‹ La syphilisation étudiée comme méthode curative et comme moyen prophylactique des maladies vénériennesChapitre 70 sur 90 · Il s'avance rapidement vers la cicatrisation · texte numérisé non relu

Il s'avance rapidement vers la cicatrisation

!l90 OBSERVATIONS.

La malade se plaignait depuis quelques jours d'inappétence; aujourd'hui elle a eu des vomissemens , et elle accuse des douleurs dans le ventricule et les intestins.

20.— L'ulcère inguinal droit est gangreneux; le gauche est tou-jours rose.

23. — Malgré quatre petites saignées , de fréquentes lotions des chancres gangreneux, avec de l'eau froide, des hoissons rafraîchissantes etc., la gangrène ne se limite pas dans l'ulcère inguinal droit, hien plus, le gauche commence lui-même à devenir gangreneux. Le chancre artificiel est complètement cicatrisé.

28. — On ne put arrêter la gangrène des chancres inguinaux : maintenant tous deux, mais surtout le droit, sont très profonds, et intéressent tout le tissu musculo-aponévrotique. Ils ont environ un cinquième dé plus qu'il y a dix jours; ils ont maintenant 18 ou 20 centimètres dans leur plus grande largeur, et 8 ou 10 dans la partie la plus étroite. Depuis trois jours, il y a diarrhée colliquative, et prostration complète des forces. La malade succombe enfin le 20, à 3 heures du malin.

On ne fit pas l'autopsie, parcequeje n'ai jamais cru devoir considérer cette femme comme ayant été soumise à la syphilisation , pas plus que je ne dirais qu'un individu, qui n'a pris que quelques grains de mercure, a subi un traitement mercuriel. En effet, elle n'eut que cinq chancres artificiels, tous petits et de courte durée.

Quel corollaire pourra-t-on déduire de ce fait pour ou contre la syphilisation? Aucun, suivant moi.

Je dirai seulement que les chaleurs excessives du mois de juillet ré veillèrent la gastro-entérite chronique qui détermina aussitôt la gangrène dans les ulcères abdomino inguinaux qui paraissaient déjà avoir été un peu modifiés par quelques inoculations. Cette femme réduite au dernier degré de marasme , ne put résister plus longtemps à la diarrhée colliquative à laquelle elle était en proie depuis si longtemps, et qui devint plus abondante dans le mois de juillet.

Chancres à la vulve et à l'anus, bubon inguino-fémoral virulent. — Douze piqûres. — Amélioration de l'affection vénérienne. — Traitement mercuriel externe. — Guérison.

MARGUERITE B. , femme F. , âgée de 24 ans, tempérament bilieux, constitution robuste, menstruation régulière, entrée au Syphilicôme le 29 mars 1831.

Elle est affectée de deux chancres à l'anus , un autre au côté droit de l'orifice vaginal, et un bubon ingui no-fémoral droit virulent, et largement ulcéré. Elle dit être malade depuis 23 jours , et pour la première fois.

14 mars. — Après lui avoir administré 1 gram. 43 de protoiodure de mercure, après avoir cautérisé quelquefois les chancres ano-vulvaires, et les ganglionnaires, et voyant qui n'y avait aucune amélioration, on tenta

OBSERVATIONS. k$i

l'inoculation. Les chancres de l'anus et de la vulve sont encore virulens ; le ganglionnaire a maintenant trois centimètres de large, sur six de long, et se trouve encore en voie de progrès.

Deux piqûres, autant le 17, avec du pus de son chancre ganglionnaire, suivies de résultats positifs.

22 mai. — Les chancres artificiels se sont étendus de 8 à lOmillim., et sont cicatrisés depuis quelques jours. Ceux de l'anus et de la vulve le «ont également ; le ganglionnaire au contraire s'est encore agrandi de deux centimètres environ.

Trois piqûres sans résultat , avec du pus d'une autre femme. Douze piqûres faites en cinq fois, depuis ce jour, jusqu'au 24 juin, sont suivies de huit chancres, dont le cours fut régulier, et qui diminuèrent progressivement en largeur, en sorte que ceux des dernières inoculations ne s'étendirent pas au delà de 5 à 6 millimètres.

6 juillet — Depuis environ vingt jours, le hubon n'a plus l'aspect virulent, et se trouve déjà plus qu'à moitié cicatrisé.

La malade ne veut pas laisser continuer la syphilisation; en conséquence, on entrepend aujourd'hui un traitement mercuriel externe, parce que cette femme veut rentrer dans sa patrie.

8 août. — Elle sort de l'Hôpital. Sa santé est excellente. On a continué le traitement mercuriel jusqu'à ce jour, sans interruption.

