‹ La syphilisation étudiée comme méthode curative et comme moyen prophylactique des maladies vénériennesChapitre 73 sur 90 · VI · texte numérisé non relu

VI

Effets de la syphilisation sur les points on l'on pratique les inoculations.

Ces effets sont de deux sortes :

iu L'inflammation plus ou moins intense des chancres artificiels pendant leur période de développement, lors même qu'ils ne passent ni au phagédénisme , ni à la gangrène, détermine à la vérité, dans les chancres artificiels, surtout dans les premiers, une sensation plus ou moins douloureuse; mais elle n'est jamais capable de réagir profondément sur l'organisme et d'en altérer les fonctions. Dans les chancres artificiels successifs, qui deviennent toujours plus petits, la phlogose ulcérative va toujours en diminuant graduellement d'intensité et de durée, el devient de plus en plus superficielle. Passés les premiers jours du traitement syphilisant, la douleur occasionnée par les chancres qui se développent ensuite, est réduite à peu de chose, ou même elle est nulle; la santé du sujet que l'on a syphilisé s'améliore constamment, et rien ne l'empêche de vaquer tranquillement à ses affaires.

Il ne faut pas s'imaginer qu'un nombre considérable d'inoculations occasionne plus de souffrances pendant le traitement; loin de là, la syphilisation est alors moins douloureuse. En effet, nous avons vu que dans tous les cas, où l'on ne fit qu'un petit nombre d'inoculations, les chancres qui en résultèrent furent plus étendus que ceux qui se développèrent à la suite d'un grand nombre de piqûres. Ce serait donc se tromper grossièrement que de vouloir inférer du nombre des piqûres, dont je parle dans mes Observations, que le traitement par la syphilisation est grave et douloureux. Ce serait vouloir induire en erreur le public, que

COUOLLAIRLS. bai

de se contenter d'énoncer la totalité des chancres et des pustules qui se sont développés à la suite des inoculations que j'ai pratiquées sur chacun des sujets syphilisés , sans dire en môme temps qu'un grand nombre de ces chancres et toutes les puslules grosses et petites, qui disparaissent presque sans s'ulcérer , sont à peu près indolens, et ne troublent aucunement l'état normal du sujet.

Toutes les personnes que j'ai soumises à la syphilisation peuvent attester la vérité de cette assertion.

2° A l'exception du petit nombre des cas dans lesquels les chancres artificiels devinrent phagédéniques ou gangreneux, toutes les cicatrices laissées par les chancres, fuient petites , et devinrent moins visibles après quelques mois , surtout lorsqu'on avait fait un grand nombre de piqûres simultanément.

- Depuis plus d'une année, nous n'avons presque plus eu, comme je l'ai déjà dit ailleurs , des chancres phagédéniques ou gangreneux qui laissent de ces cicatrices difformes, qui sont un des plus graves inconvéniens que l'on puisse reprocher à cette méthode. Ceux qui voudront pratiquer la syphilisation, pourront facilement l'éviter, en suivant la marche que nous a enseignée l'élude des faits.

Effets de la syphilisation sur la syphilis primitive et constitutionnelle , ou propriété thérapeutique de la syphilisation.

Dans la communication faite à l'Académie des Sciences de Paris (v. page 58) du singulier phénomène de la diminution des chancres, qu'il avait observée sur les animaux, M. Auzias-Turenne a dit que l'animal syphilisé jouissait de l'immunité contre le virus syphilitique , mais il ne parla

nullement de la faculté thérapeutique les inoculations syphilitiques répétées.

Lorsque je me mis à étudier ce phénomène chez l' homme atteint de syphilis, je m'aperçus qu'en répétant et en multipliant les inoculations du virus d'un chancre en voie de progrès, les symptômes, dont il était affecté, disparaissaient peu-à-peu et graduellement.

Ce fait me parut de la plus haute importance, et je ne manquais pas d'en tenir compte; je le soumis aussitôt à l'examen de notre Académie Médico-Chirurgicale. Je me disais alors , comment pourra-t-on espérer d'appliquer utilement la syphilisalion comme moyen prophylactique de la syphilis, si elle ne peut en guérir les individus qui en sont atteints? 11 faut donc, avant tout, l'étudier comme moyen thérapeutique, parceque si elle ne peut guérir la syphilis, on ne pourra jamais la préconiser comme un moyen prophylactique de cette maladie. Je vais donc exposer ce que les faits m'ont enseigné relativement à l'étude de la syphilisalion comme méthode curalive de la syphilis.

En passant en revue les différentes maladies vénériennes pour lesquelles j'ai tenté la syphilisalion, je suivrai à peuprès l'ordre que j'ai adopté pour les histoires. Mais je dois avertir ici le lecteur, que sous le nom de syphilis constitutionnelle je comprends toutes les lésions qu'il a plu à l'école Ricordienne de elassifier en secondaires et tertiaires, classification qui , ainsi que je l'ai déjà dit dans l'Histoire de la Syphilisalion, n'est nullement appuyée par l'expérience, et ne peut être d'aucune utilité pratique.

Blennorrhagie urétrale. — Je n'ai jamais pratiqué la syphilisalion sur des individus affectés simplement de blennorrhagie urétrale , mais sur des personnes chez lesquelles elle existait conjointement avec d'autres affections syphilitiques, pour lesquelles on tentait la syphilisalion. Je vais

COROMAIKES. OÔô

exposer le résultat de mes Observations à cet égard, après avoir jeté un coup d'œil rapide sur quelques détails relatifs à la condition pathologique de la blennorrhagie, détails que j'ai déduits de mon expérience , et que j'ai déjà en partie publiés en 18't5 (1).

(1) L'importance du sujet m'engage à reproduire ici presque en entier, et sans beaucoup de modifications mon Mémoire intitulé: Considérations sur les causes et le traitement de la blennorrhagie urèlmle, inséré dans le 2"e vol. des — Atti délia IL Accademia medico-chirurgica di Turitto, 1 8i9.

« La blennorrhagie urétrale est-elle produite par un virus spécial, blennorrhagique, ou par le virus syphilitique ? C'est-à-dire, existe-t-il un seul principe morbifique vénérien qui se manifeste sous différentes formes, suivant les tissus, sur lesquels il est déposé, et où il exerce son action; ou bien le virus blennorfhagiqùe est-il différent de celui qui donne lieu aux autres symptômes vénériens? Quelques médecins considèrent l'écoulement urétral comme une affection toute spéciale, et incapable de déterminer la syphilis constitutionnelle, et prétendent qu'il peut toujours guérir sans l'emploi des mercuriaux. D'autres admettent que la blennorrhagie est fréquemment syphilitique, la regardent comme la source principale de l'infection générale, et lui attribuent souvent le développement des accidens, qu'ils appellent secondaires et tertiaires. Quelques-uns, comme M. Ricord et son école, considèrent comme syphilitique celle, dans laquelle on observe comme cause, un chancre dans un des points du canal urétral, c'est-à-dire, qu'ils n'admettent que l'existence du chancre urétral comme condition pathologique de la blennorrhagie syphilitique.

<• En présence des opinions si disparates de médecins distingués, le praticien est souveDt incertain, lorsqu'il s'agit de décider si un sujet atteint d'une blennorrhagie urétrale, sera ou non menacé de voir se développer plus tard des symptômes de syphilis constitutionnelle, et il ne sait souvent pas s'il doit ou non lui administrer des mercuriaux, pour en prévenir la manifestation.

« C'est sur cette importante question agitée par les praticiens, et qui n'est pus encore résolue, que je vais soumettre au jugement de mes collègues le résultat de mes observations.

.< Je me suis plusieurs fois demandé, si la blennorrhagie de l'homme était toujours produite par l'écoulement de l'urètre de la femme, de la muqueuse du vagin, du col ou de la caulé de l'utérus; ou s'il n'existait pas chez la femme d'autres symptômes vénériens capables de donner lieu a l'urétrite blennorrhagique chez l'homme.

« Je vais exposer rapidement quel fut l'enchaînement des observations et des expériences, qui m'ont conduit à une conclusion, qui me parait d'une haute importance pratique.

« Sur 2,478 femmes, je n'en ai presque pas vu une seule affectée d'uu écoulement purulent un peu abondant des parties génitales, d'une véri-

Le catarrhe utérin, même lorsqu'une urétrile le rend légèrement purulent , appliqué mk la muqueuse de l'urètre de la femme, ne donna jamais lieu à une urétrile.

Lorsqu'il n'existe pas de chancres ou de tubercules muqueux sur le col utérin, ou le long du vagin, je n'ai jamais

table blennorrhagie aiguë, sans que j'aie constaté en même temps l'existence d'un grand nombre de gros tubercules muqueux , en partie ulcérés, sur les grandes et petites lèvres, et souvent au périnée et autour de l'orifice de l'anus. Le nombre des prostituées, dont les parties génitales étaient couvertes de tubercules, ou pustules muqueuses fut assez considérable (800); après le chancre, ce fut donc le symptôme, qui se manifesta le plus fréquemment. Mais si l'écoulement muco-purulent vulvaire était abondant et constant chez toutes ces femmes, qui étaient affectées de tubercules muqueux aux parties génitales, il était insignifiant ou beaucoup moindre chez celles qui entraient à l'Hôpital pour des écoulemens urélraux ou vagino-utérins. En effet, je n'ai observé que 82 femmes affectées d'écoulement urétral, sans qu'il y eût en même temps de chancres au méat urinaire, ou dans l'urètre, et quelques-unes mêmes avaient de petits tubercules muqueux sur les nymphes. Chez 161 , il existait un écoulement vagino-utérin, sans que l'on pût apercevoir do symptôme certain de syphilis, et elles n'offraient que les caractères anatomiques de la leucorrhée. Le catarrhe utérin et la matière provenant de la muqueuse du col utérin, couverte de granulations, ou de celle du vagin porté dans l'urètre d'une femme, qui n'était pas atteinte d'écoulement, n'y détermina jamais la blennorrhagie.

« Il me parait donc pouvoir en conclure que l'écoulement blcnnorrhagique de l'homme est très-rarement déterminé par la matière leucorrhéique; il en est de même des chancres du col utérin, ou du vagin, car ils sont très-rares. Du reste, l'inoculation du pus chancreux donne touj >urs lieu à un chancre; et, lorsqu'on l'introduisait dans l'urètre, il donnait lieu à la vérité à un écoulement, mais alors cet écoulement était produit par le chancre qui s'était développé dans le point de la muqueuse urétrale, avec lequel le virus fut mis en contact.

« A la vue du petit nombre d'écoulemens urétraux chez la femme , qui peuvent donner lieu à la même maladie chez l'homme, du peu de possibilité de la transmission de la blennorrhagie par le muco-pus vaginouterin des femmes affectées de leucorrhée, et qui ne présentent pas de symptômes certains de syphilis, du grand nombre de blennorrhagies chez l'homme, sans la coexistence de chancres au méat urinaire, ni à la fosse naviculaire, et enfin du nombre considérable de femmes affectées de tubercules muqueux aux parties génitales externes , et consécutivement d'une blennorrhagie vulvo-urétro-vaginale aiguë, je me suis demandé s'il n'était pas possible que la blennorrhagie urétrale de l'homme fût souvent occasionnée par le pus dés tubercules muqueux. Ce symptôme

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vu le catarrhe utérin, ni le produit des granulations de la muqueuse vaginale et du col de l'utérus , portés artificiellement dans l'urètre, donner lieu à l'urétrite blennorrhagique. Il ne saurait en effet en être autrement, car ces ma-

est en effet très-fréquent chez la femme, et assez rare chez l'homme; la hlennorrhagie urétrale est au contraire la maladie la plus fréquente chez l'homme.

« Conséquemment ne pourrait-on pas considérer les tubercules muqueux de la femme , comme l'expression de la condition pathologique de la hlennorrhagie urétrale chez l'homme, et viceversa ?

« En outre , voyant tous les jours que les tubercules muqueux, plus ou moins volumineux, qui sur tous les points des parties génitales externes de la femme sécrètent une telle quantité de pus , qu'il peut facilement s'introduire dans l'urètre de l'homme, dans le premier moment du coït , j'ai cru que cette considération rendait encore plus probable l'hypothèse, que je viens d'émettre. Les faits suivants me démontrèrent ensuite que cette hypothèse est une vérité.

« Lorsque par l'usage interne ou externe des mercuriaux les tubercules muqueux avaient disparu, j'ai toujours vu s'évanouir la cuisson, et le gonflement des grandes et des petites lèvres, et jusqu'à l'écoulement vulvaire purulent, qui accompagne toujours les tubercules muqueux, et qui était quelquefois assez considérable. L'inflammation urétro-vaginale aiguë elle-même , accompagnée d'écoulement muco-purulent , que l'on observe chez les femmes qui portent des tubercules muqueux aux parties génitales externes, cessait presque toujours après leur disparition. Lorsqu'il m'arriva d'observer encore chez quelques unes un peu d'écoulement dans le vagin, après la guérison des tubercules muqueux, l'introduction du spéculum me démontrait qu'il ne s'agissait plus que d'une leucorrhée.

« Je pris une certaine quantité de matière purulente sur des tubercules muqueux de quelques prostituées ù peine entrées à l'Hôpital , qui n'avaient pas d'autres symptômes syphilitiques, et qui n'avaient encore été soumises a aucun traitement, et je la portai dans le canal urétral sain de deux jeunes filles entrées à l'Hôpital pour un catarrhe utérin. J'ai vu naître un écoulement purulent trois jours après chez l'une, et six jours plus tard chez l'autre. J'ai répété la même expérience chez d'autres, et j'ai observé tantôt au Smc, tantôt au 4me et quelquefois au Sme jour l'écoulement urétral blennorrhagique. Il n'y eut qu'un seul cas dans lequel l'effet sur la muqueuse urétrale fut nul ; mais c'était une femme, à laquelle je faisais prendre le proto-iodure de mercure à l'intérieur, pour un chancre induré à l'orifice vaginal. En outre, je recueillis du pus sutla membrane muqueuse urétrale d'individus chez lesquels l'écoulement avait été occasionné par l'introduction de la matière sécrétée par les tuhercules maqueux, et je le portai dans l'urètre de trois autres femmes.

ladies n'ont rien de commun avec la syphilis ; les granulations de la muqueuse du col utérin sont toujours précédées d'un catarrhe de l'utérus, et en sont probablement le résultat. Elles commencent toujours à se manifester sur la lèvre pos-

qui n'avaient point de blennorrhagie : et chez toutes trois je ws se manifester l'écoulement purulent: chez la première au 3mc jour, chez la seconde au 4mc et chez la troisième au 2«ie. Dans tous ces cas, l'urétrite ne fut pas intense, et elle guérit rapidement par un moyen très-simple que j'indiquerai plus loin. Dans aucune de ces observations on ne put constater d'ulcérations sur la membrane muqueuse.

« Le pus des pustules humides mis en contact avec d'autres membranes muqueuses , peut également y donner lieu à une phlogose spéciale, et exercer sur elles une action contagieuse analogue à celle qu'elle produit sur la muqueuse urétrale, ainsi que le prouve l'observation suivante.

« Rose D., jeune fille, âgée de 19 ans, de Voghère, entrée au Syphi- HcÔme le 20 septembre 1845. Elle était au neuvième mois de sa gros? sesse, et affectée d'une foule de gros tubercules muqueux, en partie ulcérés sur les grandes et les petites lèvres, la muqueuse vulvaire et les régions périnéale et anale. Les grandes et les petites lèvres, ainsi que la muqueuse vaginale étaient tuméfiées, douloureuses, et souillées par une grande quantité de matière purulente. Elle souffrait beaucoup pour uriner, marchait avec peine, et ses parties génitales exhalaient une telle fétidité que je fus obligé de la faire mettre seule dans une chambre. Elle me dit qu'elle était malade depuis deux mois, et qu'elle n'avait jamais fait de traitement antisyphilitique. Elle n'avait pas d'autres symptômes syphilitiques à son entrée à l'Hôpital. Quelques bains généraux et quelques grammes d'onguent mercuriel en frictions avaient déjà calmé la phlogose intense, dont les parties génitales étaient le siège, lorsque le 28, à 11 heures du soir, elle accoucha d'un enfant màlc, qui, quatre jours après, fut atteint d'une ophtalmie purulente très-intense. Une légère cautérisation de la conjonctive palpébrale renouvelée pendant trois jours, de suite, le guérit rapidement de la maladie oculaire. Vingt jours après l'accouchement, on recommença le traitement mercuriel externe sur la mère, et après qu'elle eût ainsi employé quatre onces d'onguent, on ne voyait plus la moindre trace de tubercules muqueux. L'écoulement avait cesse entièrement, sans aucune médication, et la fille D. sortit guérie le 14 novembre 1845.

« Dans ce cas, le pus des tubercules muqueux qui s'était introduit entre la conjonctive palpébrale et celle de l'oeil, y détermina l'ophtalmie purulente, comme dans les expériences que nous avons rapportées plus-haut, il avait donné lieu à la blennorrhagie urétrale. On ne peut pas dire que chez cette fille l'écoulement urétral n'était qu'une complication des tubercules muqueux, et que c'est à lui , et non à ces tubercules, que l'on doit

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térieure da col de l'utérus, sur laquelle se dépose, et séjourne le produit muqueux, pendant les longues heures de repos auquel se livre la femme qui en est atteinte. Peu-à-peu elles envahissent la lèvre antérieure et tout le col ; quelquefois

attribuer l'ophtalmie purulente du nouveau-né; car lorsque les pustules humides eurent disparu par le traitement mcrcuriel, l'écoulement cessa spontanément, et sans aucune médication sur la muqueuse vulvo-vaginale , ce qui ne serait certes pas arrivé, s'il n'avait pas été le résultat de la sécrétion morbide des tubercules muqueux.

« Après avoir fait connaître les résultats obtenus par le pus de ces tubercule porté sur la muqueuse urétrale de la femme et sur la conjonctive d'un enfant, il nous reste à voir si elle peut produire les mêmes effets sur l'urètre de l'homme.

(i Je n'ai pu jusqu'à présent tenter des expériences directes à ce sujet, et il me sera difficile de le faire, car le Syphilicome n'est ouvert qu'aux personnes du sexe. Cependant le fait suivant mérite d'être rapporté :

« En 1844, un jeune homme affecté depuis quelques jours d'un écoulement urétral, et infecté pour la première fois, sut m'indiquer le nom de la prostituée , qui le lui avait communiqué. Cette fille était entrée depuis peu de jours au Syphilicome, et portait sur les grandes et petites lèvres quelques tubercules muqueux presque ulcérés, sans aucun autre symptôme primitif, ni secondaire. La muqueuse urétro-vagino-uterine était clans un état normal.

« Si ces observations confirmées par les expériences, que je viens de rapporter, prouvent évidemment que la sécrétion purulente des tubercules muqueux est quelquefois la cause de la blennorrhagie urétrale chez l'homme , l'expérience prouve de même , que le virus blennorrhagique de l'homme est capable à lui seul, de déterminer des tubercules muqueux chez la femme, ainsi que le prouvent les faits suivants :

« Un jeune ouvrier, affecté depuis une année et demie d'une blennorrhagie urétrale , qu'il avait traitée par les antiphlogistiques pendant sa période aiguë, et ensuite par le copahu, le poivre cubèbe, l'extrait de ratanhia à l'intérieur, et des injections, dans l'urètre, de diverses solutions caustiques, azotate d'argent, sulfate de zinc, proto-iodure de fer et autres semblables, vit cet écoulement réduit à quelques gouttes de mucopus dans les 21 heures. Se croyant guéri, il se maria ; il n'avait jamais eu de chancres, et n'avait eu que cette seule infection. Sa femme se trouva bientôt dans un état intéressant, et sur la fin de sa grossesse, elle s'aperçut de la présence de quelques pustules aux parties génitales, mais elle y fit peu attention , présumant qu'elles étaient un effet de l'état dans lequel elle se trouvait. Elle mit au monde une fille, qui paraissait bien portante, l'allaita, et après ses couches, elle s'aperçut de l'apparition d'autres pustules semblables aux précédentes, sur les parties génitales. Après trois mois d'allaitement, elle observa deux pustules semblables au mamelon droit,

même elles se propagent à la muqueuse vaginale , lorsque l'écoulement calarrhal de l'utérus existe depuis longtemps. et lorsqu'il devient plus abondant. Si l'on fait cesser le catarrhe utérin, en le combattant par des moyens appropriés,

et une sur le gauche , et eu même temps, quelques unes sur la partie supérieure et interne des cuisses de son enfant. Elle vint alors nie consulter, c'était en juin 1841 . J'examinais cette petite famille, et j'observais chez le mari un peu d'écoulement urétral muco-purulent, sur la femme et la petite fille, les tubercules muqueux, dont je viens de parler; la mère n'avait aucun écoulement ni par l'urètre, ni par le vagin, ni par l'utérus.

« Les occupations auxquelles la mère était obligée de se livrer, ne lui permettant pas de faire un traitement mercuriel externe, je lui prescrivis, ainsi qu'à son mari, une pilule de 1/2 grain de proto-iodure de mercure, à prendre matin et soir; en moins de deux mois, la mère et l'enfant étaient guéris des tubercules muqueux , et le mari ne portait plus de traces de l'écoulement urétral, qu'il avait depuis plus de deux ans, et qui avait résisté à une foule de moyens thérapeutiques très-e(Iicaees. Je ne prescrivis aucune injection à la femme, et cependant ils ont eu sans doute depuis de nouveaux rapports conjugaux, et ni l'un ni l'autre n'ont vu renaître les symptômes syphilitiques, dont ils avaient été affectés.

« Un domestique âgé de 27 ans, marié depuis 3 mois, et affecté de blennorrhagie urétrale depuis une année , me fit voir dans le mois de décembre 1845, sa femme qui n'était affectée que de tubercules muqueux aux parties génitales externes. 11 était convaincu de lui avoir communiqué l'infection syphilitique, car elle n'avait aucun écoulement ni urétral, ni vaginal, ni utérin. La femme entra au Syphilicôme, où elle guérit de ces tubercules par un traitement mercuriel externe, et l'écoulement dont son mari était affecté, cessa par l'usage du proto-iodure de mercure à l'intérieur. Us ont ensuite continué à vivre ensemble, et jouissent maintenant d'une bonne santé.

« J'ai observé deux autres faits semblables au Dispensaire ophtalmique: l'un en juin 1843, et l'autre dans le mois de janvier de cette année. Il s'agissait de deux femmes nouvellement accouchées , dont les'fenfans étaient affectés d'ophtalmie blennorrhagique. Toutes deux avaient un grand nombre de tubercules muqueux à la vulve, et leurs maris étaient depuis plusieurs mois affectés de blennorrhagie urétrale. Le traitement mercuriel lit disparaître les symptômes syphilitiques dont les parents étaient affectés, et la cautérisation de la conjonctive palpébrale l'ophtalmie de leurs enfans (1).

