APPERÇU HISTORIQUE
M. Ricord appuyé sur l'autorité de Balfour, de Duncan, de Tode: sur les expérienees de B. Bell, d'IIernandcz et autres, et sur ses nombreuses expériences, nie non seulement la nature syphilitique, mais encore la qualité contagieuse spécifique de lablennorrhagie. L'inoculation du pus qu'elle
i produit ne développe ni chancre, ni ulcère d'autre nature,
l donc il n'est pas virulent. L'inoculation au contraire du pus des ulcères syphilitiques, du vaccin, de la petite vérole, de la morve, donne lieu à des symptômes propres à chacune de ces maladies, que l'on doit en conséquence appeler virulentes. Le pus du chancre porté sur l'urèthre produit ordinairement un chancre uréthral , et cela doit être, ou bien il donne lieu à une blennorrhagie, mais alors il agit à la manière des irritans ordinaires , et il donne lieu à une uréthrite qui ne sera pas syphilitique.
Les faits et les observations ont ébranlé la doctrine de M. Ricord. Quoique en effet tout le monde admette l'existence d'uréthriles sans cause syphilitique, quoi qu'on ait en outre reconnu la difficulté d'obtenir la pustule syphilitique par l'inoculation du muco-pus blennorrhagique, cependant on cite des cas dans lesquels elle s'est développée avec
\jous ses caractères spéciaux.
La célèbre expérience que Hunter fit sur lui-même est
vun argument d'un grand poids en faveur des fauteurs de celte opinion: car il y eut non seulement développement de la pustule vénérienne, mais encore des symptômes secondaires qui eurent plusieurs récidives, et ne cédèrent qu'à une cure mercurielle longue et bien dirigée. L'autre fait, dont parle Hunter dans son Traité sur la syphilis, et celui que rapporte André, concourent tous deux à confirmer l'opinion émise plus haut.
En présence de semblables autorités, il était impossible de nier les faits observés, et M. Ricord se garda bien de le faire, mais il en donna une explication qui ne contredît en
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rien sa théorie. Pendant l'acle ilu coït, dit-il, il est facile qu'il s'insinue plus ou moins profondément dans le canal de l'urèlhre du pus provenant de chancres, qui là comme ailleurs, exercera son influence, en y donnant naissance à des ulcères identiques. S'ils sont situés à l'orifice uréthral, on pourra les voir, s'ils sont plus avancés dans le canal, on pourra les diagnostiquer par la quantité et la qualité de l'écoulement, par la dureté que l'on rencontrera le long du canal, et avec plus de certitude encore par l'inoculation.
Il conclut que dans les cas où l'on obtint, la pustule caractéristique, il existait un chancre uréthral larvé, et à l'appui de celte explication il apporte des observations qu'il a faites sur des inoculations de pus d'écoulements uréthraux accompagnés de chancres, et qui produisirent des pustules syphilitiques; il a présenté des pièces pathologiques, clans lesquelles on voit des chancres dans le canal de l'urèthre, et jusque dans la vessie.
Je ne veux pas nier la possibilité de l'existence de ces chancres endo-uréthraux, dont la connaissance est due surtout au syphilographe Parisien. Je ferai seulement observer que des inoculateurs distingués, quoique mis en garde contre l'existence de ces ulcères cachés, ayant répété les expériences de M. Ricord, rapportent cependant des faits de pustules syphilitiques obtenues par l'inoculation du mucopus blennorrhagique , quoique dans ces cas ils n'aient pu reconnaître la présence de chancres larvés uréthraux. De ce nombre est M de Caslelnau. Mais les expériences qui portent le plus rude coup à la doctrine de M. Ricord sont celles que fit M. Barlholi, interne de l'hôpital du Midi. H obtint la pustule syphilitique non seulement en inoculant du muco-pus uréthral, mais encore celui qui est sécrété pat les balano-poslhites, dans lesquelles la maladie étant objective, il est facile de vérifier s'il y a, ou s'il n'y a pas ulcère primitif. On doit remarquer que M. Barlholi obtint
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des résultats positifs bien que, pour plus de sûreté il eût choisi de préférence les sujets qui ne présentaient aucune trace de ces érosions superficielles qui accompagnent si fréquemment les balanites; bien plus, qu'il inocula le pus de bubons consécutifs à des balanites, bubons qui selon M. Ricord ne devraient avoir qu'un caractère purement inflammatoire, et que cependant il fit naître de véritables pustules syphilitiques. M. Bartholi ne fut pas le seul qui obtint des résultats de ce genre : M. Puche et d'autres avant lui avaient déjà observé des faits identiques, et d'autres depuis M. Bartholi eurent le même succès (1).
