‹ La syphilisation étudiée comme méthode curative et comme moyen prophylactique des maladies vénériennesChapitre 6 sur 90 · SUR L INOCULATION SYPHILITIQUE · texte numérisé non relu

SUR L INOCULATION SYPHILITIQUE

pas d'un bien grand poids dans la question actuelle : car si l'on a vu se développer des pustules ecthymaleuses dans les points inoculés , cela pourrait dépendre de la même cause qui les a fait développer spontanément dans les autres par- - ties du corps , et que les piqûres déterminant une légère ? fluxion sanguine locale , les ont fait naître là plutôt qu'ail- ( leurs. Afin d'enlever tout sujet de doute et d'objection , on inocula, le 17 février , sur une autre femme portant des chancres vulvaires , mais n'ayant aucune trace de syphilide , du pus des ulcères ecthymateux de Madeleine M... dont nous venons d'exposer les résultats. Celte femme, dont nous donnerons plus loin l'histoire sous le n° xix des observations de syphilisalion, eut des pustules ecthymaleuses de la môme nature que celles sur lesquelles on avait pris le pus.

Ce n'est pas seulement le pus fourni par des pustules ecthymateuses qui donna des résultats positifs par les inoculations. En effet , M. William Wallace de Dublin observait déjà en 1835, que les symptômes secondaires qu'il classifie parmi les exanthèmes, et dont le type principal, selon sa classification , est le tubercule muqueux (1) , sont susceptibles d'être inocu-

(1) Quoique je parle ici des tubercules muqueux comme d'un symptôme secondaire, cependant il y a longtemps qu'une expérience de tous les jours m'a convaiucu qu'ils peuvent souvent se présenter, et se présentent en effet, sans qu'ils aient élé précédés par d'autres symptômes vénériens.

En cela, je suis d'accord avecAslruc.Swediaur, Lagneau, et la plus grande partie des médecins modernes, et même avec quelques uns d'entre ceux qui, comme M. Rcynaud et Baumes, quoique n'ayant pas pu réussir dans leurs tentatives d'inoculation, n'ont pas cependant nié la qualité contagieuse des symptômes secondaires. M. Ricord n'ayant pu obtenir par l'inoculation du pus qu'ils fournissent le chancre, seul symptôme syphilitique primitif, selon lui, et ne pouvant cependant se refuser d'admettre que les tubercules muqueux se développent de la même manière que les chancres primitifs, peu de temps après des rapports sexuels avec la personne qui en est infectée, M: Ricord voulut en faire un être à part, une espèce de symptôme de transition entre les primitifs et les constitutionnels, une transformation in situ du chancre, qui cependant ne terait, selon lui, pas plus contagieux que les autres.

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lés. 11 appuie son assertion de diverses observations qui ne permetlenl pas le moindre doule sur celte vérité. En effet , ces expériences ayant été pour la plupart faites sur des sujets sains, et qui n'avaient pas eu de maladies vénériennes, on vit les symptômes syphilitiques se manifester d'abord sur le point d'inoculation après un temps d'incubation plus ou moins long ; puis bientôt après des symptômes non équivoques d'infection générale qui nécessitèrent de longs traitements par les préparations d'iode et de mercure.

M. Wallace suivait la méthode suivante pour ses inoculations : il dénudait la peau avec un petit vésicaloirc , ou par un autre moyen , et appliquait ensuite sur celle partie des plumasseaux de charpie trempés dans le pus des tubercules muqueux.

Je n'avais eu connaissance des belles expériences de M. Wallace, que j'ignorais complètement, que par un article de M. Schnepf , inséré dans les livraisons d'octobre cl de novembre 1851 des Annales des maladies de la peau et de la syphilis, publiées par M. Cazcnavc : et déjà alors j'avais

symplômes d'infeelion constitutionnelle. Si l'on ne connaissait pas de quoi est capable la prévention, surtout lorsqu'il s'agit des idées et des théories dont on est l'auteur, on ne pourrait pas comprendre comment ce syphilu- | graphe, illustre à tant d'autres titres, a pu se faire illusion à ce point, et qu'il ait cherché à tranquilliser sa conscience de praticien par d'aussi misérables subterfuges. Dans le nombre immense de chancres qu'il m'a été donné de voir, soit dans ma pratique particulière, soit dans la clinique de l'hôpital, jamais je n'ai pu observer cette transformation dont parle M. Iticord. J'ai vu, chez des sujets de mauvaise constitution, des chancres en voie de réparation devenir fongueux, c'est-à-dire, s'élever un peu au dessus du niveau de la peau; j'ai vu d'autres fois le tissu cellulaire qui servait de base aux chancres s'hypertrophier et s'indurer, et dans ces cas l'ulcère était encore saillant, mais il n'avait pas perdu ses caractères propres, pour prendre ceux des tubercules muqueux, c'était Pu/eus elevatum de Charmichael.

