‹ La syphilisation étudiée comme méthode curative et comme moyen prophylactique des maladies vénériennesChapitre 77 sur 90 · C0R0LL1TRES · texte numérisé non relu

C0R0LL1TRES

Effets du traitement mercuriel avant et après les inoculations syphilitiques.

Chez les individus qui portaient des chancres vastes et anciens, qui avaient par conséquent produit un certain degré de syphilisation spontanée, les mercuriaux administrés avant les inoculations n'en ont pas détruit l'effet syphilisant (v. Observ. iv). En effet , les chancres artificiels , môme les premiers, furent presque toujours peu étendus.

Celte observation me fait espérer que les mercuriaux administrés pour faire disparaître entièrement les symptômes syphilitiques qui avaient résisté aux inoculations, n'auront pas détruit le degré d'immunité produit par les chancres artificiels. D'ailleurs cette opinion que j'émets est confirmée par des faits. Jusqu'à présent, aucun des individus soumis à la syphilisation , et traités ensuite par le mercure, n'a contracté de nouvelle infection.

Chez huit sujets affectés de syphilis constitutionnelle, des circonstances particulières m'ont forcé d'abandonner la cure syphilisante, pour recourir aux mercuriaux. J'aurais peutêtre pu obtenir chez quelques uns d'entre eux des résultats complètement satisfaisants par la syphilisation seule , mais la prudence et les égards dus aux malades m'ont conseillé de chercher à guérir le. plus tôt possible, par un traitement mercuriel, les restes des symptômes syphilitiques lorsqu'ils tardaient trop à disparaître par la syphilisation , ou lorsque quelque affection aiguë venait compliquer le traitement.

Ces faits, qui ne semblent pas avoir trait à la faculté thérapeutique de la syphilisation , me paraissent à moi dignes de fixer l'attention du praticien.

Lorsque la syphilis constitutionnelle avait déjà subi une

modification salutaire par les chancres artificiels , elle disparaissait en peu de temps par l'administration de quelques légères doses de mercure qui complétaient ainsi dans l'organisme infecté les salutaires effets de la syphilisation.

Des individus, qui avaient été soumis antérieurement à des cures mercurielles dont ils n'avaient retiré qu'une amélioration légère et momentanée, guérirent en peu de temps par l'administration des mercuriaux après les inoculations syphilitiques. Ces observations viennent à l'appui de celles de Percy, dont il a été parlé plus haut.

Quoiqu'il en soit, il m'a semblé utile de les citer, car si de nouveaux faits viennent à confirmer les avantages que l'on retirerait de quelques inoculations comme auxiliaires de l'action des mercuriaux administrés dans les cas d'accidens graves de syphilis constitutionnelle invétérée , on en conclurait que la syphilisation est très-utile même quand on ne peut pas la rendre complète, parce que les individus syphilisés en partie ne seraient plus obligés de subir des cures mercurielles longues, fastidieuses et souvent dangereuses.

Objections contre la syphilisation.

En parlant des diverses questions qui touchent à la syphilisation , j'ai déjà dû passer en revue quelques unes des objections: j'y ai répondu par les faits que j'ai observés. Ainsi je ne m'occuperai ici que de celles qu'ont publié, et que font sonner bien haut les adversaires de la syphilisation, et dont je ne me suis pas encore occupé jusqu'à présent.

1° C'était une imprudence (disent-ils) d'essayer chez l'homme l'inoculation syphilitique lorsque le succès était incertain et qu'il pouvait en résulter des conséquences graves. Il fallait ensuite plus que de l'audace pour expérimenter la

syphilisation sur une grande échelle. Vous deviez vous limiter à quelques cas.

Toutes ces expériences que j'ai faites furent pratiquées suides malades affectés de syphilis primitive ou constitutionnelle, qui, comme je l'ai déjà dit (»'. p. 66, chap. 2, et p. 77, chap. 3), tôt ou tardauraienl exigé un traitement mercuriel, si l'on n'avait pas eu recours à la syphilisation. Ainsi en inoculant le virus syphilitique chez un individu qui en est saturé, je diraiavecM.Ricord(premièrclettre surla syphilis): —

« Je ne lui donnais pas en réalité une maladie de plus;

« Je n'augmentais pas la gravité des symptômes dont ils étaient atteints ;

« Je ne l'exposais pas davantage aux chancres d'infection consécutive ».

Il était affecté de syphilis primitive avant les inoculalions, et si ces chancres artificiels n'avaient pu le guérir, ils n'auraient pas introduit dans l'organisme un virus nouveau .

