‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 85 sur 205 · A MISS E..., A EDINBURGH (ECOSSE · texte numérisé non relu

A MISS E..., A EDINBURGH (ECOSSE

Paris, le 2 mai 1857.

Mademoiselle,

Je suis heureux et reconnaissant envers vous chaque fois qu'il m'arrive de vos nouvelles ou la preuve que vous avez quelquefois la bonté de songer à moi. J'ai donc reçu comme une bien bonne fortune, par Madame H..., l'avis que vous voulez animer de votre souffle pur et bienfaisant une idée qui bien que s'appliquant à des choses et souvent à de» personnes impures (puisse un jour une société nouvelle améliorer tout celai) n'en est pa* moins digne d'exciter au plus haut degré la sollicitude des vrais philanthropes.

Votre bonté me comble à la fois de confusion et de plaisir. Je sais très-bien que les efforts que vous ferez pour le triomphe de la vérité seront d'autant plus admirables et efficaces qu'il y a chez vous plus d'élévation d'âme et de supériorité d'esprit. Permettezmoi donc de vous témoigner ma respectueuse satisfaction et de vous dire qu'il n'est personne plus désireux que moi d'avoir l'occasion de vous être agréable. Je remettrai volontiers a Madame S..., puisqu'elle a la bonté de vouloir s'en charger, des documente complets sur ma découverte. J'ai peu publié en brochures, mais rien n'est perdu pour la fructification de l'idée, car des voix plus autorisées que la mienne se sont fait entendre.

Un célèbre médecin étranger qui n'est séparé de l'Écosse que par la mer, et qui en est très-rapproché par les idées, M. W. Bœck (de Christiania), a beaucoup écrit sur ma découverte, qu'il a su faire triompher clans les pays Scandinaves par sa loyauté, sa persévérance et son talent. Je vous enverrai plusieurs exemplaires de sa dernière brochure.

Quel dévoùnient que celui de M. W. Bœck !

Père de famille, professeur à l'Université de Christiania, chargé d'un service d'hôpital et d'une nombreuse clientèle, il veut quitter tout momentanément et aller, dit-il, faire alliance avec la grande nation anglaise, qui a l'ait triompher la doctrine de la circulation du sang, l'inoculation, la vaccine, etc.

M. Bœck a déjà écrit à un ami d'Angleterre pour obtenir un service de sis mois dans un hôpital. Il veut y démontrer la supériorité de la nouvelle méthode de traitement. M. Bœck me demande le secret, mais doit-il y avoir do secret pour vous ?

N'est-ce pas une combinaison de la Providence qui vous a inspiré une noble et généreuse pensée (ce dont vous avez l'habitude), et à M. Bœck la conviction raisonnée qu'une grande idée française transportée par un Scandinave sera bien accueillie sur la terre hospitalière et intelligente que vous habitez.

J'ai été favorisé dans ces derniers temps, ayant eu plusieurs fois de vos nouvelles : 1° par M. D..., avec qui j'ai dîné chez le prince Ch. Bonaparte; 2° par Madame B...; 3° par Mademoiselle D... Pauvres sœurs, pourquoi est-il donc si difficile d'alléger leurs souffrances à la fois physiques et morales!

Mais le plaisir de recevoir de vos nouvelles n'a pas été sans mélange d'amertume. Vous avez été malade par suite d'un accident. Que n'ai-je pu concourir aux soins qu'on a dû vous prodiguer. J'aurais été plus heureux de remplir auprès de vous la fonction de gardemalade que d'être le médecin du plus grand potentat du monde.

Etes-vous au moins complètement rétablie?

Je n'ose pas me permettre de vous demander de m'envoyer directement de vos nouvelles ; mais si vous jugiez à propos de le faire je vous en serais infiniment reconnaissant. Je suis, Mademoiselle, votre bien humble et respectueux sei'viteur.

A M. C. SPERINO, MÉDECIN EN CHEF DU STPHILICOME, A TURIN (PIÉMONT)

Paris, le 12 mai 1857.

J'ai apporté un très-grand retard à vous écrire, absorbé que j'étais par des affaires qui ne finissaient pas (qui ne sont pas finies) et dont pourtant je voulais vous entretenir et vous donner la solution.

La jeune fille du service de M. Nélaton a quitté l'hôpital pour cause d'indocilité avant sa syphilisation complète. Elle est à Saint-Germain, bien moins malade qu'avant son entrée à la Clinique. La signification de ce fait incomplet est importante à Paris. Tout le monde a pu voir l'innocuité d'une méthode qu'on avait représentée comme étant extrêmement dangereuse. Mais M. Nélaton n'a que trente lits et la syphilis ne se présente chez lui que comme cas accidentel.

Faites la rédaction de vos nouveaux faits, insistez sur l'importance de la syphilisation des jeunes enfants et surtout des nourrices. Vous êtes le premier qui avez syphilisé une nourrice. Terminez par un résumé court et clair (à l'usage du compte rendu de l'Académie des Sciences.) Envoyez ce Mémoire à M. Geoffroy-Saint-Hilaire, Président de l'Académie des sciences. En suivant cette voie,vous aurez fait beaucoup pour la syphilisation.

Tant mieux que vous soyez de l'Académie de Vienne, vous lui enverrez votre Mémoire futur que nous ferons extraire à part de la Gazette médicale.