« Ces observations me paraissent prouver évidemment, que la blennorrhagie urétrale est parfois syphilitique, c'est-à-dire capable de donner lieu

(t ) Depuis que j'ai écrit ces ligoes, j'ai eu occasion d'observer un grand nombre de faits semblables dans lo Dispensaire ophlhalmique, le Syphilicôme, et dans ma clientèle.

surtout par la cautérisation répétée du col utérin, avec un crayon de nitrate d'argent , un caustique liquide, tel que le nitrate acide de mercure, ou un autre caustique, on voit les granulations utéro-vaginales s'arrêter dans leur dévelop-

ù des symptômes syphilitiques, tels que des tubercules muqueux. Mais quel sera le caractère analomique ou pathologique , qui pourra la faire distinguer de la simple urétrite produite par l'écoulement menstruel, la masturbation, l'abus du coït, ou autres causes semblables? Se développe-t-il sur la muqueuse urétrale des tubercules muqueux , comme sur celle de la vulve? Ce fait est probable, mais jusqu'ici je n'ai pu les apercevoir, pas même dans l'urètre de la femme, chez laquelle l'écoulement se manifesta après qu'on y eût déposé du pus de tubercules muqueux.

Il m'a été de même impossible, au moyen du spéculum de l'urètre, de découvrir aucune altération anatomique dans l'urètre de l'homme. On ne peut pas dire que la blennorrhagie urétrale de l'homme, qui est capable de déterminer des pustules muqueuses chez la femme, reconnaisse pour condition pathologique le chancre cndo-urétral larvé , car comme les chancres urétraux de la femme occupent ordinairement l'orifice du canal urétral , de même il me parait difficile que chez l'homme qui a ce canal beaucoup plus étroit, le chancre puisse exercer son action sur les parties profondes de la muqueuse , sans agir en même temps sur l'orifice , ainsi que l'expérience nous le montre chaque jour chez la femme. En outre, l'inoculation du pus du chancre donne toujours naissance à un chancre, et lorsqu'on voit ensuite des tubercules muqueux se développer sur le même individu , on les considère ordinairement comme des symptômes consécutifs.

« En conséquence, comme nous n'avons pas pu transporter le virus blennorrhagique de l'homme sur la membrane muqueuse des parties génitales de la femme, afin de savoir si cette blennorrhagie est vraiment syphilitique, ou si elle ne l'est pas , il me parait que la méthode curative est jusqu'à présent le seul critérium dont nous puissions nous servir pour arriver à ce but.

« On voit souvent la blennorrhagie urétrale de l'homme céder à l'usage interne des mercuriaux , après avoir résisté aux antiphlogistiques, au copaliu, au poivre cubèbe, à la cubébine, au ratanhia et aux autres préparations semblables, ainsi qu'aux injections de différentes solutions caustiques. Cette blennorrhagie, suivant moi, doit être considérée comme syphilitique. On devra de même considérer comme syphilitique celle qui cessera par l'emploi de la même médication qui est si utile dans le traitement des tubercules muqueux, et dont j'ai reconnu l'utilité pour celui de l'urétrite produite chez la femme par la matière purulente des tubercules muqueux : je veux parler du chlorure d'oxyde de sodium liquide préparé selon la méthode de Labarraque, et dont tous les praticiens ont reconnu l'utilité dans le traitement local des tubercules muqueux.

o'iO COROLl.All.KS.

peinent , disparaître peu-à-peu , et cesser immédiatement l'écoulement utéro-vaginal qui en est la conséquence.

On voit des femmes vivre avec leurs maris, sans que celui-ci contracte la blennorrhagie urélrale , quoiqu'elles

« Quelques injections de ce liquide bien affaibli avec de l'eau, ont suffi pour faire cesser en huit ou dix jours, chez les femmes, des écoulements urétrauX, produits par le pus des tubercules muqueux. Je l'ai employé

ensuite dans nia clientèle particulière chez des hommes pour quelques cas de blennorrbagies urètrales récentes ou chroniques, lorsque lu période aiguë était passée, et j'en ai souvent oblenu la guérison dans l'espace de cinq, six, huit ou dix jours. 11 faut cependant avoir soin de le mêler dans une quantité d'eau proportionnée a la sensibilité des différons individus, et telle que le liquide, injecté dans l'urètre, y produise une cuisson qui ne dure pas plus d'une demi-heure: car l'urétrite devient plus aiguë, et l'écoulement plus abondant, lorsqu'on fait aussitôt l'injection avec la liqueur pure. 11 suffit ordinairement d'une injection le matin et une le soir, pendant quatre ou cinq jours, ensuite une chaque jour, et enfin une tous les deux ou trois jours, pour faire cesser des écouleniens rebelles à l'usage prolongé d'un grand nombre d'autres moyens thérapeutiques.

« En conséquence, en même temps que l'utilité de cet agent thérapeutique dans le traitement des tubercules muqueux et de la blennorrhagie urétrale, unie aux expériences et aux observations , prouve l'identité de ces deux affections, il me parait qu'elle doit aussi servir de critérium pour faire croire d'une nature syphilitique la blennorrhagie urétrale qui cède promptement aux injections de chlorure d'oxyde de sodium liquide.

« Mais la blennorrhagie urétrale guérie par ce seul moyen, le scra-t-clle radicalement? Ne pouira-l-elle pas donner lieu à des accidens secondaires ? Ne devra-t-on pas employer en même temps quelques préparations mercurielles?

« Le traitement des tubercules muqueux «onfluens, condylomateux et existants depuis quelque temps , fait avec la seule liqueur de Labarraque, fut presque toujours palliatif. Un mois après, et quelquefois même plus tôt, on voyait renaitre les mêmes symptômes, ou d'autres manifestations syphilitiques. Aussi, depuis quelques années , j'ai abandonné presque complètement le traitement local des tubercules muqueux, pour m'en tenir aux mercuriaux, et j'obtiens des guérisons rapides et durables. Et peut-on guérir radicalement, sans mercuriaux, et par un simple traitement local les blennorrbagies urètrales chroniques qui ont résisté au copahu, au cubèbe et à d'autres préparations semblables?

i. J'ai vu souvent ces blennorrbagies être suivies d'accidents de syphilis constitutionnelle ; je les ai vu se reproduire quelquefois sans aucune cause apparente, pour ne cesser que par l'emploi des mercuriaux.

COROLLAIRES. Hki

soient affectées de granulations plus ou moins développées, plus ou moins étendues, depuis l'orifice jusqu'à tout le col utérin, lorsqu'elles sont atteintes de leucorrhée depuis quelque temps, surtout si elles sont grosses, ou qu'elles aient déjà eu plusieurs enfants.

Cependant il est probable que chez les personnes qui négligent les règles de la propreté, l'écoulement utérin et le mucus vaginal ayant séjourné longtemps dans le vagin, s'y corrompant , devenant acres et irritants , il est probable , dis-je, que s'il arrive qu'ils soient introduits dans l'urètre de l'homme , ils sont susceptibles d'y donner lieu à une urétrite accompagnée d'un écoulement de muco-pus.

L'extrême fréquence de la phlogose de la membrane muqueuse de l'utérus avec des granulations, la nullité des résultai attendant que de nouvelles recherches et d'autres observations jettent un plus grand jour sur cette importante question pathologico-thérapeutique , je crois pouvoir actuellement déduire de mes observations les corollaires suivants :

1° Le pus sécrété par les tubercules muqueux, et introduit dans l'urètre, y donne lieu à une btennorrhagie urétrale.

2° La blennorrhagie urétrale de l'homme est souvent la cause des tubercules muqueux qui naissent sur les parties génitales externes des femmes et vice versa (1J.

3" H ne faut pas confondre la blennorrhagie urétrale, produite chez l'homme par le pus des tubercules muqueux, avec celle qui reconnait pour cause l'existence d'un chancre endo-urétral , ni avec l'urétrite simple. On doit la mettre au nombre des symptômes syphilitiques, parcequ'elle est souvent suivie d'accidens de syphilis constitutionnelle.

4" La liqueur de Labarraque doit être mise au nombre de la foule de remèdes que l'on prescrit avantageusement dans le traitement local de la blennorrhagie urétrale, mais peut-être spécialement contre celle qui est occasionnée par les tubercules muqueux.

5° Enfin les mercuriaux sont le seul moyen thérapeutique pour obtenir la guérison radicale des tubercules muqueux, et d'un bon nombre de blennorrhagie» urétrales.

(I) J'ai vu mi ji-and nombre Je faits qui prouvent que les tubercules muqueus sont contagieux et capables de donner lieu à l'infection constitutionnelle : par exemple, j'ai vu fréquemment des ulcères à i'arri'crc-bouclie , on des tubercules muqueui ulcérés aui amygdales, et à la face postérieure du pharynx, chez les nourrices qui en avaient contracté autour du mamelon, en allaitant des enfants atteints de tubercules muqorm.

'ûUH COROLLAIRES.

lats obtenus par l'introduction naturelle ou artificielle de la matière muco-purulenle, vagino-utérine, dans l'urètre, m'avait déjà convaincu qu'il ne faut pas considérer les Ccoulemens utérinsou vaginaux comme blennorrhagiques, quand un examen attentif de ces régions, avec le spéculum, ne fait pas reconnaître l'existence de chancres ou de tubercules muqueux sur le colulérin ou le long du vagin.

L'écoulement vulvaire s'observe surtout dans les circonstances suivantes : 1° lorsqu'il existe un catarrhe utérin abondant et chronique, et dans ce cas, il disparaît lorsque la leucorrhée a cessé, et il n'est pas contagieux; 2° lorsqu'il y a des tubercules muqueux à la vulve : il est alors produit par la phlogose qu'ils déterminent sur la muqueuse vulvaire : dans ce cas, il peut être appelé syphilitique.

A mon avis, l'écoulement urélral de la femme, que l'on peut probablement à plus juste titre nommer blennorrhagique, reconnaît ainsi que l'urétrite de l'homme, pour condition pathologique , ou un chancre endo-urétral , ou une simple affection inflammatoire de la muqueuse, ou l'existence d'une urétrile spécifique produite par l'introduction du muco-pus des tubercules muqueux dans le canal urélral. Des expériences d'inoculation ont prouvé que la matière sécrétée par les tubercules muqueux, portée dans l'urètre, y donne lieu à une urétrite blennorrhagique; des faits observés dans la pratique confirment ces résultats, et prouvent ainsi qu'un certain nombre des blennorrhagies chez l'homme sont dues à l'existence de tubercules muqueux à la vulve, et viceversa , et que les tubercules muqueux qui en sont la conséquence, aussi bien que l'écoulement auquel ces tubercules donnent naissance, sont souvent, pour ne pas dire toujours, suivis d'autres symptômes d'infection générale.

La syphilisation a également contribué à jeter un certain jour sur une question aussi importante que celle de la bien-

norrhagic; elle a probablement aidé à démontrer qu'outre l'urélrilo blennorrbagique occasionnée par un ebancre larvé cndo-urélral , il existe encore une autre urétrite que l'on doit reconnaître pour syphilitique : celle qui est produite par le pus des tubercules muqueux. Les mercuriaux qui n'exercent presque aucune influence sur l'écoulement vulvourétro-vagi no-utérin, lorsqu'il n'est pas accompagné de tubercules muqueux , ou mieux , lorsqu'il n'en est pas la conséquence , le fait au contraire cesser rapidement , sans autre médication, lorsqu'ils existent. A mesure que l'usage de ces préparations fait disparaître les tubercules , l'écoulement urétral, vulvaire, vaginal ou utérin cesse, sans qu'il soit nécessaire de recourir aux applications locales qu'il exige lorsque l'inflammation n'est pas spécifique, ou lorsqu'elle n'est pas produite par des tubercules muqueux.

Les résultats obtenus par le mercure dans le traitement desurélritesde l'homme, qui avaient communiqué des tubercules muqueux à la femme et à l'enfant, et dont je pourrais citer des exemples, prouvent évidemment qu'il existe aussi chez l'homme une urétrite syphilitique déterminée par le mucopusdes tubercules muqueux. Eh bien ! La syphilisation seule et sans aucune médication, a fait disparaître chez toutes les femmes, qui avaient des tubercules muqueux aux parties génitales, l'écoulement vulvaire ou vaginal qui les accompagnait. L'écoulement urétral compliqué de tubercules muqueux à la vulve cessa chez celles qui font le sujet des Observations lix et l.xxiv, et il disparut également chez celles dont l'histoire se trouve sous les numéros xlu, xlv, xlvii et XLvni, chez lesquelles coexistaient des chancres vulvaires et une blcnnorrhagie urétrale. On n'obtint au contraire aucun avantage sur la femme dont l'observation figure au n° lv, qui avait des chancres vulvo-urétraux et des tubercules muqueux, ni sur celles des Observations xlm, xlix et l,

SM CaUOLLMRÏS.

qui étaient alïeetées de chancres vulvaires et d'écoulement urétral.

Devra-t-on considérer les écoulcmcns vulvo-urétro-vaginaux qui ont cessé spontanément après la disparition des tubercules muqucux, soit parles mercuriaux, soit au moyen de la syphilisalion, comme des écoulemens d'un caractère spécifique, ou comme l'effet d'une simple inflammation de la muqueuse produite par la diffusion de la phlogosc érysipélateuse que l'on observe toujours dans les tissus qui sont le siège des pustules humides? Leur euérison doit-elle être attribuée à ce que ces moyens ont triomphé de l'infection constitutionnelle, ou à ce que l'inflammation de la muqueuse disparut lorsque l'on eût enlevé la cause qui la maintenait? Les urétritesqui ne cèdent ni aux mercuriaux, ni à la syphilisalion, ne devront-elles pas être considérées comme de simples inflammations de la muqueuse urélrale, ne dépendant pas d'une cause spécifique? Ne persisterontelles pas, quoique la cause n'existe plus, par suite de l'habitude qu'a contracté la muqueuse, de sécréter du mucopus? Je ne prétends pas résoudre définitivement de telles questions; mais je me contenterai de faire observer que les blennorrhagies déterminées par des tubercules muqueux, cessèrent lorsque la syphilisation ou les mercuriaux eurent fait disparaître ces tubercules; et cette observation clinique me parait être digne de fixer l'attention des praticiens.

Chancres. — On eut recours à la syphilisation chez des individus affectés de chancres, mais ce ne fut pas tant avec l'intention d'y trouver une méthode de traitement plus prompte et plus avantageuse que celles que l'on a mises en pratique jusqu'à présent, que pour étudier aussi sur ces individus l'action prophylactique de la syphilisalion. Nous allons exposer les résultats immédiats que nous avonsobtenus ^ur les chancres.

L'action de la syphilisation fut plus remarquable lorsqu'ils se trouvaient encore dans la période de progrès. En effet, peu de jours après les premières inoculations, les chancres qui étaient encore virulens parcoururent rapidement leurs différentes périodes, et marchèrent promptement vers la cicatrisation. On ne pourra pas soutenir que cet effet ne soit pas dû à la syphilisation, et l'attribuer aux médications que Ton mit en usage, et au temps, parceque, à l'exception d'un petit nombre de cas, on ne se servit d'aucune application locale, pour activer la cicatrisation des chancres. Eu outre, si l'on voit quelquefois des moyens locaux réussir pour en faciliter la guérison , et si môme ils se cicatrisent parfois spontanément dans un espace de temps plus ou moins court, il y a des cas où ils se maintiennent virulens pendant des années, ainsi que les auteurs en citent des exemples , et que j'ai eu moi-même plusieurs fois occasion de l'observer.

Du reste, l'action salutaire des chancres artificiels successifs sur la marche des précédens fut très-évidente. Lorsque des chancres artificiels continuaient depuis quelque temps à être virulens, qu'on désirait en arrêter les progrès (je ne parle pas ici de ceux qui étaient devenus phagédéniques), il me suffisait, pour les faire marcher rapidement vers la cicatrisation , de pratiquer quelques nouvelles inoculations : aussitôt que les pustules et les chancres nouveaux étaient développés, les précédens parcouraient rapidement leurs différentes périodes, et ne tardaient pas à se cicatriser. J'ai constamment observé ce fait, et quiconque voudra l'examiner, pourra facilement s'en convaincre.

Si de nouveaux chancres font cicatriser ceux qui préexistaient , pourquoi un certain nombre d'entr'eux ne pourront-ils pas exercer une action analogue sur les chancres que l'on contracte sur les parties génitales, dans le coït ?

3r<6 COROLLAIRES.

Le raisonnement et l'expérience s'accordent donc à prouver les avantages de la syphilisation dans le traitement des chancres.

Chancres indurés. — La syphilisation ne contribue pas seulement à faire cicatriser assez rapidement les chancres indurés, mais elle en fait résoudre peu à peu l'induration.

Quelques S\ philographes ont avancé dans ces derniers temps, que l'on n'observe jamais, ou au moins très-rarement l'induration spécifique ou htmtérienne du chancre chez la femme ; en même temps ils voudraient presque soutenir que la syphilis constitutionnelle est toujours précédée d'un chancre hunlérien.

Ces deux propositions sont tellement contradictoires qu'il semblerait inutile d'en parler, car si l'induration spécifique est la preuve certaine , absolue de la manifestation de la sypb|iîs constitutionnelle, et si celle-ci est toujours précédée du chancre induré, il faudrait en conclure que la femme que l'on nie presque être sujette à celle variété du chancre, ne devrait en conséquence pas être affectée de symptômes d'infection générale. Mais il n'en est malheureusement pas ainsi. Ces propositions ayant été plus d'une fois émises par un Confrère donl l'autorité est d'un certain poids dan* ces questions, il ne me parait pas hors de propos de soumettre au jugement des praticiens quelques considérations à ce sujet.

1° Les chancres indurés ne sont pas à la vérité aussi fréquens chez la femme que chez l'homme , mais on les observe cependant chez elle et pas aussi rarement qu'on voudrait le faire croire, avec tous les caractères huntériens. Le lecteur pourrait à bon droit s'étonnner d'en trouver un si grand nombre dans mes Observations, mais je dois dire que voulant faire tout le cas possible de la loi émise par 31. Ri1 cord, — que le chancre induré est toujours suivi de la syphilis

constitutionnelle , et que , bien plus , il en est le premier symptôme, — j'ai choisi parmi les nombreuses malades qui se trouvaient dans le Syphilicôme, celles dont les chancres offraient celte induration, afin d'étudier l'effet que produirait la syphilisation sur l'induration huntérienne.

2° Un grand nombre des cas de syphilis constitutionnelle, dont j'ai rapporté l'histoire, n'ont pas été précédés du chancre induré, ce chancre dont ont parlé déjà quelques anciens Syphilographes et entr'autres J. Vigo, mais que j'appellerais volontiers Huntéro-Ricordien, pareeque c'est à ce dernier et non pas à Hunter que revient l'honneur d'en avoir fait un être à part, et pareeque, tout récemment encore, M. Ricord faisait observer que la découverte du chancre induré est due plutôt à lui qu'à Hunter.

3° L'expérience démontrant tous les jours que l'infection constitutionnelle ne se manifeste que trop fréquemment après un petit chancre simple, ainsi que l'ont annoncé un grand nombre de Syphilographes distingués, il me paraît que l'induration du chancre ne peut pas avoir toute la valeur de diagnostic que M. Ricord veut bien lui attribuer. Le chancre induré est-il donc toujours suivi de la syphilis constitutionnelle? Je ne pourrais pas répondre à cette question, pareeque je dois avouer, qu'à mon grand regret, je n'ai pu jusqu'à présent suivre assez longtemps, tous les cas dans lesquels le chancre induré traité par de simples moyens locaux, laissa encore une induration après lui. l\ me parait cependant avoir observé que dans quelques cas il ne fut suivi d'aucune manifestation de syphilis constitutionnelle; mais, je le répète, je ne puis rien avancer de positif à cet égard. Un praticien doué de beaucoup de tact et d'une vaste expérience, M. le prof. Sigmund de Vienne, répondra pour moi.

Voici ce qu'il m'écrivit à ce sujet : « Castœ observatio-

6'l8 COROLLAIRES.

nés ulcerum per inoculalionem productorum syphilidis primariae docent secundarios morbos inde nasci, quin fundus fuerit unquam durus, e contra œque castse observationcs docuerunt ulcéra e fundo duro secundarios morbos non genuisse ».

k° Quel est le motif qui fait que certains praticiens attachent une si grande importance au chancre Huntéro- Ricordien ? On me répond : Parce qu'il donne constamment lieu à la syphilis constitutionnelle. Mais si des praticiens distingués , tels qu'un Sigmund , ont vu des chancres indurés n'être pas suivis de l'infection générale, si un grand nombre de cas de syphilis confirmée n'ont été précédés que d'un petit chancre simple , doit-on attacher à celle induration une aussi grande importance , et en admettre les conséquences comme reposant sur une base inébranlable ?

Étudions, s'il vous plait, un instant, ce phénomène , et voyons si cette loi de M. Ricord est établie sur une base solide.

Qu'est-ce que cette induration du chancre appelée spécifique ?

La pathologie nous enseigne, qu'au nombre des terminaisons de l'inflammation , on doit compter la transudation fibrineuse ; que pendant la durée de la phlogose ulcérative , il y a exsudation de lymphe plastique dans la peau , les muqueuses, le tissu cellulaire sous-cutané, et le sous-muqueux, et que cette lymphe déposée dans les aréoles des tissus sur lesquels siège le chancre , s'y arrête , s'organise , et y forme un tissu fibro-plastique qui donne lieu à une induration remarquable de la base et des bords de ce chancre. Ce fait est encore confirmé par l'anatomie pathologique.

La chimie organique de son côté n'a rien révélé de particulier dans les parties qui composent celte induration , et

les recherches de quelques savants qui se livrent à des études d'anatomie microscopique , tels que MM. Marchai (de Calvi) , Robin , Acton et Lebert , ne leur ont fait découvrir dans l'induration huntérienne qu'un tissu fibro- plastique dense, abondant, parfaitement identique à celui qui se forme ailleurs , et sous l'influence de maladies non contagieuses.

Pourquoi donc attribuer à cette induration un caractère spécifique si singulier?

Existe-t-il dans ce tissu d'induration une quantité de virus qui, après y avoir subi une modification particulière, y acquière l'aptitude à infecter l'organisme? Non certainement. En effet , la récision du chancre induré pratiquée même dans les premiers jours de son développement, et dans le commencement de l'induration, ou lorsqu'elle est bien manifeste, n'empêche pas qu'elle ne soit suivie de l'infection générale, ainsi que je l'ai vu dans quelques cas. L'induration disparaît quelquefois spontanément avec le temps ou des topiques résolutifs non spécifiques , et quelquefois on voit persister un certain degré d'induration , après un long traitement mercuriel.

Quelles sont donc les causes de l'induration du chancre? Quelles sont les conditions qui , une fois posées , la font nécessairement développer ? Éludions d'abord la marche du chancre.

Le chancre est simple et se maintient dans cet état, tant que la phlogose ulcérative est superficielle , qu'elle ne se propage pas aux tissus sur lesquels le chancre se trouve, et tant que les matériaux produits par la phlogose spécifique sont tous sécrétés sur sa surface.

Mais si à la suite de quelques circonstances la phlogose vient à augmenter légèrement, si elle envahit le tissu cellulaire sous-cutané ou sous-muqueux, alors le chancre ne sécrète

qu'une petite quantité de pus, et donne naissance à une extravasion de lymphe plastique, c'est à-dire qu'il se détermine entre les lames du tissu sur lequel se trouve le chancre, une inflammation que j'appellerais volontiers organisatrice, un certain degré d'inflammation ni trop intense , ni trop faible , sous l'influence de laquelle s'extravase dans le tissu cellulaire une certaine quantité de lymphe plastique qui , en s'organisant peu à peu , le rend de plus en plus dense, suivant l'étendue et la durée du chancre.

