‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 83 sur 205 · A M. X., OFFICIER , A PARIS · texte numérisé non relu

A M. X., OFFICIER , A PARIS

Paris, le 29 novembre 1856.

Monsieur,

Quel que soit le degré de syphilis dont vous êtes atteint et dont je ne puis juger qu'en ^vous voyant, l'application demaméthode demandera toujours plus d'un mois, sinon pour ■ vous guérir, du moins pour vous conduire jusqu'à l'immunité contre le virus syphilitique. ' Or, mettre les sujets dans un état d'immunité qui leur permet d'affronter dans l'avenir tous les risques de contagion est un des avantages les plus précieux de ma méthode. Gué- Tir, c'est sans doute beaucoup ; mais préserver, c'est encore plus et mieux. En effet, les personnes atteintes de syphilis sont sujettes à deux genres de récidives : 1° le mal peut •■reparaître sans nouvelle contagion, parce qu'il n'a pas été guéri ; 2° le sujet peut être in-

fecté de nouveau, en lui supposant uneguérison radicale que je ne crois pas facile à obtenir par les moyens ordinaires. La syphilisation met à l'abri de ces deux chances fâcheuses. Un pareil résultat demande du temps ; environ trois mois, puisqu'il s'agit de substituer une constitution a une autre. La gêne du traitement n'est pas grande pour le malade, mais il doit voir le médecin une fois au moins par semaine. Je ne dois pas vous taire, Monsieur, que les difficultés du traitement par la syphilisation sont augmentées quand le malade a été préalablement soumis à un traitement mercuriel.

Tels sont, Monsieur, les seuls détails que je puisse vous donner par écrit et que je m'empresserai de vous compléter si vous prenez la peine de venir me voir. Ne connaissant pas votre état de maladie, je ne puis rien vous conseiller de précis. Mon habitude est de n'appliquer ma méthode qu'aux personnes qui peuvent en apprécier la valeur et la portée. Je suis donc souvent obligé de faire ce qu'il y a de moins bien, en dirigeant des traitements qui sont à mes yeux un pis, un très-pis aller.

J'ai l'honneur, etc.

A. M. C. SPERINO, MÉDECIN EN CHEF DU SYPHILICOME, A TURIN (PIÉMONT)

Paris, le 25 décembre 1856.

Très-cher Confrère,

Je n'ai pas un instant oublié vos remarquables travaux sur la syphilisation ni la grande importance de votre initiative. Mon plaisir a toujours été de vous le dire et de le publier.

C'est avec une peine bien vive que j'avais appris la longue maladie dont vous avez été atteint. Je suis doublement heureux de votre rétablissement et de la reprise de vos travaux. Us auront, je n'en doute pas, la plus grande influence sur le triomphe définitif et prochain de notre syphilisation. Mais il faut pour cela que ces travaux reçoivent de la publicité, et que cette publicité parte de Paris.

Votre Ministre a bien agi en n'acceptant point votre démission, et je voudrais bien que le nôtre fit, en vous décorant de la Légion d'honneur, le pendant de ce qu'a fait le prince Napoléon en décorant M. Bœck (de Christiania).

Vous me demandez si j'ai toujours la pensée que la syphilisation soit efficace contre le cancer? Mon opinion n'a pas changé ; mais de nouvelles expériences m'ont fait voir que quand la diathèse cancéreuse est très-avancée, les chancres et l'influence syphilitique se développent très-difficilement. On ne saurait trop multiplier des essais qui, dans ma pensée comme dans la vôtre, sont tout à fait sans inconvénient. *

J'ai voulu traiter par la syphilisation, chez M. Nélaton, un homme atteint de farcin. La diathèse farcino-morveuse était trop avancée et les chancres n'ont pas pris. Essai à recommencer,

A propos de l'eczéma que tous avez guéri et de celui qu'a guéri M. Bœck, je crois qu'il y a deux sortes d'eczéma : 1° un eczéma scrofuleux ; 2° un eczéma dartreux. C'est sans doute le premier qui est influencé par la syphilisation. Qu'en dites-vous ?

Une de vos syphilisées a fait, dites-vous, un enfant sain. Deux de mes syphilisés sont dans le même cas: 1° Laval, qui avant la syphilisation avait fait un enfant mort-né, et qui depuis en a fait un autre qui est bien portant ; 2° un ouvrier cordonnier. Ces faits ont une grande importance.

Je ne connais que M. Danielssen qui ait cherché à combattre la lèpre tuberculeuse par la syphilisation. Il dit avoir eu quelques succès. Nous saurons plus tard exactement ce qu'il en est. Je vise dans ce moment-ci pour le faire entrer chez M. Nélaton et le syphiliser un médecin grec et lépreux, qui est à l'hôpital Saint-Louis depuis longtemps et dont le mal ne fait qu'empirer.

Le sujet que je syphilise dans ce moment-ci chez M. Nélaton n'est malheureusement pas un de ces cas sur lesquels la syphilisation ait une très-grande influence, et surtout une influence immédiate. Il s'agit d'une fille de 18 ans dont le mal est héréditaire et consiste en affections du système osseux (exostoses, gommes ulcérées, nécroses, etc.). J'espère pourtant qu'à la longue la syphilisation, qui n'est commencée que depuis un mois, ne sera pas complètement inefficace. Je vous tiendrai au courant.

M. Nélaton a fait une bonne leçon clinique pour expliquer les motifs qui l'ont engagé à entrer dans cette voie (1). Il est bien regrettable que cette leçon n'ait pas été publiée.

J'ai entre les mains le discours remarquable qu'a prononcé M. Bœck sur la syphilisation au Congrès scientifique de Christiania. Vous ne soupçonneriez jamais qu'il m'a été communiqué par M. A. Latour. J'attends pour publier ce discours celui du professeur Carlsson (de Stoekolm), qu'on doit m'envoyer.

(1) Voir ci-dessus, p. 278.

Si la syphilisation avait eu un organe à Paris, quel parti n'aurions-nous pas tiré du grand mouvement qu'a fait M. Bœck dans tous les pays Scandinaves. Au contraire, tous les plus petits faits qui semblent contre nous ne sont-ils pas publiés avec bruit par nos adversaires '! Parviendrai-je enfin a avoir un service? Le malheur veut que M. Ricord ait donné des soins au prince Napoléon et fasse une cour assidue. La conversation que j'ai eue avec le Prince se résume ainsi quant à ce qu'il m'a dit : « Vous avez fait une graude découverte; j'en ferai parler dans le comptejrendu de mon voyage, mais c'est une grosse affaire (textuel) que de vous faire avoir un service de syphilisation. » Mes amis me font pourtant espérer que je réussirai.

Ecrivez-moi souvent, cher confrère, et recevez mes sentiments affectueux et confraternels de nouvel an.

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