‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 75 sur 205 · LETTRE A. M. LE PRÉSIDENT DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE DE BELGIQUE · texte numérisé non relu

LETTRE A. M. LE PRÉSIDENT DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE DE BELGIQUE

Paris, le 25 juin 1858.

Monsieur le Président,

Dans la séance du 11 février dernier, une communication, peu courtoise à mon égard, a été faite à propos de sypliilisalion, à l'Académie royale de médecine de Belgique, par l'honorable M. Verheyen.

Cet académicien semble vraiment se réveiller d'un sommeil sexennal, car, n'était une simple et dédaigneuse mention des travaux du savant W. Bœck, nonseulement il n'apporte aucun élément nouveau à la solution de la question, mais encore il reproduit, sans y changer absolument rien, erreurs et injures, tout ce qui a été débité, il y a six ans, contre la syphilisation et contre moi. Je me suis cru un instant rajeuni en lisant l'incroyable communication de M. Verheyen. Mais, qu'il me soit permis de le dire, cet oubli des bienséances et ce défaut, non pas de savoir, mais de renseignements même approximatifs, ne sont-ils pas de nature à surprendre beaucoup, chez un membre d'ailleurs distingué d'une Académie renommée en Europe par sa libéralité et son indépendance scientifiques, laquelle compte dans son sein tant de noms honorables et chers à la science?

D'ordinaire, je n'interromps pas mes travaux pour répondre à des attaques de ce genre, que je considère bien plus comme une profanation que comme un culte de la science. — L'Académie me pardonnera une franchise qui égale à peine la rudesse du langage de M. Verheyen ; — mais je ne puis pas montrer la même indifférence, le même dédain, pour un outrage qui m'est adressé en présence d'hommes aussi éminents que les Seutin, les Vleminckx, les Didot, les Fallût, les Marinus, etc., et tout près du lieu où se dresse, comme un avertissement à tous les contempteurs du progrès, la statue du grand Vesale.

Ayant à combattre l'opinion d'un homme de la considération de M. Verheyen, je suis placé dans l'alternative regrettable de lui reprocher son défaut de loyauté ou son manque de savoir. Or, je me hâte de déclarer que la bonne foi de l'honorable M. Verheyen ne m'est pas suspecte et que, si je me trouve obligé de dénoncer son ignorance, c'est sans l'en accuser aucunement.

En effet, sans vouloir rappeler ici les motifs de l'opposition qu'a rencontrée en France ma découverlej je puis dire que la presse médicale de Paris s'est généralement montrée hostile à la syphilisation, quand elle ne s'est pas tout à fait abstenue d'en parler. C'est pourquoi M. Verheyen, privé de tout renseignement ou mal renseigné, a pu écrire dans son Mémoire la phrase suivante : « Je n'avancerai rien qui ne soit appuyé des témoignages les plus irrécusables ou de faits en dehors de toute contestation ; » tandis que, au contraire, il avance à peine un seul fait qui n'ait été de ma part l'objet des plus vives comme des plus itératives protestations.

Je conteste la vérité des assertions de M. Verheyen, et je vais les réfuter chacune dans le rang qui lui convient :

I. M. Verheyen suppose, page 349 du Bulletin de V Académie, quoj'ai été con-

duit à l'idée de syphiliscr l'homme « parce qu'il ne peut être atteint de la syphilis constitutionnelle qu'une fois dans le cours de sa vie ».

Je défie l'honorable M. Verheyen d'étayer son assertion d'un seul de mes écrits, d'une seule de mes paroles. J'ai été conduit à l'idée, que j'ai bientôt mise en pratique, de syphiliscr l'homme, parce que j'avais constaté que le phénomène de la décroissance successive des chancres, arrivé jusqu'à l'impossibilité de produire la moindre ulcération, ne s'accompagnait pas, chez les animaux sur lesquels j'expérimentais, de symptômes constitutionnels et se trouvait, au contraire, compatible avec la plus florissante santé.

L'assertion de M. Verheyen est empruntée au langage de M. Ricord, qui n'a pas tout d'abord, sans hésiter, répudié la syphilisation, et qui n'aurait pas été fâché de la faire dériver d'une opinion émise par lui, et dont la phrase précitée de M. Verheyen n'est qu'une tardive reproduction.

Il en est de même de l'opinion erronée que soutient encore l'honorable M. Verheyen, quand il prétend que je n'ai pas pu donner aux animaux la syphilis constitutionnelle.

On comprend, en effet, de quelle importance il pouvait être pour M. Ricord, qui s'était obstinément refusé à admettre que les animaux pussent contracter la syphilis, de se réfugier derrière une fin quelconque de non-recevoir, lorsque, vaincu par l'évidence dans un tournoi public et battu par moi dans tous ses retranchements successifs, il fut obligé de convenir que les animaux peuvent contracter des chancres.