Si la phlogose ulcérative devient un peu plus aigué, alors il se forme rapidement un engorgement sanguin considérable dans les tissus sur lesquels se trouve le chancre. Cet engorgement donne lieu à une induration un peu étendue , mais qui n'est pas aussi compacte que l'huntérienne , parce qu'elle est occasionnée par la distension sanguine des vaisseaux , et non par une exsudation lente et continue de lymphe plastique.

Si l'inflammation poursuit ses progrès, le tissu, qui est le siège du chancre , est corrodé peu à peu par le procès destructeur , c'est-à-dire que la tuméfaction en vient au point qu'il commence à se former une espèce de léger étranglement dans les points qui environnent l'ulcère dont la surface est détruite insensiblement , et finit par prendre l'aspect et suivre la marche du chancre phagédénique. Conséquemment, l'exsudation plastique et l'induration ne peuvent plus avoir lieu. Lorsque l'induration existe déjà , si le procès phagédénique est un peu intense , il ramollit peu à peu le tissu déjà induré, provoque l'absorption delà lymphe déposée dans les aréoles du tissu cellulaire, et fait disparaître ce symptôme auquel on voudrait attribuer une si grande importance pratique.

Il me parait donc que l'examen des phénomènes qui se passent dans le chancre peut nous conduire à y admettre les degrés de phlogose suivants :

COROLLAIRES. Sol

1er degré : — Phlogose superficielle — chancre simple , qui chez quelques femmes est susceptible de devenir chronique et calleux.

2rae — Phlogose peu aiguë , mais suffisante pour se propager au tissu cellulaire sous-cutané et sous-muqueux, et y déterminer une exsudation de lymphe plastique, — chancre induré dit spécifique, — Hunléro-Ricordien.

3me — Phlogose un peu plus aigue. sécrétion purulente plus abondante , douleur plus vive , tuméfaction des tissus qui environnent le chancre , occasionnée par un engorgement sanguin — chancre induré , mais par induration inflammatoire.

^me — Phlogose corrosive , serpigineuse , premier et léger degré de gangrène — chancre phagédénique.

gme Phlogose arrivée à son plus haut point, capable de produire un véritable étranglement des tissus ulcérés , et d'y déterminer le sphacèle — chancre gangreneux.

Voyons maintenant quelles sont les périodes du chancre, dans lesquelles se manifeste l'induration que l'on appelle spécifique.

On n'observe presque jamais l'induration Hunléro-Ricordienne avant le sixième jour d'existence du chancre , et rarement après la seconde semaine. Elle ne se forme pas pendant les premiers jours, parce qu'alors la phlogose est encore superficielle, et jamais après le sixième jour, parce que le chancre marche alors à grands pas vers la période de transformation , s'il n'y est déjà même pas entré. Cette induration se manifeste donc précisément lorsque le chancre parcourt la période de progrès , parce qu'alors la diffusion d'un léger degré de phlogose dans les tissus ulcérés est plus facile , et que l'exsudation de lymphe plastique a lieu plus promptement.

Les praticiens avaient déjà observé que le chancre induré

5o2 COROLLMRES.

est ordinairement seul , et que si un grand nombre de chancres se développent simultanément , on n'y observe pas l'induration huntérienne , ou qu'elle ne se manifeste que chez un seul d'entre eux , mais qu'en général elle est plus évidente lorsqu'il n'existe qu'un seul chancre.

Ce fait ne devait-il déjà pas faire comprendre que si l'induration ne se développe pas lorsqu'il existe simultanément un grand nombre de chancres, cela provient de ce que leur inflammation est trop superficielle ?

Mais poursuivons nos recherches.

On observe plus fréquemment l'induration du chancre dans les points où la peau est mince , où le tissu sous-cutané et sous-muqueux est mou, peu résistant et sujet aux engorgements séreux , à l'œdème. En effet, on le voit souvent au prépuce , sur la peau du pénis , sur les grandes et les petites lèvres et à la fosse naviculaire. Au contraire , on observe rarement le chancre hunlérien au col de l'utérus , sur le gland et sur le reste de la peau , quoique ces tissus soient richement vascularisés et puissamment inervés. On voit souvent les ulcères des paupières , quoique non syphilitiques, devenir le siège d'un certain degré d'induration. L'érysipèle de la face est souvent suivi d'un certain engorgement œdémateux des paupières , sans que le tissu cutané environnant y prenne part. L'érysipèle vulvaire qui se reproduit plusieurs fois, détermine peu à peu l'hypertrophie et l'éléphantiasis des grandes et des petites lèvres, sans intéresser les tissus voisins. Une application de sangsues sur le scrotum , sur les paupières, donne lieu à un dépôt de lymphe plastique dans le tissu cellulaire sous-cutané, phénomène que l'on n'observe jamais, si on fait cette application sur les points où le tissu cutané est plus dense.

En conséquence, ne pourra-t-on pas dire que l'exsudation que l'on observe dans le chancre induré, est due non seu-

lement au degré de phlogose ulcéralive, et à sa diffusion au tissu sous-cutané sur lequel se trouve le chancre, mais encore au siège même de ce chancre qui occupe un tissu facile à se laisser distendre, et à recevoir dans ses aréoles une grande quantité de lymphe plastique?

Mais on me répond, si l'induration huntérienne ne provenait pas d'une cause spécifique , inconnue , on devrait l'observer plus fréquemment, c'est-à-dire chaque fois que le chancre occupe un point où la peau est mince, et le tissu cellulaire très-relàché , et lorsqu'il existe un certain degré de phlogose ulcéralive. On devrait pouvoir y donner lieu artificiellement en déterminant dans le chancre une inflammation capable d'occasionner une exsudation de lymphe plastique dans le tissu sur lequel il se trouve. L'école Ricordienne affirme au contraire, n'avoir jamais observé le chancre induré deux fois sur le môme individu . et considérant l'induration huntérienne comme un symptôme certain d'un commencement de syphilis constitutionnelle, elle ajoute que le chancre induré et la syphilis constitutionnelle ne se manifestent qu'une seule fois sur le même individu, et de cette théorie, elle a fait une loi qu'elle a appelée d'unicité.

Nous avons déjà vu que deux conditions sont nécessaires pour favoriser l'induration du chancre: le siège qu'il occupe, et ce degré particulier d'inflammation qui facilite la diffusion de la phlogose aux tissus sur lesquels il est situé; mais il nous reste encore à examiner une autre condition, la plus importante , qui nous donnera jusqu'à un certain point la raison du petit nombre des chancres indurés, et qui nous expliquera pourquoi l'induration n'a lieu ordinairement que dans les premiers, et pourquoi dans quelque cas elle se manifeste dans ceux que l'on a contractés à diverses époques. J'ose espérer que la syphilisation nous révélera cette condition particulière.

53^ COUOLU1RES.

Lorsque plusieurs chancres se Sont développés simultanément à la suite d'un coït impur, il est rare qu'ils deviennent indurés; l'inflammation dont ils sont le siège reste superficielle , leurs périodes sont de peu de durée, et ils marchent le plus souven ttrès-rapidement vers la cicatrisation.

Les premiers chancres artificiels sont entourés d'une zone inflammatoire plus vaste et d'un engorgement vasculaire sanguin plus considérable; ils ont plus de tendance à s'indurer que les seconds ; la phlogose devient successivement toujours plus superficielle , et l'on voit diminuer peu-à-peu dans les successifs la tendance à l'induration.

Les chancres artificiels s'indurent plus facilement s'ils sont en petit nombre, et si on ne les fait pas suivre aussitôt d'autres inoculations ; et celte induration disparait rapidement, si on fait aussitôt un certain nombre de nouvelles piqûres. La résolution de l'induration dans ce cas, a lieu en même temps que la diminution de la phlogose uleéralive , lorsque les périodes du chancre deviennent plus courtes, à la suite de nouvelles inoculations successives. Quelle est donc la cause de ces phénomènes ? Pourquoi les chancres ne s'indurent-ils pas s'ils sont en grand nombre , et s'indurent-ils s'ils sont peu nombreux? Comment plusieurs chancres peuvent-ils prévenir et résoudre l'induration huntérienne?

Dans les considérations préliminaires (page 97), j'ai déjà cherché à expliquer ce fait. J'ai dit que si on a un grand nombre de chancres simultanés, ils sont peu enflammés, ne prennent pas un grand développement et ont une courte durée, pareeque la phlogose qui se développe simultanément dans un grand nombre de points, est légère dans tous, car chacun de ces centres d'irritation exerce une révulsion salutaire sur les autres. Je crois que cette explication est juste; mais depuis que j'ai écrit ces lignes, de nouvelles observations et des recherches ultérieures m'ont fait voir que ce

phénomène singulier dépendait encore d'une autre cause. Si aucune maladie inflammatoire ne vient interrompre la marche des chancres arliliciels pendant le traitement syphilisant, on observe constamment que leur diminution progressive est plus évidente et plus rapide s'ils sont nombreux; elle est encore manifeste, mais plus lente, s'ils sont en petit nombre, et s'ils ont été inoculés près les uns des autres, ou dans des régions peu éloignées.

Dans les deux cas , les chancres artificiels successifs sont toujours moins enflammés, et à mesure que l'on avance dans le traitement syphilisant, laphlogose se borne toujours davantage aux couches superficielles du chancre. Ainsi, outre l'action révulsive d'un grand nombre de chancres, il doit exister une cause interne qui empêche peu-à-peu que le virus porté sous l'épiderme puisse encore y déterminer une phlogosc aussi intense que celle qui succède aux premières inoculations.

Cette modification particulière apportée à l'organisme par l'absorption continuelle et successive du virus syphilitique, qui constitue le grand phénomène de la syphilisation, et qui détruit peu-à-peu dans l'individu syphilisé l'aptitude à ressentir l'influence du virus inoculé , doit être la même que celle qui empêche les nombreux chancres artificiels simultanés de se développer autant que lorsqu'ils sont en petit nombre. C'est-à-dire que l'introduction dans le sang d'une grand quantité de virus dans un même temps, donne promptement lieu à l'action syphilisante, et prévient le trop grand développement des chancres, parceque l'organisme qui se trouve sous l'influence du traitement syphilisant, ressent toujours moins l'action irritante locale du virus inoculé. On voit, à la vérité, chez des individus, dont la syphilisation est déjà avancée, quelques chancres s'enflammer de nouveau beaucoup plus que les précédens, et même devenir phagédéni-

■ >'.)h COROLLAIRES.

ques el gangreneux: mais dans ce cas la recrudescence inflammatoire ne se manifeste que dans ceux qui sont en voie de progrès , lorsqu'il se développe dans l'organisme une condition inflammatoire fébrile. Aussitôt qu'on l'a vaincue par des moyens appropriés, la phlogose ulcérative s'arrête, et tous les chancres successifs suivent leur cours ordinaire. De ces considérations, il me parait, que l'on peut conclure naturellement que , si dans les chancres artificiels inoculés simultanément et à des intervalles rapprochés la phlogose se limite toujours plus aux couches superficielles du chancre , on doit l'attribuer à l'action syphilisante que les chancres artificiels ont déjà produit dans l'organisme. Eli bien ! — L'individu en partie syphilisé n'aura plus que des chancres simples, si du reste son organisme est dans des conditions physiologiques, ou des chancres phagédéniques, s'il vient à se développer chez lui une inflammation , pendant qu'ils se trouvent dans la période de développement, mais il ne sera plus sujet à ce degré de phlogose ulcérative peu intense, qui se propage peu-à-peu aux tissus plus profonds, y occasionne une exsudation abondante de lymphe plastique el y donne naissance à l'induration huntérienne, pareeque son organisme, qui a déjà absorbé une certaine quantité de virus, s'il n'existe pas chez lui une condition inflammatoire interne, ne permet plus à la phlogose du chancre d'arriver au degré nécessaire afin qu'elle puisse se propager au delà <le la surface du chancre.

Ces considérations ne pourront-elles pas nous amener à conclure, que par le même motif l'individu qui a déjà été à plusieurs reprises affecté de chancres, ou qui en a eusplusieursà la fois, sera difficilement affecté de chancres dont la phlogose s'étende au delà de leur surface, et capable de donner lieu à l'induration Hunléro-Ricordienne, et que les chancres artificiels successifs, qui se développent à peu d'intervalle les uns

des autres, la font résoudre promptement, si elle existe déjà, parceque l'influence qu'exerce sur elle le virus absorbé arrête immédiatement la phlogose, et fait absorber rapidement la lymphe qui s'était déjà déposée dans le tissu cellulaire ? Ne pourra-t-on pas expliquer ainsi comment chez quelques individus, dont les chancres antécédens contractés par le coït ont eu une courte durée et peu de développement , et qui n'ont ainsi apporté aucune modification à l'organisme , on observe à plusieurs reprises quelques chancres indurés ?

Ce sont là des faits que l'on ne peut récuser, à moins que, par esprit de parti, on ne veuille nier l'évidence.

11 me parait donc qu'il n'est pas possible, sans s'inscrire en faux contre l'expérience, d'accepter pour constante la loi proclamée par l'école de M. Ricord, et d'attribuer avec elle une grande valeur à l'induration du chancre.

Personne plus que moi ne désirerait acquérir la certitude que le chancre huntérien est déjà le premier symptôme de l'infection générale, et qu'elle est nécessairement et constamment suivie de symptômes de syphilis constitutionnelle, parceque cette induration disparaissant sous l'action du traitement syphilisant, ce fait deviendrait un puissant argument pour prouver l'utilité de la nouvelle méthode. Mais, peu habitué à accepter comme inattaquables des principes qui sont en opposition avec ma conviction, j'ai mieux aimé exposer mes idées sur la valeur pratique du chancre Huntéro- Ricordien, que de chercher un appui à la syphilisation dans la qualification de spécifique donnée à cette induration qui se résout par la syphilisation.

Des recherches faites par d'autres Confrères résoudront définitivement, je l'espère, une aussi grave question.

Chancres phagédêniques et gangreneux. — Je n'ai jamais eu recours à la syphilisation pour le traitement des chancres gangreneux, qu'après avoir triomphé de la gangrène, par-

5o8 COROLLAIRES.

cequ'elle est déterminée par une cause interne phlogislique, et que de nouvelles inoculations de virus ne seraient d'aucune utilité («. Observ. xxv).

Dans le seul cas où j'ai tenté la sypbilisalion pour un chancre phagédénique («. Observ. lxix), j'ai observé que non seulement les chancres qui étaient déjà pbagédéniques, n'étaient nullement modifiés par les nouveaux chancres, mais encore que ceux-ci, inoculés sur un fond enflammé, passèrent également au phagédénisme.

Depuis, averti par l'expérience, je n'ai plus fait d'inoculations jusqu'à ce que la période du phagédénisme fût entièrement passée, et que la cause interne qui l'entretient eût disparu par un traitement convenable.

Chancres vulve— vaginaux calleux et chroniques. — ■ L'extrême difficulté que l'on éprouve à faire cicatriser les chancres vulvo-vaginaux calleux et chroniques m'engagea à en entreprendre le traitement par la syphilisalion.

En parlant du développement des chancres artificiels, j'ai cru devoir parler des chancres qui présentent la troisième espèce d'induration que l'on appelle calleuse, et j'ai fait observer en même temps que je ne l'avais jamais vue dans les chancres artificiels. Les détails que j'ai donnés alors sur ces chancres que l'on observe si rarement chez l'homme, et qui sont si fréquens aux organes génitaux de la femme, («. pag. 110) ont trait spécialement à leurs caractères anatomiques, et me paraissent insuffisans pour donner une idée précise de ces chancres sur lesquels nous devons étudier actuellement l'action de la syphilisalion. 11 me parait donc nécessaire et indispensable, avant d'entrer dans celte question, d'exposer sur les chancres chroniques quelques considérations qui m'ont été révélées par l'expérience, afin d'arriver à bien les diagnostiquer, et à les apprécier à leur juste valeur. Je me livre à cette dissertation d'autant plus

volontiers que je me suis aperçu dans le cours de mes expériences de syphilisation qui malheureusement ne sont pas vues de bon œil par quelques uns de mes Confrères qui n'ont jamais daigne les honorer de leur présence, que quelques uns d'entre eux, et même des praticiens distingués, méconnaissent entièrement les chancres vulvo-vaginaux chroniques et calleux.

Je ne crois pas qu'aucun Syphilographe les ait mieux décrit que ne l'ont fait MM. Costilhes et Bois de Loury, ce dernier, depuis longtemps médecin en chef du Syphilicôme pour les prostituées à Paris (maison de Saint-Lazare). J'ai vu se vérifier dans ma pratique presque tout ce qu'ils ont écrit à ce sujet ; aussi je crois utile de reproduire ici quelques fragmens du mémoire dans lequel ils ont consigné à peuprès tout ce que l'on observe chaque jour dans les hôpitaux des maladies vénériennes destinés à recevoir les prostituées; je ne ferai qu'y ajouter quelques considérations que je déduirai des faits que j'ai observés.

« Les médecins (1) qui se sont occupé des maladies syphilitiques ont noté qu'il y a des ulcères vénériens des parlies génitales de la femme , qui après un certain laps de temps deviennent très-difficiles à guérir , ou persistent indéfiniment. On est d'accord également que lorsque ces chancres sont parvenus à cette période, ils deviennent indolens ; on les croit alors incapables de comuniquer la contagion. Aussi parmi les femmes publiques , en voit-on un certain nombre qui portent . depuis longues années - ces graves affections ; continuant à fréquenter les hommes , elles n'en éprouvent aucune douleur dans des organes souvent profondément ulcérés, hypertrophiés, ou même ayant l'apparence squirrheuse. Ces femmes , soit par l'insouciance , habituel

(IJ Des ulcérations chroniques (chancres chroniques] des parties génitales de la femme, par MM. Boys ùe Louru et Costihes. Paris 1843.

défaut de leur malheureuse conduite , soit par la crainte de perdre quelques mois d'une liberté si mal employée , demandent rarement à être guéries de cette infirmité... . — Quelques-unes atteintes en môme temps de maladies syphilitiques primitives ou secondaires, étaient envoyées à Saint- Lazare. Sur ces dernières , nous avons souvent tenté de guérir ces ulcérations chroniques des parties génitales , tantôt à leur début , d'autres fois lorsqu'elles sont anciennes. Nous y sommes parvenu complètement sur les vues : nous avons sensibletnent amélioré la position des autres ; mais il en est un petit nombre qui ont paru entièrement réfractaircs à tous les moyens qu'on leur a opposés.

« Tout chancre qui persiste , après six semaines à deux mois de traitement , qui , au lieu de guérir , prend un mauvais aspect , se couvre de fongosités , malgré les cautérisations , dont la surface devient irrégulière , les bords étant tuméfiés, durs et comme infiltrés, peut être considéré comme un chancre chronique , ou une ulcération chronique , si surtout le gonflement et la dureté s'étendent aux parties voisines , les grandes lèvres ou les nymphes ; si enfin l'orifice de l'urètre participe de cet état. Dans ces dernières circonstances , on doit craindre que ce chancre chronique ne soit rebelle à plus d'un moyen et qu'il n'offre pour la guérison aucune des ressources que l'on emploie contre les chancres simples.

« Les chancres chroniques peuvent se manifester sur tous les points des parties génitales ; et si c'est à la commissure postérieure des grandes lèvres que l'on rencontre ordinairement les chancres récents , c'est également à celte place que l'on observe , dans l'immense majorité des cas , les chancres chroniques.

« Il y a un point sur lequel ils se développent bien fréquemment ; ce sont ceux qui siègent à l'entrée du vagin ,

de chaque côté de l'urètre, dans le sillon formé en dehors de ce canal.

« Lorsque les chancres chroniques occupent une grande lèvre , la cause en est presque toujours due à un abcès qui s'y est développé et ouvert spontanément. Ces chancres peuvent avoir une grande étendue et se terminer en fistules , soit dans la partie inférieure du vagin , soit dans le rectum. Il est impossible , dans ce cas , quelle que soit la méthode que l'on mette en usage , de guérir ces vastes ulcérations.

« Dans le cas le plus simple des chancres chroniques , on ne note presque aucune différence d'aspect entre lui et l'ulcère vénérien ordinaire arrivé à une certaine période ; seulement on apprend , en interrogeant la malade , que cet ulcère persiste depuis un temps plus long que celui qu'il aurait fallu pour le guérir , qu'il est indolent , caractère qu'il ne faut cependant pas regarder comme appartenant à cette maladie en particulier , puisque le chancre aigu qui occupe la muqueuse du vagin est souvent aussi exempt de douleurs. Toujours est-il que nous rencontrons des femmes qui portent aux parties génitales des chancres chroniques, multiples ou très-élendus , de l'existence desquels elles ne se doutent nullement , aucune douleur ne se faisant sentir. Autour du chancre chronique , il existe rarement de l'inflammation ; l'infiltration des tissus voisins est bien plus eomune , la surface de l'ulcère est blafarde et souvent recouverte d'une sorte de couenne, assez dure, sous laquelle les tissus sont également indurés.

« Il est assez rare que les ulcérations chroniques des parlies génitales se développent chez des femmes qui n'ont jamais eu de maladies syphilitiques, sur des femmes de belle constitution , quoique nous en donnions des exemples. Le plus ordinairement celte maladie se rencontre chez des femmes de 50 à hO ans , d'une constitution faible , débile ,

chez des femmes décolorées , et surtout épuisées par les excès auxquels elles se livrent.

< Les grandes lèvres des personnes atteintes de celte maladie deviennent extrêmement tuméfiées, hypertrophiées et très-souvent œdémateuses ; elles sont quelquefois le siège de tubercules durs, variant entre le volume d'un pois , et celui d'une noisette, et qui verrait cette maladie pour la première fois la prendrait pour une affection ressemblant à l'éléphantiasis des Grecs. »

L'hypertrophie vulvaire, dont parlent ici MM. Bois de Loury et Coslilhes, s'observe surtout chez les femmes qui portent des ulcères chroniques sur les grandes et les petites lèvres, et elle se manifeste souvent, ainsi que je l'ai vu plusieurs fois, à la suite d'érysipèles vulvaires qui remplacent quelquefois les fonctions de la menstruation. J'ai même observé un cas (v. Obs. xxvn) dans lequel l'érysipèle ne se borna pas à détruire plusieurs fois une partie de la cicatrice du chancre, et à eu prolonger la durée, mais fut peut-être le motif pour lequel il se maintint virulent pendant plus de deux ans.

« Ces parties sont plutôt blafardes que colorées; en les incisant ou en les piquant, il n'en sort ordinairement qu'un liquide séreux , incolore ou rougeâlre. Le volume des grandes lèvres peut devenir tel , qu'on les voit acquérir plus de la grosseur du poing. Nous avons remarqué que la lèvre droite était bien plus souvent le siège de cette tuméfaction que la gauche. Les petites lèvres et le clitoris participent de cette dégénérescence; les nymphes dépassant les premières, prennent quelquefois un volume encore plus considérable; elles rejettent en dehors les grandes lèvres, de manière que l'orifice du vagin reste continuellement à découvert. Nous avons vu le clitoris prendre, à son extrémité le volume d'une grosse cerise; » (j'ai vu que l'indura-

tion el l'hypertrophie avait plutôt leur siège dans le prépuce, que dans le clitoris). « Cet organe tout infiltré avait une forme polygonale irrégulière, il était couvert de tubercules végétants. Maintenant, si on écarte ces parties ainsi dégénérées, comment décrire les innombrables et infructueuses ulcérations que présente le vagin? Très-irréguliers dans leurs formes, ces chancres s'enfoncent plus ou moins profondément sous la muqueuse, et se terminent en fistules qui pénètrent, comme nous l'avons déjà fait observer, dans le rectum à 2 ou U centim. au-dessus du sphinter interne, ou s'ouvrent au périnée, ou autour des parties environantes. Ces ulcères à contours anguleux, à bords durs, tuméfiés, sont recouverts d'un pus sanieux, ordinairement peu abondant qui, lorsqu'il est enlevé, laisse à découvert une surface d'un aspect livide ou brunâtre, très-peu douloureuse.