Plutôt que de se rendre à l'évidence des faits quelques-uns de nos adversaires ont imaginé que les chancres successifs guérissaient la syphilis par une révulsion. M. Cullerier se fait aujourd'hui accompagner dans sa visite d'un porte-vésicatoires, et chaque malade reçoit le cadeau d'une quinzaine de vésicatoires par semaine!

Votre bien dévoué.

A M. LE PROFESSEUR BŒCK, A CHRISTIANIA (NORWÉGE)

Paris, le 16 août 1857.

Très-cher et très-honoré Confrère,

Le vent souffle ici pour la syphilisation. M. Guérault va subir sous la présidence de M. Nélaton une thèse dont les éléments sont entièrement puisés à votre école. La Gazette

médicale vient de publier un très-court abrégé de votre syphilisation des enfants et va reproduire en entier votre discours, que j'ai reçu de M. A. Latour lui-môme. Pas un médecin ne vient chez moi sans recevoir un exemplaire de la traduction de votre brochure.

Quelles que soient les propriétés thérapeutiques de l'iodure de potassium, ce médicament se distingue surtout par la rapidité de son action qui n'est que passagère. C'est donc un médicament bon et exclusivement a employer pour produire un effet actuel, un effet du moment. C'est pourquoi je suis partisan des doses petites, fractionnées. Je ne parle pas de l'effet chimique que vous obtenez de l'emploi de l'iodure de potassium chez un individu mercurialisé. Vous dépouillerez heureusement les organes d'un corps qui leur est fortement associé et qui leur nuit. L'effet secondaire doit être durable; mais l'effet primitif, l'action sur le mercure ou sur les organes a été rapide. Je ne parle pas non plus de l'effet tonique de l'iodure de potassium. Ce médicament facilite l'élaboration et la rénovation organiques. Il accélère la nutrition, d'où des effets qui peuvent être durables. Mais en dehors de la nous n'avons que des effets passagers. Exemple : la migraine (du moins la migraine à laquelle je suis sujet, et qui est la seule affection morbide que j'aie jamais eue) est pour moi le résultat d'une diacrise, d'une altération du sang inconnue dans son essence, altération qui se juge par l'accès de migraine qui en est la crise. Cette migraine est en quelque sorte la satisfaction d'un besoin organique. Eh bien (quand je semble parler d'un autre c'est de moi qu'il s'agit), prenez tout l'iodure de potassium que vous voudrez, quand l'organisme vient d'être satisfait, mais cessez-en ensuite l'emploi, pendant un temps assez long pour que le besoin organique d'une migraine ou d'une nouvelle satisfaction se fasse sentir, vous n'empêcherez pas la migraine de revenir. Il suf lit qu'entre l'époque de la cessation du médicament et l'accès il se soit passé un certain temps. Au contraire, saisissez bien par l'observation le moment où l'organisme va demander sa satisfaction hèmicr unique (pardon de ce langage), prenez alors l'iodure de potassium à petites doses (25 centigrammes par exemple par jour), mais à doses fractionnées, prenez cela en cinq ou dix fois par exemple. Prenez-le avec les aliments, dans les boissons, ou bien en faisant faire des pains, des bonbons, du chocolat à l'iodure de potassium, et vous verrez que le médicament devient d'une efficacité parfaite pour le but que vous voulez obtenir.

Sous ce rapport, comme sous beaucoup d'autres, l'iodure de potassium agirait à rencontre du mercure, qui aurait plutôt pour effet de ralentir l'action organique et qui peut et doit être utilisé dans certaines circonstances précises.

Vous me parlez sans détails des résultats douteux que vous avez obtenus par des expériences de vaccination. Publierez-vous ces résultats?

J'ignore ce qu'a voulu dire M. Sperino. Avant qu'il ne fut question pour personne de syphilisation, j'avais appliqué la syphilisation sur l'homme. M. Malgaigne m'en a demandé la preuve, lors de la discussion académique, je la lui ai donnée. M. Sperino a cru faire le premier des syphilisations sur l'homme. Son mérite est aussi grand que s'il l'avait fait en effet. Ce n'est certes pas moi qui aurais cherché à diminuer ce mérite. Au contraire, je me suis toujours tu sur ce chapitre, et j'ai fait à M. Sperino avec bonheur la part aussi large que possible. Il le méritait.

J'ai évité de le combattre quand nous étions en dissidence sur quelques points. Il ne s'est pas fait faute, pour son compte, d'attaquer mes pus forts et mes pus faibles. Et néanmoins on ne m'a pas entendu crier victoire quand vos expériences m'ont donné raison. Ai-je jamais revendiqué quelque chose, moi qui ai remis à MM. Guérault et Bellebon tout ce qui était écrit par vous et par M. Sperino et rien de mes brochures? Tant je suis convaincu que c'est vous et M. Sperino qui avez fait le plus dans cette affaire, et tant aussi je place avant tout le triomphe de la syphilisation !

Ma conduite vis à-vis de M. Sperino est la même que vis-à-vis de vous. Si je m'appuie davantage sur vos travaux, si je m'en fais moi-même le propagateur, c'est que vous m'en fournissez les moyens par la confiance que vous me donnez et dont je vous suis reconnaissant.

Votre affectionné.

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