C'est pour déguiser cet aveu pénible, en le faisant suivre d'un palliatif, qu'il prétendit, nonobstant les faits les mieux avérés, que les animaux ne pouvaient être atteints de la syphilis constitutionnelle. M. Ricord cherchait encore, par cette tactique indigne d'un savant, à déplacer ou à obscurcir la question, et à jeter de la défaveur sur la syphilisation en l'entachant d'une erreur primordiale, d'un vice originel. Mais aujourd'hui la syphilis constitutionnelle est si facile à démontrer chez les animaux, et d'ailleurs la syphilisation est tellement devenue indépendante de cette question, que, dans l'impossibilité où je me trouve de tout dire, je ne veux engager aucune discussion sur ce point avec l'honorable M. Verheyen.

Ce n'est donc pas le moins du monde en m'appuyant sur une idée de M. Ricord, mais guidé exclusivement par l'observation et la logique, que j'ai rendu, je crois, à l'humanité un grand service par la découverte de la syphilisation. Certes, si j'avais pu concevoir d'abord quelques doutes sur l'importance de cette découverte, ils n'auraient pas manqué d'être dissipés bien vile par le concert de réprobation dont elle fut accueillie. On n'aurait certainement pas fait tant de bruit autour d'une idée dangereuse ou d'une utopie.

II. M. Verheyen s'exprime ainsi, page 351, à propos de M. Lindeman : « Ce martyr de la syphilisation offre des bras labourés par des ulcères phagédéniques, et son habitude extérieure traduit tous les caractères de la syphilis constitutionnelle, sous la forme la plus grave. »

Ne croirait-on pas, à la lecture de cette phrase, que M. Lindeman a été victime de la syphilisation, ou que tout au moins il a dû aux inoculations successives d'être atteint de la syphilis constitutionnelle? Rien n'est en réalité plus inexact:

a. Avant de se soumettre à la syphilisation, M. Lindeman s'était inoculé un produit d'accident secondaire, et se trouvait en pleine vérole sous forme papuleuse à l'époque de sa première piqûre syphilisatricc. M. Ricord ne pouvait l'ignorer lorsqu'il présenta ou fit présenter M. Lindeman aux Sociétés savantes,

do manière à insinuer ou à laisser croire que ce confrère avait été infecté par la syphilisation. C'était vouloir détourner l'attention du fait important do l'inoculabilité des accidents secondaires, et chercher en môme temps à faire peser sur moi et sur ma doctrine la plus grave des responsabilités. L'opinion avait été si habilomont égarée et tellement exaltée contre moi, que mes réclamations furent étouffées dans le sein de ces Compagnies. Le fait est que M. Lindeman était au commencement de la troisième semaine d'une syphilisation commencée par moi et continuée, Dieu sait comme, par M. Ricord lorsqu'il fut exhibé â la Société de chirurgie par l'interne de M. Ricord, et à l'Académie de médecine par M. Ricord lui-môme, avec beaucoup d'apparat et de mise en scène. On parvint ainsi à toucher la sensibilité et à pervertir le jugement de personnes étrangères à la syphilologie et même de gens du monde qu'on avait adroitement attirés.

N'était-ce pas comme si l'on montrait à des ignorants, peu de jours après l'opération, un amputé pour faire ressortir dans leur aspect horrible les désordres produits par le couteau et pour faire proscrire la grande chirurgie?

fa. M. [Lindeman, dont la syphilisation a été ultérieurement achevée, s'est toujours très-bien porté depuis, sans avoir jamais pris, dit-il, une molécule de mercure. Je défie MM. Ricord et Verheyen d'infirmer cette assertion.

III. M. Verheyen cite, d'après M. Ricord, l'exemple d'un jeune officier qui n'aurait pas été guéri de la syphilis constitutionnelle par quelques chancres artificiels.

Ce fait ne m'est pas personnellement connu ; mais, tel qu'il est rapporté, il ne prouve absolument rien contre la syphilisation, que je n'ai jamais fait consister chez l'homme dans la production de quelques chancres artificiels.

IV. M. Verheyen parle d'un étudiant, qui serait mort des suites de la syphilisation, et d'une jeune fille, maîtresse de cet étudiant, qui n'aurait point été guérie de la syphilis par les inoculations successives.

Ce sont deux faits qu'on a travestis et que j'ai rétablis dans leur vérité, en répondant à la Commission des dialogues.

Ce nom singulier de Commission des dialogues est resté à une Commission instituée dans de bonnes intentions, auxquelles tous les membres n'ont point répondu, pour examiner la syphilisation. Au lieu d'un Rapport, ils mirent au jour,- à grand fracas de publicité, un dossier exclusivement composé de dialogues aussi offensants pour la vérité que pour moi-même. Une chose incroyable dans cette pièce historiquement curieuse, mais aussitôt oubliée, c'est que les conclusions elles-mêmes sont dialoguées comme les conversations du théâtre. Ces messieurs avaient bien effectivement un peu l'air de jouer la comédie.