« Le méat urinaire participe souvent de l'ulcération et de l'état général des parties; il se tuméfie et s'infiltre, puis l'ulcération s'empare de sa paroi inférieure, de sorte que nous ne saurions dire combien de fois nous avons vu la paroi vaginale de l'urètre détruite dans presque toute son étendue; l'urine qui s'écoule librement dans le vagin, ne fait qu'ajouter à l'horreur de cette affreuse maladie.

« Lorsque cette affection persiste depuis un certain temps, on ne tarde pas à s'apercevoir que la constitution de ces femmes se ressent de la gravité d'un mal contre lequel tout remède devient alors ordinairement impuissant.

« Nous avons vu des femmes très-jeunes, de la plus belle constitution, être affectées de ces ulcères » (des cas semblables se montrent aussi assez fréquemment dans le Syphilicôme de Turin).

« Nous avons eu , dans nos salles , une fille de 20 ans, qui n'avait été atteinte qu'une seule fois d'un chancre à la fosse naviculaire, pour lequel elle était restée, il y a quatre

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ans , six semaines en traitement et dont elle avait élu pari'ailement guérie. Cette jeune fille rentra à Saint-Lazare, à la fin de décembre de Tannée suivante, pour un chancre occupant la même place. Mise immédiatement au traitement par les pilules de proto-iodure, à la dose de 0,0 5 gram., le chancre pansé de toutes les manières, cautérisé plusieurs fois avec le fer rougi à blanc, ne présenta, huit mois après l'invasion de cette maladie, aucune différence notable: et rien dans la constitution de cette fille ne put rendre compte de la persistance de son mal. Cette jeune personne remarquable par sa fraîcheur, par son embonpoint, était une tille qui n'appartenait pas à la dernière classe des femmes ; elle était de celles qui se tiennent avec la plus grande propreté et qui usent de soins hygiéniques, qui sembleraient devoir préserver d'une pareille maladie. Nous eûmes plus tard l'explication de la ténacité de la maladie que portait cette jeune fille. Revenue une troisième fois à Saint-Lazare , le chancre n'avait pas reparu; mais nous pûmes constater une phlhisie pulmonaire, à laquelle elle succomba deux mois après son entrée dans nos salles.

« Nous n'avons pas remarqué que cette maladie guérisse en proportion beaucoup plus rapide chez des filles bien constituées, que chez des femmes ayant atteint un certain âge.

« Nous avons observé plusieurs fois qu'après des maladies graves survenues pendant le traitement des ulcérations chroniques, celles-ci se trouvaient guéries complètement.

« Je pourrais également citer un grand nombre de cas de chancres chroniques datants de plusieurs années, rebelles aux mercuriaux, à Tiodure de potassium , à une foule de cautérisations par différens caustiques et quelques uns même à la récision du tissu ulcéré, et qui guérirent par le traitement antiphlogistique employé contre des affections internes qui venaient compliquer ces chancres. Mais alors voici corn-

ment il me parut que la guérison s'opérait: pendant la nouvelle maladie fébrile, le chancre chronique devient de nouveau aigu, il ressent l'action phlogistique générale, et passe quelquefois au phagédénisme et même à la gangrène. La nouvelle inflammation fait résoudre en partie, sinon en totalité l'induration sur laquelle repose le chancre, et ravive la faculté absorbante des vaisseaux lymphatiques voisins, accélère et peut-être même rétablit la circulation sanguine dans le tissu ulcéré, en sorte que, lorsque l'affection interne est vaincue, il se forme aussitôt sur cette surface des bourgeons cellulo-vasculaires qui la conduisent promptement à la cicatrisation.

« Ayant vu que les femmes portant depuis longtemps des chancres chroniques étaient fréquemment atteintes de maladies graves pendant le traitement qu'on leur faisait subir poulies guérir, et qu'elles y succombaient généralement , nous avons supposé qu'il pouvait être quelquefois dangereux de chercher à remédier à celte maladie. En effet, nous avons vu mourir plusieurs de ces femmes à la suite de cancers de l'utérus ou des ovaires; d'autres ont succombé très-promptement à la phthisie » .

Ce fait n'est malheureusement que trop confirmé par l'expérience de tous les jours.

« En conséquence, nous nous sommes demandés si ces ulcères chroniques n'étaient pas, pour ces femmes, ce que sont certaines fistules anales, des émonctoires, auxquels il ne faut pas toucher, et que la nature a placés comme correctifs de maladies mortelles. Plusieurs faits de ce genre, qui se sont présentés à notre observation , nous avaient fait adopter cette opinion. Elle ne peut cependant pas être tout à fait exclusive ; nous avons vu des femmes portant, depuis longues années, des ulcérations chroniques des parties génitales, entrer pâles, émaciées et souffrantes à l'Hôpital, et

en sortir dans un état des plus satisfaisans , qui s'est toujours soutenu depuis. Mais nous pensons que, dans certains cas, avant de traiter ces ulcérations, il est nécessaire d'interroger, les uns après les autres, tous les organes, et, pour peu qu'on ait quelque doute, il vaut mieux s'abstenir de tout traitement qui peut hâter la mort de la malade.

« En résumé, cette maladie est grave chaque fois qu'elle occupe une grande surface des parties génitales; grave d'une part, parce qu'il ne reste aucun espoir de guérison chez quelques femmes; grave encore, parce que lorsqu'une affection aiguë d'une certaine intensité s'empare de ces malades, il est bien rare qu'elles n'y succombent pas. Quand aux ulcères bornés à l'entour du méat urinaire et à la fosse naviculaire, lorsqu'il n'existe qu'une ou deux ulcérations, il nous reste l'espoir de les guérir.

« La place qu'occupaient ces ulcères , une fois guérie, est fortement déprimée, la muqueuse reste dure et sans villosilés; elle semble être un intermédiaire entre le tissu muqueux et celui de la peau.

« Cette maladie, que nous avons pendant longtemps considérée comme appartenant au virus syphilitique, semble cependant ne pas être complètement sous sa dépendance. Nous avons , chez toutes ces malades , débuté par le traitement anlisyphilitique le mieux entendu, soit avec les pilules de proto-iodure de mercure, les pilules de Sédillot, soit l'iodure de potassium porté même jusqu'au délire iodique, sans jamais obtenir dans aucun cas une amélioration sensible. Mais tout notre espoir est dans le traitement local: l'onguent mercuriel seul, ou uni avec le miel de proto-iodure de mercure, les cautérisations avec le nitrate acide de mercure, la pâte de Vienne, le caustique Filhos, celui de Canquoin, le fer rouge, la récision du tissu malade, qui a acquis une consistance cassante, et qui s'enlève par lamelles dures, desséchées,

superposées les unes aux autres, sans être unies ensemble. Au dessous de ces couches morbides, ces parties se trouvent liées au tissu sain par un tissu cellulaire condensé, dans lequel rampent de rares vaisseaux , il a acquis l'apparence aponévrotique, et ressemble tout à fait à une membrane kystique. Lorsque l'ulcère est assez bien limité pour que l'on puisse enlever ainsi toute la surface jusqu'à cette, couche , la guérison est certaine (quelques faits me firent connaître, que si la récision du tissu induré est le moyen le plus sûr pour obtenir la guérison de la plupart de ces chancres, quelquefois elle n'obtient pas son but) , et nous continuons à enflammer cette membrane en la touchant de temps en temps avec le nitrate d'argent, ou bien en la pensant avec le digestif simple ou animé ».

Un moyen dont ne parlent pas Messieurs les docteurs de l'Hôpital Saint-Lazare, et dont j'ai depuis quelques mois reconnu l'utilité dans le traitement des chancres chroniques de la fosse naviculaire et de la paroi postérieure du vagin, c'est l'incision un peu étendue de la commissure postérieure de la vulve.

De cette manière, les urines, le mucus vulvo-vagino-utérin et le pus du chancre trouvent une issue libre et facile, et la surface ulcérée n'étant plus irritée par le contact de ces matériaux altérés et désorganisés, marche plus rapidement vers la cicatrisation. J'ai déjà eu plusieurs fois recours à ce moyen que j'avais mis en pratique chez des femmes non syphilisées, pour des déchirures habituelles à la fosse naviculaire ou des chancres chroniques dont étaient affectées à leur rentrée à l'Hôpital quelques unes de celles qui font le sujet de mes Observations; et l'on peut voir dans les histoires xxi et lv les bons effets que j'en ai obtenus.

« Nous avons traité des malades, chez lesquelles tout a été essayé sans obtenir la moindre amélioration ; et si quel-

ques femmes ont uni par guérir, après quinze ou dix-huit mois de traitemens variés, c'est plutôt aux efforts de la nature qu'il faut attribuer la cicatrisation de leur ulcère, qu'aux effets des médications qu'on leur a opposées.

« Nous avons aussi tenté de guérir les fistules, suite d'abcès. Nous excisons dans ce but les callosités que présentent leurs bords , et excitons ensuite les surfaces nouvelles au moyen des caustiques irritans, mais nos efforts n'ont jamais été couronnés de succès. Ainsi donc, quant à penser à guérir pour toujours ces malades, ou à les débarrasser des fistules qu'elles portent, notre opinion est que c'est impraticable, et même dangereux dans quelques cas. »

Après avoir publié en grande partie les sages considérations de MM. Bois de Loury et Costilhes sur les chancres, parccqu'clles sont le fruit d'études pratiques faites au milieu d'un vaste champ d'observation, j'y ajouterai quelques réflexions déduites de mes études sur la syphilisalion.

Les chancres chroniques vulvo-vaginaux qui, plus que toutes les autres affections vénériennes, prolongent le séjour des prostituées dans le Syphilicôme, je les avais toujours considérés jusqu'ici comme un symptôme certain de syphilis, et comme des chancres véritables passés à l'état chronique; et en les voyant souvent rebelles à tous les moyens locaux que j'ai indiqués plus haut, j'ai plus d'une fois tenté de les faire cicatriser par de longs traitemens mercuriels et iodiques ; mais ils furent le plus souvent inutiles quand ils n'étaient pas dangereux.

Aussitôt que j'eus reconnu l'utilité des chancres artificiels successifs pour le traitement des ulcères primitifs aux parties génitales , je résolus de mettre en pratique cette nouvelle méthode dans quelques cas de chancres chroniques : je les vis subir une certaine amélioration, et j'espérais alors avoir trouvé un moyen de guérir les femmes atteintes mal-

heureusement de celte triste maladie. Ainsi dans mon premier Mémoire du 25 mai 1851 , et dans une lettre à M. Diday, en date du 12 septembre de la même année, j'annonçais que j'avais obtenu par la syphilisation la guérison de quelques chancres vulvo-vaginaux chroniques , calleux et indolens. Dans les cas où j'avais obtenu les bons résultats que je publiais, je ne savais pas si les chancres chroniques que j'avais vu se cicatriser par la syphilisation étaient encore virulens ou non, lorsque j'essayais celte méthode; il me suffisait alors de savoir qu'ils étaient chroniques, et rebelles depuis longtemps à divers autres trailemens; aussi je pensais que tous les chancres indistinctement pourraient éprouver la salutaire influence de la syphilisation. Mais la conséquence que je déduisis de ces premiers faits doit être modifiée actuellement. De nouvelles observations et des recherches ultérieures m'ont appris à mieux connaître la nature de ces chancres , et les cas dans lesquels l'art peut espérer de retirer quelque utilité de la syphilisation pour leur traitement.

J'ai vu que les chancres chroniques ne ressentent pas tous également l'influence salutaire des inoculations syphilitiques, et que sur quelques uns elles étaient nulles ou presque sans résultats (Obs. xxn , xxvm , xxix, xxxu , lxxiii). Je cherchais donc les raisons pour lesquelles parmi des chancres chroniques qui me paraissaient identiques par leurs caractères anatomiques et leur durée, quelques uns guérissaient sous l'influence des chancres artificiels, et les autres n'en ressentaient nullement les effets.

Voici , suivant moi , la raison de cette différence , et je m'empresse de la soumettre à l'examen des praticiens , parce qu'elle me paraît utile dans l'application.

J'ai inoculé le pus des chancres chroniques sur les mêmes femmes qui en étaient affectées et sur d'autres ; j'ai fait cette expérience surtout dans les derniers cas de chan-

cres chroniques que j'ai soumis au traitement sypliilisanl. J'observais que chez quelques unes le pus du chancre chronique était encore contagieux (Obs. vu, xvm, xxvn , xxx). et que chez d'autres il ne l'était plus ; que les chancres dont le pus était encore virulent se cicatrisaient rapidement , et qu'au contraire ceux dont le pus n'était plus contagieux n'éprouvaient que peu ou point de modification par la syphilisation.

En pTésence de ces résultats, je me suis posé les questions suivantes :

Les chancres calleux et chroniques qui ne sont plus virulens sont-ils encore syphilitiques ; sont-ils entretenus par une infection générale ; ont-ils tous clé syphilitiques, ou doiton quelquefois les considérer comme le résultat d'un abcès ou d'une déchirure?

On ne peut appeler syphilitiques des chancres chroniques qui ne sont plus virulens , puisqu'ils ont perdu le véritable caractère du chancre , la qualité contagieuse. On ne pourra pas dire qu'ils sont encore contagieux , mais qu'ils ne sont plus inoculables, parce que je répondrais que la plupart des chancres naissent à la suite d'une déchirure sur laquelle se dépose du pus virulent , comme dans les inoculations , et que par conséquent le pus qui peut communiquer une infection primitive dans le coït , est aussi capable de la transmettre par l'inoculation. Dans différentes villes , au nombre desquelles je me contenterai de citer Milan , on ne retient pas dans les hôpitaux des vénériens les prostituées qui sont affectées de chancres chroniques qui ont perdu la virulence , et cette mesure repose sur l'intime conviction qu'ont tous les praticiens des hôpitaux vénériens, que ces chancres ne sont plus contagieux.

Mais , disent quelques uns , ils sont un symptôme d'infection générale , ils sont maintenus par la syphilis constitutionnelle. Je ferai observer :

1° Que j'ai vu des individus affectés de chancres chroniques pendant des mois et des années , sans qu'il se fût manifesté aucun autre symptôme certain de syphilis constitutionnelle.

2° Que les remèdes que l'on emploie dans le traitement de l'infection générale , les mercuriaux , ne sont d'aucune utilité dans le traitement des chancres chroniques.

3° Que le traitement syphilisant, qui est utile contre les chancres chroniques , lorsqu'ils sont encore virulens , est inefficace lorsqu'ils ne le sont plus.

k° Que la syphilisation qui fait cicatriser les ulcères secondaires de la peau, des muqueuses et du tissu cellulaire souscutané , n'exerce aucune ou presque aucune influence salutaire sur ces ulcères chroniques.

Ces considérations me porteraient à croire que ces ulcères ne diffèrent en rien de ceux qu'on appelle calleux qui se manifestent sur d'autres parties du corps indépendamment d'une cause spécifique ; en effet , les uns et les autres guérissent avec le temps et par des moyens locaux.

Je soupçonne même que quelques uns de ces ulcères vulvaires pour lesquels on fait quelquefois des traitements mercuriels prolongés et trop souvent infructueux , n'avaient jamais eu un caractère spécifique. Est-il donc improbable qu'une déchirure vulvaire occupant une position déclive lubréfiée continuellement par les urines et les humeurs corrosives provenant de l'utérus et du vagin , au lieu de se cicatriser rapidement , se maintienne pendant plus ou moins de temps dans un état d'irritation , et finisse par devenir calleuse ? Qu'y a-t-il donc d'impossible à ce qu'une déchirure vulvaire prenne un tel aspect chez une femme , si des rapports sexuels trop fréquens mettent un obstacle matériel à la cicatrisation ? Ne pourrait-il pas se faire aussi que, sous l'influence d'une condition particulière , et indépendamment

des causes que nous venons d'exposer , une simple déchirure devienne calleuse? Un fait récemment observé dans le Syphilicôme démontre la possibilité de cette supposition.

La fille Angèlc D. , douée d'une excellente constitution , mais affectée d'une mélrite lente , entre à l'Hôpital pour un grand nombre d'excroissances ano-vulvaircs. Vers le milieu de mai 1852 , j'en récise deux à large base situées à l'orifice vaginal , sur le côté droit de l'urètre : il en résulta une plaie oblongue , large de 12 à 15 millim. et longue de 2 cent. Pendant plus d'un mois, on se contenta d'y appliquer des plumasseaux de charpie trempée dans de l'eau pure : mais n'apercevant aucune apparence de cicatrisation , je crus devoir en réveiller un peu la surface inerte, en la touchant tantôt avec le nitrate d'argent, et tantôt avec une solution de chlorure de zinc. Malgré ces cautérisations, la plaie prit l'aspect et la marche des ulcères chroniques, dont il y a toujours un certain nombre dans l'Hôpital, et elle était à peine cicatrisée dans les premiers jours de novembre.

En conséquence , comme les ulcères chroniques et calleux qui ont perdu leur virulence , ne constituent plus un symptôme de syphilis primitive , ni constitutionnelle , et comme il est probable que souvent même ils n'ont jamais été vénériens, j'en conclus qu'avant d'entreprendre un traitement mercuricl ou syphilisant ■ il faut d'abord s'assurer par l'inoculation , si ces ulcères sont encore virulens , ou s'ils ne le sont plus. Dans le premier cas, on pourra recourir aux anlisyphilitiques ; dans le cas opposé , les seuls moyens rationnels qui pourraient laisser quelque espoir d'en obtenir la cicatrisation, seront les médications. On devra donc abandonner et la syphilisation, et tous les remèdes qui, comme les mercuriaux, ne sont pas toujours sans dangers.

Il me paraît que l'on peut avancer que la syphilisation aura contribué également à jeter un certain jour sur cette question de syphilographie .

Bubons inguinaux et fémoraux. — Afin d'étudier l'action de la syphilisation sur les bubons inguinaux et fémoraux , il convient de les diviser en trois catégories : — 1° adénite aiguë sans apparence de fluctuation ; — 2° adénite accompagnée d'une fluctuation évidente ; — 3° chancre ganglionnaire.

L'inflammation ganglionnaire s'est toujours résolue lorsque la glande ne contenait pas encore de pus (y. Obs. xxxv, xxxvi , txix et lxxiv). Chez le sujet de cette dernière Observation , l'adénite était consécutive à des tubercules muqueux ano-vulvaires, et chez les trois autres, à des chancres.

Sur neuf observations de bubons consécutifs à des chancres de la vulve ou de l'anus, et dans lesquels on avait reconnu des symptômes de fluctuation évidente, on obtint dans cinq cas l'absorption de la collection purulente (v. Observations xxix, xxxiv, xxxvn, xxxix et xlii), et dans les trois autres, l'art ou la nature donnèrent issue au pus; mais il n'arriva que deux fois, que l'ulcère qui en fut la conséquence devint virulent (y. Obs. xl et lxvii), et dans l'autre cas (v. Obs. xliii) le bubon ne fut pas spécifique, et guérit en peu de jours.

On n'obtint la cicatrisation des ulcères ganglionnaires virulens qui étaient ordinairement vastes et profonds, qu'au bout d'un espace de temps assez long, et qui varia suivant leur extension et leur profondeur.

Dans tous ces cas, en même temps que l'on continuait la cure syphilisante, on prescrivit des cataplasmes émoiliens, le repos et quelques purgatifs.

Mais on me dira: — les bubons dont vous avez obtenu la résolution étaient-ils le résultat d'une inflammation simple, ou d'une phlogose spécifique ; étaient-ils virulens, ou n'étaient-ils que l'effet de la diffusion de l'inflammation des chancres vulvaires?

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Il est impossible de résoudre une telle question. Il est cependant très-probable que quelques uns, sinon tous, aient été le résultat d'une inflammation spécifique, glandulaire, car, à l'exception d'un seul, ils étaient tous consécutifs à des chancres. Cela posé , la syphilisation aurait empoché l'ulcération du bubon, ce qui serait déjà un beau résultat. Il faut certainement faire au repos, aux émolliens et autres moyens semblables la part qui leur revient dans la résolution des bubons, mais je ne crois pas que ces moyens seuls soient suffisans pour en prévenir l'ulcération, lorsqu'ils sont l'effet d'une phlogose spécifique.

Pour ce qui est des ulcères ganglionnaires virulens , comme ils ne diffèrent pas des chancres de la vulve ou du prépuce, il n'est pas nécessaire de parler ici des effets que la syphilisation peut produire sur eux. Je dirai seulement que la lenteur de la guérison provint de leur étendue et de leur profondeur.

Excroissances. — Végétations. — La syphilisation n'exerça sur elles aucune influence salutaire.

Lorsqu'elles existaient avant la syphilisation, et qu'on les eût récisées et cautérisées plusieurs fois, elles se reproduisirent deux et même trois fois pendant le traitement. Quelquefois même elles se manifestèrent pendant la syphilisation, et dans d'autres circonstances, à la suite de la cure syphilisante.

Dans tous ces cas, elles ne furent jamais accompagnées d'aucun symptôme de syphilis constitutionnelle , et elles cédèrent constamment à la récision et à la cautérisation ; et enfin lorsqu'on eut répété à plusieurs reprises la même opération, elles ne se reproduisirent plus.

Pourra-t-on inférer de la nullité d'action du traitement syphilisant sur les excroissances qui se développent presque toujours à la suite des chancres, que la faculté curative et

prophylactique de la syphilis soit douteuse dans certains cas?

Eludions un instant la nature de cette affection singulière.

Je ne soulèverai pas la question de la qualité contagieuse ou non des excroissances, c'est-à-dire que je ne rechercherai pas si elles sont constamment un effet du chancre ou si elles se développent quelquefois spontanément, sans aucun antécédent, par suite du simple contact d'un tissu muqueux avec un autre affecté de végétations. Cette question est résolue pour moi. J'ai vu plus d'une fois chez l'homme et chez la femme des excroissances seules qui n'étaient ni précédées, ni accompagnées du chancre, ni suivies de symptômes d'infection générale, et la présence de ces productions chez le mari et la femme, sans l'existence d'aucun symptôme syphilitique antécédent, ni consécutif, me paraît en confirmer la nature contagieuse.

Je me bornerai seulement à traiter une question d'une bien plus haute importance, c'est-à-dire , si on doit considérer les excroissances comme un symptôme de syphilis générale, et si leur présence suffit pour faire croire que l'individu qui en est affecté, est atteint d'infection constitutionnelle.

