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EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ MÉDICALE DU PANTHÉON

Séance du ÎO novembre 1860.

M. Auzias-Turenne a la parole pour faire une exposition dogmatique de la syphilisation. ,

M. Auzias remercie la Société du désir exprimé par elle de l'entendre exposer les principes de la syphilisation. Il réclame en même- temps l'indulgence de ses confrères pour les paroles vives qui pourraient lui échapper dans l'improvisation. On lui a fait quelquefois l'honneur de personnifier en lui la syphilisation, de manière qu'on a pu lui adresser sous ce nom, en apparence collectif, beaucoup d'injures personnelles. Mais il a tout oublié et beaucoup appris ; il ne veut donc à présent récriminer contre personne.

Il reconnaît l'importance des travaux de M. Ricord. Sans avoir beaucoup inventé, ce chirurgien a fixé une détermination du chancre, que M. Auzias admet, et a fait un ingénieux faisceau d'idées éparses, dont quelques-unes auraient dû sans doute être écartées dans l'intérêt de la vérité. M. Ricord, toutefois, a rendu séduisants les abords de la science et s'est fait chef d'école. Dans les recherches actuelles en syphilistiquc, on doit donc soigneusement tenir compte d'une période qui a commencé à l'entrée en scène do M. Ricord,

et dont l'avùnement de la syphilisalion a marque le dernier terme. Mais depuis cet avènement, M. Lticord, débordé par ses plus fervents disciples, a cesséd'ètrc lui-même: il avait fait son temps.

M. Auzias n'a donc voulu avoir à se reprocher aucune injustice historique. Il a pris pour point de départ dans ses expériences les premiers dogmes de M. Ricord. qu'il a acceptés, il est vrai, sous bénéfice d'inventaire: il a entrepris de les vérifier.

Un des premiers articles de foi du système de M. Ricord, était que les animaux ne pouvaient avoir la syphilis.

M. Auzias parvint à inoculer le chancre à des singes, à des chats et à d'autres animaux.

M. Ricord nia d'abord le fait résolument. Plus tard il fut contraint et forcé de se rendre à l'évidence. Il eût été mieux, sans doute, d'ouvrir les yeux tout de suite et de bonne grâce. En tout cas, cet échec aurait dû rendre M. Ricord plus prudent à l'avenir.

Il se passa pour la syphilis constitutionnelle à peu près ce qui était arrivé à propos du chancre. M. Auzias montra cette syphilis sur des animaux. Les dénégations de M. Ricord ne se firent pas longtemps attendre. M. Auzias ne sait pas au juste ce que M. Ricord peut penser aujourd'hui sur cette question, tant a varié l'opinion de l'cx-chirurgien de l'hôpital du Midi. M. Auzias est heureux, toutefois, de pouvoir saisir une rare occasion de ne pas déplaire à M. Ricord en mentionnant une instabilité d'opinion dont M. Ricord s'est luimême publiquement glorifié, en prenant pour texte et devise de ses leçons sur le chancre, le vers suivant, de Barthélémy :

L'homme absurde est celui qui ne change jamais.

En variant ses expériences, M. Auzias reconnut, après de nombreux tâtonnements, qu'il devenait, toutes choses égales d'ailleurs, d'autanl plus difficile de donner des chancres aux animaux, que ceux-ci en avaient eu davantage, de plus larges et pendant plus longtemps, et qu'il arrivait enfin une époque où l'on ne pouvait plus leur en donner d'une manière absolue.

La syphilisation, dès lors, était trouvée. C'était l'état de l'organisme où cet organisme ne pouvait plus contracter le chancre, et, d'une manière plus générale, aucun symptôme syphilitique. On appela aussi plus tard syphilisation le procédé par lequel on obtient cet état. Le mot de deuto-syphilisation pourra désigner l'inoculation curative de l'accident secondaire ou du pseudo- chancre induré, ce qui est la même chose pour M. Auzias. M. Auzias passe rapidement sur toutes ces questions historiques et terminologiques.

La syphilisation trouvée sur les animaux devait être vraie chez l'homme. M. Auzias n'en douta pas un moment, et put bientôt en acquérir la preuve expérimentale. Mais il se borna à dire prudemment dans renonciation de ce fait:! « Des OBSERVATIONS faites sur l'homme sont venues le confirmer. »

Il faisait, à cette époque, des leçons sur sa découverte, lorsqu'un savant médecin allemand, M. Clemens, le mit en rapport avec le Dr Garrenzi, aujourd'hui médecin de l'hôpital de la Charité à Turin, lequel lui apprit que M. Sperino, dont le nom était resté jusqu'alors ignoré de M. Auzias, avait pratiqué récemment la syphilisation sur des prostituées, dans le Syphilicome de Turin..

M. Auzias, dès lors, n'était plus seul.

Cette intervention piémontaiso ne laissa pas que d'inquiéter M. Ricord. C'était, en effet, le prélude d'autres annexions scientifiques

M. Auzias jette un voile sur tout ce qui n'est qu'historique, car il veut laisser à l'écart les questions de personnes.

M. Auzias n'a pas la prétention de faire connaître entièrement, dans une séance, la syphilisation qui est tout une science et tout un art; mais il peut éclairer ses confrères sur cette question et leur en faire voir toute l'importance.

Le fait de la syphilisation peut se résumer en trois points principaux : 4° l'immunité acquise; 2° la guôrison obtenue ; 3° l'amélioration de la santé générale.

1° Immunité. — M. Auzias explique qu'il y a des variétés dans les pus : il y en a de forts, il y en a de faibles, il y en a qui présentent des différences entre eux indépendamment de leur force absolue. Les sujets ne peuvent être considérés comme vraiment immunes, c'est-à-dire comme complètement syphilisôs, que quand ils sont devenus réfractaires à l'action de toutes les espèces de pus. C'est la pratique qui règle la conduite du syphilisateur à cet égard.

