits à mon cours, dont la Gazette médicale de Toulouse est aujourd'hui le fidèle écho? N'en ai-jo pas porté des échantillons à 1 Académie royale de médecine de Belgique, dans la séance du 27 mars dernier, où j'ai eu 1 honneur d'être admis à parler sur la syphilisation? Je m'étais rendu à Bruxelles à 1 appel bien-, veillant de M. Seutin, qui m'avait convié à son banquet.

J'ai une ferme confiance dans les destinées de la syphilisation. Les esprits éclairés M impartiaux reconnaîtront sans peine qu'elle revêt tous les attributs des découvertes laites dans notre science. Les voici d'après M. Risuêno d'Amador : « Les caractères de la vraie

lécouverte en médecine sont : 1° d'être niée, méprisée, persécutée à son apparition ; 2° d'avoir l'air d'un paradoxe. » .

M. Arago «lit A s<.»n tour : « Si vous trouvez une chose dans les sciences, attendez-vous à rencontrer deux sortes de contradicteurs, ceux qui la nieront et ceux qui prétendront l'avoir découverte avant vous. ■»

La syphilisation reflète donc exactement l'histoire de toutes les grandes conquêtes médicales. Elle est sœur cadette de la circulation et de la vaccine.

N'est-il pas vrai que cinquante années après l'immortelle découverte de Harvey, la circulation était repoussée de la Faculté de médecine de Paris, sous le décanat de Denyan ? N'est-il pas vrai que l'inoculation de la petite vérole a été condamnée comme un meurtre? Des volumes n'ont-ils pas été écrits, et les Parlements n'ont-ils pas rendu des arrêts contre la vaccine, aujourd'hui obligatoire par-devant la loi, comme un certificat de bonnes vie et mœurs? Le quinquina n'a-t-il pas mis cent ans à se faire agréer? Vous connaissez l'épitaphe de cette vile écorce par Guy-Patin :

Barbarus ipse jacet, sine vero nomine cortex.

Vous parlerai-je de la guerre acharnée faite à l'antimoine? Vous citerai-je les tribulations du mercure qui ont encore un cachet d'actualité?

Bien loin de moi la prétention de m'égaler aux auteurs des plus grandes découvertes; mais les besoins de ma défense exigent impérieusement que je mette la syphilisation sous l'égide de ses devancières.

Ce n'est pas que je veuille l'exempter de son tribut obligé de lutte et de martyre. L'épreuve de la moquerie est la torture légitime de toute vérité naissante, et la calomnie, son baptême. Mais j'ai lieu de m'étonner, Monsieur, que cette consécration me vienne de votre part, avec l'autorisation des confrères honorables qui composent le comité de rédaction de l' Union médicale !

Je n'ai pas d'ailleurs à me plaindre. Une seule vie sauvée, une seule souffrance soulagée m'indemnise des persécutions que m'attire la syphilisation. Mais la plus cruelle et la plus odieuse de toutes, c'est l'accusation d'immoralité. Je dois à mes confrères, je me dois à moi-même de la repousser énergiquement.

Agréez, etc. ( Union médicale du 4 mai 1852.)

Lettre de M. Auzias-Turenne

a M. LE rédacteur en chef de l'Union médicale.

Paris, le 29 novembre 1852.

Monsieur le Rédacteur,

Vous venez d'insérer, dans Y Union médicale du 25 novembre, une lettre de M. Melchior Robert (de Marseille), dans laquelle je suis nominativement désigné, et où mes doctrines et ma pratique sont défigurées, au point qu'il en peut résulter une atteinte grave à ma considération d'homme et de médecin. Je ne puis donc pas la laisser passer sans réplique.

Cela est précédé du titre de Tentatives de syphilisation. Quoi ! M. Melchior Robert s'inocule deux fois, du jour au lendemain, du pus syphilitique, puis renonce aussitôt à se faire de nouvelles inoculations, et il voit là de la syphilisation? M. Melchior Robert s'est donné deux chancres, et rien de plus. C'est, pour le résultat, absolument comme s'il les avait contractés dans un coït impur. Il ne resterait plus, à son compte, qu'à faire peser sur la syphilisation toutes les contaminations syphilitiques possibles !

L'expérience malheureuse de M. Melchior Robert prouverait tout au plus qu'il faut s'abstenir de pratiquer des inoculations isolées, des inoculations diagnostiques, par exemple. Il a donc été imprudent de commencer ou bien de ne pas continuer à se faire dès inoculations. Je suis parfaitement de son avis quand il blâme la syphilisation. Il s'agit, bien entendu, de la sienne.