Elle rentra de nouveau à l'Hôpital, pour une autre infection.

Ce fait n'a que peu ou point de valeur; on vit que les chancres artificiels avaient exercé une influence salutaire sur les chancres ano-vulvaires et sur le ganglionnaire, et l'on observa la diminution successive des chancres artificiels.

Ulcères secondaires cutanés, serpigineux : récidive après un long traitement mercuriel. — Peu d'inoculations. — Amélioration. — Long traitement iodico-mercuriel. — Guérison.

FRANÇOISE P., âgée de 16 ans, tempérament lymphatique, constitution faible ; aménorrhoïque depuis six mois.

Elle est déjà entrée à l'Hôpital dans l'année 1849, et elle y est restée treize mois, pour une affection syphilitique qu'elle avait contractée de sa mère dans son enfance; sa mère avait été infectée par un enfant qu'elle avait pris en nourrice. Elle avait alors un grand nombre d'ulcères secondaires serpigineux, épars sur toutes les régions du corps, des douleurs ostéocopes intenses et des périostoses dans les tibias, les fémurs, et carie des os du nez et du frontal. La maladie avait résisté à de longs traitemens plusieurs fois répétés, pendant plusieurs années consécutives, par les antiphlogistiques et les antiscrofuleux. On entreprit dans le Syphilicôme un traitement iodico-mercuriel, qui continué patiemment pendant plusieurs mois, finit par la guérir, au moins en apparence, de cette affection rebelle , et à la faire jouir d'une santé qu'elle avait perdu»

depuis bien des années. On lui fit alors 70 frictions mercuriellcs ; elle prit en outre 210 pilules, dont chacune contenait 2 centigr. de proto-iodure de mercure, et une dose considérable d'iodure de potassium qu'an lui administra pendant tout le temps du traitement, à l'exception de quelques intervalles très-courts , pendant lesquels on fut obligé d'en suspendra l'usage a cause des douleurs intestinales auxquelles il donnait lieu.

Mais tous ces remèdes ne purent procurer que la guérison momentanée des symptômes syphilitiques. En effet, deux mois après sa sortie de l'Hôpital, des pustules commencèrent à paraître ça et là, s'ulcérèrent et ne tardèrent pas à suivre la marche et à prendre l'aspect de celles que l'on avait eu tant de peine à guérir quelque temps auparavant. Après deux mois d'un traitement local inutile, elle se présenta de nouveau à l'Hôpital.

Elle a maintenant un vaste ulcère au sommet du front, d'autres sur le cuir chevelu, un grand nombre sur les extrémités supérieures et inférieures, mais les plus larges et les plus profonds sont situés vers l'articulation huméro-cubitale droite, sur l'avant-bras gauche, sur la région externe de la cuisse gauche, et sur les régions antérieure et postérieure de la même jambe. Il sont tous très-douloureux et très-enflammés. On ne voit aucune lésion aux parties génitales, et l'hymen existe en entier. Elle est en outre affectée d'une fièvre continue et d'une gastro-entérite chronique, qui s'est faite de nouveau aiguë, de diarrhée colliquative et de marasme.

Elle est aménorrhoïque depuis cinq mois.

On fait d'abord quatre petites saignées qui déterminent une amélioration considérable dans la gastro-entérite ; l'état fébrile ayant presque cessé, on commence l'expérience d'après les instances de la malade.

8 mai. — Six piqûres sur l'abdomen avec du pus de chancres artificiels d'autres femmes, donnent lieu à autant de pustules.

14. — On n'a rien observé de particulier jusqu'ici dans le développement des chancres artificiels. Hier, gastro-entérite, diarrhée abondante et fièvre, probablement à la suite de désordres diététiques. Aujourd'hui la fièvre et les symptômes inflammatoires gastro-entériques ont encore augmenté; les chancres artificiels et les ulcères secondaires sont douloureux et environnés d'une large zone inflammatoire. — Saignée le matin et le soir, boissons mucilagineuses, diète sévère.

21 . — La réaction générale qui accompagna l'inflammation gastroentérique détermina la gangrène des chancres artificiels ; ils sont maintenant larges de 14 à 16 millimètres; les ulcères secondaires ont corrodé une partie de leurs bords, et ont pris une extension assez grande, sans cependant devenir gangreneux. Un traitement antiphlogistique énergique a triomphé maintenant de l'inflammation intestinale , et la gangrène est parfaitement limitée.

30. i — Amélioration progressive de l'état général ; apyrexie depuis quelques jours, diarrhée presque nulle.

