‹ La syphilisation étudiée comme méthode curative et comme moyen prophylactique des maladies vénériennesChapitre 72 sur 90 · I.XII , LX1V, L>V11I, LXXIX · texte numérisé non relu

I.XII , LX1V, L>V11I, LXXIX

Lorsque j'eus reconnu que l'absorption d'une quantité considérable de virus était nécessaire pour obtenir un bon résultat de la syphilisation , je vis que l'on pouvait éviter ces inconvéniens, en tenant un milieu entre un petit nombre d'inoculations, et un nombre trop fort, et entre les inoculations faites à des intervalles trop longs ou trop courts. On obtint alors des chancres ni trop larges , ni trop petits, d'une durée ni trop longue, ni trop courte, et qui sécrétaient une quantité de virus suffisante pour produire une

influence salutaire sur l'organisme. On ne vit plus de cicatrices difformes : le cours de la syphilisation fut notablement diminué, et l'on obtint les résultats que l'on désirait.

Les pustules abortives exercent-elles aussi une action sypliilisanle ?

J'ai démontré plus haut (v. page 99) que les pustules aborlives ne sont pas autre chose que des chancres de courte durée; que le pus qu'elles sécrètent pendant leurs périodes de progrès et de transformation, jouit des mômes propriétés que celui des chancres vastes et bien développés, lorsqu'ils parcourent les mêmes périodes. Il en résulte donc, comme corollaire nécessaire, qu'ils doivent aussi contribuer à syphiliser pendant le court espace de temps qu'ils sécrètent du pus virulent. On en a la preuve incontestable pendant le cours de la syphilisation : — à la suite d'un grand nombre de piqûres suivies de chancres, il ne se développe plus que des pustules abortives, qui diminuent également peuà-peu de durée, jusqu'à ce qu'enfin les inoculations deviennent infructueuses. A quoi devra-t-on attribuer cette marche progressive vers l'immunité parfaite, sinon au pus virulent des pustules abortives , dont l'absorption détruit complètement dans l'organisme le peu d'aptitude, qui restait encore, à ressentir l'action du virus?

Quelle est la méthode la plus sûre et la plus prompte pour syphiliser?

Je n'avais pour me guider dans mes expériences aucun fait de syphilisation pratiquée chez l'homme ; et lorsque je commençais à étudier le singulier phénomène de la diminu-

tion successive des chancres artificiels, j'observais en mémo temps qu'ils modifiaient avantageusement les symptômes syphilitiques déjà existants. Ce fait m'encouragea à continuer, et à faire des essais pour découvrir le moyen le plus sûr et le plus prompt d'obtenir la sypbilisalion complète.

On a pu voir dans les Observations , quelles furent les incertitudes , les déceptions, les difficultés, les inquiétudes que j'ai rencontrées, et que j'ai dû vaincre ; on a pu se convaincre que jusqu'à un certain point, il est possible d'établir une méthode que le praticien devra suivre, s'il veut obtenir des résultats favorables. Mais l'application de ce moyen thérapeutique, comme celle de tous les autres connus jusqu'à présent , devra subir dans bien des circonstances, plusieurs modifications entre les mains du praticien, suivant ce que lui dicteront le bon sens et l'expérience.

Cela posé, j'indiquerai sommairement quelques préceptes que j'ai déduits des faits que j'ai observés chaque jour, depuis deux ans, et j'espère que si l'on veut s'y conformer, on pourra obtenir une sypbilisalion complète et qu'on pourra l'obtenir avec régularité, certitude, utilité , et dans un espace de temps moins long.

Avant la découverte du vaccin, un grand nombre de praticiens inoculaient la petite-vérole aux individus qui , par l'emploi de moyens hygiéniques et thérapeutiques appropriés, se trouvaient dans des conditions qui laissaient espérer que la marche de ce virus serait régulière, et sa terminaison bénigne. Leur intention était de prévenir ainsi les graves dangers que présente la petite-vérole maligne, qu'ils observaient souvent chez les sujets doués d'un tempérament sanguin et d'une forte constitution, surtout dans les saisons où dominent les affections rhumatismales. Souvent leurs tentatives étaient couronnées de succès.

