‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 81 sur 205 · A M. HAGEN, DOCTEUR EN MÉDECINE, A MAXEY-SUR-VAISE (MEUSE · texte numérisé non relu

A M. HAGEN, DOCTEUR EN MÉDECINE, A MAXEY-SUR-VAISE (MEUSE

Paris, le 24 août 1856.

Très-cher et très-honoré Confrère,

Ne croyez pas que je vous aie oublié dans ce que vous appelez votre Arcadie. Le talent et le zèle que vous avez déployés dans la défense de la syphilisation à Strasbourg ne sauraient manquer, s'il était besoin, de me faire songer à vous chaque fois surtout qu'un événement important arrivera pour la syphilisation. Aujourd'hui cet événement est une grande victoire remportée par M. Bœck.

Un Congrès de médecins et de naturalistes Scandinaves vient d'avoir lieu à Christiania. M. Bœck a rassemblé devant les médecins du Congrès la plupart des personnes qu'il avait guéries de la syphilis par la syphilisation et celles qui étaient encore en traitement. Il a ensuite prononcé un discours qui a entraîné les suffrages de l'Assemblée. Tous ses collègues de l'Ecole de médecine de Christiania ont confirmé ce qu'avait dit M. Bœck.

M. Bœck vient de publier un petit livre allemand sur la syphilisation des enfants. J'ai grand désir d'en faire paraître à Paris une traduction française. Mais je n'ai voulu en parler à personne, avant de savoir si vous auriez le temps et le désir d'y attacher votre nom déjà si cher à la cause de la syphilisation. Il est bien entendu que vous n'auriez

qu'à m'envoyer cette traduction manuscrite, et que je me chargerais à Paris et à mon compte de tous les frais et soins matériels. Je vous envoie mon exemplaire. Écrivez-moi votre pensée là-dessus.

Adieu, cher confrère, donnez-moi quelques détails sur votre vie, vos projets d'avenir. L'année 1SG0 s'approche, et j'espère qu'alors la syphilisation sera en mesure de vous venir efficacement en aide dans votre concours d'agrégation.

Votre bien dévoué confrère.

A M. LE PROFESSEUR BŒCK, A CHRISTIANIA (NORWÉGE)

Paris, le 12 octobre 1856.

Très-cher Confrère et excellent ami,

La distinction dont vous a honoré le prince Napoléon a comblé de satisfaction tous ceux qui vous ont vu ici, et qui, par conséquent, ont su vous apprécier. Quant à moi, j'ai éprouvé une joie indicible, parce qu'il me semble que c'est la syphilisation qu'on a honorée et encouragée dans son plus digne propagateur. M. Geoffroy-Saint-Hilaire, si famille, M. Gaimard, tout le monde m'a chargé de vous adresser des compliments. Je l'aurais fait plus tôt si je n'avais été dans une espèce de fièvre d'espérance qui me faisait croire que j'aurais d'un jour à l'autre quelque chose très-importante à vous apprendre.

J'ai passé hier une partie de la matinée avec M. Guérault, chirurgien du Cocyte. Il m'a donné de vous, de votre service et de Christiania les meilleurs renseignements. 11 conserve de vous et de votre pays d'excellents souvenirs qui ont comblé de joie un Norwégien d'ici qui se nomme M. Gaimard.

M. Guérault n'a pas reçu une aussi bonne impression de la part de M. Nyman, qui raffole encore, paraît-il, de M. Ricord et de son «cole. Un de nos proverbes est ainsi conçu : Quand on veut noyer son chien on dit qu'il a la gale. Il semble que la syphilisation soit le chien galeux de M. Nyman. Mais alors pourquoi M. Nyman me promettait-il ici monts et merveilles ? Pourquoi pense-t-il à Stockolm différemment qu'a Paris ? L'explication de cela la moins désobligeante pour M. Nyman que je puisse imaginer, c'est que : les lauriers de M. Bœck empêchent M. Nyman de dormir. J'écrirai ces jours-ci à M. Nyman sans lui dire un seul mot sur la syphilisation. J'attendrai ainsi qu'il prenne position pour voir le côté par où je devrai l'attaquer.

Le prince Napoléon est arrivé depuis huit- jours. Personne de mes amis ne l'a encore vu. Hier son aide de camp est venu chez M. Geoffroy-Saint-Hilaire et chez M. Gaimard. Aucun de ces messieurs n'était chez lui, mais aucun d'eux ne tardera non plus à voir le Prince. Vous recevrez donc très-prochainement de moi une nouvelle lettre.

Je sais que M. Ricord multiplie ses évolutions. Il est allé à Bordeaux pour se faire remarquer, le jour même où y était l'Empereur. L'historiographe de M. Ricord, M. A. Latour, nous apprend dans un feuilleton dithyrambique du plus mauvais goût, que le Prince de la Syphilographie se trouvait à Bordeaux en même temps que l'Empereur des Français, et que cela a donné lieu à plus d'un rapprochement. Je crois que le Prince de la Syphilographie (puisque prince il y a) veut compromettre l'Empereur en faisant croire à un rapprochement qui n'existe pas. On dit que M. Ricord est allé aussi au Havre le jour de l'arrivée du prince Napoléon en cette ville. Mais je ne puis l'affirmer. Ce qui est certain, c'est que le Prince de la Syphilographie sent, son trône bien ébranlé.

Toutes les recommandations pour votre fils ont été envoyées. Donnez-moi son adresse précise à Liège. Je le ferai voir par un de mes amis. Sachez si les recommandations lui sont parvenues et s'il en désire d'autres.

J'ai rencontré votre hôtesse. Elle m'a appris qu'elle avait encore trois livres à vous et à l'excellent M. Egebert. J'irai les retirer et vous les ferai parvenir.

Mes bien affectueux compliments et remercîments.

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