‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 86 sur 205 · A M. LE DOCTEUR V..., A PARIS · texte numérisé non relu

A M. LE DOCTEUR V..., A PARIS

Paris, le 5 septembre 1857.

Cher Confrère et ami,

Merci mille fois de votre lettre.

, Ce que vous me dites de M. L... ne me surprend pas; sa loyauté et sa bienveillance me sont aussi connues que son inintelligence de la chose. M. L... confond tout en syphilis, bubons, chancres, blennorrhagies, accidents secondaires. Ce n'est d'ailleurs qu'à la laveur de cette confusion, qui existe dans tant de cervelles, que M. Ricord lui-même a pu sembler

avoir raison contre moi. Il a dû mettre son propre drapeau dans sa poche, pour me combattre, en se glissant dans un camp tohu-bohu, c'est-à-dire composé d'ignorants, de physiologistes (partisans de l'ex-doctrine physiologique), de vétérinaires et de pharmaciens, etc.

Il est une chose que j'ai beau crier sur les toits, personne ne m'entend. Cette chose, la voici : En pratique actuelle, la syphilisation prophylactique consiste à syphiliser les syphilitiques pour les guérir et les préserver à la fois de toute contagion syphilitique. Malin'' mes protestations, on n'en répète pas moins a qui mieux mieux, sur la foi des ennemis et. même des amis de la syphilisation qui connaissent le sic vos non vobis, que prêcher la syphilisation est un cas pendable. Mais, dût-on me pendre dès demain, je n'en soutiendrai pas moins (avant la pendaison, bien entendu), vis-à-vis des amis et des ennemis, que si la syphilisation bien conduite procure la santé parfaite et l'immunité contre le virus syphilitique, il arrivera un jour où la généralisation de la syphilisation pourra sauver l'humanité de la syphilis.

On a tort de dire que qui veut se préserver de la syphilis le peut. Nos penchants ne nous portent pas à l'abstinence. Théoriquement parlant, oui, qui veut se préserver de la syphilis peut s'en préserver; mais pratiquement cela n'est pas vrai. Je ne suis pas plus libre de ne pas avoir la syphilis que je ne le suis de ne pas avoir la colique, si tous les aliments qui me sont offerts sont empoisonnés.

Du reste, la question n'est même pas là. Il n'est pas de sujet de syphilographie théorique qui ne soit éclairci par la syphilisation, et j'ai la prétention, fondée ou non, de tout réformer en syphilographie. Dois-je être libre ou non de professer ma doctrine sur les bubons, les plaques muqueuses, etc.?

Enfin, parce que j'ai trouvé la syphilisation, doit-on m'interdire de professer la médecine opératoire, ce que je fais depuis plus de quinze années? M. L... sait parfaitement cela puisqu'il m'a fait l'honneur d'assister à une de mes leçons, il y a déjà bien longtemps.

Votre reconnaissant confrère.

A. M. LE PROFESSEUR BŒCK, A CHRISTIANIA (NORWÉGE)

Paris, le 15 décembre 1857.

Très-bon et très- honoré Confrère,

Je vous remercie infiniment de l'excellente lettre que je viens de recevoir. Je n'ai qu'un regret, c'est de ne pas m'être trouvé à Christiania pour me joindre à ceux qui ont célébré le 25e anniversaire de votre mariage.

Vous avez raison de me trouver heureux d'avoir, à l'appui de ma découverte, des hommes aussi impartiaux et aussi éclairés que MM. Egebert et Voss ; mais n'est-ce pas vous-même qui avez su les trouver et avez tout fait pour la syphilisation? Permettez-moi donc de vous placer à leur tête.

La syphilisation et son inventeur sont mieux traités ici qu'autrefois; mais il n'y a pas excès de faveur. Il nous faudrait un hôpital, c'est-à-dire un lieu où la syphilisation pût se montrer et se développer au grand jour.

Un mari attrape la syphilis et la communique illico à celle qui partage tout avec lui; ils offrent à peu près les mêmes symptômes. La femme, assez timide, entre à Saint-Louis, chez M. Bazin, pendant que je soumets le mari à la syphilisation. Celui-ci, sur ma recommandation, se présente tous les huit jours, avec ses chancres, à la consultation de M. Bazin à Saint-Louis. Cet homme, pendant ce temps, n'a pas discontinué un seul jour son travail. A présent, il est guéri et dans l'état d'immunité.