L'inoculation du virus syphilitique exige les mêmes précautions, ou d'autres semblables.

COROLLAIRES. î>2ô

Il faut, avant d'entreprendre la syphilisation chez un individu , examiner tout son organisme. Si l'on s'aperçoit que son système vasculaire , ou quelque organe ou tissu , soit le siège d'un procès inflammatoire, môme léger, qui complique l'affection vénérienne pour laquelle on veut recourir à la syphilisation, il faut en ohtenir d'abord la guérison par un traitement approprié. S'il est affecté de chancres qui soient devenus phagédéniques ou gangreneux, sous l'influence d'une maladie interne inflammatoire, il faut immédiatement vaincre celte grave complication par la méthode antiphlogistique, faire disparaître l'aménorrhée, si cela est possible, ou du moins surveiller avec attention les funestes effets qui pourrait en résulter chaque mois, pendant la période de progrès des chancres artificiels.

Après avoir triomphé des affections internes ou externes non syphilitiques, qui pourraient déterminer une réaction inflammatoire sur les chancres artificiels , administré un purgatif, prescrit quelques bains simples de tout le corps, fait suivre pendant quelques jours une diète légère, placé le sujet dans de bonnes conditions hygiéniques, et obtenu son consentement complet et éclairé , on peut commencer l'expérience.

Les premières piqûres seront faites avec du pus du malade, ou d'un autre individu, mais il faut que les chancres, qui le fournissent, soient en voie de progrès; on en fera alors de 6 à 10 sur un des côtés du thorax, ou mieux encore sur ses deux régions latérales, à la distance de 2 à 3 centim. au moins l'une de l'autre.

Il en résultera des chancres qui ne seront ni trop petits, ni trop vastes, et médiocrement enflammés ; et l'on observera quelquefois du troisième au sixième jour de leur développement, une fièvre de peu de durée, dont on triomphera facilement par les éméto-cathartiques.

Pendant que ces premiers chancres suivent la période de progrès, il n'est ni nécessaire, ni convenable de pratiquer de nouvelles inoculations, pareeque les chancres qui en résulteraient, arrêtent presque toujours la marche des premiers, en abrégeant le cours, et les font entrer plus vite dans la période de cicatrisation.

Si l'on a inoculé moins de dix chancres le premier jour, il faudra en inoculer autant, six ou huit jours plus tard, afin d'empêcher que les premiers ne prennent un trop grand développement.

Lorsque les premiers chancres artificiels , dont on aura inoculé le nombre que nous avons indiqué , commenceront à entrer dans la période de transformation, on peut, et même on devrait faire au plus vite une seconde inoculation d'un nombre de piqûres à peu-près égal.

Les chancres qui en seront la conséquence, devront n'être suivis, au moins pendant les premiers jours de leur période de progrès , d'aucune autre inoculation , s'ils ne prennent pas un trop grand développement. Mais dans le cas contraire, il faudra faire de nouvelles piqûres plus nombreuses et à de plus courts intervalles, et l'on suivra le même précepte pour tous les autres chancres artificiels successifs.

Mais si ces chancres n'acquéraient pas un grand développement, si leur période de progrès devenait très-courte, alors, précepte important à suivre, il ne faudra plus faire dans la troisième inoculation que 2, h ou G piqûres au plus, afin que les chancres qui en résulteront, prennent un plus grand développement, jusqu'à ce qu'ils aient produit une modification salutaire sur l'organisme, et fait disparaître en grande partie l'affection syphilitique, pour laquelle on a entrepris la syphilisalion.

Si toutes les inoculations précédentes n'avaient produit que des chancres très-petits et d'une durée très-courte, comme

j'ai pu l'observer chez quelques individus, et si la maladie syphilitique n'avait point éprouvé d'amélioration remarquable, il faudrait interrompre le traitement pendant 10 ou 15 jours, afin de le reprendre ensuite, en ne faisant que 2 ou 'l piqûres chaque fois et à de longs intervalles. On agira de même, si après quelques inoculations, on n'obtenait plus que des pustules abortives , pareeque , ainsi que je l'ai déjà dit plus haut, leur action syphilisante est assez limitée , à cause de la brièveté de leur période de progrès.