En effet, comme le dit encore M. Ricord : — « La gravité de la maladie n'est jamais en rapport avec le nombre des symptômes syphilitiques primitifs » .

— Mais il faut une dose considérable de virus pour compléter la syphilisation ; vous auriez donc dû être retenu par la crainte d'aggraver la syphilis constitutionnelle. —

Quoique j'aie déjà répondu dans les chapitres 2 et 3 à une telle objection , je crois cependant nécessaire d'ajouter ici quelques mots à ce sujet.

L'observation pratique m'ayant démontré que la syphilis constitutionnelle est moins fréquente et moins grave à la suite de chancres vastes et anciens, qu'à la suite d'un seul chancre très-petit, j'étais autorisé à croire que quelques chancres de plus ou de moins ne pouvaient avoir d'influence sur la syphilis secondaire, dont la gravité des symptômes provient,

ainsi que me l'a démontré l'expérience, de son ancienneté, de l'état de l'organisme au moment de son invasion , du genre de vie, de la constitution, de l'âge du sujet et d'autres causes étrangères au virus syphilitique, et ici, comme je le fais souvent, je me plais à fortifier mon opinion des paroles mêmes de M. Ricord, cet ardent adversaire de la syphilisation.

« L'observation rigoureuse, dit-il, l'observation clinique de tous les temps a prouvé et prouve tous les jours que la vérole constitutionnelle n'est pas en raison du nombre des accidens primitifs existant dans le même temps, développés à la même époque.

— L'observation avait de même démontré que la

surface plus ou moins étendue de l'ulcération primitive n'a aucune influence sur la production des accidens secondaires. Un tout petit chancre expose tout aussi bien à l'infection générale qu'un chancre très-étendu, et réciproquement une vaste ulcération n'expose ni plus, ni moins qu'une petite ».

Mais la meilleure réponse à cette objection ayant été donnée par M. Malgaigne dans son Discours prononcé dans la séance du 1 7 août de l'Académie de Médecine de Paris, je me contenterai d'en citer le passage suivant.

« Quand un individu a la vérole, aucune considération morale ne s'oppose à ce qu'on lui inocule de nouveaux chancres, si seulement il est établi qu'il peut en résulter quelque bien. Alors il s'agissait de savoir si, en effet, cela peut être utile; mais cela menait à l'examen des faits, et on a mieux aimé répondre par des exclamations et des théories. Quoi! cet homme n'a pas assez de sa vérole, vous allez lui en donner une autre! Quoi! a dit M. Latour, voilà un empoisonnement par l'arsenic, et vous voulez saturer le malade d'arsenic ! J'ai remontré à peu-près partout cette préoccupation, messieurs, et le dirai-je? jusque dans le

discours récemment prononcé par M. Ricord où il parlait de l'irrigation continue du virus chancreux.

« Je suis parfaitement rassuré à cet égard. La vérole est une, et quand vous l'avez, vous l'avez. M. Ricord enseigne qu'on ne peut pas l'avoir deux fois; c'est possible; ce qui me semble certain, c'est que vous n'en aurez pas deux ensemble. Je me souviens que, quand on soulevait aussi des objections de ce genre contre les premières inoculations de M. Ricord, un de mes maîtres, M. Desruelles, eut le malbeur de laisser échapper du bout de sa plume qu'une syphilis double coûtait plus à guérir qii 'une simple . Je me souviens aussi des sarcasmes impitoyables avec lesquels M. Ricord. accueillit cette révélalion d'une syphilis double, variété nouvelle, disait-il, qui jusque là avait échappé à l'oeil de tous les observateurs. La syphilis double fut bel et bien enterrée; est-ce que quelqu'un songerait à la ressusciter aujourd'hui? En ce cas, je n'hésiterais pas à l'attaquera toute outrance ; mais je préférerais encore la renvoyer à une autorité plus haute que la mienne en matière de vérole; et dussé-jc rappeler le personnage de la comédie , je déclare à mes adversaires que, s'ils m'attaquent sur ce point, ils auront affaire avec M . Ricord » .

Enfin , les faits de syphilisation prouvent non seulement l'innocuité des inoculations syphilitiques faites avec la prudence convenable , mais encore leur utilité dans un grand nombre de cas : ils démontrent encore que lorsque la syphilis constitutionnelle s'est manifestée chez quelques uns des individus, soumis à la syphilisation, elle n'a présenté que des symptômes peu alarmants , qui ont disparu au moyen de quelques nouvelles inoculations.