Un autre argument que je ne rapporterai qu'en passant, qui est également sans réplique, pour prouver que la blennorrhagie est quelque fois syphilitique, c'est qu'elle est parfois suivie de symptômes de syphilis constitutionnelle identiques à ceux des chancres, et qui guérissent par les mêmes moyens. Si ces faits ne se présentent pas aussi fréquemment que le prétend M. Cazenave, on ne peut cependant les récuser depuis les nombreuses observations de MM. Lagneau, Baumes, Castelnau, Vidal, Galligo, Gamberini qui viennent à l'appui des assertions de Hunter, Swiédaur, Vaccà-Berlinghieri etc. En outre, on sait combien sont rares les chancres cndo-urélhraux, et il n'y aurait pas de proportion entre les cas de leur existence et la fréquence des symptômes de syphilis constitutionnelle consécutifs à la blennorrbagie.
Enfin j'ai consigné les observations et les expériences que j'ai faites sur ce sujet dans un Mémoire inséré dans le
(i) L'inoculation du pus de la balanite, ou de la balano-puslhite a-t-elle produit un véritable chancre, ou seulement un autre symptôme syphilitique comme une pustule ecthymateuse, un tubercule muqueux etc. ? Les observations des auteurs que nous avont cités paraissent se rapporter à la véritable pustule primitive. Le petit nombre d'expériences que j'ai tentées à ce sujet, ne m'ont pas assez éclairé pour que je puisse jeter im peu de jour sur cette question.
SUR l.'jN(JCULATJON SYPJ1IMTIQUE. 15
V 2mevol. des Actes de noire Académie médico-chirurgicale de l'année 18U6, et je pourrais en ajouter un grand nombre de postérieures pour prouver ce que j'avançais alors; de ces faits, il résulte d'une manière évidente que si lablennorrhagie est quelquefois le résultat d'une simple uréthrile, si, selon M. Hicord, elle reconnaît d'autres fois pour condition pathogénique le chancre urélhral larvé, le plus souvent cependant elle est syphilitique. Elle est occasionnée alors par l'introduction dans l'urèthre de l'homme du mucopus des tubercules muqueux si fréquents chez les femmes; et c'est maintenant pour moi un fait prouvé que le pus blennorrhagique de l'homme communique souvent des tubercules muqueux à la femme, et viceversa. La nature syphilitique des tubercules muqueux n'étant pas douteuse, on a facilement l'explication des cas de syphilis constitutionnelle consécutifs à des blcnnorrhagies dont le pus inoculé n'a pas donné lieu au chancre Huntérien, et dans lesquelles on a pas pu reconnaître la présence du chancre.
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L'inoculation comme moyen de diagnostic peut-elle servir à faire distinguer les symptômes syphilitiques primitifs des constitutionnels ?
L'inoculation comme moyen de diagnostic peut-elle servir à faire distinguer les symptômes syphilitiques primitifs des constitutionnels ?
Les symptômes dits d'infection constitutionnelle sont ils contagieux, ou non?
La réponse à celle question renferme la solution d'un cas important de médecine légale et d'hygiène, qui a tout récemment encore soulevé de vives diseussions dans le sein de l'Académie de Médecine de Paris.
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Hunier crul avoir prouve par l'inoculation la non contagion des symptômes secondaires; M. Ricord ayant plusieurs fois inoculé du pus fourni par des accidenls secondaires, et n'ayant jamais pu obtenir le chancre, conclut qu'ils n'étaient pas contagieux. MM. Marion, Puche et autres sectateurs de l'école de M. Ricord répétèrent plusieurs fois les mêmes expériences, et obtinrent le môme résultat négatif, ce qui les conduisit à des conclusions identiques. Cependant depuis que l'on se mit à étudier la syphilis, divers auteurs, de temps en temps reconnurent et admirent les qualités contagieuses de ces symptômes, en voyant des enfants atteints de syphilis héréditaire et constitutionnelle communiquer leur maladie à leurs nourrices, et les nourrices transmettre aux enfants qu'elles allaitaient les symplômessecondaires dont elles étaient affectées. Ainsi en 1500, Jacques Catlaneo exposa déjà ce fait, que soupçonna plus tard Nicolas Massa, et qu'admirent ensuite Musitanio et Vercellonc. Arrivons aux temps modernes, et nous voyons la même opinion soutenue par MM. Lagneau, Baumes et autres, quoique ce dernier n'ait jamais obtenu que des résultats négatifs par l'inoculation.