Je crois que ceux qui ont dit avoir observé cette transformation, dont parle le professeur de Paris, se sont laisser induire en erreur par quelques faits de ce genre. Le fait est qu'aujourd'hui il en est bien peu qui suivent sur ce point la doctrine de M. Ricord, depuis que l'inoculation est venue enfin démontrer la qualité contagieuse des tubercules muqueux.

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très-souvent tenté l'inoculation des tubercules muqueux , maig, je dois 1' avouer , toujours en vain jusque vers la moitié du mois de janvier 1851. J'entretenais mes collègues, qui fréquentaient ma clinique, de la contradiction évidente qui existe entre la qualité contagieuse des- tubercules muqueux que nous voyons tous les jours se développer par contact, et les résultats négatifs qu'ils fournissaient par l'inoculation. Pour donner plus de poids à mes assertions , je fis l'expérience suivante : j'inoculai avec une [aiguille-lancette du pus sécrété en abondance par des tubercules muqueux que portait aux mamelons une nourrice infectée par l'enfant qu'elle allaitait. Quel ne fut pas mon élonnemenl lorsque le septième jour après l'inoculation , quand j'avais déjà déclaré qu'elle ne produirait aucun résultat, je vis s'élever sur les I points d'inoculation deux petites papules , qui se dévelop- / pèrent peu à peu , et donnèrent lieu à des tubercules mu- 1 queux avec tous les caractères qui les distinguent ! — Pour moi , qui étais déjà convaincu de leur caractère contagieux, cette expérience ne fil que me confirmer dans mon opinion. Voici cette observation telle que je la trouve dans mes notes.

Jeanne D... mariée, âgée de 55 ans, tempérament sanguin-lymphatique , bonne constitution , entrée à l'hôpital le 15 janvier 1851.

Elle a un grand nombre de tubercules ulcérés aux mamelons. Elle a été infectée il y a environ deux mois par un enfant qu'elle prit en nourrice d'un cuisinier de cette ville. Après un mois et demi d'allaitement , cet enfant mourut clans le marasme , couvert d'une éruption dont elle ne peut préciser la nature. Avant la mort de cet enfant, il s'était déjà déclaré quelques papules aux mamelons , mais elle n'y avait pas fait attention.

Elle n'a jamais eu d'infection antérieure,

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Le 17 janvier, on fait sur la cuisse droite au moyen d'une aiguille qui n'avait jamais servi à cet usage , deux ineculations avec du pus pris sur les tubercules muqueux des mamelons. Le 23 , six jours après l'inoculation , on voit un peu de rougeur accompagnée de prurit sur les deux points où l'on avait fait les piqûres; le "2k , sur ces deux plaques rouges s'élèvent deux papules.

Le 20 on fait deux nouvelles piqûres sur la cuisse gauche, avec du pus des tubercules ulcérés des mamelons. Huit jours après, apparaît la rougeur sur les points inoculés, et le lendemain on voit deux papules.

Le 50, les papules produites par l'inoculation du 17 sont couvertes d'une légère croûte sous laquelle on voit une érosion superficielle. On recueille avec soin le peu de pus qu'on y trouve, et on l'inocule en deux points sur la cuisse gauche ; sept jours après on voit encore se développer deux tubercules. Les pustules muqueuses produites par ces diverses inoculations durèrent environ vingt jours, à dater de leur apparition. Elles diminuèrent spontanément sans aucun traitement ni local , ni général , et finirent par disparaître en ne laissant d'autres traces de leur présence qu'une tache de couleur cuivrée, mais aucune cicatrice.

Les tubercules des mamelons , pansés avec la liqueur de Labarraque un peu étendue dans l'eau , disparurent de môme peu à peu, en laissant des taches de la même couleur que celles qu'on observa sur les cuisses.

Le 2a février , on voit les extrémités supérieures et inférieures et le tronc couverts de papules cuivrées, larges de 2 à 3 millimètres n'occasionant ni douleur, ni prurit : on diagnostique la syphilide cutanée pustuleuse. On avait intention de laisser bien développer celte éruption cutanée avant de commencer le traitement mercuriel, lorsque le 2 mars se déclara chez la malade une iritis gauche aigûc qui exigea

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un traitement antipblogistique très-actif. Lorsqu'on eut triomphé de cette complication , on eut immédiatement recours aux mercuriaux que l'on administra simultanément à l'intérieur et à l'extérieur, et le 15 avril Jeanne D... sortit guérie de l'hôpital.