Je répondiai en dernier lieu, que mes expériences se sont faites graduellement : pendant les deux premiers mois je n'ai syphilisé qu'un petit nombre d'individus. Ce n'est qu'après

avoir observé chez les syphilisés le phénomène singulier de la diminution successive des chancres, et une amélioration rapide dans les symptômes syphilitiques, que je me suis cru autorisé à étendre le cercle de mes études pour en déduire des corollaires justes et utiles. En outre, si ces expériences n'avaient pas été pratiquées sur un grand nombre de sujets, je n'aurais pas pu découvrir les inconvénients de la syphilisation qui pourront, maintenant que je les ai exposés, être évités par tous les praticiens qui voudront y avoir recours. Aussi aura-t-on peut-être tort à cet égard de me reprocher d'avoir cherché à étudier autant que j'ai pu cette importante question.

2° C'est au temps, aux moyens hygiéniques, au repos et non à la syphilisation qu'il faut attribuer la disparition des accidens secondaires chez les individus sotimis aux inoculations (1).

J'ai expérimenté la syphilisation dans des cas de syphilis

(1) Parmi les nombreuses sinistres insinuations que l'on a répandu sans honte contre mes expériences, il en est une plus stupide ou plus méchante que les autres, et dont je n'ose presque parler parce qu'elle fait réellement tort à son auteur.

Des individus qui ne connaissent peut-être pas mon caractère, ni le prix que j'attache a l'honneur et à la réputation d'honnête homme, ont dit et répété que les sujets, que j'ai syphilisés, guérirent parce que je leur administrais les antisyphilitiques en même temps que je pratiquais les inoculations.

Dans la narration de chaque observation je me suis imposé , comme il était mon devoir, l'obligation d'indiquer les doses d'iodure de potassium et de mercure que j'ai cru devoir administrer dans quelques cas: aussi j'espère que celui qui a répandu contre moi une si noire calomnie , après la lecture de mes Observations, conviendra de son erreur, s'il lui reste encore quelques sentimens de probité et de délicatesse. Mais si quelqu'un pouvait supposer que je suis capable de tromper aussi bassement mes Collègues au détriment de l'humanité, je l'avertis; 1° que mes expériences ont été faites dans un établissement public , sous la direction du Gouvernement ; 2" que tous les remèdes prescrits journellement sont enregistrés par le Docteur assistant, en présence de plusieurs personnes ; 3° que les remèdes préparés à la pharmacie ù la suite ds la prescription , sont distribués aux malades par l'entremise des soeurs

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primitive el constitutionnelle , et en passant en revue ses effets sur les différents symptômes vénériens (©. page 532 et suiv.), j'ai déjà fait remarquer que si chez quelques sujets l'action sypliilisante a été nulle ou peu marquée, chez heaucoup d'autres les effets ont été si surprenants, que le doute n'a pu même être permis. Aussi ajoutcrai-je, à ce que j'ai déjà dit, quelques considérations qui répondront complètement à cette objection.

Les symptômes de la syphilis primitive peuvent se dissiper quelquefois par les moyens hygiéniques ; il est donc probable que dans quelques uns des cas que j'ai observés, la syphilis aurait également disparu sans la syphilisation. Mais personne ne peut avancer que, même dans ce cas, la cure sypliilisante n'ait pas été d'un grand secours soit en abrégeant la durée des chancres , soit en faisant résoudre plus promplement les bubons, soit en arrêtant l'écoulement blcnnorrliagique qui aurait au moins réclamé l'emploi de moyens thérapeutiques locaux.

Quant à la syphilis constitutionnelle, quelques uns de ses symptômes disparaissent parfois spontanément ou par les moyens hygiéniques, mais il ne tardent pas à se manifester

île Charité; 4" que j'ai prié le Docteur assistant de conserver tous les registres de visite des années 1851 et 1K52 ; là on trouve sur la même ligne le nom du malade, le numéro du lit, la dose journalière des remèdes, et la dose totale administrée, quand il s'agit des mercuriaux et des préparalions iodiques ; 5" que ces registres sont à la disposition de ceux qui voudront les examiner; on pourra se convaincre ainsi qu'on n'a pas administré un grain de remèdes antisypliilitiques de plus que les doses qui sont indiquées dans les Observations, et que dans un très-grand nombre de cas, on a eu recours à la syphilisation seule.