En outre, tous nos organes ne subissent pas simultanément au môme degré les modifications qui sont produites par l'action du virus. Ils ne sont pas syphilisés aussitôt les uns que les autres. Or, tant que tous les organes ne sont pas syphilisés, l'organisme ne l'est pas lui-même complètement. Au bout de quelque temps, l'équilibre doit donc se rétablir par un échange de propriétés au point de vue de V imprégnation, — sans prendre à la lettre ce mot qui n'a pas la prétention d'exprimer une théorie, — entre les différentes parties de l'organisme ; par suite, des inoculations positives redeviennent possibles à la peau, mais ces inoculations ne donnent pas des résultats aussi prononcés qu'auparavant. On comprend ainsi pourquoi l'immunité acquise n'est pas promptement absolue. Une excellente syphilisation doit donc être faite très-régulièrement et en plusieurs temps.

Les choses se passent à peu près ainsi pour la vaccine : c'est la syphilisation qui a appris cela.

On peut conjecturer, dit M. Auzias, que l'ovaire, et surtout les ovules, sont un des refuges du poison syphilitique ; or, s'ils ne reçoivent que tardivement le bénéfice de l'influence syphilisatrice, doit-on s'étonner que l'ovaire puisse renfermer pendant un certain temps encore des germes infectés au milieu d'un organisme purifié, et que des femmes récemment syphilisées aient pu procréer des enfants syphilitiques? Cet échec, au lieu de m'inquiéter, m'a fait entrevoir de nouvelles perspectives, et l'époque n'est peut-être pas bien éloignée où la syphilisation projettera quelque clarté sur le mystère même de la génération!

2° Guérison. — On voit arriver la guérison invariablement et assez vite^ quand le malade n'a subi aucun traitement mercuriel antérieur, et que la syphilis n'est pas chez lui très-invétérée.

M. Auzias ne peut entrer dans les détails des obstacles qu'on rencontre dans les cas de mercurialisation du malade ou d'invétération de la maladie. Son opinion n'est pas que ces obstacles soient insurmontables. Mais pour les vaincre, il faut savoir, dans les cas notamment d'invétération de la maladie, inoculer à propos la matière d'un pseudo-chancre induré, afin de presser pour ainsi dire de plus près des accidents tertiaires. Quant au fait en lui-même de la guérison, M. Auzias ne peut que l'affirmer en .invoquant le témoignage de tous ceux qui l'ont constaté.

Resteraient les enfants atteints de syphilis congénitale et les sujets souffrant de syphilis maligne, chez lesquels il paraîtrait que le virus chancreux ne prend pas aisément. Mais M. Auzias est parvenu à inoculer le chancre à de jeunes animaux, qu'il soumettait à l'usage d'excitants, autrement réfractaires, pense-t-il, que les jeunes enfants, et il a de bonnes raisons pour croire que les sujets souffrant de syphilis maligne ne se trouvent pas non plus placés dans une situation sans ressources syphilisatriecs. Un exemple lui fait conjecturer, au contraire, que ces malheureux pourraient être favorablement impressionnés par l'inoculation de la matière du pseudo-chancre induré, et rendus ainsi accessibles à l'inoculation bienfaisante du vrai pus syphilisateur.

3° Santé des syphilisés. — Dans quelques cas la santé générale des syphilisés paraît d'abord souffrir un peu, mais elle ne tarde pas à s'améliorer trèssensiblement. Ce n'est pas à dire que la syphilisation puisse rétablir une santé épuisée indépendamment de la présence réelle et actuelle du principe syphilitique, ni surtout qu'elle ait le don de détruire des transformations ou de réparer des destructions organiques.

Le traitement syphilisant est-il préférable aux autres traitements, et en particulier au traitement mercuriel?

Sans parler de l'immunité que confère la syphilisation, M. Auzias insiste sur la fréquence des récidives après le traitement mercuriel. Il n'y a pas à discuter là-dessus. C'est un fait. Or, la statistique de M. Bœck ne donne pas même une récidive sur vingt-cinq sujets après le traitement syphilisant. Pourtant la méthode ne date que d'hier, et a trouvé sur sa route des difficultés inouïes, tandis que le traitement mercuriel a derrière lui plus de trois siècles et demi d'expérimentations et de perfectionnements successifs. On peut lire des détails nombreux sur les rigoureuses exigences et les affreuses tortures de la cure par la salivation dans les auteurs qui écrivaient même plus d'un siècle après la découverte du traitement mercuriel.

M. Auzias s'abstient d'insister sur les désordres produits par le mercure dans l'économie. C'est là un sujet encore obscur, quoique bien ancien, mais M. Auzias regrette de voir trop souvent les médecins employer le mercure, comme pierre de touche, dans les cas d'affections douteuses. Cette conduite expose l'organisme à de graves inconvénients. M. Auzias dit enfin que l'emploi du traitement mercuriel rencontre des obstacles particuliers comme l'emploi du traitement syphilisant. Dans les saisons et les pays froids, humides, chez les sujets qui ont de mauvaises dents, de mauvaises gencives, le traitement mercuriel est impraticable ou aggrave beaucoup la situation. Il n'en est pas de même du traitement par la syphilisation.

Dans cette exposition succincte, M. Auzias a dû laisser de côté beaucoup de points de détail. Il renvoie, comme complément, aux écrits des syphilisateurs et aux siens propres. Il ne peut sans doute prévoir les éclaircissements qui lui seront demandés, ni les objections qui lui seront adressées, mais il fait tous ses efforts pour aller au devant des intentions et des vœux de ses confrères.

