‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 72 sur 205 · ARTICLE BIBLIOGRAPHIQUE SUR LE LIVRE DE M. SPERINO · texte numérisé non relu

ARTICLE BIBLIOGRAPHIQUE SUR LE LIVRE DE M. SPERINO

radical do la doctrine qu'est consacré le livre de l'éminent syphilographe de Turin le Dr Sperino. '

M. Auzias s'était proposé, il y a dix ans, de donner la vérole aux animaux (à des singes, des chats, etc.).

Leur donner des chancres, leur donner la vérole, c'était tout un alors pour tout le

monde, avec la restriction de Yinduration obligée pour l'école de M. Ricord. Enfin

M. Auzias: 1° parvient à communiquer des chancres aux singes; 2° il observe que, à mesure que les chancres se multiplient et se succèdent par inoculation, les subséquents hâtent la guérison des précédents; 3° et que l'aptitude à recevoir des chancres va en diminuant jusqu'à un certain moment, où elle disparaît. (Syphilisation.)

Voilà la révolution en principe; les circonstances la traduiront en fait.

Première réaction, la plus logique de toutes : On contesta la réalité et la signification des chancres du singe; d'où la transplantation. (MM. Cullerier et Ricord.)

C'est l'argument a fortiori; car, si le singe n'a pas de chancre, tout le reste est une lable sans portée.

Parfois vaincu, on transplanta ingénieusement l'argumentation sur un autre terrain : Les singes peuvent avoir des chancres, a-t-on dit, mais de vérole point.

Outre que Y école du Midi pouvait seule se prévaloir de ce principe par les distinctions qu'elle établit entre les chancres, cette étrange assertion ne serait jamais venue à l'idée de personne, si Y antithèse de M. Auzias n'avait eu la syphilisation pour cortège.

C'est là qu'eu est M. Ricord, en fait de syphilisation.

Je le regrette pour ma part, car j'ai, depuis des années, une vive sympathie pour le talent de ce syphilographe. Et, d'abord, la transmission de la vérole aux animaux ne saurait plus être mise en doute. Accidents primitifs, simples ou indurés; accidents secondaires, accidents tertiaires : il y a une foule d'hommes considérables pour les affirmer de visu. Le savant Sigmund (de Vienne) les a surtout bien observés depuis quelque temps (1).

Quant à l'analogie entre le singe et l'homme, j'allais dire leur égalité devant la vérole (qui n'est point absolue), outre que, de bonne foi, personne n'oserait, a priori, affirmer le contraire (2), c'est M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire qui vous l'apprendra.

Mais alors que l'expérimentation, la pratique de M. Auzias, l'irréfragable autorité du savant naturaliste ne suffiraient pas, les quatre-vingt-seize observations de M. Sperino nous prouveront bien amplement le fait de la diminution graduelle observée chez l'homme : ces observations ont été recueillies au Saint-Lazare de Turin. (Syphilicome.)

M. Sperino a appliqué l'inoculation successive ou multipliée contre toute espèce de manifestation syphilitique ; quelquefois il a cru devoir recourir au mercure, à l'iodure potassique. Mais, tout bien supputé, défalqué, l'auteur compte soixante-seize cas de succès nets. Beaucoup des quatre-vingt-seize cas appartiennent aux premières tentatives de la méthode, et, si exigeant que l'on soit pour toute innovation, malgré les incertitudes pratiques du début, malgré les difficultés obligées venant des malades, de l'ombrageuse phalange des partisans du statu quo, des discussions sanglantes, des condamnations par entraînement, des jalousies, des envies, en dépit enfin des obstacles que rencontre partout laj vérité, le livre de M. Sperino donne gain de cause à M. Auzias. — Je ne vais pas ici éplucher les Observations de M. Sperino, travail de bénédictin, que j'ai fait dans le silence du cabinet, et, n'eussé-je rien vu avant, je vous dirai : J'ai lu, j'ai compris, j'ai cru.

Lisez donc!... Bien plus, vérifiezl Les Observations prouvent beaucoup à celui qui les. recueille, bien moins à celui qui les lit, et rien à celui qui y met tout en question, car seul il y veut répoudre de sa propre main ou de ses propres yeux.

Que de fois M. Ricord nous disait, à sa clinique, quand M. Vidal annonçait une inoculation d'accidents secondaires : « Vous me permettrez, Messieurs, de ne m'en rapporter qu'à mes yeux. »

Quand on oppose une fin de non-recevoir à tout ce que l'on n'a pas vu, et M. Ricord n'est pas le seul ; quand on aura contesté des faits plein un livre, et le diagnostic et la' guérison, on aura noirci bien du papier et perdu bien du temps.

Ce livre est un monument, et vous aurez beau y gratter l'inscription, chacun saura qui l'a élevé, et en l'honneur de quel homme : je veux dire de quel principe.

La syphilisation, dans ce livre comme ailleurs, se montre inoffensive, c'est-à-dire sans danger aucun pour la santé. Bien plus, ainsi que M. Auzias le proclamait, les singes et les hommes se portent mieux que jamais quand la cure est terminée.

(1) J'ai vu il y a un mois, chez M. Auzias-Turenne, une chatte qui, après avoir passé par divers accidents syphilitiques, porte à la lèvre une ulcération à remporte-pièce, couleur chair à jambon, de près de 1 centimètre de largeur, de 2 à 3 centimètres de profondeur : c'est la vérole signée en gros caractères.

(2) Depuis les expériences sur l'inoculation de la morve, de M. Rayer.

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