Enfin je dirai, que même en supposant chez moi un tel manque de loyauté, on devrait être persuadé de l'exactitude de mes Observations, parce qu'on sait bien qu'en agissant autrement, j'aurais agi comme un insensé : mes expériences répétées ailleurs avec la prudence et la sagesse voulue, n'auraient-elles pas révélé au public la fausseté de mes assertions-' Voilà ce que j'ai cru devoir répondre à d'aussi perfides insinuations , qui m'ont profondément blessé.

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do nouveau, ou à èlre suivis d'aulres accidcns plus graves. Je n'ai jusqu'à présent observé, chez les individus guéris par les inoculations , aucune nouvelle manifestation de syphilis constitutionnelle; aussi je suis porté à croire que la guérison de la syphilis constitutionnelle chez les individus traités par la syphilisalion, est due entièrement au traitement syphilisant, et non aux efforts de la nature.

Les inoculations ont fait disparaître un grand nombre d'accidens de syphilis secondaire, qui ne se sont pas reproduits, et n'ont pas été suivis de symptômes plus graves ; ainsi j'ai vu guérir par la syphilisation des syphilides tuberculeuses , squameuses , papuleuses, ecthymateuses, des douleurs ostéocopes , l'iritis , les tubercules muqueux , les ulcères secondaires , et l'on sait que ces symptômes ne disparaissent pas spontanément : on est donc forcé d'en conclure — que l'action thérapeutique de la syphilisalion est évidente, puisqu'il est certain que les divers symptômes syphilitiques, pour lesquels on l'a pratiquée, ont disparu par ce traitement.

Si l'on considère ensuite , que cette nouvelle méthode devait être étudiée comme moyen curatif et prophylactique de la syphilis primitive et constitutionnelle; que pour savoir si la syphilisation était propre à guérir la syphilis constitutionnelle , il était nécessaire d'essayer la syphilisalion sur un certain nombre d'individus affectés seulement de syphilis primitive; que pour conuailre si la cure était radicale, il fallait syphiliser des sujets affectés de diverses maladies vénériennes; enfin, si l'on considère que pour savoir si la syphilisalion préserve de nouvelles infections, il fallait avoir un certain nombre de cas à observer, je crois que l'on cessera de me reprocher d'avoir syphilisé des sujets affectés de syphilis primitive qui aurait pu disparaître par les seuls moyens hygiéniques, et surtout d'avoir fait un grand nombre de ces expériences.

5° La syphilisation guérit le symptôme et non la syphilis.

Étrange objection ! Comment se manifeste la présence du virus syphilitique dans l'organisme? par les symptômes, par les signes extérieurs. Et quand ceux-ci ont disparu, quand ils ne se manifestent plus, quand l'état général de l'organisme est amélioré , il ne me sera pas permis d'espérer qu'une modification si salutaire soit due à la syphilisation, et que ce soit elle qui a remis l'organisme dans son état normal? Le bon sens et l'expérience sont de mon côté. D'un autre côté, quand les mercuriaux ont fait disparaître les symptômes syphilitiques est-on assuré que la syphilis est radicalement guérie? On me répondra par l'affirmative, pourvu qu'il ne se reproduise pas quelques mois après de nouveaux symptômes de syphilis constitutionnelle. Eh bien ! qu'on dise la môme chose de la guéri son obtenue par la syplulisation, parce que les principes de ce grand phénomène doivent être basés non sur la théorie, mais sur l'expérience, et sur des faits nombreux et bien étudiés.

h° La loi (/'unicité de la syphilis constitutionnelle admise par l'école de M. Ricord, donne la raison pour laquelle la syphilis constitutionnelle ne s'est pas manifestée chez quelques individus soumis à la syphilisation.

Cette objection sera de bien peu d'importance, si l'on veut remarquer que de tous les individus soumis à la syphilisation pour des symptômes primitifs , il ne s'en trouvait que deux qui eussent déjà été affectés dans les années précédentes d'accidens secondaires guéris par les mercuriaux; de plus, cette objection n'aura aucune importance, quand on saura que la loi d'unicité de la syphilis constitutionnelle n'est que théorique, et qu'elle n'a jamais été prouvée par une observation rigoureuse et des expériences suivies.

