A M. E. KAUFFMANN, A BERLIN (PRUSSE
Paris, le 19 octobre 1856.
Très-cher ami,
Mes regrets seraient bien vifs d'avoir tardé si longtemps à répondre aux deux aimables lettres du plus dévoué des apôtres de la syphilisation, si je n'avais eu la certitude que vous correspondiez activement avec M. Geoffroy-Saint-Hilaire et le désir de vous annoncer quelque événement important relatif à la syphilisation.
Vous avez su le grand triomphe remporté par M. Bœck, qui a obtenu du Congrès scan-
dinave un vote unanime en faveur de la sypliilisation. Le prince Napoléon a décoré M. Bœck en passant à Christiania. Si vous restez à Berlin, je vous enverrai ces jours-ci une nouvelle brochure du syphilisateur norvégien.
Je vous enverrai aussi votre diplôme de membre de la Société médicale du Panthéon, dont les travaux sont très-actifs.
Pas de nouvelles du prince de Capoue. Je l'ai vu cet été. Nous n'avons pas causé de sypliilisation.
Recevez, cher ami, mes félicitations pour le succès que vous avez eu dans la fondation d'une Société d'Acclimatation à Berlin. Je vous écrirai bientôt une longue lettre sur la sypliilisation.
Mes affectueux compliments et remercîments.
A M. NYMAN, A STOCKOLM (SUÈDE).
Paris, le 20 octobre 1856.
Très-cher Confrère,
Pendant votre trop court séjour à Paris, vous m'avez parlé d'un homme à queue que vous avez vu à Londres pendant l'Exposition universelle. M. Geoffroy-Saint-Hilaire s'intéresse particulièrement aux détails de ce fait. Voudriez-vous m'en écrire pour lui une relation scientifique?
Je vous envoie un opuscule sur la syphilis, vous m'en direz votre avis.
Je vais toujours de temps en temps à Saint-Louis, et je ne fais pas un diagnostic sans songer à vous; nous avons pourtant commis ensemble quelques erreurs.
a. Vous rappelez-vous cet homme au testicule syphilitique que nous avons vu chez M. Nélaton ? Le testicule a été enlevé, et il y avait dans ce testicule autre chose que de la syphilis. Des recherches seraient encore à faire sur le testicule vénérien.
b. Cet homme ayant sur le corps une foule de papules petites et noirâtres que nous avons rencontré dans la cour quand nous étions avec M. Bazin, et qui est entré chez M. Hardy < est aujourd'hui chez M. Gibert, qui le traite pour un lichen syphilitique. Une amélioration très-grande semble confirmer le diagnostic de M. Gibert.
e. Il est mort chez M. Cazenave un syphilitique qui marchait vers la tombe quand nous visitâmes ensemble le service de ce médecin. Ce syphilitique est mort diarrhéique et cachectique. Il avait l'intestin criblé de pustules et d'ulcérations. J'ai fait l'autopsie et j'ai gardé les pièces. Venez les voir.
cl. Ce juif syphilitique qui était couvert d'ecthymas et de rupias chez M. Bazin est mort récemment. Le grand Rabbin nous a fait refuser l'autopsie.
Je vois tous les jours de plus en plus qu'on ne meurt jamais de syphilis, et qu'il était bien inutile d'inventer la sypliilisation. N'est-ce pas là aussi votre avis ?
Notre Société médicale du Panthéon est dans une voie de grande prospérité. J'en suis secrétaire-général. Envoyez-nous des travaux et nous les ferons publier. Si vous voulez être membre, cela vous rapportera 5 francs par an.... que vous nous donnerez.
Remplissez aussi exactement vos promesses que celle que vous m'aviez faite de m'écrire aussitôt après votre arrivée à Stockolm, et je serai parfaitement content. Je crois pourtant que vous avez un peu oublié Pivert. Pour mon compte je n'ai pas oublié l'aménité de votre caractère, le charme et l'instruction qui résultent de votre conversation, et je fais des vœux pour que vous reveniez bientôt à Paris.
Mes affectueux compliments.