Le Dr. Gamberini a publié des observations de symptômes secondaires qui n'étaient pas accompagnés de chancres, et communiqués par le contact; le même rapporte deux cas observés par le Dr. Daveri d'une éruption pustuleuse cutanée et d'aphtes vénériens à la langue transmis à des individus sains par le simple contact. Un grand nombre de faits que j'ai eu occasion d'observer dans le Syphilicôme , de transmission d'infection héréditaire des enfants aux nourrices , m'ont depuis plusieurs années convaincu de celle triste vérité, qui est maintenant admise par tout le monde, à l'exception de quelques hommes systématiques. Jusqu'à présent cependant on n'avait pas pu en obtenir la contre-épreuve par l'inoculation. En 18!(o M. Wallace prétendit avoir obtenu deux lois la reproduction de l'eclhyma syphilitique; il
sur l'inoculation syphilitique. 17
est inutile de dire que ce fait fut accepté d'abord sous toutes réserves, surtout par les partisans de la doctrine de M. Ricord. Mais peu de temps après, d'autres observations de réussites identiques furent publiées par d'autres expérimentateurs, et vinrent corroborer le fait de M. Wallace. L'année passée M. Vidal inocula à plusieurs reprises , et obtint Fccthyma syphilitique non seulement sur des individus déjà infectés par la syphilis, mais sur un sujet sain, et qui n'avait jamais eu le moindre symptôme de maladies vénériennes. Et comme pour prouver encore plus la nature vénérienne de l'ecthyma inoculé, il eut des symptômes d'infeclion générale que l'on fut obligé de traiter par le mercure. M. Cazenavc inocula avec le même succès l'ecthyma syphilitique.
J'observai un fait semblable en janvier cl en février 1 85 i . J'avais obtenu peu de jours auparavant , et à ma grande surprise , des résultats positifs de l'inoculation des tubercules muqueux (v. p. 21) ; celte première réussite fit naître en moi , cl dans mes collègues qui en furent témoins, le désir de tenter l'inoculation de quelque autre symptôme d'infection constitutionnelle. Il y avait justement alors dans l'hôpital une femme entrée depuis peu de jours , qui était couverte d'ulcères ccllvymateux présenlans l'aspect le plus caractéristique qu'il fût possible de trouver. Le cas me parut favorable pour tenter l'expérience, et voici en peu de mois le résultai de celle observation. 7?"* & <
Madeleine M..., jeune fille âgée de 19 ans, tempérament bilieux, bonne constitution, entrée à l'hôpital le"25 janvier 1851.
Elle avait des chancres indurés, mais en voie de cicatrisation, à l'orifice vaginal, et une syphilide cutanée ecthymatcuse sur loute la surface du corps, mais spécialement sur le dos et sur les fesses.
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Le 30 janvier , après avoir enlevé la croûte qui recouvrait une vaste ulcération cclhymateuse du dos , j'y pris du pus que j'inoculai en deux endroits sur la cuisse gauche. Le 5 février , six jours après , il se manifeste deux petites pustules sur les deux points d'inoculation. Le 7, elles sont couvertes de croûtes sous lesquelles se trouve un ulcère superficiel d'une forme irrégulièrement circulaire donnant facilement un sang noirâtre , et ayant enlin tous les caractères de celui sur lequel le pus avait été pris Le 10 , la pustule cclhymateuse inoculée a la largeur d' un centimètre , et présente toujours la même croûte noirâtre. On inocule de nouveau sur la cuisse gauche du pus fourni par une pustule cclhymateuse qui s'est développée spontanément sur le ventre. Le 17, on voit deux petites pustules, résultat de cette dernière inoculation ; ce même jour on inocule en deux points sur chaque cuisse , le peu de pus séreux que l'on peut recueillir dans les petites pustules qui se sont développées après l'inoculation du 10. Quatre jours après, on voit déjà deux petits poinls rouges sur la cuisse droile, et un sur la gauche ; le jour suivant, trois pustules commencent à se développer, et suivent ensuite leur cours ordinaire , en parcourant toutes les périodes par lesquelles avaient passé les pustules précédentes.
Le 5 , le 20 février et le 3 mars on avait fait, en outre, inutilement des inoculations sur cette femme, avec le pus de ses ulcères eclhymateux. Vers la moitié du mois de février, on commença une cure mercurielle que l'on continua jusqu'à guérison complète. Les cicatrices des ulcères des inoculations , comme celles que laissèrent les pustules qui naquirent spontanément^ sont superficielles , irrégulières, et furent suivies d'une couleur cuivrée que le traitement mer* curiel fit peu à peu disparaître.
Quelqu'un me dira peut être que celte observation n'est