Quelques principes contagieux, dit-on, tels que la petite

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vérole, le vaccin cl autres, ne se montrent qu'une fois dans la vie chez le même individu , et on en conclut que le même fait a lieu pour la syphilis constitutionnelle. Mais ces principes contagieux n'agissent qu'une seule fois, parce que l'organisme a perdu la faculté de les contracter une seconde, une troisième fois , et quand cet état d'immunité cesse, soit à cause du temps, ou d'autres circonstances inconnues, on voit la petite- vérole se reproduire, et l'on est obligé de recourir à une nouvelle vaccination. Au contraire, l'homme pouvant contracter plusieurs fois la syphilis primitive, il doit naturellement éprouver les effets du virus absorbé à chaque nouvelle infection, d'autant plus que le mercure introduit dans l'organisme pour guérir la syphilis constitutionnelle , en détruisant le principe morbifique , rétablit l'individu dans l'état où il se trouvait avant d'avoir contracté la maladie constitutionnelle , ce qui le rend de nouveau apte à subir les conséquences d'une nouvelle infection.

Un individu contracte un chancre à la suite duquel est affecté peu de mois après, de syphilis constitutionnelle dont il guérit par une longue cure mercurielle bien dirigée , qui fait disparaître toutes les traces de la maladie. Il jouit d'une santé parfaite pendant huit , dix , quinze ans ; passé ce temps il est affecté d'un nouveau chancre qui est aussitôt suivi de symptômes de syphilis constitutionnelle déterminée par l'infection récente, parce que la santé parfaite dont il a joui si longtemps ne permet pas de croire que l'affection soit restée latente pendant tout ce temps, et que cette nouvelle infection générale provienne de l'ancienne. Je pourrais appuyer sur des faits cette vérité pratique. Cependant les sectateurs de l'école de M. Ricord répondent aussitôt : Vous êtes dans l'erreur : lorsque la syphilis constitutionnelle s'est manifestée une fois, quoiqu'elle semble guérie radicalement par les mercuriaux, si elle se reproduit sur le même sujet, même après

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de longues années et quoique l'individu ait contracté de nouvelles infections, la syphilis constitutionnelle qui se manifeste ainsi n'est pas la suife de cette nouvelle infection , mais elle n'est que la reproduction de l'ancienne maladie , qui n'a pas été guérie radicalement, et qui est restée pendant des années à l'état latent ; parce que , disent-ils, l'homme ne contracte qu'une seule fois le chancre suivi de syphilis constitutionnelle , et les infections successives ne sont plus aptes à la faire naître dans l'organisme. En vérité, je ne puis comprendre de quelle utilité peut être à la science cette loi qui est en contradiction avec les faits , qui peut induire en erreur le praticien et occasionner de funestes conséquences.

Mais , chose singulière! les partisans de M. Ricord qui voudraient nier la syphilisalion et ses effets , disent qu'en admettant cette nouvelle méthode comme vraie, elle proviendrait de la loi d'unicité qu'ils ont proclamée. Je ne sais trop comment on pourrait expliquer cette filiation , puisque la syphilisalion ne guérit pas en donnant naissance à la syphilis constitutionnelle , mais parce qu'elle la prévient et la guérit radicalement chez les sujets qui en sont atteints. 5° Le traitement par la syphilisation est trop long. Cela est vrai; si chez quelques sujets la cure a pu être terminée dans l'espace de deux ou trois mois, chez d'autres elle en a duré cinq, six , et même plus , ce qui est un grave inconvénient. Ce môme traitement curatif a retenu plus longtemps dans les hôpitaux des individus affectés seulement d'accidens primitifs; mais il faut observer que ce n'est un mal ni pour les individus infectés, ni pour les hôpitaux, puisque, comme je l'ai dit (pag. 614 et suiv.), ces individus n'ont plus contracté de nouvelles infections, ou ne sont revenus dans les hôpitaux que pour des symptômes guéris en peu de temps. La diminution progressive dans le nombre des prostituées infectées qui sont venues dans le Syphilicômc de

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Turin , depuis qu'on pratique la syphilisalion , démontre évidemment que la longueur de leur séjour à l'hôpital , à cause du traitement, est amplement compensée par la brièveté du temps qu'elles y passèrent chaque fois qu'elles rentrèrent. Aussi les dépenses occasionnées au Gouvernement pour le plus long entretien au Syphilicôme des femmes soumises à la syphilisalion, trouvent-elles leur corrélatif dans la diminution progressive des dépenses depuis la moitié de l'année 1851 (V. pag. 626).

