NOMBRE DES MALADES
qui se trouvaient dans le Syphilicôme le 1«
Mars
Mai
(I) Il faut remarquer que ce ne fut qu'après la moitié île 1851 les femmes syphilisées commencèrent à sortir de l'Hôpital.
que
État démonstratif des journées de séjour des femmes malades dans le Syphilicùme pendant les années 1 850, -1851 et 1852.
1850 du 1er janvier au 51 décembre, journées 80,477
1851 id. id. » 66,194
1852 id. id. » 43,826
1850 journées 80,477
Différence en moins 14,283
1851 journées 66,194
Différence en moins 22,368
1850 journées 80,477 1852 » 43,826
Différence en moins 36,651.
Les journées coûtent à peu près un franc chacune , y compris la nourriture et les remèdes; la dépense de l'Hôpital aurait été :
en 1851 moindre qu'en 1850 de 14,283 en 1852 » id. 36,651
Total en moins pour les deux ans 50,934.
Un résultat si favorable, malgré l'augmentation de la population de notre royaume, surtout de Turin, et conséquemment des prostituées, est dû en partie à la syphilisalion ; mais je l'attribue aussi en grande partie à ce que depuis que j'ai étudié la syphilisation, j'ai appris à limiter
toujours davantage l'emploi des mercuriaux aux cas de syphilis constitutionnelle que je ne pouvais pas traiter par la syphilisation; aussi j'observais bien plus rarement depuis lors ces gastro-entérites, ces diarrhées qui étaient si graves et si fréquentes ces années passées dans le Syphilicôme, et y retenaient si longtemps les malades.
7° Ne serait-il pas nécessaire de faire quelques nouvelles inoculations sur les prostituées chez lesquelles l'immunité n'est pas permanente ?
L'apparition de quelques pustules abortives sur des sujets syphilisés n'indique pas qu'ils aient perdu l'immunité : — en effet, ne voit-on pas des individus vaccinés, qui quoique se trouvant fréquemment en contact avec des malades atteints de la petite-vérole, sont à l'abri de cette infection, mais à la suite de nouvelles inoculations de vaccin contractent quelquefois encore des pustules abortives? J'ai vu moi-même ce fait ; et cependant on ne nie pas les bons effets de l'inoculation du vaccin. Il parait que l'immunité acquise par une syphilisation plus ou moins complète chez des sujets qui y ont été soumis depuis une année et plus, n'a pas été entièrement détruite, car les chancres produits par de nouvelles inoculations ont été petits, superficiels et de peu de durée. On pourrait donc recourir avantageusement de nouveau à la syphilisation chez les prostituées qui rentrent à l'Hôpital avec une nouvelle infection.
Un fait, Observ. xlviii, vient à l'appui de ce que j'avance.
JOSÉPHINE M. sortie de l'Hôpital presque syphilisée le 7 septembre 1851, y rentra le 25 octobre de la même année, pour un chancre suivi d'un bubon inguinal non virulent.
Pendant le temps qu'elle dut rester à l'Hôpital pour obtenir la guérison de son chancre, je lui fis un grand nombre d'inoculations qui donnèrent lieu à de petits chancres bientôt suivis de pustules abortives. Elle sortit le 8 février
1852, quoique dans celte syphilisation nouvelle on n'eût pas encore obtenu l'immunité parfaite ; cependant, depuis lors, elle continua la prostitution, et elle n'a pas encore été renvoyée à l'Hôpital.
Quoiqu'on ait reconnu que la vaccine ne préserve pas d'une manière absolue et permanente d'une nouvelle infection, cependant on n'en n'a pas abandonné la pratique; au contraire , les Médecins et les Gouvernements ont conseillé la revaccination. Ne serait-il donc pas prudent de tenter une nouvelle série d'expériences afin de s'assurer si, avec quelques nouvelles inoculations sur des prostituées déjà sypliilisées et atteintes d'une autre infection, on ne pourrait pas maintenir chez elles d'une manière absolue et permanente la non réceptivité du virus syphilitique, qui serait d'une si grande utilité pour ces femmes et pour la société?
Il me semble que la réponse ne peut être qu'affirmative.
Les études que j'ai faites sur la syphilisation m'ont fait voir que la faculté prophylactique est permanente chez quelques sujets et temporaire chez d'autres; mais que dans ces derniers cas, elle ne fut que diminuée, et qu'en conséquence, même au point de vue prophylactique, la syphilisation mérite d'être étudiée.
Effets des préparations d'iode administrées avant et pendant la cure syphilisante.