Les excroissances se manifestent ordinairement peu de temps après le chancre; lorsqu'il en naît quelques unes aux parties génitales, elles se multiplient presque toujours, croissent et prennent un développement considérable chez ceux qui négligent les moyens de propreté, chez les prostituées de la plus basse classe. Elles durent des mois et des années, et ne disparaissent jamais spontanément ; elles sont quelquefois accompagnées de symptômes de syphilis constitutionnelle, mais il n'est pas rare qu'elles soient le seul indice d'infection vénérienne. Le traitement iodico-mercuriel qui fait disparaître les symptômes d'infection générale , n'exerce aucune action sur les excroissances, n'en arrête pas

le développement et n'en empêche pas la reproduction. Les seuls moyens qui puissent en procurer la guérison , sont la récision profonde comprenant toute l'excroissance jusqu'au delà du tissu sur lequel elle siège, la cautérisation, et enfin tous les moyens locaux qui exercent une action plus ou moins corrosive. Celles qui sont spongieuses, molles, rouneutres, qui croissent rapidement, sécrètent une matière fétide, et donnent facilement du sang, sont plus faciles à guérir, et se reproduisent plus rarement que celles qui sont blanchâtres, petites, dures, qui croissent lentement, et qui n'occasionnent presque pas de douleur à celui qui en est affecté.

Toutes, mais surtout les dernières, malgré de longs traitemcns mercuriels répétés plusieurs fois, malgré des récisions et des cautérisations fréquentes, se reproduisent constamment chez quelques femmes, pendant des mois et des mois, et dans quelques cas, pendant deux ou trois ans, et ne paraissent céder complètement qu'après avoir épuisé la puissance végétative des tissus muqueux et cutanés. Après un certain temps, différent suivant les individus, elles cessent de repulluler, le sujet rentre dans les conditions normales sans avoir fait usage des mercuriaux, et ordinairement il ne se développe pas de symptômes d'infection générale.

Je pourrais citer un grand nombre de faits à l'appui de ces observations cliniques; mais je me bornerai à en déduire les conclusions suivantes :

1° Lorsque le virus syphilitique a développé chez l'homme cette faculté végétative morbide, qui donne lieu aux excroissances, elle ne peut être détruite ni par les mercuriaux, ni par la sypbilisation, c'est-à-dire par les moyens qui font disparaître les autres symptômes syphilitiques.

2° Les végétations se développent et durent pendant îin espace de temps donné, pour ne plus se reproduire en-

suite, sans qu'il soit possible de s'expliquer comment les mêmes moyens locaux qui en empêchent aujourd'hui la reproduction, n'ont pas pu déterminer cet effet six mois, une année avant.

3° Lorsqu'elles commencent à se développer sur les parties génitales, elles continuent à végéter, pendant un certain espace de temps, en conservant une vie qui leur est propre, indépendamment du virus syphilitique, ne ressentent pas l'action des remèdes anlisyphilitiques, et finissent enfin par disparaître peu à peu après une durée plus ou moins longue, lorsqu'elles ont, pour ainsi dire, épuisé la force qui les maintenait et les faisait repulluler.

4° Elles persistent pendant des années sans aucun autre symptôme syphilitique, ainsi que je l'ai vu dans quelques cas, pour disparaître ensuite sans mercuriaux , et par de simples moyens locaux, comme nous le démontre l'expérience journalière. Il ne se manifeste chez l'individu , qui en est affecté pendant longtemps , aucun symptôme d'infection générale, ce qui nous permet de conclure qu'elles ne sont probablement qu'un symptôme local qui n'indique nullement que le sujet chez qui elles existent soit affecté de syphilis constitutionnelle.

Je suis heureux que mes opinions soient ici d'accord avec celles qu'émettait M. Ricord dans les séances du Ik et du 28 septembre -1852, dans le sein de l'Académie de Médecine de Paris.

« Je ne discuterai pas ici, dit-il, la nature syphilitique des végétations; je ne dirai pas à M. Velpeau, que pour moi, comme pour beaucoup d'autres aujourd'hui il n'y a rien de moins syphilitique que les végétations.

« S'il y a quelque chose de sûr, de certain en syphilographie, c'est que les végétations, les choux-fleurs, sont ce

qu'il y a de plus étranger à la syphilis , connue cause , comme conséquence, comme traitement » .

Tubercules muqueux. — Les tubercules muqueux , ainsi que je l'ai déjà dit dans l'Histoire de l'inoculation syphilitique, sont un symptôme vénérien contagieux cl quelquefois inoculable , et suivant quelques syphilographes, on pourrait les mettre au nombre des symptômes primitifs. Mais celte dénomination donnée à un symptôme, qui n'est ordinairement que la conséquence du chancre, pourrait peut-être occasionner quelque confusion.

Comme dans la plupart des cas, ils sont un effet du chancre , et souvent le premier symptôme de l'infection générale, et comme, quoique contagieux et inoculables, ils agissent sur l'organisme de la même manière que les autres symptômes de la syphilis constitutionnelle, c'est-à-dire , qu'après s'être manifestés aux parties génitales, autour du mamelon ou ailleurs, ils sont suivis peu de temps après de la manifestation du même symptôme sur d'autres régions, ou d'autres accidens d'infection générale, je les placerai avec M.Ricordparmi les symptômes de la syphilis constitutionnelle.

J'eus recours à la syphilisation dans 22 cas de tubercules muqueux : sur ce nombre j'ai observé : —

Tubercules muqueux ano-vulvo-périnéaux, sans aucun autre symptôme de syphilis '4

Tubercules muqueux aux parties génitales , accompagnés de chancres 5

Tubercules muqueux, chancres et blennorrhagic urétrale 3

Tubercules muqueux et excroissances .... 1

Tubercules muqueux et syphilide 1

Tubercules muqueux, chancres et syphilide . . 1

Tubercules muqueux , chancres , bubons virulens et syphilide . . 1

Tubercules muqueux à l'arrière-bouche et aux commissures labiales, chancres et syphilide .... 1

Tubercules muqueux ano-périnéo-vulvaires à l'arrièrebouche et douleurs ostéocopes 1

Tubercules muqueux, chancres, syphilide et alopécie 1

Tubercules muqueux, blennorrhagie urétrale, syphilide et alopécie I

Tubercules muqueux, chancres, syphilide et ulcères secondaires à l'arrière-bouche J

Tubercules muqueux, chancres, excroissances, syphilide, alopécie et douleurs ostéocopes 1

Total ... 22

Les tubercules muqueux , ce symptôme si fréquent chez la femme, disparurent sous l'influence de la syphilisation, soit qu'ils occupassent les parties génitales et qu'ils ne fussent accompagnés ni précédés de quelques autres symptômes syphilitiques, soit qu'ils se fussent développés sur les organes génitaux et ailleurs , et qu'ils fussent consécutifs du chancre ou compliqués de quelques autres manifestations vénériennes, (v. Observ. xxxin , liv, lv, lvi , lvii , lviii,

L1X, LX, LXV, LXV1, LXVIi, LXX1V, LXXYII, LXXVI1I, LXXX1V,

xciji et xcv).

On ne mit en usage aucun des moyens que l'on emploie ordinairement pour les faire disparaître. Il s'est maintenant écoulé plusieurs mois sans qu'on les ait vus se reproduire, ce qui arrive toujours lorsqu'on en obtient la guérison par des moyens locaux , ou par un traitement mercuriel insuffisant : c'est ce qui me laisse espérer que la syphilisation a détruit la cause interne qui les entretenait.

Il y eut à la vérité des cas, comme chez les femmes qui font le sujet des Observations lxi, lxh, lxjv, lxviii, lxxix.

580 COROLLMRES.

dans lesquels ils ne disparurent pas complètement ou se reproduisirent peu de temps après ; mais il faut remarquer que dans ces cas la syphilisation fut irrégulière, et que l'on n'introduisit pas le virus syphilitique dans l'organisme d'une manière successive , continue et pendant assez de temps , pour qu'il pût produire son effet sur l'infection générale.

Alors une petite quantité de mercure a suffi pour faire disparaître complètement les tubercules muqueux qui n'avaient pas guéri par la syphilisation, ou qui s'étaient reproduits.

L'écoulement urélro-vulvo-vaginal et anal, qui accompagnait les tubercules muqueux des parties génitales , cessa spontanément lorsque la syphilisation les eut fait disparaître, ainsi que je l'ai déjà dit en parlant de la blennorrhagie.

Syphilides. — Vingt-cinq cas de syphilide furent traités par la syphilisation.

Ces cas se répartirent ainsi :

Syphilide exanlhématique 5

» Papulo-pusluleuse (pustuleuse lenticulaire) . G

» Impétigineuse 1

» Ecthymateuse . 1

» Exanlhématique et ecthymaleuse .... 1 » Papulo-pustuleuse cl ecthymateuse ... 2

» Papuleuse .... 1

» Tuberculeuse 5

» Papulo-tuberculeuse et ecthymateuse ... 3 » Tuberculeuse serpigineuse ou perforante . . 3 » Squameuse 1

Total . . . 25

Dans ce nombre, il ne faut pas compter deux femmes, sur une desquelles on ne fit que cinq piqûres avec du pus

virulent (Observ. lxxvi ) , et sur l'autre deux seulement (Observ. lxxii); toutes les deux étaient depuis longtemps infectées par la syphilis, et leur organisme était détérioré par des maladies antérieures et par les mercuriaux, et elles succombèrent à la suite d'une affection intercurrente.

Dans les trois cas de syphilide exanthémalique, l'affection cutanée s'était manifestée pendant le traitement syphilisant, que l'on avait été obligé de suspendre, et elle disparut aussitôt que l'on eut repris le traitement, et qu'il eut été conduit à sa fin (Observ. lxvi, lxvii et lxix).

Dans deux autres cas, elle se manifesta après la syphilisation, et disparut à la suite de nouvelles inoculations (Observ. îv et lui) (V. ce que je dis à ce sujet dans le §. suivant).

Sur les i 8 autres, 1 i furent guéris par la syphilisation seulement; dans trois cas, on prescrivit en même temps l'iodure de potassium; mais dans un de ces trois cas (Observ. lxxiv) on ne l'administra que lorsque la syphilide fut vaincue; dans quatre, la syphilisation détermina une grande amélioration dans l'affection cutanée qui disparut ensuite complètement par un traitement iodico-mercuriel.

La syphilide était en outre compliquée chez presque tous d'autres symptômes syphilitiques, ainsi qu'on a pu le voir <lans les histoires.

On n'a jamais eu occasion jusqu'ici d'observer la réapparition de la syphilide, ni d'aucun autre symptôme de syphilis constitutionnelle chez les sujets qui ont été guéris de syphilides par le moyen de la syphilisation seule, ou combinée avec un traitement iodico-mercuriel. Ce fait est d'une haute importance.

La syphilide exanlhéinatique aurait peut-être disparu spontanément, mais on ne peut pas en dire autant des au-

Ires affections cutanées, qui existaient depuis plus ou moins longtemps.

Quoiqu'il en soit, si les syphilides traitées par la nouvelle méthode eussent pu disparaître spontanément , pourquoi le môme symptôme d'infection générale, ou un autre, ne se seraient-il pas manifesté de nouveau aussitôt ou peu de temps après?

A propos de l'ecthyma syphilitique, il me parait nécessaire de faire observer : — 1° que sous ce nom j'entends toujours parler de la syphilide ecthymaleuse , et jamais du chancre; parceque je crois que ce serait introduire une confusion nuisible en syphilographie, que de l'appeler ainsi avec quelques auteurs, parceque sa forme est primitivement une pustule ; — 2° que dans quelques cas, j'inoculais le pus de l'ecthyma (v. page 21 , et l'Observ. xix), afin d'en étudier la transmissibilité, et non dans l'intention de syphiliser un malade, parceque l'inoculation du pus des symptômes secondaires est souvent infructueuse, et que l'action syphilisante de ce virus est très-douteuse, car il a déjà probablement subi des modifications considérables.

Alopécie. — L'alopécie plus ou moins considérable qu'on observa sur dix malades, existait sur 5 avant le commencement de la syphilisation, se manifesta dans 5 cas pendant le traitement par les inoculations; mais dans un de ces trois cas, il n'y avait pas de syphilide , et l'alopécie ne fut probablement qu'un effet d'une grave névralgie de la Srae paire des nerfs crâniens (Observ. xx) ; dans deux cas , elle fut accompagnée d'une syphilide qui se manifesta après le traitement [syphilisant. Mais lorsqu'on eut triomphé de la syphilide, on vit dans tous les cas les cheveux repousser plus ou moins promptement.

Ulcères secondaires à V arrière-bouche. — On observa dans cinq cas des ulcères secondaires plus ou moins étendus et

anciens à l'arrière-gorge : quatre guérirent par la syphilisation, et dans le cinquième, on prescrivit aussi Pic-dure de potassium.

Jusqu'à présent, ils ne se sont pas reproduits. Quelques Syphilographes modernes admettent comme un symptôme presque constant de la syphilis constitutionnelle l'engorgement des glandes cervicales postérieures. J'en ai rarement fait mention dans mes Observations, pareeque ce symptôme ne me paraît pas avoir toute l'importance qu'on a voulu lui attribuer; en voici les motifs:

1° L'engorgement des glandes lymphatiques cervicales postérieures se manifeste lorsqu'il y a des tubercules muqueux ou des ulcères rongeants à l'arrière-bouche, ou des manifestations syphilitiques à la tête ; on doit alors le considérer comme un effet de la diffusion de la phlogose par les vaisseaux lymphatiques du pharynx et des régions voisines aux glandes cervicales postérieures.

2° Cette adénite suit les phases de l'inflammation des parties voisines: elle est aiguë lorsque les ulcères du gosier sont douloureux; elle diminue peu à peu lorsqu'ils sont cicatrisés; mais elle diminue lentement, c'est-à-dire qu'il arrive dans celte adénite ce qui a lieu dans celle de l'aîne et de la cuisse, lorsqu'elle n'est pas virulente et qu'elle est produite par la diffusion de l'inflammation: lorsque la cause a disparu, c'est-à-dire, lorsque les chancres des parties génitales sont cicatrisés, le reste d'engorgement inguinal disparait peu à peu et quelquefois très-lentement.

5° On observe également cet engorgement des glandes cervicales postérieures dans l'angine simple non syphilitique, dans la teigne faveuse ou impétigineuse, comme on observe celle des glandes latérales du cou dans la stomatite, des fémorales dans les lésions des extrémités inférieures, et ainsi de suite ; car c'est une loi constante de pathologie que

lorsqu'il exisle sur un point quelconque une inflammation simple ou spécifique, elle se propage d'une manière plus ou moins aiguë dans les glandes voisines, au moyen des vaisseaux lymphatiques qui y aboutissent.

k° Un grand nombre d'individus affectés de syphilis constitutionnelle, mais qui n'ont aucune lésion à l'arrièrebouche, ni à la tête, n'ont pas les glandes cervicales postérieures engorgées.

5° Je ne comprendrais pas le motif pour lequel les glandes cervicales postérieures subiraient l'influence morbide du principe vénérien, tandis que celles des autres régions, les maxillaires, les poplitées etc., qui ne diffèrent en rien des premières par leur structure , ne la ressentiraient pas.

En conséquence, quoique je ne regarde pas ce symptôme comme une manifestation assurée de l'infection constitutionnelle, mais bien comme une inflammation lente des glandes occasionnée par la diffusion de la phlogose des parties voisines , je dois dire que chaque fois que je l'ai observé en même temps que d'autres symptômes de syphilis constitutionnelle, je l'ai toujours vu disparaître avec les autres par le traitement syphilisant.

Ulcères profonds du tissu cellulaire sous-cutané. — J'ai observé cette grave manifestation syphilitique (sur trois malades: un guérit par la syphilisation seulement, chez le second on y joignit l'iodure de potassium , et on fut obligé pour le troisième d'avoir recours à un traitement iodico-mercuriel après quelques inoculations. Chez ces deux derniers, il y avait complication de syphilide, et ils se trouvent aussi au nombre des cas des syphilides dont nous venons de parler.

Irilis. — La syphilisation triompha d'une iritis extrêmement grave dont était affectée une femme, que des maladies antérieures et une infection constitutionnelle avaient réduite à un état déplorable. On eut à la vérité recours en

même temps à un traitement antiphlogistique, mais l'expérience de tous les jours nous démontre qu'il est incapable de vaincre l'irilis syphilitique, et dans ce cas, ni l'iritis, ni aucun autre symptôme de syphilis constitutionnelle ne se sont plus manifestés; ce fait m'autorise donc à conclure que la syphilisation a été d'une grande utilité pour le traitement de cette affection syphilitique (p. Observ. lxxxviii).

Douleurs oslêocopes. — On tenta sur douze sujets le traitement syphilisant pour des douleurs du système osséo-fibreux : — Dans ce nombre , huit étaient atteints de périostites manifestes, trois, de douleurs ostéocopes sans aucune lésion osseuse apparente, un de carie, et un de périostite compliquée de nécrose.

Chez trois malades, les affections du système osseux cédèrent à la syphilisation; on y ajouta l'iodure de potassium dans quatre cas, et dans trois autres on eut recours à un traitement iodico-mercuriel. Dans un de ces cas, les douleurs se manifestèrent pendant une suspension du traitement syphilisant, et on eut recours à l'iodure de potassium : chez une autre femme, une carie du second et du troisième os du métacarpe de la main droite entretenue probablement par un vice scrofuleux, éprouva une amélioration considérable, cependant elle ne guérit pas entièrement par la syphilisation; mais l'iodure de potassium fut également à peu-près sans résultat sur elle (t>. Observ. lxxi); celle qui était affectée de nécrose, n'en fut point guérie parle traitement syphilisant.

Dans quatre cas, j'ai cru devoir recourir à l'iodure de potassium, parceque je ne voyais pas d'amélioration assez prompte par la syphilisation, et que je me croyais obligé de soulager le plus promptement possible les malades que je soignais. Il est possible que les douleurs eussent également cessé chez elles au bout de quelques jours par les inoculations seulement ; mais, je Te répète, il y eut des cas dans

lesquels j'ai cru devoir mellre le prompt soulagement des malades affectés de douleurs aussi cruelles, avant l'étude de la valeur pratique de la syphilisation dans le traitement des maladies vénériennes. De nouvelles observations nous feront voir ce qu'on peut espérer de la syphilisation seule, pour le traitement des différentes lésions du système osséo-fibreux.

En attendant je poserai la question suivante : Dans les lésions de ce système, ne conviendrait-il pas de faire précéder la syphilisation, dont l'action est probablement permanente et radicale, mais lente, par quelques petites doses d'iodure de potassium?

Observations particulières sur la marche de la syphilis constitutionnelle pendant la syphilisation.

Les différens symptômes de syphilis constitutionnelle disparurent en général lentement sous l'influence des chancres artificiels. Leurs effets se manifestèrent plus promptement sur les syphilides exanthémaliques, les tubercules muqueux et les ulcères secondaires des muqueuses et de la peau, que sur les autres symptômes syphilitiques. Mais il faut aussi tenir compte de l'irrégularité de la méthode dans les premiers temps, car elle contribua pour beaucoup à la lenteur avec laquelle disparurent dans quelques cas les accidens généraux.

Il arriva quelquefois que, pendant une suspension de la syphilisation, les symptômes constitutionnels prirent un nouveau développement ; ce fait se présenta même quelquefois dans le cours du traitement, quoique l'on n'eût pas mis d'interruption dans le traitement; mais dans tous ces cas, de nouvelles inoculations arrêtèrent le cours de ces symptômes, et les firent disparaître peu à peu.

J'ai cru devoir consigner ici cette observation, afin que les

praticiens ne fussent pas effrayés par une recrudescence des symptômes syphilitiques, et qu'ils ne s'empressassent pas dans ce cas d'abandonner la syphilisation.

Enfin il y eut quelques cas très-rares, dans lesquels un trop grand nombre de chancres furent inoculés simultanément ; ils firent alors à la vérité disparaître la plupart des symptômes secondaires, mais ils privèrent trop tôt l'organisme de la faculté de pouvoir permettre à de nouveaux chancres de se développer, pour qu'ils sécrétassent du pus virulent pendant quelque temps ; je fus alors obligé de recourir aux mercuriaux afin de faire disparaître le reste des symptômes syphilitiques.

Dans d'autres circonstances, afin de prévenir un si grave inconvénient, j'ai interrompu pendant quelques jours les inoculations, lorsque je m'apercevais que les chancres artificiels étaient petits et superficiels. Alors je faisais quelques inoculations sur les extrémités inférieures, et je priais la malade de marcher souvent, afin d'exciter un certain degré de phlogose dans les nouveaux chancres, et de les faire développer un peu plus.

Cette méthode me donna des résultats surprenans. Dès qu'il s'était développé des chancres qui sécrétaient une grande quantité de pus , je vis disparaître rapidement et pour toujours tous les symptômes syphilitiques qui persistaient encore, ou qui s'étaient reproduits. Appuyés sur celte observation , ne serait-il pas à propos , afin d'acquérir la certitude d'avoir introduit dans l'organisme la quantité de virus nécessaire pour en obtenir un résultat favorable, de prescrire au malade une nourriture très-succulente , des boissons un peu stimulantes et de le faire promener , afin de maintenir l'inflammation et la virulence dans les chancres artificiels ? Il me paraît que cette précaution serait très-utile lorsqu'on n'a plus que des chancres très-petits, d'une courte durée ,

et quand on observe encore dans le malade quelques symptômes qui indiquent que la syphilis constitutionnelle n'est pas entièrement vaincue.

De nouvelles études nous apprendront la valeur que l'on doit attacher à cette observation.

La faculté thérapeutique de ta syphilisation sera-t-elle radicale ?

La guérison de l'infection primitive ou constitutionnelle par le moyen de la syphilis sera-t-elle radicale? La nouvelle méthode de traitement préserve-t-elle de l'infection constitutionnelle et en prévient-elle la réapparition ?

Graves questions de la solution desquelles dépend l'avenir de la syphilisation.

Lorsque le 25 mai 1851 , j'annonçais les premiers résultats que j'en avais obtenus, je disais que le temps seul et les faits pourraient résoudre celle question , et c'est précisément du temps et de l'observation que je crois maintenant pouvoir déduire un corollaire qui ne sera pas sans importance.

M. Cazenave dit que la syphilis primitive, qui n'est pas traitée par le mercure, est suivie de l'infection constitutionnelle dans la proportion de .... 18 fois sur 20

M. Repiguet . 12 id. 20

M. Cullerier 10 id. 20

M. Beaumès 6 id. 20

M. Ricord et son école avancent que la syphilis constitutionnelle suit toujours le chancre induré; et un grand nombre de syphilographes ont enseigné jusqu'à présent que si l'infection générale se manifestait quelquefois après un petit chancre , elle se déclare cependant le plus souvent lorsque

le sujet est affecté d'un grand nombre de chancres vastes et de longue durée.

Vaccà-Berlinghieri a observé que la syphilis constitutionnelle se développe deux, quatre ou six mois après l'absorption du virus vénérien. Hunter prétend qu'il faut environ six semaines pour qu'il puisse manifester son action ; c'est aussi l'opinion de M. Nisbet. M. Puche dit que sur cinqcents individus, il n'a jamais vu l'infection générale se manifester plus lard de six mois après l'apparition du symptôme primitif, et que dans la plupart des cas, elle se montra dans les trois premiers mois. Sur 95 cas , M. Leudet a vu les syphilides se déclarer 67 jours après la manifestation des chancres. A. Bérard et M. Denonvillicrs admettent que la syphilis constitutionnelle parait ordinairement vers la sixième semaine , et rarement après le sixième mois. M. Lee , sur 123 cas, l'a vu naître 117 fois dans les six premiers mois. Tout récemment encore , M. Ricord a proclamé la loi suivante : (Lettres sur la syphilis, pag. 210). « Il ne se passe « jamais six mois sans qu'il survienne des manifestations « de l'intoxication syphilitique. » — Plus loin il ajoute , que les accidens secondaires se manifestent souvent de la é quatrième à la sixième semaine , fréquemment du second au troisième mois , et très-rarement du cinquième au sixième mois.