Quant au traitement de la syphilis constitutionnelle par la syphilisalion, sa durée ne sera guère plus longue que celle d'un traitement mercuriel capable de déterminer une guérison radicale. Si l'on observe ensuite que la syphilis constitutionnelle traitée par les mercuriaux , récidive souvent plusieurs fois, ce qui n'arrive jamais après la syphilisalion; si l'on fait attention que la cure syphilisante est prophylactique contre de nouvelles infections , si non d'une manière permanente, au moins temporairement, on n'aura plus de raisons de dire que ce moyen curatif doit être abandonné, comme exigeant un laps de temps trop long pour que le traitement soit complet , c'est-à-dire jusqu'à ce qu'on obtienne la non réceptivité du virus syphilitique.

En outre , la syphilisalion apparaissant maintenant dans toute sa nouveauté subira avec le temps, comme toutes les nouvelles découvertes , des modifications qui la rendront plus prompte et plus sûre ; ainsi , malgré ses inconvénients , ce nouveau procédé doit nous paraître maintenant d'une grande importance et digne de nouvelles études.

6° On doit abandonner la syphilisalion , pareequ'on m peut pas toujours la rendre complète.

Jusqu'à présent nous ne savons encore si la syphilisation doit être complète ou incomplète , pour guérir et prévenir la syphilis constitutionnelle : j'ai vu plusieurs cas dans les-

quels la syphilis générale avait complètement disparu longtemps avant que l'on eût obtenu l'immunité. J'ai vu deux femmes (Obs. lxv et lxxv) chez lesquelles on cessa les inoculations, lorsqu'il existait encore des traces de syphilide. Ces symptômes disparurent peu à peu sans qu'il se manifestât aucun symptôme de syphilis constitutionnelle, quoique la syphilisation eût été incomplète ; il me parait donc probable que dans les cas où on ne voudra l'employer que comme moyen curalif, il ne sera pas nécessaire de la conduire jusqu'à l'immunité. Du reste, quand la syphilisation rencontrera moins d'opposition chez les gens de l'art, la confiance des malades en ce moyen curatif augmentera, et il sera plus facile de terminer ce traitement en moins de temps.

7° Dans les cas où l'on n'aurait pu terminer ce traitement , on aurait dû recourir aux mercuriaux avant de laisser sortir des hôpitaux les prostituées traitées par une syphilisation incomplète. On aurait au moins dû les mettre à part pendant quelques mois , afin de pouvoir les surveiller et leur administrer les remèdes opportuns quand il se serait manifesté chez elles quelque symptôme de syphilis constitutionnelle.

Je répondrai en peu de mots à cette objection , dont j'ai entendu faire tant de bruit par quelques Confrères. L'élude de la syphilisation n'aurait présenté aucune utilité si, dans l'espérance de prévenir une manifestation bien incertaine d'accidens généraux, quand on voyait l'individu guéri par un certain degré de syphilisation, on eût administré à chaque moment les mercuriaux, parle seul motif qu'on n'avait pu terminer la syphilisation.

Je n'ai prescrit le mercure que lorsque les chancres artificiels étaient trop peu nombreux , ou présentaient trop peu de développement, quand des circonstances particulières nous avaient forcés de suspendre les inoculations et qu'elles avaient

clé insuffisantes pour faire disparaître tous les symptômes de syphilis constitutionnelle. Alors le moindre vestige de syphilis m'indiquait encore la présence dans l'organisme du virus syphilitique, et je prescrivais le traitement mercuriel. Mais dans les cas où les chancres artificiels , quoique n'ayant pas été répétés assez souvent pour produire la non réceptivité, soit à cause de la mauvaise volonté de la malade, soit à cause d'une affection non vénérienne intercurrente, lorsque ces chancres artificiels , dis-je , avaient cependant fait disparaître tous les symptômes syphilitiques, et quand l'état général de l'organisme s'était considérablement amélioré sous l'effet des inoculations pratiquées, j'ai reconnu que ces individus étaient réellement guéris ; et sans savoir si la syphilisalion complète est nécessaire ou non pour prévenir la syphilis générale , je me suis dit : Mes syphilisés sont guéris , ne présentent plus aucun symptôme de syphilis primitive ni constitutionnelle , donc les inoculations pratiquées ont fait disparaître la syphilis dont ils étaient affectés. Leur état physiologique est excellent , et s'ils n'ont pas été entièrement syphilisés , dois-je leur administrer les mercuriaux de crainte de voir naître chez eux la syphilis constitutionnelle? Non certainement. 11 est probable qu'ils seront exempts de la syphilis générale grâce à la syphilisation à laquelle ils ont été soumis ; dans ce cas , il serait mal de les soumettre à un traitement mercuriel. Quand même il viendrait se manifester des symptômes de syphilis constitutionnelle , nous serions toujours à temps d'y remédier. Les faits ont jusqu'ici donné raison à la prudente détermination que j'ai prise.

