COROLLAIRES PRINCIPAUX DÉDUITS DES OBSERVATIONS
Chacun a pu se convaincre par la leclure des différentes observations des maladies vénériennes pour lesquelles j'ai eu recours à la syphilisation , que j'ai consigné indistinctement tous les faits favorables à la nouvelle doctrine, et tous ceux qui lui sont défavorables. Je les ai exposés de manière à ce que les succès et les insuccès puissent fournir un enseignement utile à ceux qui voudront me suivre dans la môme voie.
On pourrait tirer un grand nombre de corollaires des faits que j'ai décrits: le lecteur intelligent et impartial l'aura déjà peut-être fait mieux que moi , et m'aura même prévenu pour quelques uns; aussi je me bornerai à parler des principaux qui jetteront , je l'espère , un certain jour sinon sur toutes , au moins sur quelques unes des importantes questions de la syphilisation.
g. 1er
La Syphilisation chez l'homme est une réalité.
Si l'on examine les faits que j'ai racconlés, surtout ceux dans lesquels on a pu continuer la syphilisation , et la conduire sans interruptions jusqu'à obtenir l'immunité , même en faisant un grand nombre de piqûres chaque fois (8, 10, 15) dès le commencement, mais en laissant plusieurs jours d'intervalle entre chaque inoculation , on verra que l'inoculation successive et suffisamment répétée du virus syphilitique donna lieu à des chancres qui allèrent toujours en proportion décroissante , jusqu'à ce que l'on n'obtint plus que des pustules abortives , el enfin aucun résultat.
Ce phénomène se manifesta d'une manière moins régulière dans certains cas ; je crois pouvoir l'attribuer principalement aux causes que je vais exposer.
1° Chaque fois qu'il se développait sur le malade soumis à la syphilisation une phlogose interne ou externe accompagnée de fièvre, on voyait les chancres artificiels , quoique l'on fût déjà quelquefois avancé dans l'expérience, même lorsqu'elle touchait à son terme, ou que l'on n'obtenait plus que des pustules aborlives, s'enflammer, s'ulcérer, s'étendre , et menacer de devenir phagédéniques ou gangreneux .
2° Chez les femmes aménorrhoïques ou disménorrhoïques qui étaient affectées d'un orgasme utérin considérable , les chancres artificiels, surtout ceux qui se trouvaient encore en voie de progrès , ressentaient vivement l'influence de l'époque critique, et devenaient pendant quelques jours le siège d'une inflammation plus intense.
3° Lorsque des circonstances particulières nous obligeaient, vers le commencement de la syphilisation , à suspendre l'expérience pendant un certain espace de temps , il arrivait que dans quelques cas, les premiers chancres, que l'on inoculait ensuite, prenaient une extension plus considérable que ceux des dernières inoculations.
k° Lorsque , dans l'espérance de simplifier et d'abréger le traitement par la syphilisation , je poussais à l'excès le nombre et la fréquence des inoculations , tous les chancres artificiels que j'obtenais , même les premiers , étaient petits et de peu de durée. Dans ces cas, les petits chancres que l'on faisait naître ne pouvaient produire sur l'organisme tous les salutaires effets de la syphilisation, probablement à cause de la quantité insuffisante du virus absorbé pendant le court intervalle de leur période de progrès ; aussi arrivait-il parfois que si l'on faisait ensuite de nouvelles piqûres , mais en petit nombre . les chancres qui en résultaient se déve-
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loppaicnt davantage , et duraient plus longtemps que les premiers. Mais lorsque j'eus reconnu cet inconvénient , et que je réglais plus sagement le nombre des piqûres et la fréquence des inoculations , je vis que, dès lors, les chancres suivirent régulièrement la loi de diminution progressive dans le développement, la largeur, l'inflammation et la durée. C'est ce phénomène qui constitue la base de la nouvelle doctrine.
La réalité de la syphilisation une fois admise, il en découle aussitôt une foule de corollaires, et elle soulève un grand nombre de questions que je vais exposer rapidement, quelques unes sous la forme interrogalive, et je chercherai dans les faits la réponse qui me paraîtra maintenant la plus naturelle et la plus admissible.
La virulence du pus des chancres en voie de progrès est toujours la même, c'est-à-dire le virus syphilitique est toujours identique.
A-l-on pu reconnaître quelque différence dans la qualité , ou dans l'énergie du pus virulent qui servit aux nombreuses inoculations consignées dans ces Observations, ou fut-il toujours identique ?
Diffère-t-il suivant qu'on le prend sur un chancre simple, induré , ou pbagédénique , ou bien a-l-il toujours le même degré de virulence ?
Doit-on attribuer au plus ou moins de virulence du pus inoculé , l'induration , la bénignité , le phagédénisme ou la gangrène des chancres artificiels?
Le chancre induré donne-t-il constamment lieu à un chancre induré' le simple à un simple , le pbagédénique à un
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phagédénique , ou bien le même pus peut-il produire tantôt l'une et tantôt l'autre de ces variétés?
Le pus chancreux a-t-il un degré ou une force différente si on le prend sur un chancre en voie de progrès , ou sur un chancre en voie de transformation, ou dans les pustules dites abortives, parcequVlles ne s'ulcèrent plus?
Toutes ces questions ont clé résolues par mes expériences.
Le pus virulent d'un chancre simple en voie de progrès, inoculé simultanément sur plusieurs sujets , comme c'était ma pratique constante , donnait lieu indistinctement à des chancres artificiels plus ou moins douloureux, simples ou un peu indurés, peu ou très-enflammés, serpigincux, phagédéniques ou même gangreneux. Ainsi que je le disais déjà dans les Considérations préliminaires (pag. 101) , toutes ces différences furent toujours le résultat des conditions diverses dans lesquelles se trouvaient les individus que l'on soumettait aux inoculations.