J'ai rendu publique ma réponse à ce factum étrange par une brochure intitulée : Lettre a M. le Préfet de police sur la syphilisation. J'y parle des deux faits en question sous les titres de 2° et 3e Faits (1).

V. Quant au Dr Laval, il n'est redevenu apte à contracter de petits chancres après sa syphilisation que parce que cette syphilisation avait été consécutive à plusieurs traitements mercuriels; mais tandis que, avant sa syphilisation, Laval avait procréé un enfant qui n'a pas pu vivre, il en fit un autre après elle, avec la même mère, plein de vigueur et de santé. Par un effet du hasard, ce second

enfant est venu au monde à l'Hôtel-Diou, dans le service et sous les auspices de M. Piedagnel, dont on connaît le mauvais vouloir à l'égard de la syphilisation. Comme ce petit être, image de son père et premier produit d'un syphilisé, fut tourné, contourné et retourné! Mais on vain avait-on conçu l'espoir inhumain de le trouver malade! Il fallut y renoncer. On s'est bien gardé d'en rien dire, tandis qu'on m'aurait objecté cent fois le moindre bobo du petit garçon. Fidèle à ses antécédents et à ses convictions, le- Ur Laval a pratiqué sur nos braves officiers et sous les murs de Sébaslopol, — n'en déplaise à M. Bégin.— plusieurs sypbilisalions efficaces dans des circonstances de fatigues, d'excès et de privations, où un traitement mercuriel n'aurait pas été possible.

VI. M. Verheyen dit, page 355 : « Dans la discussion dont la sypbilisalion a été l'objet à la Société de médecine de Christiania, on s'aperçoit que M. Bœck combine avec la pratique le mercure et l'iode. Dès lors, les sypbilisalions de la Norwége n'entrent plus en ligne de compte. »

M Bœck n'a jamais eu recours au mercure que dans les cas où ce médicament avait été employé déjà avant la syphilisation. Cotte circonstance de l'intervention d'un traitement mercuriel préalable rend effectivement moins sûrs ou plus incertains les résultats des inoculations successives; mais peut-on juger ainsi, en quelques mots et aussi faussement, les admirables travaux et le dévouement plus admirable encore de M. Bœck pour la science?

VII. « A Bruxelles, » dit encore M. Verheyen à la page 345, « M. Thiry, dont personne ne récusera la compétence en syphilographie, a démontré, par une série d'observations bien faites, minutieusement décrites et qui défient la critique, toute l'inanité de cette doctrine. »

Loin de moi l'intention de récuser la compétence de M. Thiry, pas plus que de personne, en fait de syphilis ; mais je conteste absolument la valeur des trois observations qu'il a publiées contre la syphilisation, et qui formeraient, d'après M. Verheyen, une espèce de faisceau à l'épreuve de la critique. Je ne dirai rien de la confusion qu'établit M. Thiry entre le sens du mot syphilisme et celui du mot syphilisation, non plus que de l'opinion singulière, pour ne pas dire obscure, de cet honorable confrère sur le chancre et sur la manière dont toute la constitution se trouve syphilitiquement infectée. Je me bornerai à quelques remarques sur chacune de ses trois observations, qui sont si parfaites d'après M. Verheyen :

Observation I. — a. Il s'agit d'une malade qui avait déjà subi un traitement mercuriel. En quoi consista ce traitement? Quelle fut sa durée, quel fut son résultat, etc.? Il n'est pas dit un mot de tout cela dans cette observation minutieusement décrite. Nous sommes cependant assez renseignés pour en suspecter la valeur. En effet, faut-il le redire? n'ai-jc pas toujours considéré la ??iercurialisation comme un obstacle sérieux à l'application régulière de la méthode syphilisatrice? b. Tout s'est passé en moins de quarante jours, sans que même cinquante chancres eussent été produits; c'est donc une syphilisation seulement commencée. C'est là ma plus grave objection.

Observation II. — Soixante inoculations en quaranle-huit jours. Donc, dirai-jc encore, syphilisation incomplète.

Observation III. — Vingt-cinq inoculations en vingt-huit jours! Et M. Thiry affirme qu'en voyant cette malade (c'était une fille publique) j'aurais déclaré que la syphilisation existait chez elle. Est-il besoin de protester contre cette assertion de M. Thiry?

Que M. Thiry mo permette, puisqu'il veut bien invoquer mon témoignage, de lui signaler la première cause de son insuccès et le motif de son défaut do patience. C'est qu'on expérimentant la syphilisation, il était outre mesure préoccupé do l'idée, et peut-être aussi de l'espoir, delà trouver mauvaise. Il n'a donc pu transmettre aux autres une confiance dont il était lui-môme dépourvu. Cela explique la répugnance, l'indocilité de ses malades, et son propre désistement. En effet, la confiance de réussir est un grand élément de succès. En même temps qu'elle communique un courage supérieur aux obstacles, elle inspire la plus salutaire et la plus énergique persévérance. Je suis loin d'envier le sort do ceux qui n'ont pas éprouve dans leur âme toute la puissance d'une conviction secondée par une volonté ferme.