On fit aujourd'hui une piqûre, deux le 16 juin, et une le 26 juillet, en se servant toujours de pus d'autres femmes. Il en résulta quatre clian-

ères qui ne s'étendirent pas au delà de 6 à 10 millim. , ne s'enflammèrent pas plus qu'à l'ordinaire, et se cicatrisèrent entre 17 et 28 jours, suivant leur extension.

21 août. — Jusqu'à présent la santé de cette fille a toujours été médiocre, et l'on a observé une amélioration remarquable dans les ulcères secondaires dont quelques uns sont déjà en grande partie cicatrisés.

Huit piqûres avec du pus de chancres artificiels d'autres femmes , restent sans effet ; sept le 28 donnent lieu à autant de pustules qui s'ulcèrent, mais se cicatrisent dans l'espace de 13 jours.

20 septembre. — On fait aujourd'hui quelques piqûres qui donnent naissance à sept pustules; d'autres faites le 24 restent sans résultat.

14 octobre 1851. — Il se manifesta sur la fin du mois passé quelques accès de fièvre intermittente, pendant lesquels les chancres artificiels et les ulcères secondaires s'enflammèrent beaucoup; les premiers sont maintenant cicatrisés.

La malade accuse depuis quelques jours des douleurs utérines ; la menstruation manque depuis dix mois; on fait une application de sangsues aux vaisseaux hémorrhoïdaux.

L'expérience suspendue d'abord à cause de la fièvre intermittente, ensuite pour l'engorgement utérin, fut définitivement abandonnée à cause d'une série de maladies auxquelles cette fille fut en proie pendant plusieurs mois. C'était tantôt un engorgement utérin, tantôt une congestion pulmonaire compliquée d'bémophthisie qui remplaçait la menstruation, et ensuite des fièvres périodiques rebelles, puis des engorgemens viscéraux , que l'on traita toujours par des moyens appropriés. Vers la moitié du mois de novembre, il s'y joignit des douleurs ostéocopes aux genoux et à l'épaule droite, et de la roideur dans les articulations: on recourut de nouveau à de petites doses d'iodure de potassium que l'on fut souvent obligé de suspendre pour des douleurs gastro-entériques.

Dans le mois de décembre, on essaya l'huile de foie de morue : mais on fut obligé de l'abandonner après quelques petites doses, parcequ'elle n'était pas tolérée par le ventricule. On recourut ensuite tantôt au protoiodure de fer, tantôt au sulfate de quinine, à petites doses réitérées, dans le but d'améliorer un peu la constitution de la malade, détériorée par de si longues souffrances. Les remèdes qui remplirent le mieux le but qu'on se proposait, furent les préparations de quinine, dont elle prit une quantité considérable. Dans le mois de juillet 18o2, on recourut de nouveau à l'iodure de potassium, et ensuite dans le mois de septembre, on prescrivit les pilules de Sédillot. Les ulcères secondaires suivirent les phases de l'état général, tantôt très-enflammés et serpigineux, ils détruisaient la cicatrice qui existait; tantôt roses et grauuleux, ils marchaient rapidement vers la guérison.

29 novembre 1852. — Après avoir subi un grand nombre de vicissitudes, tous les ulcères secondaires étaient enfin cicatrisés le 7 de ce mois.

La fille P. sort aujourd'hui de l'Hôpital dans un état très-sati-faisant. Elle a pris en tout 27 grain, d'iodure de potassium, et 270 pilules de Sédillot.

Cette Observation qui aurait présenté un grand intérêt, si on avail pu la conduire à sa fin , fut suspendue dès le commencement par une foule de maladies qui se succédèrent presque sans interruption. La nécessité de relever activement les forces de la malade qui menaçait de succomber aux graves affections auxquelles elle fut successivement en proie, me fit depuis recourir aux autres antisypbilitiques , et abandonner totalement la sypliilisation. Cependant ce fait peut nous fournir un enseignement utile, c'est qu'on ne doit jamais faire des inoculations lorsqu'il existe un affection fébrile, ou qu'elle est a peine vaincue, parceque la récidive en étant trop facile, les chancres artificiels en éprouveraient de funestes conséquences. On voit également que la cacbexie syphilitique, quoique arrivée a un degré très-avancé, et l'affaiblissement considérable de l'organisme n'eurent aucune inlluence sur la marche des chancres artificiels , et que ceux-ci ne devinrent gangreneux que lorsque la phlogose viscérale se fit de nouveau aiguè.

M. le docteur Caire, assistant de l'Hôpital civil de Novare, tenta, pendant le peu de mois qu'il a été chargé du service des vénériens , quelques expériences qu'il ne put terminer.