En outre , celui qui a fait une semblable objection n'a jamais ohservé que lorsque l'on traite un accident syphilitique chez les prostituées, il ne convient pas de recourir à l'usage des mercuriaux, à moins qu'il n'y ait syphilis constitutionnelle

ou un cas exceptionnel de syphilis primitive, parce qu'à chaque moment ces femmes contractent une nouvelle infection, et si l'on devait toutes les fois recourir à l'usage du mercure, afin de prévenir une syphilis constitutionnelle , un grand nombre d'entre elles subiraient chaque année plusieurs traitements mercuriels, leur organisme en souffrirait considérablement , et ces malheureuses , saturées de mercure , seraient de véritables baromètres ambulants. Ainsi , je le répète , soit pour étudier la faculté préservative de la syphilisalion contre la syphilis constitutionnelle, soit pour suivre le précepte de n'administrer les mercuriaux aux prostituées que dans les cas de nécessité urgente, je crois ne m'ètre point trompé en ne prescrivant pas le mercure aux femmes guéries de la syphilis par une syphilisalion même incomplète.

Toutes les précautions ont été prises pour qu'à Turin et dans les provinces l'état sanitaire de toutes les syphilisées fût soumis à la surveillance la plus active , comme je l'ai dit plus haut, en parlant de la syphilisalion comme moyen prophylactique.

Il était ensuite nécessaire que les prostituées syphilisées fussent exposées à de nouvelles infections , si l'on voulait étudier la valeur , l'utilité de la syphilisalion à ce sujet. D'autre part , je ne saurais de quel droit j'aurais pu les séquestrer, lorsqu'elles ne présentaient plus aucun symptôme de syphilis et quand l'état de leur santé s'était amélioré au point de laisser espérer une guérison radicale. Si celui qui m'a fait celle objection daigne faire attention que plusieurs mois se sont écoulés depuis que quelques unes de ces femmes ont été syphilisées; que la syphilis constitutionnelle ne s'est manifestée que chez trois d'entre elles, et encore d'une manière si bénigne, que quelques inoculations ont suffi pour la faire disparaître, il conviendra avec moi que je n'ai corn-

mis aucune imprudence en les laissant sortir de l'Hôpital, soit parce que j'avais recommandé soigneusement à plusieurs de mes Confrères de surveiller l'état de santé des personnes syphilisées, tant à Turin que dans les provinces, en les priant instamment d'envoyer aussitôt au Syphilicôme celles d'entre elles chez qui se manifesterait le moindre symptôme même douteux d'infection vénérienne. En outre, trois de ces syphilisées furent reçues comme infirmières au Syphilicôme , deux y restèrent quelques mois, et la troisième fait depuis plus de seize mois le service régulier de l'Hôpital, aucune de ces trois filles n'a présenté jusqu'à ce jour de symptômes de syphilis constitutionnelle.

8° On ne peut prévoir quelles seront à l'avenir les conséquences pathologiques des inoculations syphilitiques répétées, non seulement chez les syphilisés, mais encore chez leurs descendants.

C'est à mon avis la plus grave objection qu'on puisse faire au traitement de la syphilisation; mais il s'est déjà écoulé un temps assez long depuis les premières expériences chez plusieurs syphilisées pour me rassurer sur les effets éloignés de celte nouvelle méthode curative.

Pour éviterd'inuliles répétitions, je prie le lecteur de revoir ce que j'ai écrit sur la question de la propriété thérapeutique radicale de la syphilisation (page 388 et suiv.).

Je me permettrai encore de faire observer: 1° que si, dans l'intérêt de la santé publique, j'ai cru pouvoir tenter chez l'homme de telles expériences, je l'ai fait avec la prudence voulue, surtout chez les prostituées que leur genre de vie expose assez fréquemment à des avortemens, et qui conçoivent si difficilement. 2° que deux prostituées guéries par la syphilisation des symptômes constitutionnels de la maladie vénérienne , se sont mariées , et jouissent d'une parfaite santé , ce dont je puis m'assurer, car je les vois et je les

surveille continuellement, et je puis en outre les visiter tous les mois. 5° Que l'amélioration progressive que j'ai observée jusqu'à présent dans l'état Je santé des syphilisées pendant et après le traitement, me l'ait espérer que la guérison de la syphilis sera radicale, et qu'il n'y a plus pour elles, ni pour leurs enfants aucune conséquence pathologique à craindre dans l'avenir. U° Je ferai encore observer que pour résoudre une semblable question , il était nécessaire de pratiquer la syphilisation sur un certain nombre de prostituées. 5° Enfin, qu'il sera peut-être encore nécessaire de quelques années d'une observation pratique rigoureuse, avant qu'arrive le jour où l'on ne pourra plus révoquer en doute la nécessité de répandre la syphilisation comme moyen thérapeutique exclusif dans les établissements publics.