Lorsqu'à la suite d'un nombre indéterminé de chancres, qui aura varié suivant le concours d'une foule de circonstances, la maladie vénérienne aura disparu complètement, ou au moins en grande partie, on a dans ce cas presque la certitude que l'on a introduit dans l'économie une quantité de virus suffisante pour neutraliser celui qui existait; alors, je le répète , et seulement alors on pourra , dans le but d'abréger le traitement et d'arriver rapidement à l'immunité, faire un grand nombre de piqûres chaque fois, 15 , 20 et même plus, à de courts intervalles, S, 10 jours; en suivant cette méthode , on obtiendra bientôt des pustules abortives toujours plus petites, et d'une durée plus courte , jusqu'à ce qu'on arrive enfin à l'immunité parfaite.

Nous avons déjà plusieurs fois parlé de la seule et véritable cause du phagédénisme et de la gangrène des chancres: j'en tire le corollaire suivant, qui est de la plus haute importance.

Lorsqu'un chancre artificiel , qu'il soit produit par les premières inoculations, ou par les successives, passe au phagédénisme et surtout à la gangrène, il faut immédiatement suspendre les inoculations , combattre par des moyens appropriés la cause interne qui a déterminé cet accident, et ne recommencer les inoculations que lorsqu'on a triomphé de cette grave complication. Mais afin de la prévenir, on aura

soin d'examiner chaque jour attentivement le malade soumis à la syphilisalion, on l'éloignera le plus possible des causes rhumatismales, et aussitôt qu'il se manifestera le moindre symptôme de phlogose vasculaire ou viscérale, on y pourvoira immédiatement, afin d'en empêcher le développement ultérieur.

Le nombre des inoculations nécessaires pour syphiliser complètement un individu, diffère suivant son tempérament, sa constitution , ses antécédents syphilitiques , les maladies intercurrentes auxquelles il a été sujet , la dimension et la durée des chancres dont il est affecté, le nombre des inoculations simultanées , leur plus ou moins de développement et de durée, l'époque dans laquelle on les inocula, c'est-àdire suivant qu'on a fait les piqûres à des intervalles longs ou rapprochés, et peut-être encore suivant quelques conditions individuelles qui me sont encore inconnues, et qui sont cause qu'il faut un grand nombre d'inoculations pour syphiliser quelques malades, tandis qu'il suffit d'un petit nombre pour obtenir ce résultat chez d'autres.

On emploira comme auxiliaires de la syphilisalion les moyens suivants : — boissons acidulés, mucilagineuscs, nitrées, — quelques purgatifs doux, quelques clyslères cl des bains simples généraux ; — diète légère pendant les premiers jours, pareequ'il se manifeste quelquefois, pendant ce temps, une fièvre peu intense, probablement traumalique, dont on triomphe ordinairement avec facilité, dans l'espace de deux ou trois jours, au moyen du tartre stibié administré à l'intérieur et à petites doses.

Après celte première période du traitement, l'appétit augmente généralement de jour en jour; c'est au point que presque toutes les malades que j'ai soumises jusqu'à présent à la syphilisalion dans l'Hôpital, mangeaient tous les jours un demi pain en sus de la ration accordée à toutes les autres malades, qui ont la portion complète-

La médication des chancres artificiels doit être simple : il faut les laver malin et soir avec de l'eau pure, les couvrir d'une toile enduite de cérat , afin d'empêcher le contact immédiat des vêtemens; s'ils sont trop enflammés et douloureux, on les couvre avec un cataplasme émollient.

S'ils deviennent phagédéniques ou gangreneux, il faudra faire des lotions plus fréquentes , et insister surtout sur l'emploi des calmants et des émolliens; car aucun moyen local, à l'exception des antiphlogistiques, ne pourra triompher de la phlogose interne qui est la cause directe du phagédénisme et de la gangrène.

Lorsque les chancres artificiels entrent dans leur dernière période, c'est-à-dire dans celle de cicatrisation, il faut alors ahandonner l'usage des émolliens; car si on le prolonge pendant trop de temps, les chancres deviennent facilement fongueux, surtout chez les sujets à fibre molle, et ces fongosités en retardent la guérison.

