ARTICLE BIBLIOGRAPHIQUE SUR LE LIVRE DE M. SPERINO
La pratique eu est facile, les soins, pendant lo traitement, presque nuls. — Pas plus que la vérole elle-même, la syphilisation n'empêche un érysipèle, une pleurésie, et, quand les adversaires du mercure reprochent à M. Ricord les complications des vérolés qui subissent ce traitement, « la vérole n'empêche rien, leur dit-il; elle est tolérante pour toute maladie qui voudra se greffer sur le lieu qu'elle habite. » Y compris les effets du mercure, n" est-ce pas? vous dira-t-on. — Ah! combien il faut d'indulgence pour ne pas tourner contre vous chacun des arguments que vous invoquez contre vos différents adversaires!
Voyons un peu la pratique dans ses détails : tout est là. Qui, en effet, conçoit une pratique sans règle? „
M. Ricord vous dit : No sont inoculables que les accidents primitifs, et avant leur période de réparation, qui survient quelquefois en un clin d'œil ; mais, si vous lui laissez choisir son pus dans ces conditions, il l'inoculera à tout sujet.
Avec M. Vidal, avec l'hôpital Saint-Louis, avec M. Velpeau et bien d'autres observateurs, avec M. Auzias, enfin, M. Sperino a inoculé des accidents secondaires; avec la plupart d'entre eux, il admet des blennorrhagies virulentes en l'absence de tout chancre larvé.
Pour syphiliser, M. Sperino prend donc du pus partout où un accident n'est pas encore en voie de cicatrisation, et, si l'inoculation n'a pas toujours le même résultat, c'est que les individus que l'on inocule ne sont pas au même degré de syphilisation, etc.
Le pus que sécrète le chancre, au contraire, serait toujours identique chez un individu; presque également virulent tant que l'accident n'est pas à sa dernière période; car M. Sperino admet au moins une période intermédiaire, comprise entre la cessation du progrés et le commencement de la cicatrisation.
Eh bien! M. Auzias avait ajouté ceci : Le pus sécrété par un accident syphilitique offre des degrés de virulence diminuant sans cesse : 1° en raison du nombre d'inoculations antérieures; 2° en raison de la durée de V accident présent. Il résulte de là que, pour syphiliser, il demande au pus d'où il vient et où il va, tandis que M. Sperino s'occupe surtout de la destination ou de l'état du syphilisé.
En lisant attentivement les Observations de M. Sperino, on est tenté d'expliquer des syphilisations incomplètes et terminées par les mercuriaux, des traitements prolongés, de nombreuses inoculations avortées, par la théorie Auzias : elle y satisfait pleinement.
Ce qui fortifie cette théorie, c'est son heureuse application au phagédénisme, faite par M. Auzias, contrairement à l'opinion de M. Sperino.
Je soumets le passage suivant de Fernel à la méditation du. chirurgien de Turin, l'homme courageux, éclairé autant qu'instruit, qui, le premier, a su et pu introduire la syphilisation dans l'hôpital spécial qu'il dirige : « Or, cette communication se fait ou à quelqu'un qui ne l'avait pas par un qui en est entaché, ou bien à un qui l'avait déjà par quelque autre qui]en est beaucoup plus gasté; et ne se prend jamais d'un qui est également vérole, ou qui ne l'est pas tant. Ceux qui sont en même degré de cette maladie peuvent coucher ensemble sans danger, et, néanmoins, tous les deux peuvent donner, par le congrez, à d'autres moins malades. » Ce qui suit dans le chapitre ne laisse aucun doute sur la justesse de mon interprétation. (Fernel, Path., liv. VI, ch. XX : De la vérole.)
L'autorité n'a plus de Rapport à demander à présent. Les hommes éclairés qui disposent des établissements hospitaliers peuvent juger par eux-mêmes, il suffit d'un sens droit, à quel Degré il serait à la fois humain et juste, logique et utile, de mettre M. Auzias à même de réaliser sa découverte, et de l'appliquer telle qu'il l'enseigne et la pratique en particulier.