On voit par les Observations que dans un cas on avait déjà administré quelques doses d'iodure de potassium quelques temps avant de commencer la syphilisation, dans sept, on le prescrivit pendant le traitement, mais lorsqu'il était déjà assez avancé , dans trois on le donna quelque temps après afin d'améliorer l'état général de l'organisme, quoi-
qu'ils ne fussent atteiwls d'aucun symplôme d'infeclion générale ; on le prescrivit également dans les cas où l'on avait eu recours postérieurement aux mercuriaux ; on administra le prolo-iodure de fer à deux individus; et dans quelques cas de chancres chroniques rebelles à tous les moyens que l'on avait mis en usage, on eut recours à la teinture alcoolique d'iode comme moyen local.
Devra-t-on dans ces cas attribuer la guérison radicale de la syphilis à l'iodure de potassium ou à la syphilisation?
Examinons rapidement la valeur thérapeutique de ces remèdes dans le traitement de la syphilis, et leurs effets relativement à la syphilisation.
En 1822, un médecin italien distingué, le prof. Brera, avait déjà préconisé l'usage de quelques préparations d'iode dans le traitement dès congestions et des indurations gan glionnaires qui ont une origine scrofuleuse-syphilitique, ou simplement syphilitique; mais c'est surtout aux études cliniques de MM. Williams, Wallace, Clendinning, Tyrrel et Bullock, médecins anglais, que nous sommes redevables d'avoir enrichi notre pharmacopée d'un moyen thérapeutique aussi puissant dans le traitement de la syphilis constitutionnelle.
Les effets admirables qu'il produisit dans quelques lésions secondaires, déterminèrent aussitôt chez plusieurs médecins une confiance aveugle dans cette préparation, et ils le proclamèrent comme le meilleur remède contre les symptômes vénériens qu'ils appellent tertiaires.
La réputation de l'iodure de potassium a subi elle aussi toutes les phases des nouveaux remèdes : accueilli avec enthousiasme par un grand nombre de praticiens, considéré comme inefficace par d'autres, il fut accepté par quelques uns comme le principal moyen thérapeutique contre la syphilis, et d'autres qui s'empressèrent de publier leur ma-
nière de voir appuyée seulement sur la guérison récente de quelques lésions secondaires, le proclamèrent comme le véritable spécifique contre la syphilis, c'est-à-dire qu'ils lui attribuèrent la propriété de guérir radicalement l'infection vénérienne.
L'expérience, ce grand arbitre des études cliniques, vint faire la part de toutes ces exagérations, et nous enseigna que si l'iodure de potassium , par son action résolutive , guérit les lésions syphilitiques ou non du système osseux, les ulcères secondaires et autres symptômes syphilitiques de cette nature, les guérisons des maladies syphilitiques constitutionnelles qui n'avaient été obtenues qu'au moyen de l'iodure de potassium, n'étaient que momentanées, et nullement radicales ; qu'on doit le considérer comme un auxiliaire puissant dans le traitement de ces affections, mais que le seul remède qui eût jusqu'à présent le droit d'être appelé vraiment spécifique dans le traitement de la syphilis, était le mercure et ses préparations.
La Chimie organique vint à l'appui des observations, en nous révélant le motif pour lequel cet agent thérapeutique, dont l'action immédiate est d'une si grande utilité, ne peut exercer ses effets d'une manière permanente, et pour lequel il est incapable de détruire absolument, et de neutraliser le virus syphilitique.
« L'iodure de potassium, ce sont les paroles de l'illustre Liebig, le sulfo-cyanure et le ferro-cyanure de potassium, ainsi que tous les sels à base alcaline en général, administrés à l'intérieur ou à l'extérieur, aux hommes et aux animaux, sous forme de dilution, se retrouvent en nature dans le sang, la sueur, le chyle, la bile, les veines spléniques, et sont tous, sans exception, éliminés par les urines.
« Chacune de ces substances prise isolément, occasionne une perturbation dans l'organisme, et toutes indistinctement
exercent une action thérapeutique, mais elles ne subissent aucune décomposition dans leur passage au milieu de l'organisme, ou si elles entrent dans quelques combinaisons avec les élémens organiques, elle ne peut être durable, car leur réapparition dans l'urine prouve que l'activité vitale a détruit cette combinaison ».
M. Wallace avait déjà observé que ce remède est bientôt éliminé de l'organisme, et que peu de jours après qu'on en avait cessé l'usage, il n'en restait plus de traces dans les urines; M. le docteur Scharlau, qui a fait un grand nombre d'expériences à ce sujet, assure que l'on retrouve constamment dans les urines la même quantité d'iodure de potassium qu'on a administré, et qu'il n'est pas décomposé.