En définitive, M. Thiry n'a complètement ni bien fait aucune syphilisation. Il cherche, d'ailleurs, si peu à cacher ses préventions, qu'il déclare sans arlifices, à la fin de sa troisième observation, page 22 de sa brochure: que si de nouveaux essais avaient eu lieu, l'inoculation chancreuse se serait perpétuée à l'infini, comme dans les observations précédentes. A I'inftni ! n'est-ce pas une expression qui rappelle toute la rigueur du langage des mathématiques '.'Étrange aveu pourtant, qui met hautement une présomption à la place du fait, dans un travail qui, d'après M. Verheyen, défie la critique, et que M. Thiry résume luimême par un modèle achevé de modestie et de bon goût. « Ce Rapport sera lu avec un certain intérêt, car il traite de la syphilisation sous un point de vue qui nous paraît nouveau, et qui fait ressortir d'une manière décisive l'inanité de cette singulière théorie qui répond au nom de syphilisation. »

J'ai longtemps fait des efforts, M. le Président, pour retenir les coups que je viens déporter à M. Thiry, lequel je considère infiniment. J'avais pris le parti de ne rien dire de ses observations ni de son Mémoire, bien qu'ils aient été dirigés à bout portant contre moi ; j'espérais qu'on se lasserait enfin de me les jeter à la face, et que M. Thiry viendrait peut-être un jour lui-même à résipiscence; mais je n'avais aucunement fait vœu de patience, et c'est moi-même qu'on a lassé. Donc, j'ai dû faire justice d'un argument contemptible, mais importun. Que M. Thiry s'en prenne à M. Verheyen. — Je demande pardon à l'Académie de la vivacité que je viens d'avoir.

VIII. M.Verheyen appelle, page 342, la syphilisation une innovation moderne conquise à la vapeur.

Je suis on ne peut plus touché de cette façon exquise d'apprécier plusieurs années de travaux et de sacrifices qui durent encore ! Mais peut-être n'ai-je pas bien compris M.Verheyen, et cet honorable académicien veut-il faire aussi un procès à la vapeur!

IX. M. Verheyen semble triompher, page 3S0. à l'instar de M. Bégin, par la citation écourtée des conclusions de mon premier Mémoire.

Un jurisconsulte ne demandait qu'une ligne de l'écriture d'un homme pour le faire pendre; il n'en faut pas autant que cela à M. Verheyen pour me condamner: un et cœtera va lui suffire. Il en fera sortir tout ce qu'il veut. Mes conclusions, pourtant, ne sont que dogmatiques; j'avais d'autant plus le droit d'y écrire, par exemple, on pourrait éteindre la syphilis dans le monde par une syphilisation universelle, que rien n'est en effet plus vrai, une fois l'hypothèse admise d'une syphilisation universelle, et que j'insistais beaucoup, dans le cours du Mémoire, sur le caractère purement scientifique et éventuel de ces conclusions quand elles sont exprimées au conditionnel. Est-ce ma faute si mon œuvre a été soumise à

un lit de Procustc et mutilée ? Est-ce ma faute si l'Académie de médecine a étouffé mes justes et pressantes réclamations? Est-ce ma faute enfin, si presque toute la presse médicale de mon pays s'est faite complice, soit par dédain, soit par crainte (je ne veux supposer que des motifs avouables), du jugement sommaire et de l'étouffemcnt systématique d'une idée française, sans qu'on ait laissé à l'inventeur de cette idée le droit, qu'on ne retire pas môme à un criminel, de présenter ses explications et sa défense?

Mais encore, supposez que, dans mon enthousiasme, qui était pur, j'en atteste ceux qui m'ont vu de près à cette époque, et sans lequel, j'en ai le sentiment intime, je n'aurais pu m'élever à la hauteur d'une grande conception; supposez, dis-je, que, dans cet enthousiasme, j'aie d'abord exalté les destinées de ma découverte, fallail-il donc en prendre acte pour rejeter la découverte elle-même, et en faire un crime à celui qui n'était coupable, après tout, que d'un amour exclusif et passionné pour la vérité? Étais-je donc si peu accessible aux conseils et à la critique qu'il fallût commencer par des calomnies et des injures à mon égard? Pouvait-il, d'ailleurs, résulter beaucoup de mal de ma prétendue exagération? Oh! non, non! — le résultat l'a bien montré, — le danger n'était pas de ce côté-là! Les hommes, — surtout les compatriotes d'un inventeur, — n'adoptent pas si facilement les idées nouvelles, qu'il faille rien craindre, dans le principe, de l'exagération de ces idées.