Il arriva rarement que le pus virulent , quoique pris sur un chancre qui offrait tous les caractères de l'induration huntérienne . donnât lieu à des chancres artificiels indurés, lorsqu'on faisait un grand nombre d'inoculations à la fois, ou qu'on les répétait souvent; nous avons donné la raison de ce fait en parlant du développement des chancres artificiels. On \il , au contraire , le pus de chancres simples produire quelquefois des chancres légèrement indurés , lorsqu'on ne faisait qu'un petit nombre de piqûres chaque fois, ou quand on laissait un trop grand intervalle cnlre les inoculations. Cependant cette induration fut toujours de peu de durée, parce que les chancres produits par de nouvelles inoculations, exerçaient sur elle leur influence salutaire, et en procuraient la résolution en peu de temps.
Le pus des chancres en voie de progrès est , à la vérité, plus facilement inoculable ; parce qu'étant plus séreux et plus
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liquide, il pénètre avec moins de difficulté sous l'épiderme ; mais lant que le même chancre n'est pas encore arrivé à la période de cicatrisation , le pus qu'il sécrète est contagieux , s'il a encore les qualités physiques requises pour qu'il soit inoculable , c'est-à-dire , s'il n'est pas trop mêlé à des détritus de matières désorganisées , et s'il n'a pas acquis une densité telle qu'il ne puisse plus être que difficilement introduit sous l'épiderme.
Le pus des chancres artificiels d'un individu en voie de syphilisalion a toujours la même virulence , pourvu qu'on Je recueille , comme le pus du vaccin , pendant la période de progrès, période qui, ainsi que les autres, devient de plus en plus courte, à mesure que l'on répèle les inoculations.
Il en est de même du pus des pustules abortives : si on le prend pendant le court espace de temps que dure leur période de progrès , il est aussi contagieux que celui d'un vaste chancre induré , mais sa virulence cesse aussitôt qu'elles ont parcouru cette période.
J'ai cependant vu quelquefois le pus pris sur la fin de la période de transformation , ou dans le moment où un chancre va passer du phagédénisme à la gangrène , donner lieu à de petites pustules qui , quoique nées sur un sujet non syphilisé , se développèrent peu , ne s'ulcérèrent pas , et disparurent rapidement. 11 me paraît que dansée cas la matière purulente n'est plus contagieuse , mais qu'elle conserve encore une propriété un peu irritante capable de donner lieu à une pustule qui n'est probablement pas syphilitique , et que j'appellerais volontiers fausse.
L'étude approfondie des différentes périodes du chancre (pag. 90) a démontré que le virus est identique dans toutes les variétés de l'ulcère, et que le pus dont l'inoculation peut être plus facilement suivie d'effets positifs , et que l'on doit
coaséquemmeot toujours préférer, e9l celui que l'on prend
sur le chancre en voie de progrès. En effet, pondant la durée plus ou moins longue de celte période , le chancre sécrète un pus qui , sous l'influence d'une foule de circonstances particulières , possède des qualités chimiques et physiques qui le rendent plus apte à transmettre l'infection, que non pas celui du chancre qui a déjà dépassé cette période. Ne devra-l-on pas attribuer à ce qu'on n'a pas étudié assez attentivement les diverses périodes de chacun des accidens syphilitiques secondaires, tubercules muqueux et syphilides, les succès que l'inoculation des produits de ces accidens a donnés à quelques expérimentateurs, cl les insuccès des autres? N'aurons-nous pas le droit de soupçonner que ces symptômes parcourant également une période contagieuse , peut-être très-courte, les expérimentateurs qui ont inoculé la matière qu'ils fournissaient alors, ont obtenu des résultats positifs, tandis que ceux qui ont inoculé celle qu'ils sécrétaient après celte période , n'obtinrent que des résultais négatifs, quoique tous ces observateurs fussent des hommes distingués, et d'habiles praticiens?
Celte idée que j'émels n'est pas encore appuyée sur un examen sévère des faits, mais j'invite les expérimentateurs à en tenir compte, et j'espère que de nouvelles études et des recherches savantes faites à ce sujet par un Sigmund , un Wallace, un Marchai (de Calvi) , un Gamberini , un Vidal (de Cassis), un Galligo, un Waller cl tant d'autres illustres praticiens, nous feront connaître quels sont les caractères analomiques des divers accidens secondaires de la syphilis pendant leur période contagieuse, et prouveront ainsi de plus en plus la transmissibilité de ces symptômes par l'inoculation et par le contact.