Il est, pense-t-il, des questions qu'on ne doit pas faire. Lui demander par exemple s'il est lui-même syphilisé, ne seraitree pas commettre la même indiscrétion que vouloir apprendre de lui s'il a eu la vérole?

On ne doit pas non plus exiger do lui qu'il montre des sujets, puisque ses instances auprès de l'Administration ont eu en partie pour but d'obtenir les moyens de le faire, tandis que ses adversaires ont tout fait pour empêcher ce résultat. Quant aux secrets de son cabinet, M. Auzias soutient énergiquement

qu'ils doivent ôtro respectés dans son propre intérêt comme dans celui de ses clients.

Qu'on no lui objecto pas non plus des malades qui lui ont été enlevés ou qui lui ont échappé avant qu'il ait pu achever leur syphilisation.

Il est une objection des plus délicates ; elle est relative à de prétondus adeptes qui se sont syphilisés eux-mômes, ou qui ont été syphilisés par M. Auzias, préventivement, disaient-ils, lesquels auraient eu plus tard des accidents syphilitiques. M. Auzias soutient qu'il s'est presque toujours agi de syphilitiques déjà morcurialisés, qui, n'ayant pas une grande foi dans la syphilisation, dont ils voulaient toutefois, en cas de succès delà nouvelle méthode, se créer un piédestal ou un veau d'or, continuaient pour la plupart à prendre du mercure. La persécution a fort heureusement éloigné tous ces prétendants qui compromettaient la syphilisation. Mais M. Auzias exprime des réserves les plus honorables en faveur de personnes qui se sont dévouées réellement et sans ostentation.

Ces restrictions posées, M. Auzias ne recule pas devant les objections. Il les appelle au contraire de ses vœux et en aborde quelques-unes. Il appartient, dit-il, à ceux qui lui font l'honneur de l'écouter d'en augmenter le nombre.

Ire Objection. — Vous avez créé des pus forts et des pus faibles ; cette distinction augmente les embarras de la pratique. (M. Diday, de Lyon, a surtout fait cette objection.)

Réponse. — M. Auzias se défend d'avoir rien créé. Il a observé la nature et a fidèlement constaté ce qu'elle produit. La syphilisation est une science nouvelle et un art nouveau. Pour bien connaître l'une et pratiquer l'autre convenablement, il faut les avoir étudiés. D'ailleurs, les difficultés de la pratique ne sont pas toutes à regretter, car ce sont elles qui garantissent la syphilisation des envahissements et des écarts du charlatanisme. Si donc cette distinction nécessaire de pus variés, qui n'est pas à beaucoup près le dernier mot de la science, crée quelques embarras de pratique, elle fait en revanche que la méthode est plus pure dans ses intentions en même temps que plus parfaite dans ses résultats.

IIe Objection. — En prétendant que les sujets ne doivent pas avoir pris de mercure avant la syphilisation, vous restreignez de beaucoup le champ de la méthode.

Réponse. — Ce sont les mercuristes qui créent cette restriction, ou plutôt ces difficultés, qui n'ont réellement rien d'absolu. M. Auzias a déjà déclaré, dit-il, que les syphilisateurs épient pas à pas, sans jamais prétendre diriger la nature.

III0 Objection, — Les chancres d'inoculation sont très-douloureux, et les malades refusent eux-mêmes de se soumettre a la méthode. (Objection unique de M. de Hubbenet.)

Réponse. — Un syphilisateur convaincu persuade aisément ses clients. N'est-il pas, en effet, des douleurs bien plus grandes, bien plus difficiles à supporter que celles des chancres artificiels, et dont ceux-ci peuvent préserver les malades? Telles sont, par exemple, les douleurs ostéocopes, les douleurs qui résultent de la cautérisation des chancres aux parties sexuelles, et celles qui accompagnent les bubons, soit que ces dernières résultent du mal luimême, soit qu'elles aient pour cause l'intervention salutaire d'ailleurs du chirurgien. En général, les malades cèdent volontiers à des considérations aussi

justes. Mais ne fussent-ils pas en état de les comprendre, qu'on réglerait en conscience sa conduite à leur égard.

IV0 Objection. — La syphilisation laisse des cicatrices difformes.

Réponse. — La syphilisation laisse des cicatrices qui ne sont aucunement difformes. Elles sont définitivement régulières, blanches, lisses, un peu molles, très-légèrement convexes. Elles ne sont pas plus, sinon moins, apparentes que celles de la vaccine. Elles n'ont certainement pas tous les inconvénients des cicatrices dont elles peuvent garantir, par exemple des cicatrices de bubons et de syphilides serpigineuses, dont, pour comble de désagrément, personne ne peut choisir la place.

Ve Objection. — La pratique de la syphilisation est difficile.

Réponse. — Cette objection, qui n'est pas entièrement distincte des précédentes, n'est pas non plus véritablement scientifique. Ce n'est pas même en réalité une objection pratique. Renonce-t-on, par efemple, aux résections articulaires, parce qu'elles sont plus difficiles à exécuter que les amputations des membres? Renonce-t-on à devenir oculiste, uropathe, ou à recourir à la science et à l'habileté des oculistes et des uropath.es, parce que Poculistiquc et l'uropathie exigent de l'étude et du talent V Depuis quand l'habileté requise de l'artiste ne relève-t-elle pas l'art, bien loin de le faire condamner et proscrire? Les difficultés peuvent empêcher sans doute que la syphilisation ne devienne une pratique dans les mains de tout le monde. N'est pas syphilisateur qui veut. On ne naît pas non plus syphilisateur : on le devient. Cette objection n'est d'ailleurs applicable qu'à la syphilisation scientifiquement conduite, et comme doit, bien entendu, la faire un vrai syphilisateur. On sait très-bien aujourd'hui que des courtisanes de l'Inde et des matrones d'Amérique se sont mêlées avant nous, sans trop mal s'en tirer, de pratiquer la syphilisation, et, qui plus est, la syphilisation préventive.

