C. Sperin'o
ceux enfin qui ont à cœur le progrès de la science et le bonheur de l'humanité. Je les priais de renvoyer aussitôt dans le Syphilicôme les femmes syphilisées chez lesquelles ils reconnaîtraient quelque symptôme de syphilis primitive ou constitutionnelle. Plusieurs Confrères eurent l'obligeance de m'aider dans ces études ; et quelques unes des syphilisées qui rentrèrent à l'Hôpital , y furent renvoyées par des Docteurs de la province , aussitôt qu'ils les eurent reconnues affectées de quelque symptôme même douteux d'infection vénérienne.
J'ai donc lieu de croire que tous les Confrères , connaissant que la syphilisalion était étudiée simultanément par moi et par la Commission Académique dans le Syphilicôme de Turin , et appiéciant toute l'importance de ce travail , auraient certainement concouru à le rendre facile et exact, en me donnant des renseignements sur les personnes syphilisées qu'ils auraient reconnues être atteintes de nouveaux symptômes vénériens. Enfin , j'ajouterai que presque toutes les femmes qui ont été syphilisées sont soumises à une visite sanitaire hebdomadaire ; et que je puis presque assurer que toutes les syphilisées chez lesquelles il s'est manifesté quelque symptôme de maladie vénérienne , ont été renvoyées à l'Hôpital.
S0 Pourquoi dans quelques cas l'immunité absolue ne fut elle pas permanente ?
11 est impossible de donner actuellement une réponse satisfaisante à celle question. Quelques unes de celles qui contractèrent de nouveaux chancres, et celle qui fut atteinte d'une blennorrhagie , n'avaient pas été syphilisées complètement. Plusieurs d'entre elles avaient été saignées à plusieurs reprises avant de contracter une nouvelle infection. Chez d'autres , les chancres artificiels avaient été petits et peut-être la quantité du virus absorbé avait-elle été insuffisante pour déterminer une immunité complète.
62't COROLLAIRES.
En conséquence, comme nous ignorons le molif pour lequel les effets de la vaccination ne sont pas permanens chez quelques individus , de même je ne puis me rendre raison du motif pour lequel la non réceptivité du virus vénérien ne fut point permanente chez quelques syphilisées.
6° Les inoculations que l'on avait faites dé ter minèrentelles quelques modifications sur les nouvelles infections?
Les chancres contractés jusqu'à présent par les syphilisées eurent en général peu d'extension et une durée trèscourte.
La récision d'une caroncule voisine d'un ulcère, Obs. l, et de la commissure postérieure, lorsqu'il existait un petit chancre à la fosse naviculaire, Obs. lxxsviu, ne fut suivie d'aucun chancre dans ces deux cas, et les plaies ne tardèrent pas à se cicatriser. 11 paraîtrait résulter de ces faits, que si chez ces filles la faculté absolue de prévenir une nouvelle infection n'existe plus, il se maintient toujours un certain degré d'immunité qui empêche les chancres, qui pourraient se développer, de prendre une grande extension, en morne temps qu'il rend plus difficile l'apparition de nouveaux chancres sur le môme sujet.
Les ulcérations, qui eurent dans six cas une durée un peu longue, n'étaient plus virulentes ; elles n'étaient probablement que des ulcères chroniques produits par de larges déchirures, et entretenus par des conditions locales.
Je n'ai jamais observé jusqu'à présent deux fois , trois fois de suite des chancres sur la même syphilisée, comme cela se voit tous les jours chez les autres prostituées.
Il me parait donc que si une nouvelle infection ne se manifeste pas aussi facilement et aussi souvent chez un sujet syphilisé, que chez un autre, cela provient d'un certain degré d'immunité qui se maintient encore en lui; et que si cette immunité se perd en partie , les nouveaux chancres
que contracterait le sujet syphilisé, déterminaient de nouveau chez lui, du moins pour quelque temps, cet état singulier dans lequel le pus virulent ne produit plus son effet.
Cela posé , il en résulte , que quoiqu'on ait vu dans quelques cas diminuer un peu la non réceptivité absolue du virus, cependant la courte durée de la période de virulence des nouveaux chancres chez des personnes fréquemment exposées à d'autres infections, diminuant les chances de communiquer ce virus, serait d'un grand avantage pour la société, quand même l'immunité absolue ne serait que momentanée.
Afin de prouver que la syphilisation a déjà produit un certain effet, comme moyen prophylactique, surtout en abrégeant, pour les syphilisées qui rentrent à l'Hôpital, la durée de leur séjour, qui fut beaucoup moins long que celui des autres prostituées, j'insère ici un tableau statistique qui prouvera que les syphilisées et l'Hôpital n'ont eu qu'à se louer de la Syphilisation.