Celte loi de M. Ricord pèche en ce qu'elle est trop absolue ; mais s'il y a des cas où l'on a vu la syphilis constitutionnelle se manifester après le sixième mois et même plus tard encore , il n'en est pas moins vrai que l'expérience confirme ce que disent les auteurs que nous venons de citer, c'est-à-dire que dans la plupart des cas, l'infection générale se manifeste avant la fin du sixième mois à dater de l'époque de l'infection primitive. Qu'on ne vienne pas me dire que l'on a vu des manifestations syphilitiques 10, 20, 50

ans après le chancre, parce que dans ce cas une infection nouvelle esl souvent cachée au médecin , car le malade, étant déjà d'un certain âge, préfère toujours attribuer sa nouvelle maladie à quelques écarts de jeunesse. Mais en supposant même que la syphilis constitutionnelle, dans quelques cas très-rares , ait tardé plusieurs années à se manifester , il n'en est pas moins certain que chez un grand nombre d'individus, elle se manifeste avant le troisième et le quatrième mois , et que presque toujours elle se déclare dans le courant de l'année et jamais plus tard.

Cela posé, examinons les faits.

J'ai soumis 96 individus au traitement syphilisant; de ce nombre, il faut en déduire 8 chez lesquels on eut recours aux mercuriaux , parce que la syphilisation avait été incapable de vaincre l'affection vénérienne , soit parce qu'elle avait été mal conduite , soit parce qu'on avait été obligé de l'abandonner pour des circonstances particulières ; — 3 qui ne guérirent pas , c'est-à-dire, deux femmes chez lesquelles un chancre chronique vulvo-vaginal , et qui n'est plus virulent , n'est pas encore tout-à-fait cicatrisé , mais qui n'ont cependant jamais eu de symptômes secondaires , et une affectée de nécrose pour laquelle on lui fit quelques inoculations qui ne purent triompher de cette maladie : — 1 chez laquelle on abandonna les inoculations aussitôt qu'on les eut commencées , à cause des maladies graves qui vinrent compliquer le traitement , et à qui l'on fil ensuite suivre une cure iodico-mercurielle ; - — et 2 femmes mortes dans le Syphilicôme dans l'été du 1851, à lasuiiede maladies accidentelles non vénériennes. Il reste donc 82 sujets d'observation. Dans ce nombre, il se trouve 10 individus à mettre dans une catégorie particulière ; en effet , 7 prirent l'iodure de potassium pendant le traitement syphilisant, et trois après leur rentrée ; sur ces trois , on le prescrivit aux deux femmes

qui font le sujet des Observations v , et lxxi , pour améliorer l'état général , quoiqu'il n'existât aucun symptôme de syphilis constitutionnelle , et à celle de l'Observation lui , pour favoriser l'action des nouvelles inoculations que l'on pratiquait pour le traitement de la syphilide dont elle était affectée.

De ces 82 individus , il faut encore déduire k femmes qui se trouvent sur la fin du traitement , et 2 autres dont j'ai appris la mort quelques mois après leur sortie de l'Hôpital , à la suite de maladies qui n'avaient rien de syphilitique . Il reste donc 76 individus plus ou moins syphilisés , et guéris sans mercuriaux , sur lesquels on peut étudier si la faculté thérapeutique de la syphilisalion est radicale ou si elle ne l'est pas.

Dans ce nombre, les guéiïsons se trouvent classées comme il suit, par ordre de temps :

Guéris depuis moins d'un mois .... 1

» d'un an à trois mois 4

» de trois à six 7

» de six à neuf 8

» de neuf à douze 8

» de douze à quinze 21

» de quinze à dix-sept 27

Total . 76

Il faut encore ajouter quelques mois à ce laps de temps que je date pour les prostituées du jour de leur sortie de l'Hôpital , et pour les autres , de leur guérison complète , et qui finit au 51 décembre 1852, jour où se terminent les détails que je donne sur chacun des sujets. Tous ceux qui furent soumis à la syphilisation, étaient affectés de syphilis depuis un ou plusieurs mois , quelques uns même depuis

plusieurs années. La syphilisation fui longue dans la plupart des cas ; en conséquence , si l'on ajoute au temps qui s'est écoulé entre la manifestation de la syphilis et le traitement syphilisanl, les mois pendant lesquels on l'a continuée, il faut encore, si l'on veut étudier avec impartialité l'effet prophylactique de la syphilisation sur l'infection générale, ajouter aux chiffres que nous venons de donner, au moins cinq mois d'infection antécédente, afin d'établir d'une manière juste la date de la maladie vénérienne traitée par la syphilisation.

On devra donc dire qu'il s'est écoulé pour les 7G syphilisés, depuis l'époque de l'apparition de leur maladie, guérie par la syphilisation, jusqu'au 31 décembre 1852: de cinq à six mois . . . pour 1

de six à huit » k

de huit à onze » 7

de onze à quatorze ...» 8

de quatorze à dix-sept ...» 8 de dix-sept à vingt . . . . » 21 de vingt à vingt-deux . . . » 27

Total . 76

Eh bien ! sur ce nombre il n'y eut que trois cas de manifestation de syphilis constitutionnelle : — dans deux de «es cas, la syphilisation n'avait pas été conduite jusqu'à la non réceptivité, et dans l'autre, nous n'avions pu obtenir que de petits chancres artificiels , et plusieurs inoculations avaient été infructueuses. La syphilis constitutionnelle se manifesta dans deux cas pendant les six premiers mois qui suivirent la syphilisation, et dans l'autre une année après; mais celles-là n'avaient pas contracté de nouvelle maladie vénérienne pendant leur séjour hors de l'Hôpital, au lieu

que celle-ci un mois et demi avant l'apparition des symptômes généraux, avait été affectée d'un écoulement urétral suivi d'un engorgement des glandes inguinales.

L'importance de cette question m'engage à faire ici un court résumé de ces trois Observations.

Observation IV. — -THÉRÈSE B. — Chancre guéri par un traitement local, en 1848.1 — Entrée le 1er octobre 1850, pour un autre chancre vaste et ancien — trois mois de traitement par le protoiodure de mercure. — Aucune amélioration; le chancre est toujours calleux, indolent, violacé et vaste — traitement syphilisant depuis le 3 mars jusqu'au 16 août, et qui fut interrompu pour une bronchite et des accès de fièvre intermittente — les inoculations donnent toujours naissance îi de petits chancres et à des pustules de peu de durée — le 4 août le chancre vulvaire chronique et calleux est cicatrisé — cinq bains sulfureux. — Elle sort de l'Hôpital le 25 août. — Le 28 janvier 1852, cinq mois après sa sortie du Syphilicôme, elle y rentre pour une syphilide papulo-pustuleuse (pustuleuse lenticulaire de Cazenave) et alopécie; ces symptômes se sont manifestés vingt jours avant son entrée à l'Hôpital — nouvelles et nombreuses inoculations depuis le 50 janvier jusqu'au 14 avril, qui donnent lieu à de petits chancres rapidement suivis de pustules abortives — disparition de la syphilide, les cheveux repoussent — et la fille B. sort de l'Hôpital le 17 avril 1852.

Observation XXXIII. — JEANNE C. — Infectée pour la première fois, entrée au Syphilicôme le 20 avril 1851. — Bubons virulens vastes, profonds et ulcérés depuis vingt jours — on ne voit ni chancres , ni cicatrices aux parties génitales — aucun traitement mercuriel avant son entrée à l'Hôpital — syphilisation depuis le 21 avril jusqu'au 5 octobre, interrompue depuis le 1er jusqu'au 26 mai, pour une fièvre angioïtique, peut-être rhumatismale qui fait passer au phagédénisme les chancres artificiels et ganglionnaires, et ensuite pour des accès de fièvre intermittente — on n'obtient pas l'immunité, car les inoculations du 2 octobre donnèrent encore lieu à des pustules qui durèrent 10 jours. — La fille C. sort guérie le 50 octobre.

b9'i COROLLAIRES.

Elle rentre le 22 février 1852, environ trois mois et demi après sa sortie; elle est affectée de tubercules muqueux ano-vulvaires, qui ont commencé à se manifester vers la moitié du mois de janvier — nouvelles inoculations du 15 février au 5 avril — les tubercules muqueux avaient disparu le 19 mars, pour ne plus se manifester — elle sort le 19 avril. Elle contracta ensuite un ulcère d'un aspect douteux, mais il ne s'est plus déclaré aucun symptôme de syphilis constitutionnelle.

Observation LUI. — CÉLESTINE C. — Infectée pour la troisième fois — deux fois elle a eu des chancres et des excroissances — traitement mercuriel interne, la première fois par le proto-iodure de mercure — entrée le 5 février 1851 — deux chancres vulvaires , excroissances ano-vulvaires — syphilisation depuis le 4 février jusqu'au 5 septembre, en faisant peu de piqûres chaque fois, surtout pendant les premiers mois, interrompue du 14 avril au 26 mai, et du 2 au 21 août — les dernières inoculations faites le 5 septembre, donnent encore de petites pustules — les excroissances ont été coupées et cautérisées — elles n'ont pas reparu. Elle sort du Syphilicôme le 22 septembre, on lui a fait prendre 10 bains sulfureux.

Elle rentre le 14 août 1852, après avoir passé onze mois dans une maison publique, sans avoir contracté de nouvelle infection — sur la fin de mai, elle fut atteinte d'une ophthalmie ( probablement conjonctivo-kératite), pour laquelle on lui fit dix saignées dans l'Hôpital St-Jean — depuis quelques jours, elle est affectée d'un écoulement urétral séro-purulent, et même un peu sanguinolent sous la compression de l'urètre, et d'un engorgement inflammatoire des glandes inguinales, plus manifeste du côté droit- — le pus blennorrhagique inoculé sur une femme non syphilisée, ne donne aucun résultat— l'urétrite et l'adénite disparaissent avec le repos, la menstruation et des moyens locaux. — Elle sort le 16 septembre, il ne lui. reste plus qu'un léger engorgement des tissus urétraux.

Le 21 septembre, M. le Dr. Bongioanni, qui me seconda beaucoup dans l'étude de la syphilisation, se transporta chez elle, à ma demande, et observa sur elle quelques petites papules cutanées livides et d'un aspect douteux. — Le 24, je sus qu'elle était à l'Hôpital St-Jean, où on lui avait fait deux saignées pour une fièvre ' rhumatismale.

Elle rentre au Syphilicôme le 4 octobre, affectée d'une syphilide papuleuse diffuse et de quelques pustules ecthymateuses — dont trois plus larges que les autres à la région inguinale gauche, une d'un centimètre à la région cervicale, et couverte de croûtes — en outre, elle a de petites pustules , sur le cuir chevelu , quelques unes à la région frontale , des papules au menton , un ulcère fongueux d'un centimètre et demi de long, sur 5 environ de large, à la région malléolaire droite interne — alopécie commençante — l'affection cutanée a commencé le 20 du mois de septembre passé, un mois et demi après l'apparition de la blennorrhagie urétrale, et une année après le traitement par la syphilisation. — Nouvelles inoculations depuis le 7 octobre — petits chancres et petites pustules — amélioration évidente de la syphilide vers le 18 octobre — iodure de potassium, dont on commence l'usage vers le 8 novembre, dans le but d'abréger la durée du traitement — continuation de la syphilisation — le 7 décembre, la plupart des papules et des pustules ectymateuses ont disparu, et sont en voie d'écaillement général — le 51 décembre, elle est en grande partie guérie. La syphilis constitutionnelle s'était manifestée dans ce cas un an après une syphilisation presque complète, et un mois et demi après une blennorrhagie urétrale; doit-on la regarder comme une conséquence des chancres pour lesquels on pratiqua la syphilisation, ou des chancres artificiels, ou de la nouvelle infection blennorrhagique?

La réponse ne peut pas être précise ; cependant si on considère qu'elle est restée une année entière sans qu'il se fût manifesté de symptômes généraux, qu'à l'exception de l'ophtalmie, probablement rhumatismale, et dans laquelle l'examen des yeux nous démontra que l'iris ne participa nullement à la phlogose des tissus externes, ophlhalmie qui guérit du reste par un simple traitement antiphlogistique, si on considère, dis-je, qu'avant d'être atteinte de cette ophthalmie, elle jouit pendant neuf mois après la syphilisation, d'une sauté parfaite, quoique son genre de vie l'exposât à une foule de causes de maladies; si on veut en outre remarquer que cette blennorrhagie qu'elle contracta après avoir été largement saignée peu de temps auparavant, fut suivie un mois et demi après, de symptômes d'infection générale , ainsi qu'on l'observe souvent à la suite du chancre et des tubercules muqueux, on pourra répondre que dans ce cas, la syphilis constitutionnelle fut produite par la blennorrhagie urétrale, et non par les chancres antécédens.

Mais quelle élail la condition pathologique de cette blennorrhagie qui fut capable de faire naître une syphilis constitutionnelle chez «ne femme syphilisée? Dépendait-elle d'un chancre urétrfll, ou bien était-elle une de ces blennorrhagies spécifiques causées par le pua des tubercules muqueux ?

Lorsque je vis que les tissus de l'urètre étaient le siège d'un engorgement considérable, que la pression du canal en faisait sortir de la matière séro-purulente même un peu sanguinolente, et que celle urétrite était accompagnée d'une adénite un peu aigué , je soupçonnais aussitôt l'existence d'un chancre endo-urétral. Mais l'inutilité des inoculations répétées de ce pus séreux blennorrhagique sur une femme non syphilisée, et la promple guérison de l'urétrite et de l'adénite me firent croire qu'il n'existait pas de chancre larvé dans l'urètre, ou qu'il avait déjà perdu la virulence lorsque cette fille entra à l'Hôpital.

Cela posé, je dis: l'adénite s'est résolue promptement, comme cela arrive pour celle qui est la suite des tubercules muqueux et de l'urétrite qui les accompagne souvent ; l'écoulement urétral produit par des tubercules muqueux est, comme le chancre, suivi de l'infection générale, ne pourrait-on pas en inférer que cette urétrite était le résultat de tubercules muqueux?

Pour résoudre une telle question, il aurait fallu faire l'expérience suivante : porter dans l'urètre d'une femme syphilisée une certaine quantité de pus de tubercules muqueux, afin de voir s'H aurait été possible de donner naissance à une urétrite spécifique, et en étudier ensuite les conséquences.

Mais je n'ai pas cru devoir tenter cette expérience sur des femmes syphilisées, car elles sont dans un état physiologique; elle conduirait à mieux connaître la nature et la gravité de quelques blennorrhagies, et à prouver que la syphilisation ne préserve pas l'homme contre l'inoculation de certains symptômes de syphilis constitutionnelle, et qu'elle n'en prévient pas les conséquences. Elle expliquerait en même temps comment le pus des tubercules muqueux inoculés sur le bras de M. le Doct. L. a donné promptement lieu à la syphilis constitutionnelle, quoiqu'il eût continué à se faire quelques inoculations avec du pus de chancres.

J'ai cru devoir entrer dans quelques détails sur ce fait, parcequ'U me parait avoir une certaine imporlance pratique, et qu'il fixa l'attention, d'un grand nombre de Confrères qui, en voyant une femme

syphilisée affectée de syphilis, lancèrent peut-être trop légèrement un anathême contre la syphilisalion.

Est-ce que l'examen de ces trois faits diminue la valeur de la syphilisation comme méthode curative? Je ne le crois pas, parceque ce fut précisément par ce moyen que je vins à bout de faire disparaître les symptômes généraux qui avaient suivi les premières inoculations.

D'autres femmes sont rentrées avec des symptômes qui pouvaient faire naître des doutes d'une infection générale. Ce sont les suivantes :

Trois qui étaient affectées d'excroissances avant le commencement de la syphilisation (excroissances que l'on avait coupées) rentrèrent à l'Hôpital, parcequ'elles s'étaient reproduites (Observ. xxm. xliv. et lu). Une chez laquelle elles se manifestèrent pendant la syphilisation, et repullulèrent après avoir été récisées (Obser. m). Une chez laquelle elles se manifestèrent après sa sortie de l'Hôpital, et pour lesquelles elle y rentra (Observ. xxv).

On eut recours dans tous ces cas à de nouvelles récisions et à la cautérisation de ces végétations qui finirent par ne plus se reproduire.

J'ai déjà agité la question de la valeur des excroissances considérées comme symptôme d'infection générale, et il me parait d'avoir prouvé d'une manière évidente que la présence des excroissances n'indique pas que celui chez qui elles renaissent à plusieurs reprises est affecté de syphilis constitutionnelle. Je me bornerai donc à prier le lecteur de peser les raisons que j'ai données à ce sujet p. 574, et j'ajouterai en même temps que les cinq cas d'excroissances qui cédèrent à la récision et à la cautérisation, sans l'usage des mercuriaux, ne doivent pas être mis au nombre des cas de syphilis constitutionnelle qui se seraient manifestés à la suite de la syphilisation, parcequ'on les voit aussi fréquemment se reproduire après de lougs traitements mercuriaux.

JEANNE V., Observ. LXXI, atteinte d'alopécie et de carie du second et du troisième os du métacarpe de la main droite, traitée par la syphilisation, fut guérie de l'alopécie, et obtint une amélioration remarquable de la carie. Mais comme elle est d'un tempérament lymphatique, privée de moyens de subsistance , et qu'elle ne prend que des nourritures malsaines et insuffisantes, la carie qui paraissait près

de guérir persiste encore, malgré la grande quantité d'iodure de potassium et de fer qu'on lui a fait prendre. — On a fait les dernières inoculations dans le mois de décembre 1851, et il ne s'est manifesté jusqu'à présent aucun symptôme de syphilis constitutionnelle, quoiqu'elle ait pris un grand nombre de bains sulfureux. Je suis donc porté à croire que la petite ouverture fisluleuse de 4a main droite par laquelle il sort encore un peu de sérum purulent, c'est-à-dire la carie qui après s'être améliorée par les inoculations, a résisté ensuite à l'usage prolongé de l'iodure de potassium, est occasionnée et entretenue par un vice scrofuleux, et qu'on ne peut en conséquence la considérer comme une récidive d'infection générale, ni comme une maladie vénérienne rebelle à la syphilisation.

ANNE F., Observ. XLIV, sort du Syphilicôme le 50 décembre ; la syphilisation, quoique incomplète et souvent interrompue, a fait disparaître un chancre ganglionnaire virulent, et de graves douleurs ostéocopes dont elle était affectée. Elle avait eu pendant son enfance des ophtalmies scrofuleuses et des affections du système lymphatique ganglionnaire ; elle avait été traitée alors par M. le Doct. Frôla, membre de la Commission Académique. — Dès qu'elle fut sortie de l'Hôpital, elle recommença la prostitution, et s'exposa souvent aux intempéries atmosphériques. Elle y rentre le 20 février, elle est affectée d'une excroissance vulvaire — les glandes lymphatiques des régions latérales du cou sont tuméfiées, douloureuses, et quelques unes suppurent, — aucun engorgement dans les glandes cervicales postérieures — eczéma anal et un peu d'alopécie, mais aucune écaille ni pustule. Diagnostic douteux, c'est-à-dire qu'on est incertain si la phlogose de l'anus est un effet de la malpropreté, ou si elle indique l'apparition de tubercules muqueux, — et si la phlogose glandulaire et l'alopécie commençante étaient l'effet d'une cause rhumatismale agissant sur un sujet lymphatique, ou des symptômes d'infection générale. — Je suivis donc la méthode suivante : — ouverture de plusieurs abcès lymphatiques, pour faciliter la sortie de la matière séro-purulente unie à de la substance tuberculeuse — injections fréquentes de substances caustiques dans ces abcès — pro to-iodure de fer à l'intérieur — grand nombre de bains sulfureux — cinq jours après son entrée à l'Hôpital, l'eczéma de l'anus avait disparu complètement, sans qu'on eut mis en usage aucun moyen local pour en obtenir la guérison. — L'excroissance que l'on a coupée ne

s'est pas reproduite. Les cheveux repoussent en abondance, et après quatre mois environ de ce traitement, les abcès ont peu à peu disparu. Elle sort de l'Hôpital, en bonne sanlé, le 15 juin.

Elle y rentre le 15 septembre pour la gale. On n'observe sur elle aucun symptôme de syphilis primitive, ni constitutionnelle. — Ses cheveux sont aussi épais qu'avant l'alopécie. La salle des galeuses, située au rez-de-chaussée, est froide, humide et mal aérée ; — aussitôt il se forma deux nouveaux abcès lymphatiques, et un certain nombre de cicatrices de ceux qu'elle avait déjà eus avant s'ouvrirent de nouveau. On recourut immédiatement au proto-iodure de fer et aux bains sulfureux: on ouvre les deux abcès, il en sort du pus séreux uni à des détritus de matière tuberculeuse, mais la malade retire peu d'avantage de ce traitement. Alors pensant que l'obstination de ces symptômes tenait peut-être aux conditions de la salle dans laquelle se trouvait cette fille, on la fait transférer dans une autre plus chaude et plus salubre. Peu de jours après, il y a amélioration rapide. Elle sort de l'Hôpital le 25 décembre ; sa santé est bonne. Il ne se manifesta chez elle aucun symptôme de syphilis pendant le séjour dans l'Hôpital.

Elle fut examinée le 22 septembre par M. Mélier président de l'Académie de Médecine de Paris, et le 20 avril par M. le doct. Lachenal, alors premier officier du Ministère de l'Intérieur-, tous les deux furent d'avis que l'alïection lymphatique du cou dépendait de la maladie scrofuleuse. En effet, la marche de cette maladie, sa reproduction sous l'influence d'une cause rhumatismale, l'absence de tout symptôme certain de syphilis, treize mois et plus après qu'elle eût été syphilisée , l'amélioration de son état général par des moyens propres à guérir les scrofules et non la syphilis, me portent à croire qu'il n'y avait rien de syphilitique dans les symptômes qu'elle présentait. Je sais qu'il ne manquera pas d'individus qui voudront y voir une infection vénérienne. Je respecte leur opinion, et je laisse au temps le soin de résoudre cette question. Je me contenterai d'ajouter ici que les dernières inoculations que l'on fit sur elle donnèrent encore lieu à des chancres qui prirent un développement assez remarquable; que du reste, elles furent faites d'une manière trop irrégulière pour avoir pu la syphiliser complètement; qu'elles firent à la vérité disparaître une grave lésion osseuse qui ne s'est pas reproduite, mais que quand même il se manifesterait chez elle quelque symptôme de syphilis constitutionnelle, ce fait ne pourrait pas dé-

truire ta valeur thérapeutique de la syphilisation que l'on a pu apprécier d'une manière évidente dans une foule d'autres observations.