VIe Objection. — Les personnes qui ont soin des vêtements de ceux qu'on syphilise peuvent contracter des chancres.

Réponse. — C'est vrai, dit M. Auzias, qui a bien envie de ne pas prendre au sérieux cette objection venue de Vienne, où, paraît-il, une blanchisseuse a contracté des chancres en lavant le linge d'un syphilisé en traitement. Les blanchisseuses de Vienne feront bien désormais de prendre modèle sur celles de Paris, qui savent se prémunir contre la blennorrhagie par l'examen du linge de leurs clients.

C'est, dit encore M. Auzias, une objection qu'on peut élargir, plutôt que de la restreindre. Tous ceux qui ont des rapports quelconques avec des syphilisaires pourraient sans doute aussi subir la contagion chancreuse. Mais les précautions à observer, pour se garantir de cette contagion, ne sont pas difficiles.

La syphilisation d'un sujet dure plusieurs mois, pendant lesquels il n'est pas encore syphilisé sans être exclusivement syphilitique. M. Auzias a vainement cherché un adjectif convenable pour qualifier sans périphrase ce sujet pendant la période transitoire dont il est ici question. Il a dû s'arrêter, regrettant de ne trouver mieux, au mot syphilisAiBE, la terminaison aire pouvant, à la rigueur, indiquer une action subie actuellement par le sujet.

En revanche, les vérolés peuvent aussi transmettre, et pendant bien plus longtemps, une contagion beaucoup plus redoutable, c'est-à-dire la vérole elle-même. (Transmission facile des accidents secondaires.)

M. Auzias ne s'arrêtera pas à l'objection déduito de l'existence de deux virus distincts. Il s'est expliqué plusieurs fois là-dessus, et notamment dans le sein même de la Société. Il n'admet qu'un seul virus modifié suivant les circonstances. Il répète ce qu'il a dit autrefois du virus syphilitique : unité dans la variété. (Lois de syphilisation.)

M. Auzias n'élève pas au rang d'objections sérieuses les idées de ceux qui, dans ces derniers temps, ont avancé que des exutoires multipliés ou que des vaccinations itératives pouvaient produire sur l'organisme malade le même effet salutaire que la syphilisation, ni l'opinion de ceux qui ont préconisé l'expectation, cette négation do toute méthode, aussi vieille, dit-il, que la syphilis en Europe. Ce qu'il pense de l'expectation doit s'entendre aussi de la méthode antiphlogistique, et particulièrement des saignées. Il défie d'ailleurs qu'on lui cite des faits durables à l'appui de toutes ces conceptions dont la syphilisation a suscité sans doute ou ranimé la plupart, mais qui n'ont pas cessé d'être désavouées et considérées par elle comme non viables. C'est même en réfléchissant aux résultats de la syphilisation que quelques adversaires de cette doctrine ont pu concevoir un peu légèrement la pensée que la syphilis n'était pas une maladie fort grave par elle-même. C'est donc, en définitive, la syphilisation qui nous a physiquement et moralement aguerris contre le virus syphilitique. Elle a inondé de lumières ses blasphémateurs.

M. Auzias ne croit pas avoir besoin de prouver, dans une réunion de médecins, qu'il n'y a rien d'immoral à vouloir guérir et préserver ses semblables de la vérole. De même qu'il procure à ses confrères une meilleure méthode de traitement, il offre à l'Administration des moyens prophylactiques de beaucoup préférables à ceux qu'elle emploie. D'ailleurs, c'est toujours avec un nouveau plaisir qu'il voit se produire l'objection déduite de l'immoralité de la syphilisation. En effet, cette fin de non-recevoir suppose que la syphilisation est une vérité. Autrement, les adversaires de M. Auzias auraient-ils eu besoin de se faire casuites pour le combattre !

La syphilisation n'a pas seulement beaucoup d'importance pratique. Elle offre aussi un grand intérêt scientifique. C'est elle qui a déterminé le mouvement qui s'opère depuis quelque temps dans l'étude de la syphilis, et même dans l'étude des virus en général. Partout où ce mouvement n'est pas l'ouvrage de syphilisateurs avoués, il est l'œuvre de quasi-syphilisateurs honteux ou plagiaires. Il serait, dit M. Auzias, facile de le démontrer.

M. Auzias est bien fixé sur l'avenir de la syphilisation. Il a étudié l'histoire de toutes les grandes découvertes médicales, et il en retrouve les principaux traits dans ce qui s'est passé jusqu'ici relativement à la syphilisation. Il cite comme exemples la circulation et la vaccine.

Entre toutes les découvertes, la syphilisation trouve un obstacle qui lui est propre. C'est la répugnance que des personnes influentes peuvent éprouver à protéger publiquement une nouveauté ayant rapport à l'amortissement de la syphilis. Quel aurait été, par exemple, le sort de l'inoculation et de la vaccine dans notre pays sans l'application de la première aux enfants de France et la protection de la seconde par le premier consul '!

Une idée qui n'est que le développement d'un principe déjà émis et bien patronné fait promptement son chemin dans le monde, et crée bientôt la fortune de son auteur, parce qu'elle n'a, pour réussir, qu'à suivre ou à élargir une voie

déjà frayôo. Il n'en est pas de même d'un principe nouveau. Les intérêts, les amours-propres, des passions de toute sorte et la routine se coalisent contre lui. En revanche, les adhésions qui lui viennent sont des plus significatives, parce qu'elles supposent chez les adhérents une grande force morale et beaucoup d'intelligence.

