MOTIFS QU .M'ONT CONDUIT A ÉTUDIER LA SYPHILISATION CHEZ L'HOMME
Ce ne fut ni par amour de la nouveauté , ni par une étrange légèreté que je me laissai aller à tenter chez l'homme la syphilisation complète ; différentes considérations cliniques il quelque^ expériences, dont j'avais parlé dans mes deux premiers écrits, et sur lesquelles je crois devoir faire ici quelques réflexions , m'ont servi de point de départ , et me seront encore utiles pour répondre à l'accusation qu'ont lancée contre moi quelques-uns de mes collègues, d'avoir tenté trop hardiment et trop légèrement sur l'homme des expériences qui pouvaient nuire gravement à ceux qui mettaient en moi toute leur confiance. J'espère que tous les lecteurs de bonne foi seront convaincus que si des inductions cliniques m'ont conduit à pratiquer la syphilisation chez l'homme, dans l'espoir d'être utile à l'humanité , je suis allé toujours lentement dans mes expériences , éludiant avec attention chaque phénomène, n'inoculant d'abord qu'un petit nombre de sujets , en peu d'endroits , et à de longs intervalles , qu'enfin j'ai usé de la prudence et de la loyauté que commandaient des expériences aussi délicates , et que ne [doivent jamais oublier ceux qui ont assumé la charge de secourir l'humanité souffrante. Les nombreux collègues qui ont fréquenté depuis deux ans le sypbilLoôme peuvent attester ce que j'avance. Je suis convaincu qu'aucun d'entr'eux n'est l'auteur des injures et des calomnies lancées contre moi par quelques-uns de mes collègues. Si je n'avais été aussi hardi que prudent, peut-être que le grand phénomène de la syphilisation aurait encore été pendant longtemps relégué parmi les idées abstraites et d'une application peu probable. Mais revenons à notre sujet.
LA S\l>HII.ISAT)ON CHEZ L HOMME. 07
S- ier
Je vais rapporter quelques uns des principaux faits cliniques que j'avais observés depuis plusieurs années, et qui me conduisirent peu à peu sur la voie des expériences, en me confirmant dans la conviction qu'il y avait quelque chose de vrai dans le fait singulier de syphilisation annoncé le 18 novembre 1850 à l'Académie des sciences de Paris par M. Auzias-Turenne.
1° Les chancres , quoique indurés, mais vastes, phagédéniques et suppurant abondamment, ou qui sont devenus chroniques ou calleux , sont beaucoup plus rarement suivis de bubons virulents que non pas les chancres petits , indurés ou non , peu ou beaucoup enflammés , qui guérissent en peu de jours, après quelques cautérisations ou même spontanément.
2° Les vastes chancres chroniques, existants depuis plusieurs années , et situés sur une base calleuse sont assez rarement suivis de la syphilis constitutionnelle. Toutes les années nous avons dans le syphilicôme (renie et plus cas de femmes affectées de semblables chancres qui rebelles à tous les traitements les forcent à y séjourner très-longtemps, et souvent ne se cicatrisent qu'après que l'on a plusieurs fois et profondément excisé le tissu ulcéré. Eh bien! il ne m'a été donné que très-rarement de \oir se développer des symptômes contitulionnels, soit chez celles qui n'y restèrent que peu de mois , soit chez celles qui furent obligées d'y séjourner très-longtemps pour guérir de vastes chancres accompagnés de destruction d'une grande partie de l'urètre , ou des tissus vulvo-vaginaux. Cette observation m'avait depuis quelque temps induit à abandonner l'emploi du mercure dans le traitement de semblables lésions; car j'avais vu qu'il n'était pas nécessaire de l'employer pour prévenir l'infection générale qui ne se développe que très-rarement dans ces cas,