Aussi je ne puis comprendre sur quelles bases repose la doctrine de ceux qui veulent voir dans le virus syphilitique
une force ou une qualité différente. En effet , comment pourrais-je admettre que le pus virulent ne soit pas toujours identique, quand j'ai vu tant de fois le pus d'un chancre simple qui parcourt rapidement ses différentes périodes , inoculé sur un individu affecté d'une inflammation interne, déterminer un chancre phagédénique et même gangreneux, le pus d'un chancre simple inoculé sur le môme sujet, produire un chancre simple, qui devint ensuite phagédénique ou gangreneux , comme on le voit dans les Observations xxxiii , xlix , lviii , Lxui , lxvi , et enfin le pus d'un chancre phagédénique inoculé sur un individu chez lequel il n'existe point d'orgasme vasculaire, donner lieu à un chancre simple? Ne voyons-nous pas en effet, que la petite-vérole contractée simultanément par plusieurs individus ou inoculée sur eux, quoique produite par un virus toujours identique, offre cependant chez quelques uns d'entre eux une grande diversité de développement, de gravité, de durée et de terminaison , suivant leurs diverses conditions individuelles? Il en est de même du typhus , du choléra-morbus , de la peste, en un mot de tous les principescontagieux: cependant on ne peut certainement pas attribuer toutes ces variétés au plus ou moins de virulence du principe contagieux, mais le praticien les rattache à l'état particulier dans lequel se trouvent les malades à l'époque de l'infection. Je conclurai donc plutôt que les différences que l'on observe dans le développement des chancres artificiels et dans les effets de l'inoculation du virus syphilitique , ne proviennent pas de la qualité ou de la force de ce virus , mais plutôt du degré de syphilisation de l'individu chez lequel on l'inocule, du nombre des inoculations , de l'espace du temps qui s'écoule entr'ellcs, de l'état de l'organisme du sujet, des conditions hygiéniques au milieu desquelles il se trouve ,de son genre de vie, de son tempérament et d'autres considérations semblables.
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Quelle est la cause du phagédénisme et de la gangrène des chancres ? — Quel est le traitement le plus approprié dans ce cas? — Quelles sont (es précautions à prendre pour prévenir un si grave inconvénient ?
J'ai déjà dû plusieurs fois, dans ce travail , parler des chancre» qui deviennent phagédéniques et gangreneux ; niais au risque de me répéter, je crois devoir ajouter quelques considérations à celles que j'ai faites dans le Chapitre 5 (pag. 101) au sujet de l'action des maladies aiguës intercurrentes sur la marche des chancres, parce qu'il s'agit de la principale, de la plus grave objection qu'un grand nombre de Confrères mettent en avant pour déclarer la syphilisalion dangereuse et pernicieuse.
Existe-t-il donc un grand nombre de causes qui fassent passer les chancres au phagédénisme et à la gangrène , soit qu'ils aient été contractés dans le coït , soit qu'ils l'aient été par inoculation? Y a-t-il une différence entre celles qui occasionnent le phagédénisme, et celles qui produisent la gangrène? Les causes qui les produisent sont-elles locales ou générales?
Je dirai d'abord que le phagédénisme , ou l'extension rapide du chancre, à la suite d'une phlogose intense qui corrode les tissus, est le premier degré de la gangrène , ainsi que je l'ai déjà dit pag. 10^. Mais dans ce cas, le procès gangreneux est superficiel , il ne va pas au delà du tissu ulcéré et virulent , et permet encore au chancre de sécréter du pus contagieux , même après que l'on a vaincu le phagédénisme. Mais il passe facilement à l'état de véritable chancre gangreneux, si la cause qui a réveillé le phagédénisme persiste, et si elle devient plus grave. En outre, j'ai
vu quelquefois chez le même individu, pendant que le chancre le plus récent, en voie de progrès, devenait gangreneux, d'autres qui avaient déjà dépassé cette période, s'arrêter au phagédénisme. Ces faits m'ont de plus en plus convaincu que le phagédénisme et la gangrène ne constituent qu'une différence dans le degré de l'inflammation , et qu'ils reconnaissent conséqucmment la même cause.
Examinons maintenant s'il existe quelques causes locales qui puissent exercer sur les chancres une si funeste influence. Au nombre de ces causes on a placé surtout l'origine diverse du pus virulent qui a donné lieu à ces chancres, leur situation, et les moyens employés pour en procurer la guérison. On a déjà vu dans le paragraphe précédent que le pus du chancre en voie de progrès, simple, induré ou phagédénique est toujours identique ; qu'il n'existe réellement pas de pus qui ail plus ou moins de force, ainsi que le veulent certains auteurs , et qu'on ne peut en conséquence y chercher la cause du phagédénisme et de la gangrène.
Cette vérité est démontrée par les faits ; il nous sufiit donc de conclure avec M. Ricord que : « Il faut se garder « d'en attribuer la marche fâcheuse et rapide à la nature « de la cause spéciale , à la plus grande intensité du virus : « c'est une erreur commune et qui cause beaucoup de mal, « en engageant les praticiens fauteurs exclusifs de l'ancienne « doctrine à recourir , avec promptitude et énergie , à l'u- « sage du prétendu spécifique , et à administrer le mercure « à des doses proportionnées à la force de la cause spéciale « qu'ils veulent neutraliser.
« Qu'on se rappelle que le principe des maladies syphi- « litiques est toujours identique , comme celui de la variole , « et que les différences ne tiennent qu'aux conditions in- « dividuelks , et alors on fera . pour ces maladies . comme
« pour toutes les autres, de la médecine rationnelle. » (Y. Traité pratique des maladies vénériennes. Pag. 5G5.)
Le siège qu'occupent les chancres ne suffit pas non plus pour donner lieu au phagédénisme. Ils peuvent être quelquefois plus enflammés les uns que les autres, soit à cause de la plus grande richesse vasculaire ou nerveuse des régions dans lesquelles il sont situés , soit à cause des frollemens fréquents et de la compression qu'exercent les vètemens , soit à la suite de mouvemens répétés , soit à cause de leur situation sur les extrémités intérieures qui favorise l'engorgement et la phlogose qui s'y développent ; mais ces causes sont incapables de donner lieu au phagédénisme. En effet, on a vu des chancres rester simples sur différentes régions du corps , lorsque manquait la véritable cause du phagédénisme ; et l'on a vu au contraire des chancres situés sur les extrémités inférieures , sur les régions abdominales et thoraciques latérales, devenir phagCdéniques , lorsqu'il se manifestait dans l'organisme une condition spéciale capable de donner naiss.mcc au phagédénisme.