HlFFELSHEIM.
(Revue médicale du 15 juin 1853.)
A M. LE PROFESSEUR BŒCK, A CHRISTIANIA (NORWEGE)
Paris, le l" juillet 1853.
Monsieur et très-honoré Confrère,
J'avais connaissance de vos beaux travaux, et notamment de votre excellent Mémoire sur une nouvelle espèce de gale, publié dans les Annales de la syphilis, etc., lorsque j ai appris par M. Holss fils que vous aviez entrepris des cures par la syphilisation. Je fus très-heureux de le faire annoncer dans nos journaux. Une aussi grande question que la
syphilisation ne pouvait que gagner beaucoup à être étudiée par un savant aussi distingué que vous l'êtes.
C'est vous dire assez, Monsieur et très-honoré confrère, la satisfaction que m'a causée M. Hubs, par les détails qu'il m'a obligeamment donnés sur les inoculations que vous avez déjà laites, et par la communication qu'il a bien voulu me faire des observations que vous lui aviez envoyées.
Les dessins linéaires que m'a remis M. Huss m'ont montré tout le parti qu'on peut tirer de l'excellente idée que vous avez eue de numéroter leschancres, et d'indiquer parties lignes à flèche la filiation de ces chancres. Malheureusement l'ignorance dans laquelle je suis de votre langue ne m'a pas permis de tirer de vos observations toute l'utilité que j'aurais voulu. Mais votre lettre me montre que je n'aurai rien à perdre désormais, si vous avez la bonté de me faire de nouvelles communications. Je suis donc bien satisfait de savoir que notre langue vous est familière. J'ai mille remercîments à vous adresser de ce que vous avez eu la bonté de m'écrire.
Vous m'apprenez une chose qui pique beaucoup ma curiosité, à savoir qu'il y a chez vous beaucoup de véroles graves et peu de chancres primitifs inoculables. Serait-ce parce que la syphilis constitutionnelle se communiquerait chez vous très-souvent d'emblée? Cela est digne d'être éclairci.
J'ai déjà observé, comme vous, que le mercure apportait des entraves à la cure syphilisante; je l'ai écrit dans une lettre qui se trouve dans le volume des Lettres de M. Ricord, sur la syphilis ; mais le fait n'est pas général ; il ne se présente guère, par exemple, quand la cure syphilisante est précédée de purgations ou de saignées. La cure syphilisante est souvent retardée par le mercure, mais peut-être n'en est-elle que plus solide.
Apportez dans l'étude de cette question toutes les lumières de votre esprit distingué.
Je partage entièrement votre avis sur les différences que vous avez observées dans les différentes qualités de pus. Vous recevrez dans ma lettre trois échantillons de pus dont l'un est très-énergique.
Les personnes qui ne sont pas encore guéries complètement après avoir épuisé leur réceptivité syphilitique, guériront plus tard d'elles-mêmes. Ne vous en inquiétez pas.
J'accepte avec reconnaissance l'offre que vous me faites de m'envoyer vos observations pour les publier. Si vous avez la bonté de me les envoyer dans notre langue, sans vous préoccuper des incorrections de forme, j'en ferais moi-même disparaître les négligences ; je prierais ensuite M. Flourens de les présenter, — en votre nom, — à l'Académie des sciences; puis, immédiatement après, je les publierais dans un de nos journaux de médecine que je vous enverrais.
Dans le cas où vous n'auriez pas les matériaux d'un Mémoire, écrivez-moi sous forme de lettre tout ce que vous aurez observé, et je publierai votre lettre.
Vous rendriez par là de grands services ; et si je vous parle ainsi franchement, c'est parce que je connais votre talent et votre dévouement à la science et à l'humanité.
Agréez, etc., etc.