X. M. Verheyen m'objecte, page 357, une série d'affirmations relatives aux virus et de la nature de celle-ci : « Le vaccin inoculé au mouton ne le préserve pas de la clavelée. »

Il ne m'est pas possible de saisir aucun lien logique ni analogique entre de semblables affirmations et le fait lui-même de la syphilisalion. En quoi ces affirmations pourraient-elles donc empêcher la syphilisation d'être vraie ? Il y a certainement erreur ou confusion dans l'esprit de l'honorable membre. Le fait est-que je ne comprends pas cette classe d'objections.

XI. M. Verheyen dit, page 349 : « On n'a pas craint d'imprégner, de saturer l'économie de l'homme d'un poison, etc. »

J'ai répondu jusqu'à satiété qu'il s'agit là d'une théorie, et que le syphilisé n'est pas plus saturé du virus syphilitique que celui qui vient d'avoir la variole n'est saturé de virus varioleux. L'un est garanti contre la syphilis, comme l'autre est à l'abri de l'action du principe de la variole. D'ailleurs, les virus ne sont pas des poisons; ils sont des virus.

XII. « En Prusse, les syphilisateurs sont livrés aux tribunaux, etc. »

Je crois que l'honorable membre calomnie l'Administration Prussienne ; mais, son assertion fût-elle fondée, qu'elle ne prouverait absolument rien contre la syphilisation, puisqu'elle supposerait, au contraire, l'existence de l'autre côté du Rhin de syphilisateurs courageux.

XIII. Je passe sous silence les tirades dénonciatrices de M. Bégin et les propos offensants de M. Ricord, reproduits par M. Verheyen avec une extrême complaisance. C'est une contrefaçon qui me paraît bien en retard. Je m'arrête, page 318, à cette phrase peu rationnelle : « Il suffit qu'il reste une objection à soulever pour déclarer les expériences incomplètes et blanier les syphilisateurs qui n'ont pas hésité à porter un poison homicide dans l'organisme de leurs semblables. »

Jo ne dirai plus rien du poison homicide. Mais quoi ! on a donc eu raison, d'après M. Verheyen, dé rejeter de prime abord la doctrine de la circulation, parce qu'elle n'est pas sortie parfaite du cerveau de Harvey, comme Minerve de celui de Jupiter? On aurait encore eu raison de rejeter, comme on l'a fait, le quinquina, do proscrire la vaccine, etc.? L'honorablo M. Verheyen a sans doute dil autre chose que ce qu'il prétendait dire.

Il est donc établi, Monsieur le Président, que la syphilisalion est restée, dans l'opinion de M. Verheyen, absolument ce qu'elle était après la condamnation prononcée contre elle par l'Académie impériale de médecine. Cet immobilisme se comprend de la part de ceux qui sont dans la disposition d'esprit de M. Verheyen. En effet, pourquoi s'occuperaient-ils d'une chose, étudieraientils une découverte absurde, dangereuse et immorale à leurs yeux?

Le cadre restreint d'une lettre m'empêche de vous tracer le tableau des progrès accomplis et des conquêtes faites récemment par la syphilisalion. Sans cela jo vous démontrerais, entre autres choses, par des preuves irrécusables, qu'elle est bien accueillie dans les Facultés de médecine de Strasbourg et de Paris, et qu'il n'est guère prudent d'y présenter des thèses où il serait par trop dédaigneusement parlé de la nouvelle doctrine.

M. Verheyen s'élève avec force contre les détracteurs de la vaccine, qu'il compare aux hydropathes, aux syphilisateurs et aux partisans de ce qu'il appelle la pneumonisation. M. Verheyen me semble faire une étrange confusion et intervertir singulièrement les rôles; c'est lui-même, au contraire, qu'il devrait comparer bien vite aux détracteurs de la vaccine. Eh! la vaccine n'estelle pas la sœur aînée de l'hydropathie, de la syphilisation et de la pneumonisation, qu'il voudrait en vain étouffer?

L'honorable M. Verheyen n'est donc bien renseigné sur la syphilisation ni au point de vue dogmatique ni au point de vue pratique. Je l'engage à faire de nouvelles études ailleurs qu'auprès de l'honorable M. Thiry. Ce n'est pas sous le boisseau qu'il faut chercher à voir briller la lumière. Qu'il imite la louable conduite des docteurs Lindsay (d'Édimbourg) et Charlton de (Newcastle), qui, après avoir visité le service de M. Bœck, à Christiania, ont changé d'avis sur la syphilisation, et ont eu le courage et la loyauté de le déclarer dans les journaux de médecine d'outre-Manche.

Quant à moi, j'ai toujours occasion d'appliquer la syphilisation, à la satisfaction de mes clients et à la mienne. Je crois donc que quand cette méthode aura été publiquement éprouvée ici, et sur une assez large échelle, elle triomphera aisément de l'incrédulité des confrères qui sont loyaux et amis du progrès ; mes adversaires le savent parfaitement.