Je dois à son obligeance les notes qu'il a prises sur ces observations, et je me fais un devoir d'en parler dans cet ouvrage. Il pratiqua des inoculations sur dix malades; mais comme sur huit d'entr'eux il ne fit que deux ou six piqûres au plus, je me bornerai à publier les deux faits suivants, quoique cependant on ne puisse les considérer comme des faits de sypliilisation complète.

Chancres. — Tubercules mut/ueux. — Écoulement vulvo-vaginal. Syphilisalion incomplète. — Guèrison,

MARIANNE S., âgée de 17 ans, constitution forte et robuste.

Elle est infectée depuis peu de temps: elle a des chancres à la vulve et à l'anus, des pustules humides aux mêmes régions; en outre, elle est affectée d'un abondant écoulement vulvo-vaginal.

1851. 'J juillet. — On lui fait prendre pendant 1G jours la liqueur de Van-Swieten ; aujourd'hui on suspend toute espèce de remèdes, et tout pansement des chancres et des tubercules, à l'exception de quelques lotions avec de l'eau froide, comme moyen de propreté.

Quatre piqûres sur la cuisse droite et deux sur l'abdomen, avec du pus de ses chancres : il en résulte autant de pustules.

11. — Deux piqûres sur l'abdomen avec du pus pris dans les pustules artificielles, sont suivies de résultats positifs.

14. — La collection purulente des pustules delà deuxième inoculation, est moins considérable que ne l'était celle que contenaient les pustules de a première, à la même époque de leur développement. L'écoulement urétral a diminué; les tubercules et les chancres ano-vulvaires se sont un peu améliorés.

16. —On fait aujourd'hui une inoculation, que l'on répète le 20 et le 28 , toujours en se servant du pus de ses chancres : on obtient des pustules, qui sont toujours moins développées.

2 août. — Il y a une amélioration remarquable dans les symptômes syphilitiques de la vulve et de l'anus. Les chancres des premières inoculations commencent à se déterger.

Trois nouvelles piqûres répétées le 9, et suivies de pustules.

17. — Un grand nombre des premiers chancres artificiels sont cicatrisés. Trois piqûres , et deux le 23 , toujours avec du pus de ses chancres

artificiels : elles donnent encore des pustules de peu de durée.

25. — La fille S. sort de l'Hôpital. Les tubercules muqueux ano-vulvaires ont disparu sans aucun traitement local ; les chancres qui existaient aux mêmes régions sont cicatrisés depuis quelques jours; la santé du sujet est bonne.

Bubon inguinal virulent. — Syphilisation incomplète. — Guérison.

HOCH F., âgé de 31 ans, infecté pour la première fois. Il a plusieurs chancres sur le prépuce et un bubon virulent à la région inguinale droite.

Il avait déjà suivi pendant plus de deux mois un traitement par les frictions mcrcuriellcs, mais il n'y avait point d'amélioration dans le chancre ganglionnaire qui au contraire continuait à s'étendre, et devenait de plus en plus sordide et calleux, lorsqu'il eut recours à la syphilisation.

Les chancres du prépuce étaient alors cicatrisés depuis longtemps.

1851. 10 juillet. — Trois piqûres, dont deux sur l'abdomen, et une sur la cuisse droite, avec du pus d'un chancre récent d'un autre malade: il en résulte autant de pustules.

1-î. — Deux piqûres avec du pus du chancre artificiel, qu'il a sur la cuisse, suivies de résultat positif.

Le bubon commence à diminuer, surtout dans la partie la plus élevée; on ne fait aucun traitement local.

17. — Deux piqûres avec du pus des pustules inoculées le 14, donnent lieu à deux pustules.

L'amélioration du bubon continue d'une manière évidente. Les chancres artificiels de la première inoculation sont très-enflammés, et environnés d'une zone inflammatoire, la phlogose est moins intense dans ceux de la deuxième inoculation.

2 août. — Le chancre ganglionnaire est presque complètement cicatrisé.

Tous les chancres artificiels sont virulens ; mais ceux de l'inoculation du 1 4 juillet commencent à se déterger.

Une piqûre sur la cuisse droite, suivie d'une pustule.

31 . — Aussitôt que le chancre ganglionnaire, pour lequel on avait entrepris le traitement syphilisant, fut guéri, on cautérisa de temps en temps les chancres artificiels, afin d'en obtenir plus promptement la cicatrisation.

1852. 22 avril. — On l'examine aujourd'hui, et on le trouve dans un état sanitaire excellent. La cicatrisation de quelques uns des chancres artificiels, que l'on n'avait pansés qu'avec du cérat depuis le mois d'août 1851, se fit attendre très-longtemps. Les cicatrices des chancres sont livides, mais complètement indolentes; celle du chancre ganglionnaire est unie et solide.

COROLLAIRES. 't97

Page 1