Les moyens curalifs qui peuvent exercer quelque influence sur la marche des chancres , et les prédisposer au phagédénisme , sont les médications plus ou moins irritantes ou stimulantes , et surtout la cautérisation pratiquée pendant qu'ils parcourent une période inflammatoire un peu intense. Mais ces causes isolées sont insuffisantes pour produire le phagédénisme et la gangrène , s'il n'existe pas dans le sujet un orgasme considérable , ou mieux encore une condition phlogistique interne capable de déterminer une phlogose excessive dans le chancre.
Les moyens cura tifs généraux qui peuvent donner lieu au phagédénisme sont tous ceux qui excitent trop fortement l'organisme, qui sont capables de déterminer une phlogose viscérale ou vasculaire , ou d'altérer la crase du sang, de
manière à rendre l'économie plus sensible aux changemens atmosphériques ou autres semblables. Tout le monde voit que l'on doit placer ici en première ligne l'usage intempestif ou à doses excessives des mercuriaux.
A ce propos, M. IVicord s'exprime ainsi:
« Je puis affirmer que , à part un très-petit nombre d'ex- « ceplions, l'usage banal des pansemens mercuriels et ce- « lui des préparations mercurielles à l'intérieur sont on ne « peut plus nuisibles dans le chancre phagédénique pullacé « ou diphtérique , et cela d'autant plus que , n'étant point « accompagné d'induration , il l'est d'accidens inflamma- « toires et d'irritabilité nerveuse. Il n'est pas rare même « de voir de ces ulcérations , sur le point de passer à la pé- « riode de réparation, éprouver , sous l'influence du mer- « cure , de fâcheuses recrudescences , et des chancres, pri- « mitivement limités et réguliers, devenir phagédéniques « par le seul fait d'un traitement mercuriel. » (V. Traité pratique des maladies vénériennes , pag. 5 G G).
Mais devra-l-on en conclure que ces causes : vicissitudes atmosphériques, nourriture trop stimulante, abus de spiritueux , suppression d'un flux habituel et autres semblables , qui précèdent et occasionnent le phagédénisme et la gangrène, devra-l-on en conclure , dis-je , que ces causes produisent dans l'organisme une condition pathologique diverse, et y constituent un état toujours identique , ou différent suivant les conditions individuelles , mais toujours capable cependant de produire ces funestes effets sous l'influence de circonstances diverses ?
Ou bien devra-t-on dire, que le phagédénisme et la gangrène seront tantôt l'effet d'un affaiblissement général, d'une détérioration de l'organisme . d'une véritable cachexie, de la complication d'un vice scrol'uleux , herpétique ou autre, et tantôt le résultat d'un état pléthorique . d'une congés-
lion, de trop de plasticité sanguine, ou d'une véritable phlogose capable d'étendre son action jusque sur le tissu
ulcéré ?
Les faits ont répondu à ces questions , et maintenant il n'est plus permis d'élever des doutes sur la véritable condition pathologique qui , si elle existe chez un malade affecté de chancres , les fait passer au phagédénisrae ou à la gangrène , suivant son plus ou moins d'intensité. Ce résultat se manifeste alors également dans des hommes doués d'une organisation puissante ou faible , chez les sujets jeunes et chez les vieillards, chez les individus frais, vigoureux ou cachectiques, scorbutiques, scrofuleux , herpétiques, et chez ceux qui sont favorisés d'un tempérament sanguin ri d'une constitution robuste.
Et celle cause, le plus souvent interne, est toujours une affection phlogistique, lorsqu'elle produit la gangrène; mais ce n'est quelquefois qu'un orgasme vasculaire , ou une congestion viscérale . et alors elle ne donne lieu qu'au phagédénisme.
Une expérience de quinze ans m'a démontré que dans notre Syphilicôme les chancres phagédéniques et gangreneux sont plus fréquens en été , parce qu'alors se manifestent le plus souvent les affections rhumatismales et les phlogoses gastro-enlériques ; qu'une gastro-entérite accompagnée de diarrhée , une mélrile ou une autre affection semblable, soit qu'elles se manifestent chez des sujets robusles , ou chez des individus affaiblis par de longues maladies , font passer en gangrène les chancres de l'anus , de la vulve ou des aines, qui sont encore virulens , et quelquefois même ceux qui marchent déjà vers la cicatrisation (1); et enfin , que dans quelques cas le traitement mer-
(1) Parmi les nombreuses observations que je pourrais citer à l'appui de mes assertions , je me bornerai à publier les deux suivantes , qui
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CU'riel qui paraissait avoir jusqu'à un certain point modifié la marche des chancres , n'empêcha pjs , et souvent même détermina plus de gravité dans la phlogose et la gangrène consécutive des chancres. C'est ce qui m'avait déjà convaincu que le phagédénisme et la gangrène des chancres dépendent toujours de causes étrangères à l'affection syphilitique. Mais les études que j'ai faites depuis sur la syphili-
fui'cnt vues par MM. les Membres de la Commission Académique chargés d'étudier avec moi la Syphilisation. Il me paraît du reste inutile de citer une longue série de faits pour prouver la vérité d'un principe qu'admettront sans peine tous les praticiens qui auront occasion d'observer fréquemment des maladies vénériennes.
Laurinc E. âgée de 24 ans, tempérament lymphatique, constitution médiocre, liabitus scrofuleux , entrée à l'Hôpital le 20 novembre 1850.