On serait, en effet, bien mal informé de ce qui s'est passé à Paris, si l'on pouvait croire que tout le bruit qu'ils ont fait en 1851 avait un autre but que celui de paralyser l'initiative de l'Administration et d'empêcher l'application officielle de la syphilisation. Nous sommes à présent, grâce à eux et à notre Académie, à la remorque de l'étranger.

Par déférence pour l'Académie de Belgique et par respect pour moi-même, je m'abstiendrai de relever les injures personnelles que M. Verheyen m'adresse à la page 351, et dont j'aurais dû être au moins préservé par la frontière qui nous sépare. Je ne veux même en conserver le ressentiment que pour y opposer avec reconnaissance la faveur que j'ai reçue de la Compagnie lorsqu'elle me fit l'honneur, il y a six années, de me permettre de siéger dans son sein et do prendre part à ses discussions.

Je suis, Monsieur le Président, etc., etc.

LETTRE A. M. LE PROFESSEUR W. IÎŒCK, A. CHRISTIANIA (NORWÉGE)

Paris, le 10 août 1858.

Très-cher et très-honoré confrère,

Vous êtes plus à même que moi de juger, en parfaite connaissance de cause, le sentiment de votre honorable collègue, M. Faye, à l'égard de la syphilisation. Je n'ai pas été témoin, bien entendu, des faits inédits sur lesquels il s'appuie, et mon habilude n'est point d'user envers mes adversaires d'un procédé dont je n'ai eu que trop à me plaindre personnellement, et qui consiste à porter, d'après les errements du passé, un jugement sur les questions dont la solution dépend surtout de l'avenir.

Je ne chercherai pas non plus à avoir raison, dans votre esprit, sur M. Faye, touchant le résultat fort discutable, d'après lui, de mes expériences sur les animaux. Votre collègue fait sans doute allusion à la prétendue non-production chez les animaux de symptômes constitutionnels. 11 suffit pourtant d'inoculer un certain nombre de bêtes par du pus chancreux, et de les garder pendant plusieurs mois, pour voir naîLrc chez quelques-unes d'entre elles des symptômes évidents de syphilis constitutionnelle. Je pourrai vous raconter plus tard des expériences détaillées sur ce sujet; mais la syphilis des animaux est une question devenue secondaire, dont je ne veux pas sans à- propos et à tout propos vous entretenir.

Une chose, entre autres, a fixé mon attention dans la publication de M. Faye: c'est que, pour arriver à condamner la syphilisation, il a du reconnaître la nécessité d'expérimenter, et l'efficacité, au moins dans certaine mesure, des inoculations successives. C'était faire assez bon marché de ce qui se pense et se passe à l'hôpital du Midi, où il n'est prétexte qui ne soit le bienvenu pour empêcher des syphilisations publiques. On paraît, en effet, y redouter singulièrement des résultats qui ne manqueraient pas de rendre très-prochain lo triomphe de la syphilisation en France. N'est-il pas bien étrange que dans un lieu où ont été faites, depuis vingt-cinq ans, des milliers d'inoculations de curiosité pure, on ne veuille pas en tenter une seule au bénéfice des malades?

Sans le savoir, peut-être, M. Faye a porté d'autres et de rudes coups à l'hôpital du Midi. Il a dù montrer notamment les inconvénients de changer tout à coup de doctrine, après avoir travaillé pendant un quart de siècle à former une armée de disciples. Ceux-ci, attachés pour la plupart à leur vieux drapeau, deviennent indisciplinés parce qu'ils ont de la peine à comprendre le rôle inattendu qu'on prétend leur faire jouer.

Connaissez-vous bien tout le dégât que l'hôpital du Midi a fait lui-même dans sa propre doctrine ? Celle-ci pouvait, vous en souvient-il, se résumer dans une seule phrase: le chancre est seul inoculable ; il peut donc seul donner la vérole. Mais voici qu'un changement à vue s'est opéré, et qu'on admet aujourd'hui deux chancres sans aucune parenté, ou bien peut-être deux chancres dont l'un est une espèce de bâtard. De ces deux chancres, le premier, vraiment syphilitique, le chancre dur (on ne dit plus guère aujourd'hui chancre induré), ne s'inocule pas et infecte toujours, tandis que le second, le chancre mou, n'infecte jamais et s'inocule toujours, indéfiniment. Cela est précis, n'est-ce pas, comme une proposition de géométrie? Mais voici le fin mot de l'affaire. On voulait arriver à nous dire que les syphilisatcurs n'inoculent que le pus de chancres mous, c'est-à-dire un pus qui n'a rien do syphilitique. Ce subterfuge est un piège qu'on se tend à soi-même. Ne se crée-t-on pas, en effet, de non-