Sa femme, après avoir subi des accidents mercuriels, est actuellement atteinte d'iritis très-grave. M. Bazin, homme honnête et clairvoyant, a dit devant tous ses élèves : « Je voudrais pouvoir syphiliser tous les syphilitiques de mon service. » Il ne faudrait donc plus à présent qu'une circonstance propice pour m'ouvrir les portes de Saint-Lazare.

Que sont devenus les essais de M. Danielssen, touchant le traitement de la lèpre par la syphilisation? A-t-il manqué de pus, ou bien le succès n'a-t-il pas répondu à son attente? On peut tout ce qu'on veut, et je m'en vais entreprendre à Paris même le traitement de Véléphantiasis par la syphilisation, que je combinerai au besoin avec la médication altérante. J'ai fini par découvrir ici quelques lépreux, et je m'adresse partout pour en avoir. Si M. Danielssen peut m'en céder trois ou quatre qui soient jeunes, leur transport et leur entretien à Paris me regardent. Quant au transport, on l'obtiendra sur un bAtiment de l'État.

J'attaque toujours ici les cancers. Quand je ne guéris pas les malades, je les soulage, du moins, et je découvre des choses utiles.

La Gazette médicale a rendu un compte avantageux de votre communication au Congrès de Bonn.

J'ai reçu la Mémoire de M. Gjor, et, si je trouve un traducteur, je prierai M. Rayer luimôme de m'aider à le faire reproduire quelque part.

J'ai une correspondante a Edimbourg, a laquelle j'ai déjà écrit pour la syphilisation, et A qui je vais faire passer quelques matériaux pour M. Simpson. C'est une dame anglaise, aussi intelligente que dévouée, et qui ne recule pas dès qu'il y a du bien à faire.

Le consul français de Christiania est, dit-on, à Paris. C'est l'ami de M. F..., que voua avez vu. Je demanderai son adresse, et j'irai le voir.

Je vous souhaite une bonne année.

A M. pétard, rédacteur de LA Revue étrangère médico-chirurgicale (1).

Paris, le 25 février 1858.

Monsieur le Rédacteur,

Merci de votre libéralité. Vous ouvrez vos colonnes aux développements de mes principes, et vous me demandez une revue mensuelle des progrès de la science en syphilographie. Je réponds à votre appel avec empressement.

Aussi bien, ai-je concouru à donner l'impulsion au mouvement qui s'opère et aux conversions qui s'accomplissent tous les jours, en faisant brèche aux retranchements de l'hôpital du Midi.

J'ai prouvé l'inoculabilité de la syphilis aux animaux, et j'ai démontré que cette inoculation entraînait chez eux les mêmes conséquences que chez l'homme.

Le syphilisation, née de mes expériences et bientôt outrageusement repoussée, a pris enfin rang dans la science comme dogme et dans l'art comme pratique. Ses principes ont même reçu les honneurs du plagiat.

Il est donc opportun de les remettre en évidence, et de montrer qu'ils projettent leur clarté dans les recoins les plus obscurs de la syphilographie, et même jusque sur l'étude de toutes les maladies virulentes.

C'est moins toutefois une exposition dogmatique de la syphilisation, que je me propose de faire, que l'application impartiale de ses préceptes aux questions et aux faits qui surgissent à chaque instant dans le domaine de la science.

Je donnerai une analyse et mon appréciation des ouvrages nouveaux qui seront exclusivement ou partiellement consacrés à l'étude de la syphilis, ou bien qui se rattacheront à cette branche de la médecine par les liens étroits de l'analogie.

Mon désir ardent, c'est que pas un fait récent, pas une idée neuve, pas un point de vue nouveau, ni même aucun événement important n'échappe à mon examen et à mon jugement. C'est pourquoi je compte sur le concours actif et bienveillant des syphilistes de tous pays.

La forme épistolaire me permettra, par sa simplicité, de suivre facilement la fluctuation des idées, et de rendre plus aisément justice à ceux qui auront bien mérité de la science par leurs travaux ou par leurs efforts.

Ma prochaine lettre sera un hommage au professeur W. Bœck (de Christiania). Le mérite et l'éclat de ses travaux ont été rehaussés par sa généreuse abnégation. Il lui a fallu, sans aucun doute, beaucoup d'élévation d'âme et une grande indépendance d'esprit pour me tendre la main du fond de la Norwége au moment où mon idée subissait le comble des outrages et de l'oppression.

Agréez, etc.

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