Elle était affectée de gros tubercules muqueux à la vulve , au périnée et à l'anus; les glandes lymphatiques inguino-fémorales des deux cotés étaient engorgées et douloureuses.
On entreprit d'abord le traitement par l'iodure de potassium , et les pilules de prolo-iodure de mercure , mais , malgré l'usage de ces remèdes, 1rs bubons s'ulcérèrent eu dill'érens endroits, du coté droit et du côté gauche , et il en sortit une grande quantité de pus séreux mêlé à des détritus de matière tuberculeuse ; ils ne prirent cependant pas l'aspect virulent.
On lui avait déjà fait prendre 1G0 pilules mercuricllcs , et 12 grain, d'iodure de potassium , lorsqu'elle fut atteinte d'une gastro-entérite qui nous obligea de suspendre toute espèce de traitement antisyphilitique.
Le traitement de cette affection fut très-long ; mais enfin vers la fin de mars on en avait triomphé , et l'on crut alors devoir faire pratiquer encore quelques frictions mereurielles. Les ouvertures des bubons laissaient toujours sortir un sérum purulent plus ou moins abondant.
On mit beaucoup, de prudence dans ce nouveau traitement mercuriel , afin de ne pas réveiller les douleurs gastro-entériques ; cependant après vingt-sept frictions pratiquées dans l'espace de deux mois , on fut obligé de suspendre de nouveau la cure mercurielle à cause de la réapparition de l'inflammation intestinale. Les tubercules avaient disparu , mais les billions étaient encore ouverts.
Une diète modérée , des boissons glacées et rafraîchissantes et autres moyens semblables, suffirent pour triompher de celte maladie.
Vers le commencement de novembre 1851 , l'état général était assez bon ; les ouvertures fistuleuses des bubons étaient cicatrisées pour la plupart, lorsque à la suite de graves désordres diététiques, la gastroentérite se manifesta avec plus d'intensité qu'auparavant. Peu de jours après, toutes les anciennes ouvertures des bubons devinrent gangreneuses.
'JIO COROLLAIRES.
salion, m'ont tellement convaincu «le la vérilé île ce principe,
que je me fais aujourd'hui un devoir d'affirmer que , soit que l'individu infecté soit robuste ou faible, malade pour la première fois, ou affecté simultanément de syphilis primitive et constitutionnelle, pourvu que les fonctions de la vie organique se fassent physiologiquement, ses chancres suivront toujours une marche plus ou moins régulière, et ne passeront jamais au phagédénisme, quelque soit le nombre qu'on lui en aura inoculé, ou qu'il en aura contracté dans des rapports sexuels. Les Observations lxxi, lxxx, lxxxvii ctLxxxviu viennent à l'appui de ce que j'avance.
Malgré un énergique traitement antiphlogistique , on ne put arrêter la phlogose interne et la marche de la gangrène, qui se propagea avec rapidité , et produisit deux vastes ulcères inguinaux.
Le 23 novembre , elle mourut.
Dans ce cas, l'inflammation interne put une influence évidente sur les ulcères ganglionnaires qui n'avaient jamais été virulens, et qui ne persistèrent si longtemps qu'à cause du tempérament lymphatique et de l'haliitus scrofuleux de la malade. MM. de la Commission l'examinèrent dans trois visites différentes , et la dernière fois, le 18 novembre.
Jeanne R. , âgée de 17 ans, tempérament sanguin-lymphatique , constitution médiocre , entrée au SyphilicÔme le IH août 1851 pour des chancres à la vulve et à l'anus. Peu de jours après son entrée , un bubon s'ouvrit à la région inguinale gauche , et un abcès, au mont de Vénus , tous les deux virulens. On ne lit qu'un traitement local.
Le 4 octobre, les chancres de l'anus et de la vulve étaient en voie de cicatrisation , le bubon et l'abcès ulcérés allaient en s'améliorant , lorsqu'il survint un fièvre continue , avec des exacerhations vers le soir.
Tous les chancres prirent un aspect gangreneux. Le -4 et le 5 , on fit prendre a, la malade le tartre stibié , qui lui procura un grand soulagement , mais la marche de la gangrène ne fut pas limitée. Le 6 et le 7 on eut recours à de fortes doses de sulfate de quinine , et la fièvre intermittente ayant été vaincue , la gangrène ne tarda pas à se borner. Le 15 , tes chancres gangreneux étaient roses et parfaitement détergés. Depuis , ils marchèrent rapidement vers la cicatrisation.
Cette observation nous fait voir des chancres vulvaires et ganglionnaires qui parcouraient leurs périodes ordinaires , et marchaient déjà vers la guérison , tant que la malade se maintint dans un état [physiologique , et qui devinrent gangreneux , lorsque se manifestèrent quelques accès de fièvre intermittente. La gangrené détruisit profondément tout le tissu virulent , et à la chiite de l'escarre , les plaies qui n'élaienl plus syphilitiques marchèrent rapidement vers la cicatrisation.
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Au contraire , on les verra devenir phagédéniques ou gangreneux , suivant l'intensité et la durée de la cause générale , et l'époque de leur développement, s'il se manifeste une inflammation interne ou externe capable d'exercer son action sur le système cardio - vasculaire , et de déterminer un mouvement fébrile continu. Dans ce cas , ce phénomène se manifestera soit qu'il s'agisse de chancres ou d'ulcères secondaires, qu'ils soient nombreux ou non, qu'ils soient le résultat des premières inoculations , ou des inoculations successives, et il aura plus facilement lieu s'ils se trouvent dans la période de progrès. C'est ce que démontrent les Observations xxu , lxiu , i.xv , lxxu , i.xxvn et lxxx.