VICTOIRE Q. Obser. V, entre à l'Hôpital le 16 avril 1851, pour un vaste chancre vulvaire induré. — Elle est infectée depuis deux mois — on voit sur les extrémités inférieures des cicatrices d'ulcères secondaires dont elle fut affectée en 1849 , et qui disparurent par l'usage des mercuriaux — celle d'un chancre uu peu induré qu'elle contracta en 1850, et pour lequel on lui fit prendre une petite dose de proto-iodure de mercure. — Inoculations du 29 avril au 22 août, interrompues plusieurs fois pour des accès de fièvre intermittente et une grave métrite — on n'obtint que 15 chancres artificiels — le chaucre vulvaire est cicatrisé le 16 juin, et l'induratioa dont il était accompagné a disparu. — Elle sort le 50 août.

Elle y rentre le S octobre, pour un chancre vulvaire qui guérit par des moyens locaux, et elle sort le 29 du même mois.

De là, elle se rendit en province — dans le mois de juillet 1852, elle fut en proie à des accès de fièvre intermittente suivis d'hépatite, d'ictère et de douleurs arthritiques. — Après avoir été traitée pendant deux mois dans un hôpital par les antiphlogistiques, elle rentre au Syphilicôme le 6 septembre: — gale, ulcère chronique du côté gauche de l'orifice vaginal près de la fosse naviculaire, couvert par le vagin qui est procident — douleurs articulaires qui augmentent sous l'influence du froid, et diminuent lorsqu'elle se trouve dans son lit — bronchite lente — fièvre de temps en temps — hépatalgie — amaigrissement remarquable — hémophthisie — aménorrhée : — antiphlogistiques, narcotiques, fébrifuges — révulsifs cutanés, récision de la partie procidente du vagin. — Les douleurs cessent, la toux se calme, l'hépatite disparait, l'ulcère et la plaie du vagin sont cicatrisés, mais il y a toujours inappétence et amaigrissement. — 9 novembre, daus le but d'améliorer l'état général de cette femme, d'activer et de réorganiser les fonctions de l'estomac, et pour voir si cette longue série d'infirmités ne tenait pas à une cause syphilitique, on lui prescrit l'iodure de potassium dont elle retire un certain avantage; le 51 décembre, on constate une amélioration remarquable dans son état général. — Quelques vésicules de gale se sont reproduites, ce qui retarde sa sortie de l'Hôpital. S'il venait à se manifester chez elle quelque symptôme syphilitique, on la soumettra immédiatement à un traitement mercuriel.

Dans ce cas, ainsi qu'on le voit , on ne peut préciser s'il y a eu

ou non l'infection générale, mais comme les chancres artificiels n'ont pas été nombreux, s'il venait à se manifester chez cette fille une infection générale, elle ne prouverait pas l'inefficacité de la syphilisation, parceque dans cette Observation, elle a été conduite d'une manière irrégulière.

LOUISE F. Obser. XXI, sortie syphilisée de l'Hôpital le 11 août 1851, y rentre en novembre pour une déchirure vulvaire, et le premier mai 1852 , pour un ulcère chronique à la fosse naviculaire. Elle est en outre affectée de douleurs dans les extrémités inférieures et de fièvre, qui après avoir été continue est devenue intermittente.

La quinine fit cesser la fièvre, et alors les douleurs disparurent. Le 12 mai elle ne les ressentait plus, et depuis cette époque elles ne se sont plus manifestées. — A la suite d'orgelets et de blépharite ciliaire, il se déclare un petit ulcère à la paupière supérieure droite , qui après avoir résisté à la cautérisation et à l'iodure de potassium, se cicatrisa ensuite par l'usage de l'éthiops minéral. — Elle sort le 22 septembre , et rentre le 3 novembre pour une déchirure sur la cicatrice du chancre chronique. — Aucun symptôme d'infection générale. La commissure postérieure de la vulve est très-saillante, ce qui est cause de la fréquence des déchirures à la fourchette, et de leur lenteur à se cicatriser, parceque les urines, le mucus vaginal et le pus du chancre séjournent dans l'enfoncement qui existe entre la commissure postérieure et l'entrée du vagin; on la coupe, et en peu de jours la plaie et l'ulcère que l'on n'a pansé jusqu'ici qu'avec de la charpie trempée dans de l'eau fraîche, se cicatrisent rapidement, et le 51 décembre il n'en reste plus qu'une petite partie à guérir. La santé de cette fille est excellente.

La blépharite ciliaire et les orgelets démontrent évidemment la nature herpétique de l'ulcération palpébrale, et l'utilité que l'on relira de l'éthiops minéral vient à l'appui de cette opinion. Il est donc pas inutile de dire que comme il ne s'est pas manifesté de symptômes généraux chez cette femme qui est syphilisée depuis plus d'une année, on peut en tirer une induction favorable à la syphilisation.

MARGUERITE F. Obser. XLII, avait des chancres vulvaires, un bubon virulent et un écoulement urétro- vaginal: tous ces symptômes disparurent par la syphilisation ; elle sortit de l'Hôpital le 21 septembre 1851, après avoir pris neuf bains sulfureux.

61)2 COROLLVIKES.

Elle rentre lé 12 décembre pour une déchirure, et sort le 27 de ce mois; elle rentre de nouveau le 8 février 1852 pour un ulcère vulvaire simple qui s'enflamma un peu pendant une fièvre rhumatismale dont cette fille fut atteinte. Le repos et la propreté suffirent pour le faire cicatriser; elle sort le 6 avril.

Elle se présente de nouveau à l'Hôpital le 5 mai 1852, pour une déchirure vulvaire. On voit eu même temps sur l'extrémité inférieure gauche si\ petites croûtes jaunâtres qui occasionnent un peu de prurit, mais qui ne sont pas environnées d'une auréole cuivrée, et sous lesquelles on voit une ulcération superficielle et couverte de granulations. Le 17 mai, elles étaient cicatrisées par le repos; il ne s'est manifesté aucun autre symptôme qui pût faire soupçonner qu'il y eût infection générale; sa santé est excellente; elle sort le 18 mai.

Ces petits ulcères impétigineux étaient-ils simples, ou bien étaientils un indice de syphilis constitutionnelle? L'absence de la zone cuivrée, le prurit, leur guérison rapide et leur non reproduction me font croire qu'ils n'étaient pas syphilitiques.

VICTOIRE G. Obser. XXX Vil, était affectée de vastes chancres ano-vulvaires qui se cicatrisèrent, et de bubons inguinaux dans lesquels on sentait une fluctuation évidente, et qui se résolurent sous l'influence de la syphilisation: elle sortit le 6 octobre 1851.

Elle rentre le 5 janvier 1852, pour de petits ulcères vulvaires superficiels et prurigineux, dont le pus inoculé sur uni; femme non syphilisée reste sans effet. Elle en sort le 15. Elle y rentre le 2 décembre pour quelques vésicules de gale, — à son entrée elle se trouve dans l'époque mensuelle; on observe quatre petits points rougeàtres sur les nymphes et vers le clitoris. On n'y fait aucune médication — traitement de la gale par les préparations sulfureuses — la menstruation fut abondante et cessa le 6; le 7 il ne restait plus de traces des papules. Elle sort le 9.

Ce symptôme que présentait la vulve de cette femme était-il syphilitique ou non? S'il se fût agi de tubercules muqueux naissants, il me parait qu'ils ne se seraient pas dissipés dans l'espace de quatre jours sans aucun médication.

En outre, il s'est écoulé quinze mois depuis qu'elle a été syphilisée, et il ne s'est manifesté chez elle aucun symptôme d'infection générale. Il me parait donc que je puis en conclure que cette légère phlogose érythémaleuse vulvaire qui eut lieu pendant la menstruation, était plutôt l'effet de la malpropreté.

CATHERINE S. Obser. XX, était affectée d'un chancre vulvaire induré, qui se cicatrisa sans laisser d'induration, à la suite d'une syphilisation incomplète et souvent interrompue pour une névralgie de la cinquième paire droite des nerfs crâniens. Elle fut ensuite affectée d'alopécie sans pustules, ni squames au cuir chevelu: le sous-carbonate de fer et la quinine triomphèrent de la névralgie, et maintenant l'alopécie est devenue stationnaire. Elle sort le 9 décembre 1851 ; sa santé est bonne.

L'alopécie qui se manifesta pendant la syphilisation était-elle un effet de la névralgie, ou un symptôme d'infection constitutionnelle? L'absence totale d'autres symptômes de syphilis constitutionnelle, et de syphilide au cuir chevelu, ainsi que les inductions que je tire de ce qu'elle n'est plus entrée à l'Hôpital, me laissent espérer que cette alopécie n'était que l'effet de la grave névralgie.

BARBE A. Obser. L. syphilisée presque complètement, pour un chancre vulvo-vaginal, sort de l'Hôpital le 23 septembre 1851. Elle y rentre le 5 janvier 1852, pour une petite déchirure. Le 16, on voit sur la cuisse gauche quelques petites vésicules réunies en groupe de la largeur de deux centimètres, environnées d'une auréole rouge, et accompagnées de prurit; le 20 du même mois elles étaient desséchées, et elle sortit de l'Hôpital. Sa santé est excellente. Elle rentre le 17 septembre pour un furoncle vulvaire, et le 27 octobre, pour un petit chancre à la fosse naviculaire; elle a cette fois-ci un peu d'alopécie, mais sans pustules, ni squames sur le cuir chevelu, ni aucun autre symptôme qui puisse faire soupçonner l'existence de la syphilis constitutionnelle. On lui fait faire des onctions sur la peau de la tête avec du cérat mêlé à une petite dose d'acétate de plomb, et les cheveux deviennent aussi beaux qu'avant l'alopécie. Elle sort le 11 décembre. Sa santé est excellente.

Doit-on considérer comme des symptômes d'infection constitutionnelle ces vésicules que l'on observa chez cette fille dans le mois de janvier, et l'alopécie du mois d'octobre? Je ne le crois pas, parcequ'il ne s'est encore manifesté chez cette fille, depuis 14 mois qu'elle est syphilisée, aucun symptôme certain d'infection générale, et que l'eczéma et l'alopécie ont disparu spontanément, ou avec des moyens qui ne peuvent jamais guérir la syphilis constitutionnelle.

De l'examen rapide que nous avons fait de ces huit cas, dans lesquels on a vu se manifesler quelques symptômes douteux de syphilis constitutionnelle, il résulte que ces lésions ne doivent pas être regardées comme des signes évidens d'une infection générale , ou que les sujets sur lesquels on les a observées, ne doivent pas être mis au nombre de ceux chez lesquels la syphilisalion a été continuée jusqu'au point de laisser espérer une guérison radicale. Il me parait donc que les seuls faits , dans lesquels on a vu se manifester la syphilis constitutionnelle à la suite du traitement syphilisanl, sont ceux qui font le sujet des Observations îv, xxxm et lui; mais comme elle a disparu chez tous à la suite de nouvelles inoculations, je crois que l'on peut considérer comme radicale la faculté curative de la syphilisalion, lorsqu'elle est dirigée d'après les principes que nous avons posés plus haut.

Mais on me dira: — si dans la plupart des cas, la syphilisation a empêché la manifestation et la réapparition de la syphilis constitutionnelle; si elle l'a fait disparaître dans un grand nombre; et si enfin elle guérit radicalement les sujets qui sont affectés de maladies vénériennes, pourquoi a-t-elle échoué, lorsque vous la mîtes en usage isolément, dans deux cas de nécrose syphilitique, deux de syphilid.es, et dans trois cas de tubercules muqueux?

Afin d'éviter d'inutiles répétitions, je prie le lecteur de vouloir examiner avec attention les Observations relatives à ces faits, et j'espère qu'il pourra facilement se convaincre que si dans ces faits on n'obtint pas un succès complet, cela dépendit du vice de la méthode que l'ou suivit, ou de ce que les inoculations n'avaient pas été continuées assez longtemps. En effet, dans l'Observation lxxxv, on remarqua une amélioration évidente à la suite des inoculations , dans les symptômes syphilitiques qui avaient été si longtemps rebelles à d'énormes doses de mercuriaux et d'iodure de po-

lassium; mais la nécrose persista parce qu'on ne put faire qu'un petit nombre d'inoculations, et qu'on fut souvent obligé de les interrompre pour de graves complications. Dans l'Observation xc, on put constater un grand avantage dans les accidens vénériens, cependant celte fille n'est pas guérie complètement, parce qu'on ne put pas continuer assez longtemps la syphilisation. Dans les Observations lxviii et lxxix , les inoculations ayant été faites en trop grand nombre chaque fois, ne donnèrent lieu qu'à de petits chancres qui déterminèrent à la vérité une modification salutaire sur l'organisme, firent disparaître en grande partie la syphilide, mais ne la guérirent pas complètement , parce que la syphilisation fut mal conduite. Ce fut pour un motif à peu-près semblable , que les tubercules muqueux ne disparurent pas entièrement dans les trois individus des Observations lxi, lxii et lxiv. Dans six de ces cas, j'eus recours à un traitement mercuriel pour obtenir la guérison des accidens qui avaient résisté à la syphilisation; dans un, Observ. lxxxv, à la vue de la persistance de la nécrose, j'ai prescrit récemment l'iodure de potassium, que je ferai bientôt suivre par les mercuriaux. Dans tous ces cas, la syphilisation ne donna pas un succès complet, parce que, dans le but de l'étudier sous différens aspects, je voulais voir si un grand nombre de chancres inoculés fréquemment et simultanément, seraient plus avantageux que non pas un petit nombre inoculés à de longs intervalles, et ce fut le motif pour lequel je n'obtins pas un aussi beau résultat que dans les autres cas. Mais devra-t-on conclure de ces demi-succès contre l'utilité de cette nouvelle méthode? La syphilisation est un moyen thérapeutique nouveau , il n'a pas toujours donné des résultats entièrement satisfaisants, c'est vrai ; — mais quelle est, je le demande, quelle est la méthode curative qui ait constamment produis de bons effets, spécialement dans les premiers temps de so»

application? Le mercure ne prévient souvent pas l'infection générale, quoique administré longtemps et à hautes doses; il n'empêche pas toujours la réapparition de la syphilis constitutionnelle, il occasionne fréquemment des désordres graves dans l'économie , et il ne guérit pas toujours radicalement les maladies vénériennes! Cependant on le prescrit de nouveau lorsqu'il se manifeste quelques récidives, c'est-à-dire qu'en ne le déclare pas inutile, mais on en modifie l'administration, en augmentant, ou en diminuant la dose, suivant ce que nous indique l'expérience. Quelques insuccès incomplets pourraient-ils donc détruire les nombreux résultats heureux qu'on a obtenus par la syphilisation ?

Il me parait que l'on devrait plutôt en conclure que l'infection générale a été guérie radicalement par la syphilisation dans tous les cas où on la conduisit jusqu'à être complète, et qu'elle fut plus régulière, en sorte que depuis un grand nombre de mois , on n'a pas vu se reproduire les accidens généraux. L'insuccès dans les autres cas est dû à ce qu'on n'obtint que des chancres artificiels de peu de durée.

Dans l'intention de m'assurer si les guérisons [des symptômes vénériens obtenues par la syphilisation étaient radicales ou non , je fis l'expérience suivante.

Lorsque la syphilisation était près d'être terminée, je prescrivis des bains sulfureux à toutes les filles qui avaient été plus ou moins complètement syphilisées dans mon hôpital. Voici dans quel but : — J'avais souvent observé que la syphilis constitutionnelle se manifestait rapidement à la suite de quelques bains sulfureux chez les prostituées affectées simultanément de la gale et de quelque symptôme vénérien primitif: je n'observais pas le même rapport de rapidité de manifestation chez les autres femmes qui n'avaient pas été soumises au traitement par les sulfureux ; j'en inférais qu'elle était due à ces préparations.

J'eus plusieurs fois occasion de voir que de légers accidens vénériens devenaient plus graves el donnaient même lieu à la syphilis constitutionnelle chez des malades qui allaient chercher dans les thermes d'Acqui un soulagement à leurs maux. J'en ai connu plusieurs qui , après quelques jours de ce traitement halnéo-sulfureux , furent obligés de l'abandonner pour recourir aussitôt aux mercuriaux. Ce fait n'avait pas échappé à M Delponte , médecin de l'établissement des bains d'Acqui, et dont la fin prématurée sera longtemps regrettée. Aussi cet habile praticien en parle-t-il dans ses écrits , et il dissuade tous ceux qui sont affectés de maladies vénériennes de recourir aux eaux d'Acqui (1).

En effet, lorsqu'il y a infection constitutionnelle, même à l'état latent, il est probable qu'une cause irritante quelconque , pomade , frictions , chaleurs , bains stimulants, les boues sulfureuses d'Acqui (i fanghi) , l'acarusdela gale luimême , et autres semblables, déterminant une plus grande

(1) Voici ce qu'il écrit à ce sujet clans le prospectus des principales maladies qui ont été traitées dans cet établissement , pendant les années 1844-1850, publié dans le Ciornale délie Scienze Mediche.

« Il parait que la syphilis devrait céder facilement a ce moyen thérapeutique , car elle est souvent améliorée , si non entièrement vaincue par les bains sudorifiques. Mais l'expérience qui est le grand maître en tout, et devant qui doivent s'incliner les plus belles théories, paraît avoir prouvé , que lorsque cette fatale contagion n'a pas encore été radicalement guérie par le mercure , l'usage des bains sulfureux est inutile lorsqu'il n'est pas nuisible. En effet, on voit alors se raviver ces douleurs , ces céphalalgies , ces éruptions cutanées , ces ophtalmies , ces phlogoses chroniques du périoste et de l'appareil urp-poïétique, qui forment le triste cortège de la syphilis commençante, ou confirmée, Il m'arriva quelquefois de voir s'irriter la maladie sous l'effet d'un bain simple , et d'être obligé d'en suspendre immédiatement l'usage. On observa de semblables résultats dans des cas analogues dans la Piccola Casa dclla divina Provvidenza.

"Parmi ceux qui étaient affectes de douleurs osseuses, et chez lesquels il existait encore un reste d'infection syphilitique , quelques uns ne purent supporter les douches, parce qu'elles redoublaient leurs souffrances , et les autres n'en n'éprouvèrent aucun avantage ».

congestion dans les capillaires, favorise une manifestation plus rapide de l'infection générale.

Aussi , avant de permettre aux syphilisées de sortir de l'Hôpital , je voulus leur administrer quelques bains sulfureux , afin que la syphilis constitutionnelle pût se manifester ou se reproduire , si elle existait encore , pendant qu'elles se trouvaient dans le Syphilicôme.

Chez une femme à qui on avait prescrit des sulfureux pour la gale, lorsque la syphilide dont elle était affectée n'avait pas encore complètement disparu, on vit l'affection cutanée reprendre un nouveau développement, et en éprouver une aggravation évidente (v. Obs. lxxviii.); mais elle ne tarda pas à disparaître à la suite de nouvelles inoculations, que l'on continua jusqu'à ce que la syphilisation fût complète.

En conséquence , ayant vu que la syphilis constitutionnelle ne se reproduisait pas chez les sujets syphilisés, malgré l'usage des bains sulfureux, j'en augurais bien pour la nouvelle méthode.

J'ai déduit des faits la réponse au sujet de la faculté curalive radicale de la syphilisation ; il me parait donc que les cas de syphilis constitutionnelle consécutive aux inoculations étant Irès-peu nombreux , je suis en droit d'en tirer un corollaire favorable. Aux arguments de faits , j'en ajouterai un autre que me suggèrent la logique el le bon-sens.

La présence du virus dans l'organisme des sujets affectés de syphilis constitutionnelle est évidente. Jusqu'à présent on administrait le mercure dont l'action est ignorée; mais il élail cependant prescrit dans la persuasion que cet agent neutralisait le virus. Dans le traitement par la syphilisation , on fait pénétrer dans l'économie une quantité considérable de virus ; celte nouvelle dose, ajoutée à celle qui existe déjà, et dont la présence s'est manifestée par des accidents syphilitiques , devrait néces-

sairemenl aggraver la maladie , ou au moins la laisser subsister. Eh bien ! à mesure que l'inoculation continuée de nouvelles doses de virus donne lieu à des chancres artificiels, on voit les accidens syphilitiques diminuer peu à peu pour disparaître bientôt complètement , l'état général de l'individu s'améliorer progressivement , les fonctions organiques se faire de nouveau physiologiquement, le sujet rentrer dans l'étal normal , et cet état persister encore depuis 1S ou 17 mois et même plus, sans qu'il se soit reproduit jusqu'ici le moindre symptôme de syphilis constitutionnelle. Mais je le demande , si la syphilisation n'avait pas neutralisé le virus existant , s'il n'en avait pas fait disparaître les traces sur l'organisme , pourquoi aurait-on vu tous ces symptômes syphilitiques s'évanouir peu à peu pour ne plus se reproduire? Pourquoi voit-on souvent la syphilis constitutionnelle récidiver après l'usage des mercuriaux , tandis que nous ne l'avons jamais vu reparaître lorsqu'elle avait été guérie par la syphilisation pratiquée régulièrement ?

Quiconque voudra peser ces raisons , sera obligé , je crois, de conclure avec moi qu'un phénomène qui donne desemblables résultats mérite d'être étudié.

§. ik.

La syphilisation étudiée comme moyen prophylactique de ta syphilis primitive.

L'élude de la syphilisation comme moyen prophylactique contre une nouvelle infection est une étude ardue , délicate et d'une haute importance. Dans le but de la rendre plus facile, je poserai une série de questions, dont la solution me paraît nécessaire si l'on veut porter un jugement sur la valeur prophylactique du traitement syphilisant.

Examinons ce que les faits nous apprennent à ce sujet.

1° L'immunité acquise par les inoculations existe-t-elle au même degré pour le virus porté artificiellement sous l'épidémie, et pour le virus déposé sur les organes génitaux dans les rapports sexuels ?

L'infection syphilitique se contracte presque toujours par le coït de la même manière que dans les inoculations. Le pus virulent est déposé sur différens points de la muqueuse des organes génitaux , et sur un espace assez considérable ; mais il ne donne ordinairement naissance au chancre que dans les points qui sont le plus sujets aux déchirures. J'ai porté plusieurs t'ois une grande quantité de pus virulent sur la muqueuse vulvo-vagino-urélro-anale,et je l'y ai laissée pendant plusieurs heures ; eh bien ! il n'a jamais donné lieu à des chancres, même sur des femmes non syphilisées , parce qu'il n'y existait pas de solution de continuité. Au contraire, si le pus virulent se trouve déposé sur une déchirure faite pendant l'acte sexuel ou dans quelques rapprochements antérieurs , il y produit le même elïet que le virus déposé sous Pépiderme au moyen de la lancette , c'est-à-dire qu'il donne naissance à un chancre.

Les fdles jeunes et qui se livrent à la prostitution depuis peu de temps , sont , à cause des conditions analomiques de leur vagin, fréquemment exposées à des déchirures vulvovaginalcs , et contractent à chaque instant de nouveaux chancres. Celles, au contraire, dont le vagin est très-di- Jaté , sont moins sujettes à cet inconvénient, et elles passent souvent des mois et des années sans contracter de nouvelles infections.

Les moyens capables de rendre les muqueuses des organes génitaux des deux sexes moins sujettes aux déchirures, sont les plus utiles des prophylactiques connus.

La récision du prépuce a été reconnue très utile non seulement pour entretenir la propreté du pénis , mais encore

COROLLAIRES. 61 l

pour préserver de l'infeclion vénérienne , en rendant les déchirures moins fréquenles dans les rapports sexuels.