veaux embarras, et notamment celui d'avoir à se justifier de crier si haut contre les dangers de nos inoculations? Bref, on a cru trouver quelque argument clans un changement de doctrine, et aujourd'hui le chancre dur est une véritable déité. Tantôt on en relègue le templo clans les régions reculées de l'urèthre, tantôt un doigté de laveur est exigé de qui veut en pénétrer les mystères. Ecoutez l'oracle avec ses ambiguïtés : « il est vrai qu'au delà de l'anneau vulvaire, clans le vagin, l'induration perd de sa rénitence, de sa netteté, qu'elle peut manquer même ou devenir moins facilement appréciable. Mais si elle échappe quelquefois, elle n'en existe pas moins d'une manière générale ; elle se produit bien réellement et peut être perçue dans un certain temps et par de certains doigts. » Puis apprenez bien vite, par la bouche du même oracle, ce qui rend parfaitement clair ce que vous auriez pu prendre d'abord pour du galimatias, que cette induration qui peut manquer quand elle existe, ou bien qui existe quand elle manque, « est irrécusable en tant que phénomène pathologique doctrinal. »

Quand nos adversaires veulent frapper un grand coup, ils ne manquent pas d'imaginer que c'est la vaccination qui m'a suggéré, par analogie, la première idée de la syphilisation ; puis, se méprenant sur le sens réel de ce mot analogie, qui implique à la fois l'idée de ressemblances et celle de différences, ils ne tiennent aucun compte des ressemblances, et ils s'appuient exclusivement sur les données différentielles pour essayer de jeter de la défaveur sur l'origine de la syphilisation. C'est ainsi qu'a procédé M. Faye. Or, au contraire, quand j'ai trouvé la syphilisation, je comprenais très-bien la difficulté de faire un rapprochement exact (ou plutôt un rapprochement tel qu'on veut l'entendre) entre les deux virus syphilitique et vaccinal. Je savais comme tout le monde (et pourquoi ne le dirai-je pas, mieux que beaucoup de monde), que le virus vaccin épuise bien plus vite son action sur l'organisme que le virus syphilitique. Aussi n'est-ce pas d'abord en suivant le lien de l'analogie que je suis arrivé à la découverte de la syphilisation. Il est vrai que je me suis ensuite laissé conduire par ce lien pour parvenir à la solution de problèmes intéressants et relatifs à l'étude des virus en général.

M. Faye commet une autre erreur dont il avait besoin à l'appui de la thèse qu'il soutient.

Cette erreur consiste à considérer comme purement locale l'action du pus chancreux, de telle façon que l'apparition du chancre ne serait jamais précédée d'incubation. Cette fausse opinion provient sans doute de ce qu'on ne veut pas établir de distinction entre une première inoculation (ou une première contamination) et celles qui viennent après. La première est suivie d'incubation, tandis que les autres ne le sont pas, parce qu'il se fait alors, pour ainsi dire, un travail continu. Elles seraient néanmoins encore suivies d'un temps d'incubation plus ou moins long, s'il s'agissait de l'inoculation d'un pus notablement plus énergique ou bien d'un pus mieux approprié au sujet (plus fort, si vous voulez, relativement à l'idiosyncrasie de ce sujet) que le pus précédemment i inoculé. Quelque chose d'analogue paraît avoir lieu pour la vaccination, sur les i phénomènes de laquelle la syphilisation reflète un si grand jour, grâce préci- • sèment à ses inoculations successives et à ses lenteurs, qui en font une sorte d'analyse très- favorable à l'observation. C'est ici surtout qu'il convient de i recueillir les enseignements de l'analogie.

Qu'est-ce que cette immunité de M. Faye, laquelle serait le privilège du derme, qu'elle ne saurait dépasser ? Ne vous prend-il pas envie de demander -grâce pour les muqueuses, par exemple? Le virus va-t-il donc se réfugier et ■concentrer ses ravages dans les profondeurs organiques-? M. Faye semble vou-

loir dire que les inoculations réitérées du virus chancreux confèrent à la peau une immunité exclusive et temporaire. J'admets pour un instant cette opinion. J'en ferai sortir... quoi? La réhabilitation de la syphilisation préventive. — Notez bien que dans la disposition d'esprit favorable où je me suppose à l'opinion do M. Faye, j'ai bien garde de m'apercevoir de cette contradiction, qui consiste à admettre la guérison d'accidents syphilitiques par une action exclusivement dermique, en môme temps que la possibilité du renforcement de la diathèse par cette même action.

Suivez bien mon raisonnement :

D'après M. Faye, la syphilisation ne guérit pas radicalement. Donc il n'est pas très-utile de l'employer comme méthode curative.