En énonçant cette proposition , je ne prétends pas dire quelque chose de nouveau , mais seulement constater un fait. Je me contenterai donc de rapporter ici ce que dit M. Ricord à ce sujet : « Dans la variété du chancre pha- « gédénique , on trouve, le plus ordinairement, quelque « affection viscérale , sous l'influence de laquelle elle semble « se développer. Ainsi que nous l'avons déjà dit , c'est le « plus souvent un mauvais étal des voies digestives qui « l'entretient ou la favorise , et c'est alors contre celle cause « qu'il faut principalement agir ; si on la laisse persister , « ou qu'une mauvaise médication l'aggrave , il ne faut pas « espérer guérir l'ulcère syphilitique qu'elle tient sous sa « dépendence. (V. Loco , cit. pag. 565.)
v( L'observation démontre ce que produit l'abus desbois- « sons alcooliques, dans les temps chauds surtout. Leschan- « cres les plus simples , sous leur influence , deviennent « rapidement inflammatoires , et l'inflammation danscertai- « nés régions , comme les organes génitaux , dans le tissu « cellulaire qui s'œdémalise facilement, arrive bien vite à « la gangrène. L'action de Talcool , dans ce cas , dont les « \nglais nous ont donné de si beaux exemples . est tel-
ol9. COROLLAIRES.
« lement prononcée , qu'on pourrait appeler ces ulcères œnu- « phagédéniques. » (V. Lettres sur la syphilis . p. Hiô.)
Maintenant que nous avons mieux étudié et reconnu la véritable cause du phagédénisme et de la gangrène des chancres , il nous sera plus facile de répondre aux deux autres questions que nous nous sommes posées.
J'avais remarqué depuis longtemps dans les deux sexes, que lorsque , après un coït suspect, il se développait aux parties génitales ou dans les glandes voisines des chancres qui passaient au phagédénisme ou à la gangrène, il fallait agir le plus éneigiquemeni possible pour vaincre au plus vite la grave inflammation viscérale ou vasculaire qui en était la cause. J'avais observé qu'il fallait recourir hardiment à la méthode anliphlogislique positive ou négative, pour obtenir un bon résultat. Mais ne voulant pas en môme temps m'écarter des règles de la prudence , je cherchais à connaître par les expériences, jusqu'à quel point on pouvait avoir recours aux émissions sanguines, pour opposer une barrière aux progrès de cette terrible complication. Il me paraît avoir observé un symptôme qui avertira le praticien de s'arrêter dans l'application de la méthode anliphlogislique , s'il veut en obtenir les résultats désirés. Voici ce symptôme: — Après une ou plusieurs saignées, la chaleur brûlante de la peau diminue ; lorsqu'elle devient un peu moite les pulsations de l'artère sont plus larges et plus douces, alors il se manifeste une amélioration dans l'affection intercurrente , la gangrène du chancre s'arrête immédiatement , l'escarre commence à se détacher , le chancre se'délerge en peu de jours , sa surface se couvre de bourgeons cellulo-vasculaires , et la période de cicatrisation commence. J'ai constamment observé ce fait dans les chancres artificiels et dans les autres qui étaient devenus gaogrë»eux> L'apparition de la moiteur de la peau me scr-
vit toujours de guide dans le traitement de ces chancres lorsqu'ils étaient phagédéniques ou gangreneux, car elle m'avertissait du moment où la méthode antiphlogistique déplétive n'était plus nécessaire. Celte observation paraîtra peut-être puérile et superflue à quelques personnes , mais l'incertitude dans laquelle on se trouve pour savoir s'il faut ou non continuer les émissions sanguines , et le danger qui résulterait pour le malade soit en n'insistant pas assez sur la cure antiphlogistique , soit en en dépassant les limites , m'ont décidé à en parler. Je suis convaincu du reste, que ces petits détails sont toujours bien accueillis par les praticiens , et sont très-utiles à ceux qui n'ont pas occasion de faire des observations dans un grand hôpital.
Mais si mon expérience me fait avancer que le phagédénisme et la gangrène des chancres doivent être combattus par la méthode antiphlogistique, parce qu'ils sont produits par une maladie inflammatoire intercurrente, je suis loin de vouloir préconiser la saignée dans tous les cas.
Le traitement antiphlogistique doit être appliqué d'une manière différente , suivant le degré de l'inflammation , la cause déterminante , le tempérament, la constitution , les maladies antérieures, l'âge du malade, et autres considérations de ce genre. Dans quelques cas, il suffit du repos, des révulsifs sur le tube intestinal , des déprimants , du tartre stibié, du nitrate de potasse , de la diète sévère , de l'usage fréquent des boissons acidulés et mucilagineuses , des cataplasmes émolliens sur les chancres, des bains généraux , des lotions fréquentes avec de l'eau froide et d'autres moyens semblables. On voit d'autres individus chez lesquels , comme dans la fille qui fait le sujet de l'Observation i.xxx , l'organisme est extrêmement affaibli , et qui sont en proie à une cachexie manifeste: on est cependant obligé d'avoir recours aux soustractions sanguines aussi bien
que chez les sujets robustes et pléthoriques , car c'est le seul moyen que l'on ait pour vaincre la phlogose interne aiguë, et pour arrêter les progrès de la gangrène qui en est la conséquence.