Or, à rencontre d'adversaires qui se comptent, les partisans de la syphilisalion deviennent de jour en jour plus considérables sous le rapport du nombre et du mérite. M. Mansourof a cité la plupart d'entre eux, et il est luimôme digne de se placer à leur suite. Ce qui m'ébranle, me disait naguère, ajoute M. Auzias, un jeune et honnête adversaire de nos doctrines, c'est le langage approbateur tenu sur le compte de la syphilisation par ceux qui l'ont vue à l'épreuve.

On doit donc désirer que la syphilisation soit officiellement adoptée à Paris. Mais M. Auzias ne veut pas étaler une orgueilleuse modestie, et déclare avec franchise que son désir est d'être appelé à appliquer lui-même sa découverte. On compromet en France, d'après lui, le succès des meilleures innovations en accablant les inventeurs de méfiances et de rivalités.

Séance du 14 novembre 1860.

M. Auzias fait deux parts des observations qui lui ont été adressées. Les unes appartiennent à l'objet en discussion ; les autres sont entièrement subjectives, c'est-à-dire qu'elles ont exclusivement rapport à M. Auzias. Ces dernières pourraient être fondées en raison sans que la syphilisation elle-même cessât d'être une vérité importante. M. Auzias a annoncé une idée nouvelle au monde médical ; ce sont les fondements de cette idée qu'il convient de rechercher, au lieu de s'enquérir si M. Auzias possède l'aptitude et les moyens propres à gagner et à conserver à son opinion des partisans et des défenseurs.

Qu'il s'agisse d'exhiber une ou deux fois un malade atteint ou guéri d'une maladie des yeux, par exemple, la chose paraît bien facile; mais il n'en est pas de même quand il est question de montrer un grand mombre de fois et pendant longtemps un syphilitique ailleurs que dans un dispensaire ou dans un service nosocomial. Peut-être M. Auzias s'exagère-t-il, malgré une bien rude expérience personnelle, les difficultés de ce qu'on lui demande; peut-être manque-t-il aussi des qualités requises pour les vaincre, et qu'à d'autres était réservée la gloire de démontrer la réalité et l'importance de sa découverte.

Mais n'est-ce pas là une raison d'être indulgent, au lieu d'être exigeant à son égard? n'est-ce pas une raison de chercher à lui venir en aide dans ses efforts pour combattre l'erreur et pour faire triompher la vérité ?

M. Auzias reconnaît, comme on le lui a opposé, que des erreurs favorisées par les circonstances et l'état des esprits, et habilement défendues, ont pu conquérir l'adhésion de la pluralité des médecins d'un pays. C'est même contre les erreurs de ce genre qu'a été arboré le drapeau si agité de la syphilisation. Mais ce n'est pas là un argument contre la syphilisation, qu'on accuse en même temps d'impuissance à se faire accepter. La syphilisation ne peut pas être passible à la fois do reproches qui se contredisent. Il n'y a donc pas même, dit M. Auzias, dans toute cette argumentation, une présomption de preuve contre nous.

Ainsi, que M. Auzias soit ou non prophète dans son pays, que, par sa faute ou non, il y soit une avant-garde sans armée, et la syphilisation une bannière

sans soldats, toutes choses à l'égard desquelles il reconnaît le droit à chacun d'avoir un avis singulier, il va examiner on ordre toutes les observations, toutos les objections qui lui ont été adressées pôle-môle par différents de ses confrères.

La méthode lui fera gagner do l'espace et du temps.

Irc Objection. — Dans la contagion naturelle do la syphilis, ou bien quand la syphilis est produite par une seule inoculalion, le sujet contaminé passe successivement par des accidents primitifs, des accidents secondaires, des accidents tertiaires, etc. Il est donc saturé, sursaturé,— le mot est de M. Mattei, — de virus syphilitique. Or, puisque cette saturation ne le guérit pas, comment pourrait-on guérir un sujet atteint de syphilis par la syphilisalion, qui n'est pas autre chose que la saturation de l'organismo de ce sujet par le même virus syphilitique?

Réponse. — M. Mattei suppose indûment que,' dans l'évolution lente et naturelle de la syphilis, il y a saturation de l'organisme par le principe syphilitique. Il paraît oublier que, quand l'évolution de la syphilis a été complète chez un sujet, ce sujet n'a plus la syphilis.

La syphilisation n'aboutit très-vraisemblablement pas non plus à une saturation de l'organisme par ce principe.

M. Auzias cite des textes nombreux de ses écrits pour établir que cela n'a jamais été son opinion, et, qu'au contraire, il a plusieurs fois et énergiquement combattu cette manière de voir.

M. Auzias aurait plus de tendance à supposer qu'il résulte de la syphilisation une évolution très-rapide de la maladie syphilitique.

La cessation de la syphilis est en définitive un bénéfice commun de l'évolution lente et naturelle de la maladie et de la syphilisation, avec ces deux différences entre autres, entièrement à l'avantage de la syphilisation, d'une part, que celle-ci confère l'immunité contre toutes les formes ou variétés de virus syphilitique, et que, d'autre part, elle ne laisse pas au virus le temps d'entamer, pour ainsi dire, et de détériorer l'organisme. M. Auzias accepte donc et ramène à un point de vue favorable à la syphilisation le parallèle, en apparence fâcheux, invoqué par M. Mattei. Il ajoute que, dans sa pensée, beaucoup d'expériences et beaucoup d'observations restent encore à faire pour qu'on sache exactement, et sous tous les rapports, en quoi se ressemblent et en quoi diffèrent entre eux l'état de syphilisation et l'état d'un sujet qui a subi, soit naturellement, soit au milieu d'entraves médicamenteuses de toutes sortes, l'évolution complète de la syphilis. •

II0 Objection. — Pour qu'un individu devienne absolument réfractaire, il faut lui faire des inoculations pendant plusieurs années, ce qui rend la syphilisation difficilement praticable.