Elle confère, d'après lui, une immunité purement dermique (c'est-à-dire dont l'action ne dépasse pas le derme), qui n'est que temporaire. Mais cette immunité durera bien une année ou au moins quelques mois. Or, un jeune homme qui se ferait syphiliser une bonne fois, et auquel on pratiquerait tous les ans, ou après un autre intervalle de temps jugé convenable, quelques inoculations complémentaires, se trouverait donc comme enveloppé d'une cuirasse contre la syphilis, et cela par une action purement dermique, une action sans retentissement dans l'organisme, par une action enfin bornée à la peau et sans doute aux orifices des membranes muqueuses, c'est-à-dire bornée aux seules portes d'entrée de la syphilis. — Je fais abstraction ici de la syphilis congénitale. — Quel père ne bénirait pas, à ce compte, le syphilisateur de son fils? Quel Gouvernement hésiterait à rendre la syphilisation obligatoire pour tous?

Mais nous n'en sommes pas là. J'ai voulu seulement donner à M. Faye une démonstration par Vabsurde, et lui montrer qu'il lui suffirait de raisonner un peu juste, dans cette circonstance, pour devenir plus syphilisateur que nous, à l'instar de ceux qui étaient autrefois plus royalistes que le roi.

Je suis donc loin, en réalité, de vouloir emprunter un argument à M. Faye, qui paraît avoir l'idée fixe de décréditer la syphilisation. A peine tient-il à ce qu'il dit. Il n'est pas sûr de son fait. On voit qu'il cherche et tâtonne. Ici les chancres syphilisants sont des exutoires ; là, ils ne produisent plus qu'une immunité dermique, sans qu'on sache trop s'il s'agit pour lui d'un seul ou de deux arguments.

Une seule chose est avouée très-catégoriquement par lui : c'est que les symptômes syphilitiques disparaissent sous l'influence de la syphilisation. Aveu précieux, — non pas précisément pour M. Ricord, — et qui prouve le degré d'évidence où vous avez porté la démonstration de ce fait dans un pays où la syphilis s'exprime par des symptômes aussi tenaces que graves.

C'est parce que cet aveu forcé de M. Faye était peu du goût de nos intolérants adversaires parisiens, qu'ils ont mieux aimé laisser passer inaperçu son Mémoire que de nous faire la plus mince concession.

M. Faye, dans sa croisade solitaire contre la syphilisation, devait au moins s'attendre à une mention honorable de leur part. Quoi! sans les syphilisatcurs, il n'aurait pas même été question de lui ! Je signale avec désintéressement le mécompte de M. Faye aux journaux qui reçoivent le mot d'ordre de l'hôpital du Midi.

Bref, si j'étais en droit de questionner M. Faye, je lui demanderais pourquoi le virus syphilisateur, curatif, n'étendrait pas aussi profondément son action que le virus quand il infecte l'économie.

Pourquoi, très-cher et très-lionoré confrère, craindriez-vous, dans l'occasion, de réinoculcr vos syphilisés ?Vos scrupules n'ont rien do fondé en théorie (je me

félicite de ne les avoir jamais partagés en pratique). Supposons, en effet, qu'il existe au bout d'un certain temps un déchet notable d'immunité ; hésiteriezvous, un mois après la syphilisalion, à pratiquer îles inoculations réparatrices de ce déchet? Pourquoi donc hésiteriez-vous davantage après une année? Vos malades, croycz-le, n'ont pas été guéris par suite d'une modification passagère de l'organisme ni d'une destruction pure et simple du virus. Ils ont acquis, au contraire, de par le virus syphilitique, une constitution particulière et incompatible avec de nouveaux accidents dus à l'action ou au développement du virus. Si ce fonds constitutionnel nouveau semble s'épuiser, c'est par suite d'un échange de propriétés ou de syphilisme qui s'opère entre des organes atteints complètement par le bénéfice de la syphilisation, et d'autres organes plus difficilement, plus lentement accessibles. Rendez donc aux premiers, par un nouveau versement de virus, ce qu'ils ont abandonné aux seconds, jusqu'à ce que ceux-ci aient acquis, pour ainsi dire, leur part d'immunité, et que ceux-là, que tous enfin, puissent jouir d'une exemption aussi durable que le comportent les mouvements de composition et de décomposition de l'organisme. Il n'est pas surprenant que ceux d'entre les organes qui ne se montrent que fort tard, tertiairement, par exemple, affectés par le virus, soient un peu, retardataires à en recevoir le double effet curatif et préservatif.

Mais je suis loin de vous conseiller de pousser, comme M. Faye, du pus virulent dans le tissu cellulaire sous-cutané. Qu'est-ce, en effet, que du pus virulent ? C'est du virus dont le pus est le véhicule, ou du pus, si vous aimez mieux, additionné de virus. Or, le virus ne détruit ni la composition, ni les propriétés générales de ce pus, auquel il ajoute les siennes (celles-ci sont non avenues pour les syphilisés). Eh bien ! qui oserait injecter ou insinuer du pus, même louable, dans le tissu cellulaire sous-cutané? M. Faye fait-il autre chose, quand il pousse du pus virulent dans le tissu cellulaire sous-cutané des syphilisés?

Agréez, etc.

Page 1