Si M. Diday avait tenu compte de cette vérité clinique, dont j'avais déjà parlé dans les deux premiers mémoires que j'ai publiés sur la syphilisalion, il n'aurait pas cautérisé et pansé à plusieurs reprises avec des substances irritantes, les chancres qu'il s'était courageusement inoculés sur le pénis , pour prouver la transmissibilité de la syphilis du ebat à l'homme, et qui étaient devenus phagédéuiques. [Gazette Médicale de Paris, 1851 , page 810.) En suivant un traitement plus rationnel , il aurait probablement abrégé la durée de ces chancres , peut-être môme empêché le développement du bubon , évité les graves lésions locales déterminées par le phagédénisme , diminué les souffrances aiguës qu'il eut à supporter , et abrégé la durée de sa maladie dont il eut à souffrir pendant plus de qualie mois. En vérité , je trouve étonnant que des praliciens aussi dislingues, tels que M. Ricord, qui admet que le phagédénisme est dû à une cause étrangère à la syphilis , conseillent ensuite, pour en arrêter les progrès, la cautérisation du chancre au moment où il se trouve arrivé à son plus haut point d'inflammation. Appuyé sur une aussi grave autorité , j'essayais dans quelques cas , pendant les premières années de ma pratique, d'avoir recours à ce moyen ; mais j'en vis toujours résulter des conséquences funestes , c'està-dire une plus grande extension du chancre. Aussi , depuis longtemps , je panse ces chancres avec des cataplasmes émoiliens, des lotions d'eau froide, à laquelle j'ajoute quelquefois un peu de liqueur de Labarraque , lorsque les tissus gangrenés exhalent des émanations miasmatiques fétides. Éloigner toutes les causes stimulantes et rhumatismales ,
surveiller l'état de l'organisme en général et des viscères , placer l'individu dans de bonnes conditions hygiéniques , lorsqu'il est affecté de chancres , telles sont les principales précautions à prendre pour prévenir la fatale apparition de la gangrène. L'étude de la syphilisation a rendu celle vérité palpable , et je suis heureux de pouvoir dire que depuis plus d'une année, j'ai rarement vu dans mon hôpital les chancres passer au phagédénisme ou à la gangrène, et lorsque ces complications se manifestèrent , elles furent de peu d'importance et de courte durée.
PeuUon si/philiser complètement un individu en lui inoculant toujours le pus des cllancres artificiels qu'on a fait naître sur lui?
Je crois que le fait est possible; mais je dois avouer que dans aucune de mes Observations, je n'ai pu tenter une telle série d'inoculations, de manière à pouvoir y réussir, en nie servant continuellement du pus pris sur les chancres du môme sujet. En voici les motifs: — La plupart de mes expériences furent faites sur des prostituées, et tout le monde connait leur ignorance, leur versatilité et leur entêtement. Presque toutes se refusaient absolument à laisser prendre du pus de leurs chancres artificiels, lorsqu'on était déjà un peu avancé dans la syphilisation, pareeque, disaient-elles, cela les faisait souffrir. Comme il m'arrivait quelquefois d'insister, quelques unes refusèrent depuis de laisser continuer le traitement syphilisant, ou du moins me forcèrent à le suspendre pendant longtemps. Alors tous les chancres artificiels étaient cicatrisés, et je ne pouvais plus y prendre du pus virulent.
Les inoculations n'étaient pas toujours faites d'une manière
Sitft COROLLAIRES.
régulière et à des époques déterminées, car telle fille qui s'y soumettait de bonne grâce un jour, s'y refusait opiniâtrement le lendemain. Aussi il m'était souvent difficile de pouvoir trouver sur la même fille du pus de chancres en voie de progrès.
Les affections intercurrentes accidentelles empochèrent aussi très-souvent de profiter du moment où l'on aurait encore pu trouver du pus inoculable. Lorsque la syphilisation en était arrivée au point de ne plus donner lieu qu'à des pustules abortives, alors, à peu d'exceptions près, il m'était impossible de les ouvrir pour y prendre une goutte de sérum purulent, parcequ'elles craignaient de les voir se changer encore en chancres, et retarder ainsi leur sortie de l'Hôpital. .
En outre, je n'étais jamais bien sur de pouvoir prendre le pus delà pustule, pendant le court espace de temps qu'elle met à parcourir la période de progrès; et comme je désirais faire le moins possible d'inoculations rendues inutiles par suite de la non virulence du pus, j'ai toujours préféré de choisir celui que sécrétait le chancre d'une femme non soumise à la syphilisation , surtout s'il était récent , en voie de progrès et induré, ou celui d'un chancre artificiel à la première période, afin d'avoir un pus dont la virulence fût assurée. De plus, dans l'intention de bien réassurer de la qualité contagieuse de la matière sécrétée par un chancre, je faisais avec le môme pus des inoculations sur plusieurs individus, le même jour ; et lorsque je voyais que les résultats étaient nuls sur les sujets qui étaient soumis pour les premières fois à la syphilisation, comme sur ceux qui se trouvaient déjà presque syphilisés, je consignais dans mes notes que les inoculations faites ce jour là, avaient été infructueuses, pareeque le pus n'était pas virulent.
Mais, je le répète, si un sujet intelligent et docile vou-
lait être syphilisé avec le seul pus de ses chancres, je crois que cela serait possible, pourvu qu'on ne fît pas trop d'inoculations à la fois, et que l'on prît en temps utile le pus des chancres artificiels et des pustules.
Toutes tes variétés des chancres possèdent-elles au même degré la propriété syphilisantc?
Ainsi que je l'ai déjà dit, les chancres artificiels étant tous produits par le même virus syphilitique, présentent dans leur période de progrès, les mêmes variétés que les chancres contractés dans les rapports sexuels, quoique ce virus ait été pris sur plusieurs chancres différens. Mais quels sont les chancres artificiels qui syphilisenl plus facilement et plus promptemcnt?