Réponse. — Il n'est pas nécessaire d'arriver à la syphilisation complète, absolue, pour qu'il y ait guérison. On peut s'arrêter quand le virus chancreux n'engendre plus que de petits boutons, pour ainsi dire sans racines.

La môme chose se produit d'ailleurs pour les autres virus. Les virus variolique et vaccin prennent longtemps encore chez les vaccinés et les variolisés (fausses vaccines et vérolettes). C'est môme la syphilisation qui a appelé récemment de ce côté l'attention des observateurs. Si donc il doit exister un chancroïde syphilitique, ce mot, d'ailleurs mal formé, et plus embarrassant qu'utile, ne devrait s'entendre que de chancres abortifs, et non pas de véritables chancres, de chancres qui s'ulcèrent largement.

264 DISCOURS SUR LA SYPH1LISATI0N.

IIIe Objection. — L'idée de guérir la syphilis par l'inoculation de sa propre cause est si étrange qu'on aura de la peine à la faire accepter par le vulgaire dos médecins. (Mattei.)

Réponse. — La science médicale s'acquiert par des travaux longs et pénibles qui semblent exclure toute idée do vulgarité. En toutes choses d'ailleurs l'opposition d'un vulgaire, quel qu'il soit, doit Être subordonnée à l'opinion de gens plus éclairés. C'est pourquoi M. Auzias invoquo les lumières et l'assistance de M. Mattei.

Il n'y a vraiment rien d'étrange dans la syphilisation : c'est une vérité nouvelle qui avait déjà été pressentie et dont nous devons la connaissance, comme colle d'une foule d'autres étrangetés, à l'observation, qui est la grande source de nos découvertes en médecine. «a

La syphilisation est donc un paradoxe qu'il faut accepter des mains de l'expérience, puisque nous ne pouvons pas prétendre avoir des idées innées en fait de syphilis.

IV0 Objection. — La syphilisation n'est pas une méthode générale, puisqu'on doit exclure de ses applications : 1° ceux qui ontpris du mercure ; 2° les femmes grosses ou nouvellement accouchées, de façon que la syphilisation ne serait pas utile en obstétrique; 3° ceux qui ont une syphilis invétérée. (Mattei.)

Réponse. — La syphilisation doit être une méthode générale, s'il est vrai qu'elle guérisse mieux que le traitement mercuriel, ou que d'autres méthodes, et sans offrir autant d'inconvénients. Il y a plus, c'est qu'elle se charge, quoique avec une certaine répugnance, de corriger les méfaits du traitement mercuriel.

Les femmes grosses doivent être soumises à la syphilisation plutôt qu'au traitement mercuriel, qui, d'une part, pourrait les faire avorter, tandis que, d'autre part, des femmes syphilisées peuvent seules impunément devenir nourrices d'enfants contaminés.

Quant aux nouvelles accouchées, elles sont dans la loi commune et doivent être soumises à la syphilisation, si la syphilisation est la meilleure méthode de traitement,

La syphilisation est donc utile en obstétrique, où du moins à côté de l'obstétrique. J'ajouterai, dit M. Auzias, qu'elle peut être appliquée aux enfants syphitiques et les guérir (1).

Enfin les syphilis invétérées cèdent, après avoir été rebelles aux autres traitements, à l'inoculation successive ordinaire de pus chancreux, précédée quelquefois de l'inoculation une fois faite et réussie de la matière de pseudochancre induré.

V° Objection. — La syphilisation ne doit être essayée sur un sujet qu'après que toutes les autres méthodes de traitement ont échoué.

Réponse. — On n'attend pas, dit M. Bceck, pour employer le sulfate de quinine contre les fièvres intermittentes que toutes les autres méthodes de traitement aient échoué. On a recours tout de suite à la meilleure méthode. Ainsi l'on doit faire en fait de syphilis. Néanmoins, la syphilisation confiante veut bien consentir, quoique un peu à contre-cœur, à arriver, comme dernière ressource, pour traiter les malades atteints de syphilis invétérées et souvent

(1) De la syphilisation appliquée aux enfants, par "W. Bceck, professeur à l'Un iversité de Christiania; traduit de l'allemand par J. A. Hagen, docteur en médecine. — Paris, imprimerie Bailly, 1857.

mémo compliquées de mercurlallsation ; elle consent en un mot à être le dernier refuge contre fa maladie et le remède {una saZus .'), pourvu qu'on ne lui impute pas plus tard les conséquences d'un état do choses auquel elle sera venue s'efforcer de porter remède.

VIa Objection. — Le syphilisateur est exposé, par suite d'une erreur de diagnostic, à syphiliser uno personne qui n'aurait pas la syphilis et par conséquent à la lui donner. (Mercier).

Réponse. — Cette objection suppose indûment que la syphilisation donne la syphilis et que les syphilisateurs procèdent sans réflexion ni prudence. Les mercurialisateurs, il est vrai, se gênent beaucoup moins, et ne se font nullement scrupule de mercurialiser, outre les syphilitiques, ceux qui ne le sont pas: c'est même là un de leurs moyens de diagnostic. Les syphilisateurs, au contraire, se préoccupent beaucoup plus des questions de diagnostic. Leur traitement n'est pas pour eux une pierre de touche, car ils savent très-bien qu'il est de leur devoir de ne syphiliser personne qu'à bon escient.