Arrivés à celte période, les chancres artificiels ne sécrèlent plus de pus virulent, et n'exercent probablement aucune action syphilisante.

En présence de celte considération, je me suis plusieurs fois demandé s'il ne serait pas mieux de les cautériser quand ils sont devenus fongueux et qu'ils ne sont plus virulens, afin d'en obtenir plus promplementleur cicatrisation, et abréger ainsi l'ennui du traitement par la nouvelle méthode.

Dans l'énoncé des préceptes à suivre pour que la syphilisalion soit pratiquée avec succès, je n'ai pas parlé des inoculations faites sur d'anciennes cicatrices, et qui sont également suivies de la pustule syphilitique, pareeque ce fait ne me parait pas d'une bien grande importance.

En effet, les cicatrices qui sont les plus apparentes , et quelquefois même difformes, sont toujours celles qui suivent les premiers chancres, et lorsqu'on peut faire des inocula-

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tions sur des cicatrices , elles ne produisent plus que de petits chancres ou des pustules aborlives qui ne laissent presque pas de traces. Alors il est indifférent de faire les inoculations sur les cicatrices ou sur d'autres régions.

Le traitement parla syphîlisalion, pratiqué ainsi que nous venons d'en donner les préceptes, pourrait se faire dans l'espace d'environ deux mois, pourvu qu'il ne fût pas interrompu par des affections accidentelles. Jusqu'à présent, je n'ai en , à la vérité , que bien peu de cas dans lesquels j'ai pu obtenir une syphilisation complète, en moins de quatre ou cinq mois et même davantage. Mais j'espère que l'expérience qui nous i déjà révélé plusieurs préceptes essentiels pour bien conduire la syphilisation, nous enseignera également les modifications à apporter à celte méthode, afin d'en abréger la durée, d'en simplifier la marche, et d'en retirer des avantages plus prompts.

Effets de la syphilisation sur l'étal général de /organisme.

La syphilisation pratiquée avec la prudence requise, et en suivant les préceptes que nous venons de donner, ne présente aucun danger. C'est un des faits les plus importants et les plus remarquables, et que je suis heureux de pouvoir proclamer hautement.

Après avoir reconnu la véritable cause du phagédénisme et de la gangrène des chancres artificiels, et de ceux que l'on contracte dans les rapports sexuels, lorsque l'on connaît là méthode à suivre pour prévenir et combattre ces accident, quand le sujet, sur lequel en veut pratiquer la syphilisation a été placé dans les conditions hygiéniques que réclame ce genre de traitement, lorsqu'enfin on le conduit suivant les

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règles tracées par l'expérience, alors, je le répète, on peut avancer avec certitude que la syphilisation est non seulement sans dangers, mais qu'elle détermine une grande amélioration dans l'état général du syphilisé, quand on peut la conduire jusqu'à sa fin. En effet, j'ai toujours vu l'organisme s'améliorer progressivement, à mesure que les inoculations se multipliaient, lorsqu'il ne se développait aucune complication inflammatoire capable de faire passer les chancres artificiels au phagédénisme ou à la gangrène; et lorsque les piqûres ne donnaient plus naissance qu'à des pustules abortives, ou restaient sans effet, la santé du sujet syphilisé se rétablissait entièrement.

Ce fait tendrait à prouver que, si une petite quantité de virus introduit dans l'économie y occasionne fréquemment de graves désordres, une quantité considérable lui est utile; il devrait en môme temps rendre les adversaires de la syphilisation un peu plus prudents, lorsqu'ils veulent en condamner la pratique. Mais toutes les incertitudes et tous les doutes, que l'on pourrait soulever sur l'innocuité de la syphilisation complète, devraient tomber, si on voulait remarquer que presque tous les sujets, sur lesquels on a dû faire un grand nombre d'inoculations , continuent à jouir d'une santé excellente; que quelques uns furent, à la vérité, atteints de quelques maladies accidentelles produites par des causes rhumatismales ou autres , et qui parcoururent les marnes phases que chez les individus qui n'ont jamais été soumis aux inoculations ; mais que. cependant , pendant tout le cours de ces complications', il ne se manifesta sur eux aucun symptôme d'infection syphilitique.

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