Cette même année, M. Waller de Prague inocula du pus de tubercules muqueux à un sujet qui n'avait jamais eu de maladies vénériennes. Neuf jours après , il observa quelques taches rouges sur le point de la piqûre , et au bout de seize jours, ilvil se former de gros tubercules muqueux. On ne fit aucun traitement , et quelque temps après , ils furent suivis de symptômes de syphilis constitutionnelle : taches , papules et tubercules sur tout le corps.

Le même auteur rapporte une autre observation encore plus surprenante. Il inocula sur un sujet qui n'avait jamais eu de maladies vénériennes du sang d'une femme atteinte de cachexie syphilitique avec des taches et des papules sur tout le corps. Trente-quatre jours après l'inoculation , il vit se développer deux tubercules muqueux sur les points où l'on avait fait les inoculations , et qui furent ensuite suivis de taches et de papules syphilitiques sur toute la peau.

M. Boulay de l'hôpital de Lourcine obtint également de* résultats positifs identiques, en inoculant du pus de tubercules muqueux sur un individu présentant également différents symptômes d'infection constitutionnelle. Ce praticien distingué fait remarquer cependant qu'il n'a jamais pu obtenir de résultats positifs en inoculant les produits des symptômes secondaires sur la même personne sur laquelle on les prend , et il attribue à l'oubli de cette circonstance les insuccès des expériences faites par les sectateurs de l'école de Hunier. Les deux observations qui me sont personnelles, etque j'ai rapportées plus haut , répondent victorieusement à cette assertion. Un autre fait digne de remarque dans tou-

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les les observations des inoculateurs qui réussirent à développer artificiellement les symptômes secondaires de la syphilis , c'est que le temps de l'incubation fui beaucoup plus* long que dans les expériences que j'ai rapportées. Je ne sais à quelle cause attribuer cette différence. Je dois dire cependant que la période d'incubation que j'observai dans mes expériences , fut beaucoup plus longue que celle que l'on observe après l'inoculation du pus virulent du chancre , quoiqu'elle ait été assez courte comparativement aux autres.

Les observations que nous venons de rapporter suffisent pour que l'on soit obligé de conclure que les symptômes secondaires sont contagieux , et quelquefois inoculables , quoique en inoculant le pus qu'ils fournissent on n'obtienne pas la pustule syphilitique primitive et le chancre, mais ordinairement le même symptôme dont on a inoculé le produit. Jusqu'à présent, la plupart des cas de succès ont eu lieu avec l'eclhyma syphilitique , mais il est permis de supposer que tous les symptômes seront inoculables, comme on J'a vu pour le pus des tubercules muqueux , et pour le sang luimême.

Il faut cependant remarquer une circonstance particulière à ces inoculations : c'est que le pus fourni par les symptômes primitifs donne plus vile lieu à. d'aulres symptômes identiques , tandisque celui des secondaires exige généralement une période d'incubation beaucoup plus longue pour son développement. Cette différence provient probablement de la différence de virulence dans le pus qu'ils fournissent. Je ne crois pas être éloigné de la vérité en attribuant à cette période d'incubation qui est quelquefois Irès-longuc, ce que l'on a avancé sur beaucoup de cas d'inoculalion qu'on a déclarés infructueux , et qui , examinés plus lard , auraient peut-être donné des résultats positifs. On voit maintenant combien il faut modifier l'axiome que M. Ricord émet comme

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incontestable (et que malgré l'évidence des faits, il persiste à soutenir avec une obstination étrange à se rendre à la vérité) que l'inoculation fournit des caractères dislinclifs entre les symptômes primitifs et les secondaires. En effet , l'inoculation ne sert qu'à prouver si le pus inoculé est fourni par un chancre , ou par un des symptômes que l'on appelle secondaires.

L'inoculation syphilitique offre-l-elle un moyen assuré pour reconnaître l'efficacité de certaines substances vantées comme prophylactiques de la syphilis ?

La propriété éminemment contagieuse du virus pris sur un chancre en voie de progrès étant admise , il devait naturellement venir à l'idée du praticien de l'utiliser pour résoudre cette question. Ce fut par ce moyen que Ton put démasquer une foule de charlatans , véritables opprobres de la science, qui cherchent toutes sortes de moyens, mêmes illicites , pour satisfaire leur exécrable soif de l'or. D'autres fois au contraire, elle servit à confirmer la valeur réelle que possédaient pour détruire ou neutraliser le virus syphilitique , certaines préparations tenues secrètes par leurs inventeurs , ou d'un emploi ennuyeux ou difficile , et dont jusqu'à présent on n'a pas encore pu généraliser l'usage.

§. 5me

La syphilis appartient-elle exclusivement à la race humaine , ou peut-on la communiquer aux animaux ?

Presque tous les médecins jusqu'à ces derniers temps admettaient que la syphilis n'était pas transmissible aux animaux. Les inoculations vainement tentées par Hunier ,

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