M. Mercier, qui a tant éclairé par ses recherches une spécialité limitrophe de la syphilistique, manie avec trop d'habileté ses instruments explorateurs pour jamais s'exposer, par exemple, à pratiquer l'excision d'une valvule qui n'existerait pas. Or, les explorations diagnostiques de M. Mercier se font sur des organes et s'adressent à des lésions qui ne sont pas accessibles à. la vue, et qui ne le sont qu'indirectement, que médiatement au tact, puisqu'un instrument, une sonde, sert d'intermédiaire entre la main qui explore et la partie qui est explorée. L'habileté en cette matière ne s'acquiert donc pas aisément : le noviciat, en outre, n'est pas sans inconvénients, sinon sans dangers, pour les malades. Au contraire, la syphilis se reconnaît presque toujours à ciel ouvert et sans aucune espèce d'inconvénient pour les malades. Rien ne vient entraver l'étude et s'opposer à ce que les syphilisateurs ou d'autres acquièrent une grande expérience en fait de diagnostic syphilitique. Dans le doute,- les syphilisateurs savent se conformer au proverbe et s'abstenir.

Mais M. Mercier paraît admettre, dit M. Auzias, la distinction de deux chancres, laquelle est encore l'œuvre, quoique un peu travestie, des syphilisateurs, et craindre qu'on n'inocule la matière de l'un de ces chancres pour celle de l'autre. Que M. Mercier se rassure! ceux qui ont établi la distinction de ces deux chancres, — c'est dans le sein de la Société que M. Auzias a lu son premier travail sur ce sujet, — ne doivent pas être les moins habiles à les reconnaître, quelque soin qu'on prenne à garder le silence, non-seulement sur leur initiative, mais encore sur leurs recherches. M. Auzias se hâte de répéter, comme il ne laissera jamais échapper l'occasion de le redire, que les syphilisateurs, plus fidèles à la tradition que le commun des syphilistes, n'en considèrent pas moins le chancre, c'est-à-dire l'ancien chancre à pustule initiale et caractéristique de M. Ricord, comme pouvant infecter dans certaines conditions et dans une certaine mesure.

VI1° Objection. — Le mercure n'est pas une cause de folie, de ramollissement cérébral, etc., car il y a plus de fous parmi les journaliers que parmi les marchands, par exemple, tandis que l'usage du mercure est plus répandu chez ces derniers. La folie résulte de ce que certains organes sont soumis à un surcroît d'activité au préjudice de certains autres qui ne s'exercent pas assez. (Girault.)

Réponse. — M. Auzias n'a pas dit que le mercure fût la cause unique ni

môme principale des maladies cérébrales, e,t spécialement des affections mentales, comme le ferait supposer l'objection de M. Girault. Bien d'autres causes, dit M. Auzias, peuvent rendro ces maladies fréquentes chez les journaliers. Il n'existe donc aucune opposition entre ce qu'a avancé M. Auzias et ce que prétond M. Girault. Le mercure peut être une cause de folie, sans que la folie soit raro dans les classes où l'usage médicamenteux de ce métal n'est pas fréquent.

M. Auzias cite Esquirol, qui considérait le traitement mercuriel comme cause d'aliénation mentalo, et qui s'exprime ainsi à l'article Folie du grand Dictionnaire des sciences médicales : « Il n'est pas rare que des personnes deviennent aliénées pondant le traitement antisyphilitique, soit par les frictions, soit par l'usage interne du mercure. » Voici des chiffres extraits du môme article. Sur 361 cas de folie observés à la Salpôtrière, le mercure est noté comme cause dans 14; et sur 107 cas observés dans l'établissement du célèbre aliéniste, le mercure est 18 fois incriminé, c'est-à-dire, proportion énorme! un peu plus d'une fois sur 6,

Quant à l'inégalité de répartition de la fonctionnalité organique à laquelle M. Girault attache uno importance exclusive dans l'étiologie de la folie, elle ne prouvo pas que le mercure, dont la manière d'agir sur nos organes est inconnue, ne puisse être une cause de folie. Mais si la pensée de M. Girault et l'opinion d'Esquirol étaient l'une et l'autre rigoureusement exactes , on devrait considérer le mercure comme un dérivatif, sinon un perturbateur, do l'action organique, c'est-à-dire comme un agent qui, transportant mal à propos cette action d'une partie à une autre de l'économie, produirait précisément ce que M. Girault considère comme cause de la folie. Le mercure serait, à proprement parler, la cause première, matérielle; la dérivation fonctionnelle ne serait que la cause seconde, physiologique. C'est ainsi que l'étude de l'aliénation mentale pourrait jeter quelque jour sur la thérapeutique en général et sur celle de la syphilis en particulier. Toutes les branches de la médecine sont donc reliées entre elles par une merveilleuse solidarité. La spécialité, qui conduit à la perfection de l'art, doit incessamment se retremper à la source vive et pure, à la source féconde d'une grande unité scientifique.

La statistique de M. Bœck est irréprochable au point de vue de l'objection complexe de M. Girault. Cette statistique porte sur les malades des hôpitaux de Christiania, comparativement examinés avant et depuis l'ère de la syphilisation. Il s'y agit donc do la comparaison d'individus aussi semblables que possible.

VIII0 Objection. — L'emploi du mercure n'est pernicieux que parce qu'on a recours à une méthode d'administration défectueuse. M. Mialhe a démontré notamment que ce métal n'agit qu'à l'état de deuto-chlorure. C'est dans cet état qu'il convient donc de l'employer toujours; car il peut résulter, dans un temps donné, de son administration sous une autre forme, une accumulation intempestive et dangereuse de sublimé dans l'organisme. (Mercier.)

