MOTIFS POUR LESQUELS ON ÉTUDIA
semblable à celle du vaccin; aussi M. Guillon crul-il \<>it dans le pus de la varioloide un nouveau virus intermédiaire entre le cow-pox et la petite-vérole.
On a publié des faits d'éruption double , locale et générale consécutive du vaccin ; ils constitueraient un rapport nouveau entre les effets de la vaccination et ceux de la pctite- \érole, et une nouvelle analogie entre la nature du vaccin et celle de la petite-vérole.
M. le Dr Bousquet a inoculé à trois enfants du virus vaccin mêlé à du virus varioleux , ainsi que l'avaient déjà pratiqué Woodville et Sahnade. Chez les deux premiers, il \ eut d'abord une éruption locale du troisième au quatrième jour , et une seconde générale après le huitième jour, qui fut précédée de trois jours de fièvre. Si à ces faits , qui établissent une grande analogie entre ces deux virus , on ajoute la ressemblance frappante des pustules qu'ils produisent, on a quelque raison de croire que le virus vaccin n'est pas autre que le virus varioleux modifié. Si donc la vaccination prévient presque toujours la petite-vérole , pourquoi ne serait-il pas permis d'espérer que d'autres virus produiront de semblables effets ? Pourquoi ne pourra-t-ou pas, pour arriver à ce but , tenter des expériences même graves et d'un résultat douteux ?
§. 2me
Conclusions auxquelles j'ai été conduit par les observations précédentes.
La diminution progressive des chancres artificiels observée par M. Auzias sur les animaux laisse espérer des avantages immenses. Si le même phénomène se répétait dans l'homme , ainsi que me le faisaient croire les observations cliniques qui précèdent , il mériterait d'être étudié , parce qu'il est fécond en conséquences utiles. Il est vrai qu'en fai-
LA. SYPHIL1SATI0N CHEZ l'hOMME. 70
sanl naître sur l'homme un grand nombre de chancres , on introduira une grande quantité de virus syphilitique dans son organisme. Maison voit, par les observations que nous avons rapportées , que la syphilis constitutionnelle n'est pas en rapport avec la quantité de virus absorbé. En outre, si une plus grande quantité de virus peut être nuisible , il n'en résultera qu'une plus prompte manifestation de la syphilis constitutionnelle , et dans ce cas , on abandonnera immédiatement les inoculations pour recourir au traitement anti-syphilitique. Les expériences auront, à la vérité , un peu ennuyé les malades , à cause des chancres artificiels que je leur aurai donnés, qui les obligeront à séjourner plus longtemps daus l'hôpital , mais il sera toujours en mon pouvoir de réparer le mal que j'aurai fait , et je pourrai les guérir de l'affection générale par un traitement approprié à la maladie.
Si mes expériences n'ont pas un bon résultat , l'application de la syphilisalion à l'homme , qui au premier coup d'œil paraît une utopie, sera condamnée pour toujours. Les hommes qui cultivent la science et poursuivent le progrés ne me taxeront pas d'audace folle , ni d'inçonsidération outrée pour avoir tenté des expériences qui ne feront peut-être pas seulement faire des progrès à la science , mais qui seront une source de grands avantages pour l'humanité.
Tel fut le raisonnement que je me fls, et qui me porta à tenter la syphilisalion chez l'homme, d'après mes observations cliniques, les expériences de M. Auzias, et une confiance intime que j'avais dans la réussite de ces tentatives.
Ce fut sur la fin de janvier J 851 que je fis à ce sujet les premiers essais, et pendant les deux mois suivants, je ne tentai qu'un petit nombre d' inoculations. Dans le commencement, je l'avoue ingénument, je ne les faisais qu'avec beaucoup de circonspection , et avec une grande anxiété. Mais les premiers résultats favorables «n'ayant rendu
1k CONSIDÉRATIONS
[/lus hardi et plus confiant dans l'avenir de la syphilisalion. je me mis peu à peu à renouveler les inoculations sur d'autres individus. Quel ne fut pas mon élonnement en voyant qu'une grande quantité de virus introduit dans l'économie, non seulement ne produisait pas un prompt développement de l'infection générale , mais faisait disparaître les symptômes de syphilis primitive et constitutionnelle , et que la syphilisation améliorait l'état général de l'individu qui y Hait soumis. Ce lut alors que j'agrandis la sphère de mes expériences , et que je me suis cru le droit et le devoir de les multiplier le plus que je pouvais, pour être à même d'en déduire plus lard des conséquences plus positives. J'espère que mes collègues me sauront bon gré d'avoir supporté les difficultés , les controverses et les ennuis des premières expériences, lorsqu'ils sauront que sans cela un grand nombre de questions qui ont trait à la syphilisalion seraient peutêtre encore douteuses.