Un chancre est d'autant plus syphilisant que le pus qu'il sécrète est absorbé en plus grande quantité et avec plus de facilité.
Il faut pour cela que le pus virulent jouisse de quelques propriétés physiques particulières, et que les tissus qui environnent le chancre, ou sur lesquels il repose, soient dans le cas d'en favoriser l'absorption.
Ces deux conditions se trouvent réunies au plus haut degré dans le chancre, simple, et dans celui qui est le siège d'une induration huntérienne, pendant leur période de progrès. Ils sécrètent alors un pus séreux, et dans ce cas, les capillaires voisins exercent très-facilement leurs propriété absorbante, parceque les tissus occupés par les chancres ne sont plus le siège d'une inflammation excessive.
Nous n'avons jamais eu beaucoup de chancres qui nous aient offert les caractères de l'induration huntérienne, lorsque nous faisions un grand nombre de piqûres à la fois.
Mais lors même que quelques uns d'entre eux étaient plus ou moins induré, ils me parurent avoir comme les chancres simples, à peu-près la même propriété syphilisante; parceque l'induration n'étant ni produite, ni maintenue par un engorgement vasculaire trop actif du tissu cellulaire, mais bien par de la lymphe plastique déposée dans les aréoles de ce tissu, l'absorption du virus peut s'effectuer.
Je crois qu'il n'en est plus de même lorsque les chancres sont devenus phagédéniques. En effet, l'excessive congestion inflammatoire des tissus environnants et de ceux sur lesquels repose le chancre, et leur destruction progressive empêchent, ou plutôt rendent moins active l'absorption du virus, qui est déjà devenue plus difficile parle mélange du pus virulent avec les substances animales désorganisées par l'invasion du phagédénisme.
J'ai observé quelques faits qui viennent à l'appui do cette déduction, et qui démontrent que lorsque les chancres artificiels deviennent phagédéniques, ils exercent une faillie action salutaire sur les chancres successifs et sur les antécédens,ce qui nous obligeait dans ce cas, de continuer plus longtemps, et de répéter plus souvent les inoculations, afin d'obtenir les effets de la syphilisation (V. Observ. xxv et i.xix).
Il est donc superflu d'insister sur la nécessité de prévenir et d'arrêter le phagédénisme des chancres artificiels, non seulement afin de diminuer les souffrances des malades soumis à la syphilisation, et de rendre moins apparentes les cicatrices des chancres, mais aussi pour abréger le cours du traitement syphilisant.
Les chancres artificiels devenant gangreneux à la suite d'une inflammation interne, perdent, dès l'instant même que la gangrène les a envahis, leur propriété syphilisante. En effet, la gangrène détruit le tissu ulcéré, et s'étend au delà
des limites du chancre, qui aussitôt que la gangrène a cessé, perd immédiatement l'aspect virulent, devient granuleux, se couvre de bourgeons cellulo-vasculaires, en un mot, se change en un ulcère simple, qui marche rapidement vers la cicatrisation. L'induration même des chancres disparait presque toujours à la suite de la gangrène , et il n'en reste pas de trace après la cicatrisation.
L'action syphilisanle des chancres artificiels est-elle toujours là même dans toutes leurs périodes?
Je crois que l'action syphilisante des chancres s'exerce au plus haut degré dans la période de progrès, dans un degré inférieur pendant celle de transformation, et qu'elle est probablement nulle pendant celle de cicatrisation. Dans la première période, en effet, le pus virulent est plus séreux, plus abondant ; dans la seconde il est mêlé à du pus non virulent et devient plus dense et moins facile à être absorbé: enfin dans la troisième, il n'est plus contagieux.
La dimension diverse des chancres artificiels, leur durée plus ou moins longue, leur nombre simultané plus ou moins considérable produisent-ils des différences sur l'action syphilisante qu'ils exercent ?
Voici ce que l'expérience m'a enseigné à cet égard. Les individus qui avaient depuis longtemps, aux parties génitales, de larges chancres encore virulens, furent syphilisés avec un moins grand nombre de chancres artificiels qui ne prirent pas une grande extension; il n'y a que peu de cas qui aient fait exception à cette règle.
520 COBOLLAIR6S.
Il a suffi quelquefois, pour syphiliser un individu, d'un petit nombre de chancres artificiels qui restèrent ouverts et virulens pendant longtemps, c'est-à-dire qui ne furent pas suivis d'autres inoculations fréquentes (F. Obscrv. n,xxxvi et lxiii).
Mais il en résultait alors deux graves inconvéniens; le traitement syphilisant fut plutôt long, et les chancres laissèrent de îjastes et profondes cicatrices.
Un grand nombre de piqûres (^0, GO) faites simultané-; ment dans les premiers jours du traitement, ne donnèrent lieu qu'à de petits chancres qui ne sécrétaient du pus virulent que pendant quelques jours, et dont la durée était très-courte. Les inoculations successives furent tres-promptement suivies de pustules aborlives. De là naquit un autre inconvénient encore plus grave : la grande quantité de virus, introduite en peu de temps dans l'organisme, fit à la vérité subir promptement une modification salutaire aux symptômes syphilitiques; mais depuis il ne fut plus possible de faire développer des chancres capables de sécréter une quantité suffisante de pus virulent pour obtenir la neutralisation parfaite du virus syphilitique , et pour faire disparaître complètement l'infection vénérienne : aussi il fallut dans ce petit nombre de cas recourir aux mercuriaux (v. Observ. lxi ,