Réponse. — Il faut donc reconnaître que depuis plus de 360 années le mercure est mal administré, ce qui semble prouver tout au moins que la bonne méthode n'était pas très-facile à trouver. Cette méthode ne paraît pas être non plus très-facile à appliquer puisque les hommes les plus compétents ne s'en tirent pas toujours très-bien. M. Mercier doit connaître l'histoire d'un de nos plus habiles et plus célèbres confrères, qui traité à Paris par un syphilislc très -illustre, d'une syphilis contractée à l'étrangor, a été bientôt atteint d'une cachexie vraisemblablement mcrcuricllc et n'a pas tardé de succomber à la suite d'un pemphygus généralisé.

Quant à la théorio de M. Mialho rappolée par M. Mercier, ce n'est qu'une théorie, faillible en tant que théorie. M. Auzias se croit un clos moins compétents pour la juger parmi les membres do la Société, mais il a entendu de la bouche do notre lionorablc Président, dont personne no contestera les connaissances spéciales en cette matière, des témoignages do dénégation exprimés à mots couverts pendant même quo M. Mercier mettait en avant cetto théorie,

IX0 Objection. — Pour que le mercure apporte des entraves à la syphilisation, et par conséquent à l'action du virus syphilitique sur nos organes, il faut bien que ce métal soit un excellent antisyphilitiquo. (MaLtei.)

Réponse. — On ne saurait nier l'opération du mercure sur le principe syphilitique. Elle paraît opposée sous un rapport, et parallèle sous un autre rapport, à la manière d'agir de la syphilisation. Mais ce métal entrave et ralentit plutôt qu'il n'empêche l'évolution de la syphilis, au prix de laquelle d'ailleurs peut être obtenu l'affranchissement de l'organisme. Cet effet du mercure n'est donc pas à beaucoup près toujours avantageux. C'est ce dont la démonstration péremptoire résultera de la réponse que M. Auzias va faire à l'objection suivante. De plus le résultat de l'action du mercure sur l'organisme est fâcheux par lui-même, indépendamment de la coexistence du principe syphilitique. M. Auzias n'est pourtant pas éloigné de croire que cet effet est moins à craindre quand le principe syphilitique en action dans l'économie se révèle par des symptômes, que quand il y est uniquement en puissance, c'est-à-dire silencieux, à l'état latent.

Quant aux effets du mercure sur un organisme sain ou même seulement non syphilitique, M. Auzias n'hésite pas à les considérer comme très-mauvais.

X° Objection. — « L'homme bien guéri pourra se marier sans être obligé d1 avouer les fruits d'une jeunesse orageuse, tandis que s'il a été syphilisé, la chose pourra être même affirmée par une expertise médico-légale. » (Mattei. Textuel.)

Réponse. — M. Auzias cite l'exemple de maris qui ont transmis la syphilis à leurs femmes et à leurs enfants longtemps après avoir été prétendument bien ; guéris par le mercure et qui ont ainsi été obligés d'avouer d'une façon plus que déplaisante les fruits d'une jeunesse orageuse. Quant à l'autre argument qu'implique la phrase de M. Mattei, M. Auzias ne croit pas avoir à y répondre, parce i que l'usage n'est guère qu'un homme, avant son mariage, soit soumis, de par sa I future, à une expertise médico-légale. En tout cas cette expertise ne pourrait ; aboutir dans l'espèce qu'à la constatation du bon état sanitaire et même ré- Ifractaire du mari relativement au principe syphilitique.

XI» Objection. — Il est remarquable que dans tout ce qu'à dit M. Auzias, il m'ait pas été question de la syphilisation préventive. (Furnari.)

Réponse. — C'est moins une objection qu'une observation bienveillante dont M. Auzias remercie M. Furnari.

Voici quelques réflexions de M. Auzias à cet égard :

Un individu atteint d'un ou de plusieurs chancres est syphilisé avant qu'il nn'ait la vérole. C'est là une syphilisation préventive.

Un autre individu a la vérole. On l'en guérit par la syphilisation. Contrairenment à ce qui arrive après le traitement mercuriol, cet individu est garanti ppour l'avenir de chancres et de toute autre espèce d'accidents syphilitiques. CC'est encore là une syphilisation, préventive.

Mais il arrivera un jour où certaines personnes très-exposées à communi-

quer où à subir l'infection syphilitique pourront être syphilisées préventivement, même avant que d'avoir contracté un premier accident spécifique.

Ceux qui ont mis en avant contre les syphilisateurs la syphilisation préventive, se sont-ils réellement effrayés d'une ombre ou bien n'ont-ils qu'imaginé un prétexte pour effrayer les autres ?

XII0 Objection. — M. Auzias pourrait facilement et devrait montrer des malades dans un dispensaire.

Réponse. — M. Auzias, en effet, ne pourrait guère à présent montrer des malades qu'en fondant un dispensaire ad hoc. Jusqu'à ce moment il a hésité à employer ce moyen, quoiqu'il tienne beaucoup à convaincre ses confrères et les élèves en médecine de l'excellence de la syphilisation et de la bonté de ses principes en syphilistique.

En même temps que les affiches d'un dispensaire y attirent des malades et des élèves, il est fort difficile d'empêcher qu'elles ne dirigent quelques clients dans le cabinet du directeur de ce dispensaire. M. Auzias est loin de blâmer des confrères qui, ayant des talents à produire et de l'instruction à donner, consentent à accepter l'indemnisation de leurs frais et le dédommagement de leurs efforts; mais il craindrait que l'opinion publique ne montrât plus d'exigence à l'égard des syphilisateurs et en particulier à l'égard de celui qui ne peut que se glorifier d'avoir à porter la peine d'une éclatante initiative, d'une grande découverte.

Une circonstance impérieuse pourrait seule déterminer M. Auzias à fonder un dispensaire. ;

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