Je ne nie donc pas la possibilité de l'absorption du virus par la muqueuse, dont les pores sont dilatés pendant le coït, sans qu'il y ait déchirure ; mais il me parait que dans la plupart des cas l'infection locale se fait par une véritable inoculation, et que le pus virulent, soit qu'on le porte sous l'épiderme avec l'aiguille , soit qu'il se dépose sur une petite plaie accidentelle des parties génitales , doit produire absolument le môme effet , parce qu'il se trouve sous l'influence des mêmes lois organiques.

Après avoir établi ce point d'analogie dans la genèse du chancre, il est évident que lorsqu'on a obtenu la non réceptivité du virus au moyen d'un grand nombre de chancres artificiels, cette précieuse propriété produite par la syphilisation s'étend à tout l'organisme, et empêche nécessairement que le pus virulent porté, pendant un coït, sur la muqueuse plus ou moins déchirée y produise le chancre.

2° Sera-t-il toujours possible d'obtenir une syphilisation complète?

Peut-on toujours obtenir la non réceptivité du virus syphilitique ? N'existc-t-il pas de sujets réfractaires à la syphilisation complète?

11 est impossible de résoudre d'une manière définitive une semblable question, car il faut un grand nombre de faits pour pouvoir y répondre d'une manière précise. Je mécontenterai donc d'exposer les inductions que mes observations à ce sujet paraissent me permettre de faire.

Lorsque dans les sujets que j'ai soumis à la syphilisation, le cours et la succession des inoculations ne furent interrompus par aucune complication , et que j'ai pu les continuer assez rapidement, j'ai toujours vu diminuer promptement la phlogose, l'extension et la durée des chancres artificiels, et

j'ai vu qu'après un espace de temps plus ou moins long, le* inoculations ne produisaient plus que des pustules abortivcs de peu de durée, et enfin que l'immunité était obtenue.

Malgré un nombre considérable d'inoculations , il m'esl arrivé dans quelques cas de ne pouvoir produire l'immunité parfaite ; mais l'apparition de petites pustules qui duraient à peine h ou 5 jours, et la disparition des symptômes de la syphilis constitutionnelle pour lesquels on avait eu recours aux inoculations, m'indiquaient que dans un grand nombre de ces cas, la syphilisation avait produit une modification salutaire dans l'organisme.

J'ai observé que l'on obtient plus rapidement et plus facilement la non réceptivité du virus syphilitique, lorsqu'on fait un grand nombre d'inoculations simultanées et successives à de courts intervalles. Alors on obtint à la vérité plus rapidement l'immunité, mais on ne put faire disparaître complètement la syphilis constitutionnelle, pareeque la quantité du virus absorbé par l'organisme pendant tout le cours de la syphilisation était probablement moins considérable. Cette observation me porte à croire que le traitement syphilisant ne doit peut-être pas ôtre poussé aussi activement lorsqu'il s'agit de traiter une affection syphilitique constitutionnelle, et qu'il ne faut pas se hâter de détruire dans l'organisme la réceptivité du virus vénérien dont l'absorption est encore nécessaire pour faire disparaître entièrement l'infection générale. En outre, il parait résulter d'autres observations que l'immunité obtenue par des chancres qui ne sont pas trop enflammés, et dont la période de virulence a été un peu longue, es' plus durable que lorsqu'elle a été produite par un grand nombre de petits chancres.

Il m'est arrivé dans quelques cas de ne pouvoir continuer les inoculations jusqu'à l'immunité , pareeque le sujet traité par la syphilisation . se voyant guéri de l'affection

ttt'l'ttir

COROLLAIRES. t)l3

vénérienne pour laquelle il s'était soumis aux inoculations, se refusait obstinément à les laisser continuer jusqu'à ce que la syphilisation fût complète.

Dans d'autres cas, j'observais que l'immunité obtenue après un certain nombre d'inoculations, ne se maintenait que pendant quelque temps, et qu'ensuite de nouvelles inoculalions donnaient naissance à de petites pustules qui prenaient même un certain développement, si on les inoculait sur un fond phlogislique. Mais il faut remarquer que les nouveaux chaneres eurent en général peu de développement et de durée, que l'on ne tarda pas à obtenir de nouveau des pustules abortives, et enfin la non réceptivité absolue.

A quoi doit-on attribuer une semblable irrégularité? Pourquoi faut-il chez quelques sujets un grand nombre de chancres artificiels, tandis qu'un petit nombre suffit chez d'autres ?

Pourquoi l'immunité absolue s'obtient-elle en peu de temps chez quelques uns, et lentement chez d'autres? Pourquoi des chancres inoculés simultanément en grand nombre et à de courts intervalles conduisent-ils rapidement le malade à la non réceptivité , sans que la syphilisation exerce complètement son action curative?

Je ne pourrais répondre actuellement à ces questions que -par des conjectures hypothétiques; j'aime donc mieux attendre que de nouveaux faits nous en aient donné la solution.

Quoiqu'il en soit, il me parait que l'on peut établir en fait, qu'au moyen d'un nombre variable de chancres artificiels, on peut toujours produire chez l'homme cet état singulier dans lequel son organisme ne ressent plus l'actioR nuisible du virus syphilitique introduit sous l'épidémie, mais que l'on obtiendra plus ou moins rapidement la non réceptivité et la guérison radicale de l'infection constitutionnelle, en suivant la méthode de syphilisation dont nous avons tracé les règles.

•il'l COROLLAIRES.

3° Est-il nécessaire d'être arrivé jusqu'à la non réceptivité du virus syphilitique pour ne plus contracter la vérole dans les rapports sexuels?

La manière identique de se produire des chancres artificiels et de ceux qui naissent sponlanément aux parties génitales prouve nécessairement que pour être sûrement à l'abri d'infections nouvelles, l'individu doit être syphilisé complètement. Mais lorsqu'on est près d'obtenir la non réceptivité, les dernières inoculations ne sont suivies que de pustules abortives de peu de durée, ce qui démontre que la faculté de contracter de nouvelles infections est presque perdue.

Il est donc probable qu'un individu en partie syphilisé , ne sera plus aussi sujet à ressentir les effets du virus, qu'il sera moins exposé à une nouvelle infection, et que, si le virus produisait encore sur lui ses effets, il n'aurait plus que de petits chancres, ou des pustules abortives de peu de durée.

Je rapporterai plus loin quelques faits qui paraissent confirmer cette opinion.

h° L'immunité absolue produite par la sypkilisation sera-t-elfe permanente ou temporaire?

J'ai fait de nouvelles inoculations sur deux femmes (v. Observ. xxviu et xxxn) qui étaient encore à l'Hôpital pour des chancres chroniques vulvo-vaginaux : chez la première neuf mois après avoir obtenu la non réceptivité du virus , elles produisirent de petites pustules abortives qui se desséchèrent en dix jours ; et chez la seconde deux mois et demi après la dernière inoculation infructueuse, il en résulta de petits chancres, qui s'étendirent de deux ou trois millim., et durèrent vingt-trois jours. A la vue du développement qu'ils prenaient, on répéta les inoculations, et l'on ne tarda pas à obtenir l'immunité parfaite, après avoir fait développer encore quelques pustules abortives.

Chez une autre (». Obs. i), qui esl encore à l'Hôpital en qualité d'infirmière , des inoculations faites quatre mois après qu'elle eût été syphilisée, ne produisirent aucun effet.

On fit à deux reprises la même expérience sur la femme qui fait le sujet de l'Observation li, quatre mois après qu'elle fut sortie syphilisée de l'Hôpital : la première fois, il se développa une papule éphémère, et la seconde fois, six piqûres donnèrent lieu à trois pustules dont deux guérirent en cinq jours, et la troisième en huit. Sur la fin de la syphilisation, cette femme était tellement réfraclaire à l'action du virus, que l'application continuée pendant plusieurs jours de suite de pus virulent, sur une plaie vulvaire récente ne donna plus lieu à aucune manifestation syphilitique.

Je fis également de nouvelles inoculations sur les trois filles qui furent atteintes de syphilis constitutionnelle (v. Observ. îv, xxxiu et lui), chez une desquelles la syphilisation avait été complète, et chez les deux autres, incomplète, afin de voir si l'immunité persistait encore entièrement, ou seulement en partie, et dans le but de chercher dans de nouveaux chancres artificiels un remède à l'infection générale qui venait de se manifester. Chez toutes les trois, il ne se développa que de petits chancres et des pustules abortives, à la suite desquelles la syphilide disparut. Il faut remarquer que dans les deux derniers cas, les chancres, que l'on avait obtenus pendant la première syphilisation, avaient été trèsvastes.

On pourrait déduire de tous ces faits que la non réceptivité absolue n'est pas permanente , et qu'après un certain espace de temps, variable suivant les différens individus, le virus porté sous l'épiderme est de nouveau susceptible d'y produire une action irritante , et d'y déterminer une phlogose spécifique, mais superficielle et de peu de durée.

Mais revenons à l'examen des faits.

Sur 9k sujets plus ou moins complètement syphilisès, 45 rentrèreut au Syphilicôme, ou furent reconnus malades hors de l'Hôpital; mais chez un grand nombre d'entre eux il ne s'agissait pas d'affection syphilitique.

De ces ko, au nombre desquels quelques uns rentrèrent à plusieurs reprises au Syphilicôme , HO avaient été guéris simplement par la syphilisation , deux par la syphilisation à laquelle on avait associé l'iodure de potassium , et trois par la syphilisation et un traitement iodico-mercuriel.

Dix avaient contracté de nouveaux chancres ; mais il faut remarquer, 1° que de ce nombre sont les sujets des Obs. v, xxiv, xxxv et lxxxvi, chez lesquels la syphilisation fut abandonnée lorsqu'il se développait encore des chancres artificiels d'une certaine étendue; 2° que ceux des Observ. xui et lxxxviii, se trouvent dans le même cas, parce que chez eux la syphilisation ne fut pas complète; car les dernières inoculations donnèrent encore de petites pustules; 3° que les trois, qui font le sujet des Observations iv, xxxix et l, eurent des chancres de courte durée, que l'on pourrait considérer comme de petites pustules semblables à celles que l'on observe sur la fin de la syphilisation; U° que chez une, Observ. xlvu , il existait à la vérité un chancre un peu étendu , mais qu'il s'était développé à la suite d'une vaste déchirure à l'oriflce vaginal ; 5° qu'aucune des femmes syphilisées n'a contracté une seconde fois des chancres, quoiqu'elles soient constamment exposées à être infectées; 6° enfin , que tous ces nouveaux chancres se cicatrisèrent avec de simples moyens locaux , et qu'ils ne furent pas jusqu'à présent suivi de symptômes de syphilis constitutionnelle.

Une prostituée rentra deux fois avec des excroissances vulvaires ; quatre autres se présentèrent une fois avec ce même symptôme. On récisa profondément et on cautérisa ensuite ces excroissances ; elles ne se sont pas reproduites

jusqu'à présent. Afin d'éviler des répétitions inutiles, je prie le lecteur de lire ce que j'ai écrit au sujet des excroissances (page 57k et suiv.).

On observa une fois la blennorrhagie urétrale , sur une femme syphilisée (Observ. lui), une année après le traitement syphilisant ; elle était probablement syphilitique , soit à cause de la présence d'un chancre endo-urétral, soit qu'elle provînt de l'introduction du pus de tubercules muqueux dans l'urètre {y. page 578 et suiv.).

Le sujet syphilisé par M. le docteur Zelaschi, et dont il m'a permis de publier l'histoire (Observ. lxix), contracta également un écoulement urétral à la suite d'abus de spiritueux et de femmes; mais cette blennorrhagie disparut rapidement avec de simples moyens locaux, et ne doit être considérée que comme une urétrite traumatique. Il jouit du reste d'une santé excellente; il ne s'est manifesté chez lui aucun symptôme d'infection générale, et quoiqu'il s'expose souvent à contracter de nouvelles infections, il n'a jamais plus eu de chancres.

J'ai mis au nombre des infections douteuses dix cas, dont quelques uns auraient pu , sans crainte de commettre une erreur, être considérés comme de simples déchirures. Mais comme j'ai cru devoir les présenter comme des infections douteuses, je ferai observer : 1° que les ulcères, dont étaient affectées les filles des Observations v, xvu, xxi , xxxni et lvi, offraient à la vérité quelques uns des caractères analomiques des chancres , mais que le pus qu'il sécrétaient , ayant été inoculé sur des femmes non syphilisées , ne donna pas lieu au chancre ; 2° que je n'eus pas occasion d'examiner les ulcérations des filles (Observ. iv, xvi et xci), dont le pus ne fut pas inoculé , et qui se cicatrisèrent en peu de jours ; 5° que le pus de l'ulcération que portait la fille S. (Observ . xvm) et qui n'avait aucun caractère

spécifique, ayanl été par inadvcrlence inoculé sur une femme presque syphilisée, ne produisit aucun effet; mais je ne puis dire si ce résultat dépendait de ce que le pus n'était plus virulent, ou du degré de syphilisation du sujet sur lequel on l'inocula ; h° que les abcès inguino-pubiens non virulens qui se manifestèrent chez la fille R. (Obseiv. xui), à la suite de courses pénibles, doivent être attribués à une cause rhumatismale, et non pas à une cause syphilitique, car ils n'avaient pas été précédés de chancres, el guérirent en peu de jours.

Vingt-sept femmes rentrèrent à l'Hôpital pour des déchirures vulvo-vaginales; sur ce nombre, 16 y furent renvoyées une seule fois, 6 deux fois, 5 trois fois, 1 quatre el 1 sept fois, ce qui donne un total de ^8 rentrées pour des déchirures. Chez ces dernières , la cause pour laquelle elles rentrèrent si souvent, tenait à une conformation anatomique particulière des parties génitales, dont nous avons parlé dans chacune de ces Observations. Le diagnostic de toutes ces déchirures fut porté d'après les caractères analomiques qu'elles présentaient, l'étude assidue de la marche qu'elles suivirent, et l'insuccès des inoculations de la matière que fournissait la surface ulcérée, sur des femmes non syphilisées, ou sur des prostituées déjà en partie syphilisées , mais sur lesquelles l'inoculation du pus de chancres en voie de progrès donnait encore lieu à la pustule syphilitique.

MM. Parent-Duchàtelet, Ricord et quelques autres syphilographes distingués nous avaient déjà avertis de la difficulté que l'on trouve quelquefois à faire un diagnostic différentiel entre les déchirures et les chancres. Voici ce que dit à ce sujet M. Baumes dans son Précis sur les maladies vénériennes ; seconde partie, page 220 : —

« Il faut prendre garde de confondre les déchirures qui peuvent s'effectuer vers les caroncules myrliformes, par l'acte du coït, avec les chancres primitifs. L'aspect de l'ulcère ne

suffit pas toujours pour établir celte distinction, et si ce n'était la possibilité d'inoculer le pus, on serait fort embarrassé dans quelques cas où il importerait de se prononcer sur la nature de l'affection » .

Persuadé, comme je l'étais, de la vérité de ce fait, j'ai toujours inoculé le pus des ulcérations pour lesquelles les syphilisées rentrèrent à l'Hôpital, et j'ai toujours fait ces inoculations à plusieurs reprises et avec la prudence voulue. Dans neuf des dix cas de cbancres, dont j'ai parlé plus haut, l'inoculation d'unequanlité minime du pus qu'ils produisaient, faite sur d'autres femmes, suffit toujours pour donner naissance à autant de pustules syphilitiques; les deux premières inoculations, faites avec le pus de l'autre fille (Obs. xlviii), furent infructueuses parce que ce pus était mêlé à du sang menstruel ; mais la troisième, que l'on fit lorsque la menstruation eut cessé, donna des résultats positifs; on crut devoir tenter celte nouvelle inoculation parce que l'ulcère avait toujours l'aspect virulent. Je parle de cette circonstance, afin que l'on soit convaincu que le diagnostic de déchirures qu'on avait porté pour les US autres cas de rentrées, fut confirmé par l'insuccès des inoculations que l'on fit sur d'autres femmes, avec le pus qu'elles sécrétaient. La matière purulente n'ayant jamais été mêlée à d'autres substances , et ayant été recueillie en quantité suffisante pour en charger la pointe de la lancette (parce que, je le répète, lorsque le pus est virulent , il suffit d'une quantité si minime qu'elle soit), je suis convaincu que l'inutilité de ces tentatives prouve clairement que nous n'avions à traiter que de simples déchirures.

Mais, m'objectera- t-on, le pus de ces ulcérations n'était plus virulent, parce qu'elles avaient déjà dépassé la période de virulence. Je répondrai: 1° que l'on nota comme douteux les ulcères qui avaient quelque apparence de chancres,

quoique l'inoculation du pus qu'ils sécrétaient, eùl été infructueuse; 2° que les prostituées syphilisées, qui rentrèrent au Syphilicôme, étaient soumises à la visite hebdomadaire: on les y renvoyait donc aussitôt que les Inspecteurs sanitaires les reconnaissent affectées de quelque symptôme certain ou même douteux d'une nouvelle infection.

En conséquence, ces ulcérations que nous avons qualifiées de déchirures après l'inutilité des inoculations, se seraient toujours trouvées clans la période de progrès, si elles avaient été virulentes. Ces 27 femmes habitaient dans des maisons publiques où elles sont continuellement exposées à de nouvelles infections: en effet, leurs compagnes qui ne sont pas syphilisées, y contractent fréquemment des chancres à la suite de lacérations, ainsi qu'il consle des registres de l'Hôpital. Celles là, au contraire , furent à la vérité sujettes à des déchirures fréquentes, comme les autres filles non syphilisées, à cause de l'abus des rapports sexuels; mais quoiqu'il soit probable que ces déchirures aient été aussi mises en contact avec du pus virulent , on ne les vit cependant jamais devenir virulentes.

Il me parait que cet argument doit être d'un grand poids en faveur de la faculté prophylactique de la syphilisatiori ; car si l'immunité produite par les chancres artificiels avait été détruite par le temps, la plupart de ces déchirures vulvaires, sinon toutes, [se seraient changées en de véritables chancres.

On observa sur quatre syphilisées qui rentrèrent au Syphilicôme , un abcès vulvaire , qui ne présentait rien de spécifique.

Enfin , neuf y furent renvoyées pour la gale , dix pour des catarrhes utérins ou d'autres affections non syphilitiques. Leur séjour dans l'Hôpital fut de courte durée , car chez quelques-unes l'écoulement calarrhal ne consistait qu'en un

peu de suintement , c'est pourquoi je n'en ai pas même parlé dans les Observations. Le tableau statistique qui se trouve après les faits démontrera que quelques unes de ces kb filles rentrèrent plusieurs fois à l'Hôpital, tantôt pour une maladie, tantôt pour une autre. Si à ces U5, on ajoute les trois femmes qui furent renvoyées à l'Hôpital pour des symptômes de syphilis constitutionnelle , et dont nous avons parlé dans le paragraphe précédent relatif à la faculté curative de la syphilisation , on aura le nombre précis des sujets plus ou moins syphilisés qui rentrèrent à l'Hôpital , et sur lesquels on observa quelques lésions aux organes de la génération.

Je crois devoir ajouter ici la considération suivante.

L'Hôpital des vénériens de Turin est le seul qui soit destiné au traitement des femmes atteintes de maladies syphilitiques; on y reçoit en conséquence toutes les prostituées qui sont reconnues affectées de symptômes vénériens ou de la gale, soit dans celte ville , soit dans les provinces. A ma prière , le bureau de la Questure surveilla d'une manière particulière les filles syphilisées. Je me suis adressé publiquement (I)

(1) Lettre au sujet de la syphilisation, adressée à MM. les Docteurs en Médecine et en Chirurgie , et publiée dans le — Giornale délia R. Accudemia Médico-Cliirurgica di Torirto , — dans la Gazzetta deU'Associariow Msdica , — et dans la Gazzetta Medica Italiana — ■ Stati Sardi.

Honorables Confrères ,

Lorsque le 23 mai 18^1 , j'annonçais à notre Académie Médico-Chirurgicale les premiers résultats que j'avais obtenus des expériences sur la syphilisation , je disais : « Les femmes svphilisées, qui ont perdu la « faculté de contracter un° nouvelle infection , conserveront-elles tou- « jours cette singulière prérogative , ou bien cette immunité ne durera- « t-elle qu'Un certain temps? La guérison des Symptômes primitifs et « secondaires sera-t-elle radicale et permanente ? Le temps seul et le* « faits scrupuleusement observés pourront résoudre une question aussi « grave » .

Maintenant que doivent être publiés les nombreux faits qui ont été soigneusement examinés pendant neuf mois par la Commission Académique,

et en particulier aux Docteurs chargés de l'inspection sanitaire des prostiluées , aux Médecins des hôpitaux dans lesquels entrent quelquefois ces femmes lorsqu'elles sont affectées de maladies qui n'ont rien de spécifique , et à lous

et pendant une année par moi-même , je désire pouvoir raconter le plus exactement possible les effets médiats et immédiats que j'ai obtenus des expériences de syphilisation , afin que les observations que je rapporte pufssent servir à résoudre les principales questions soulevées par ce nouveau traitement. Je m'adresse dune à tous mes Confrères , aux Médecins des hôpitaux , et aux Docteurs des provinces , dans l'espoir qu'ils voudront , dans l'intérêt de la science et de l'humanité , concourir à faire obtenir ce résultat , en accueillant favorablement la prière que je me permets de leur faire.

Parmi le grand nombre de femmes qui ont été guéries d'infections vénériennes par la syphilisation , quelques unes habitent Turin, où elles sont sujettes à une visite hebdomadaire ; mais quelques autres sont allées dans la province , et c'est sur celles-là spécialement que j'appelle l'attention des praticiens, afin que, s'ils les trouvent affectées de quelques symptômes primitifs ou constitutionnels , ils ne leur administrent pas le. mercure sans une néecs^té absolue , mais qu'ils les renvoient au Syphilicôme de Turin , ou au moins qu'ils m'en fassent part. Alors, au moyen d'un ordre de la Questure, on les fera transférer au Syphilicôme, où je pourrai les examiner avec la Commission Académique, afin d'apprécier d'une manière positive quels sont les avantages que l'on peut espérer de la syphilisation.

Lorsqu'une fille soumise à un nombre d'inoculations suffisantes pour l'aire croire qu'elle est syphilisée complètement , sera atteinte d'une nouvelle infection , je prie le Confrère qui la traitera, supposé qu'il lui soit impossible de la renvoyer à Turin , de vouloir bien me tenir au courant du diagnostic précis de cette maladie, et du traitement qu'il lui aura fait suivre, surtout s'il a jugé à propos de lui administrer des mercuriaux.

On ne doit cependant pas considérer comme syphilisées les femmes sur lesquelles on n'observe que quelques cicatrices sur les cuisses , l'abdomen ou le thorax , pareeque — 1° ce ne sont quelquefois que des inoculations expérimentales pratiquées les années précédentes ; — 2° chez d'autres on dut abandonner la syphilisation et recourir aux mercuriaux après quelques piqûres , soit à cause de l'indocilité de la malade , soit à cause d'affections graves qui vinrent compliquer la syphilisation ; — 5° quoique le nombre des inoculations soit différent suivant les conditions individuelles et le degré de syphilisme , il faut cependant toujours qu'il en existe un nombre un peu considérable pour obtenir une syphilisation complète ou presque complète.

Turin , 31 mars 1852.

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