Quand notre courageux et savant confrère M. Diday s'est inoculé le pus d'un chancre de chat, il n'a pas intitulé le récit qu'il a fait de cette expérience : Tentatives de syphilisation; son dévouement s'est produit sans ostentation, et n'a pas été pour lui un prétexte à incriminer les syphilisateurs.

M. Melchior Robert n'a pas bien choisi la place des chancres qu'il s'est donnés. Puisque vous avez eu la bonté, Monsieur, d'annoncer à vos lecteurs la publication de mon cours dans la Gazette médicale de Toulouse, ils pourront y voir que je recommande de ne pas pratiquer d'inoculations dans le voisinage de l'articulation du coude, excepté vers la fin de la syphilisation. A cette époque, en effet, les chancres ne deviennent ni larges, ni inflammatoires.

Je ne me comporte pas dans ma pratique comme a fait M. Melchior Robert, d'après la méthode de son invention ; aussi n'ai-je point eu à déplorer d'accident semblable à celui dont il s'est rendu victime. Pourtant, le nombre des personnes que j'ai inoculées est assez grand et ne laisse pas que de s'accroître tous les jours. C'est vous dire, Monsieur le rédacteur, que je persiste dans la phrase citée par M. Melchior Robert : Je n'expérimente pas sur mes semblables ; je les soigne et je les guéris, ou bien je les vaccine et je les préserve.

M. Melchior Robert a, dit-il, dans sa clientèle, quelques cas de syphilis rebelles. Je n'ose pas me permetlre de lui demander de m'envoyer ses malades; mais il pourrait voir ce que deviennent les syjihilis rebelles quand elles sont traitées par la syphilisation 1

J'espère pouvoir soumettre bientôt quelques pièces du procès à nos confrères; ils y verront que de vieux ulcères, des véroles rebelles et même des cancers, ont été guéris par des inoculations syphilisatrices. Si je mets quelque retard dans la production de ces documents, c'est principalement parce que j'ai à cœur de leur donner la sanction du temps et de les mûrir par la réflexion, afin qu'ils soient plus dignes de l'attention des praticiens. D'ailleurs, en les faisant paraître dans un moment plus calme que celui où nous sommes, je les dégagerai aisément de toute polémique vive et irritante. La patience et la modération m'ont toujours réussi!

Notre confrère marseillais a laissé percer le bout de l'oreille. Il marche, à n'en pas douter, sous la bannière équivoque de la transplantation, puisqu'il faut l'appeler par son nom. Je pourrais faire sur sa publication plus d'une remarque dont je m'abstiens. Il me suffit que vos lecteurs sachent où trouver mes travaux, ailleurs que dans vos colonnes.

M. Melchior Robert nous apprend qu'il est un sage, et il peut nous flétrir à la faveur d'une prétérition, sans perdre, à ce qu'il paraît, ses attributs. Si j'étais homme, dit-il, « faire cas des souffrances que j'ai endurées pendant la période d'activité de mes inoculations, je n'aurais d'épithète assez flétrissante pour qualifier la syphilisation; mais le SAGE, l'homme qui expérimente, surtout quand il met sa santé et sa vie au service de l'humanité, ne doit point faire parade des 'dangers auxquels il s'est exposé.

L'état de sage est une condition à laquelle j'aspire sans pouvoir y atteindre. Je ne suis malheureusement jusqu'ici qu'un simple mortel, soumis à toutes les faiblesses de mon infime condition. Parmi elles, se trouve l'intention bien arrêtée de répondre à toute attaque dirigée contre moi par un écrivain sage ou non.

Agréez, etc.

P. S. — ■ Vous avez annoncé, sans paraître y ajouter foi, dans votre numéro du 16 novembre, qu'une malade m'avait fait demander à Saint-Lazare, et que j'avais obtenu l'autorisation de la traiter par ma méthode. Rien n'est pourtant plus vrai, Monsieur. La pei'sonne dont il s'agit est sortie satisfaite de la prison, après y avoir été visitée par plusieurs confrères. Je suis heureux chaque fois que je trouve ainsi l'occasion de concilier mes devoirs de discrétion avec mon désir d'opérer au grand jour. Les syphilisateurs ne cherchent pas le bruit, mais ils ne craignent point la lumière.

Je n'aurais pas pris la plume pour vous apprendre cela ; mais vos lecteurs ne me sauront certainement pas mauvais gré d'avoir saisi l'occasion qui s'en présente.

( Union médicale du 21 décembre 1S52.)

Lettre de M. Auzias-Turenne

Page 1