MM. Grassi et Dorvault, à la suite d'expériences hématologiques faites sur les sujets qui ont été soumis au traitement par l'iodure de potassium, ont été conduits aux résultats suivants : il augmente d'une manière remarquable la quantité des globules du sang, et en diminue l'albumine. C'est probablement à cette propriété particulière que l'on doit attribuer l'amélioration rapide qu'il détermine dans l'organisme pendant qu'on en fait usage.
Le peu de temps qu'il passe dans l'organisme, la rapidité avec laquelle il est éliminé du corps par les divers émonctoires, ainsi qu'il résulte de l'expérience journalière, nous rendent facilement raison du motif pour lequel des individus à qui on l'administre pendant des mois et des années à de fortes doses, et en allant progressivement en les augmentant, jouissent à la vérité d'une bonne santé pendant qu'ils se trouvent sous son influence, mais sont de nouveau affectés de symptômes généraux dès qu'on en cesse l'usage, et obligés d'avoir ensuite recours aux mercuriaux pour en être délivrés radicalement. Je pourrais citer un grand nombre de faits dans lesquels l'iodure de potassium administré pen-
danl longtemps à plusieurs reprises, et à des doses différentes, fil constamment disparaître des symptômes constitutionnels qui se manifestaient pour la quatrième et la cinquième fois, et sur lesquels il n'avait jamais exercé qu'une action palliative.
Mais je préfère appuyer mon opinion sur des observations rapportées par d'autres Confrères.
« Potassa hydriodica, syphilidem secundariam, aliis re- « mediis non lentalam, nunquam perfecte sanat sola. Post « abusum mercurii potassa bydriodica est remedium pretio- « sum, sed tune etiam provisoria ratione symplomata miti- « gat ». (Lettre particulière du prof. Sigmund).
« La syphilis tertiaire n'est pas en effet , tant s'en faut (Diday — Gazette Médicale de Paris 18^9 — p. 776), une maladie qui guérisse constamment, et qui guérisse sans retour. Dans beaucoup de cas, l'iodure de potassium, tant et si justement vanté, est bien plus son palliatif que son antidote. On voit dans tous les Hôpitaux spéciaux un certain nombre de ces malheureux venir presque régulièrement chaque printemps chercher un nouveau soulagement à leurs maux. Promptement rendus à la santé, ils ne sont pas pour cela exempts de récidives; et ce qu'il y a de remarquable, c'est que ni la durée du traitement, ni les doses élevées du remède ne peuvent changer cette guérison pour un temps en guérison radicale et définitive. J'en ai observé un exemple aussi curieux que probant chez un tertiaire que je retins six ou huit mois de suite en traitement par l'iodure de potassium porté dans les derniers temps à la dose énorme de 56 gram. par jour.
« Ce brave homme (Jean Baptiste Mar) affecté de symptômes tertiaires les mieux caractérisés, est entré à l'hospice de l'Antiquaille à quatre reprises différentes dans l'espace de quatre ans et demi. Il y a été gardé la première fois huit
mois, six jours; la seconde, trois mois, douze jours; la troisième, cinq mois, vingt-huit jours; la quatrième six mois , quinze jours : en tout vingt-quatre mois , pendant quatre ans et demi, ont été consacrés à un traitement par l'iodure de potassium porté à une dose qui paraîtrait effrayante à beaucoup de praticiens. El cependant des récidives ont eu lieu ! »
M. Berlherand, en parlant de l'iodure de potassium s'exprime ainsi : « Il n'a aucune propriété antisyphilitique, mais il peut être d'une très-grande utilité pour relever une constitution affaiblie par l'infection vénérienne, et par des traitemCns trop énergiques » .
Je n'oserais pas affirmer avec M. Bertherand que l'iodure de potassium ne jouit d'aucune propriété anlisyphilitique, pareequ'on voit une foule d'accidens vénériens secondaires céder plus facilement à l'iodure de potassium qu'au mercure, mais je suis obligé d'avouer que je n'ai jamais obtenu de guérisons radicales par ce remède seul. Aussi, lorsque j'ai obtenu une amélioration dans l'affection syphilitique au moyen de l'iodure de potassium, je recours ensuite aux mercuriaux. pour compléter le traitement, et obtenir une guérison durable. Il me paraît même avoir observé depuis quelque temps, que les cas de récidive ont été plus fréquens chez les sujets que j'avais traités simultanément par le mercure et l'iodure de potassium, ce qui me fit naître le doute que l'iodure de potassium par suite de la propriété, qu'il possède au plus haut degré, de déterminer une plus prompte reproduction des matériaux organiques, et en môme temps d'être rapidement éliminé de l'économie, chasse en même temps trop rapidement le mercure de l'économie; il empêche ainsi que ce médicament ne séjourne assez longtemps dans l'organisme, et qu'il ne s'y trouve en quantité suffisante pour pouvoir détruire les effets du virus syphilitique.