9° Le traitement mercuriel offre plus de certitudes, et a moins d'inconvénients que la syphilisation.

Cette objection a été répétée souvent, même par des confrères distingués, et il convient, pour en juger la valeur, de discuter un instant la question.

On dit, la cure mercurielle est assurée et applicable dans tous les temps, à tous les cas de syphilis; le mercure, administré sous toutes formes avec la prudence convenable et à doses suffisantes , prévient la syphilis constitutionnelle, et guérit l'individu qui en est affecté. Si l'art possède dans le mercure un moyen sûr et utile contre la syphilis , à quoi bon exposer un vénérien aux inconvéniens d'un traitement qui n'offre aucune certitudeV 11 convient donc de s'en tenir au mode de traitement sanctionné par l'expérience , et de laisser de côté un moyen curatif dont les conséquences médiates sont encore inconnues.

Celui qui pose celte objection a probablement une extrême confiance dans les mercuriaux : il n'a peut-être jamais eu l'occasion d'examiner sévèrement sur une vaste échelle d'ob-

servalions, les effets médiats et immédiats de la répétition des cures mercurielles; il n'a pas observé que le mercure ne guérit malheureusement pas toujours radicalement la syphilis constitutionnelle; enfin, il n'a jamais pu se convaincre de la justesse de celle observation clinique que M. Ricord exprime en ces termes: « Il n'y a ni forme, ni dose journalière, ni dose absolue du remède qui puissent donner toujours l'immunité, quelques soient les moyens curatifs accessoires ». Pour peser d'une manière au moins approximative la valeur réelle des deux méthodes curatives — la syphilisante et la mercurielle ■ — examinons-les toutes deux, en faisant le parallèle des effets produits par chacune d'elles. Cet examen aura pour base les faits observés jusqu'à ce jour, et pour résultat il servira à établir celle des deux méthodes qui mérite la préférence dans quelques cas particuliers. PARALLÈLE DES DEUX TRAITEMENS.

Syphilisant.

Si la sypliilisation est pratiquée d'après les préceptes indiqués, si le malade se trouve dans les conditions exigées pour ce traitement, s'il n'est exposé à aucune des causes qui peuvent faire naître chez lui une maladie inflammatoire étrangère à la syphilis, et capable de déterminer le phagédénisme ou la gangrène clans les chancres inoculés , le malade éprouve bien quelques douleurs dans les points où se trouvent les premiers chancres artificiels , pendant leur période d' accroissement , niais ces douleurs deviennent peu a peu moins intenses dans les chancres artificiels successifs, et peuvent être facilement calmées par l'application d'un cataplasme émollient; le malade passe alors la plus grande partie du temps employé au traitement, sans en être incommodé, il peut vaquer- à ses af faires, toutes les fonctions organiques s'accomplissent sans trouble ni altération; l'état général de sa santé s'améliore progressivement : enfin il nous offre l'aspect d'un homme qui

Mercuriel.

Pendant l'usage interne de l'iodure de potassium, l'état général du malade s' améliore ordinairement , mais ce remède cause quelquefois une iritalion gastro-entérique et donne lieu à d'autres malaises que connaissent tous les praticiens , entre autres à des troubles cérébraux que j'ai vu moi même se manifester souvent à la suite de l'administration de l'iodure de potassium à hautes doses. En outre, la cure iodique étant toujours insuffisante pour guérir radicalement la syphilis constitutionnelle, ce que j'ai démontré, §, 13, il convient de mettre en parallèle la sypliilisation avec les effets médiats et immédiats du mercure, unique remède reconnu jusqu'à ce jour, capable de guérir radicalement la syphilis.

Toutes les préparations de mercure ne produisent point cet effet; mais supposons qu'il s'agisse d'étudier les effets de la cure mercurielle externe, de l'usage interne du proto-iodure de mercure , des pilules

SyphiUsant.

rentre peu ;'i peu dans son état normal. Lorsqu'elle est complètement terminée,!' individu jouit d'une santé parfaite. C'est ce que j'ai observé depuis 12ou 18 moischezdes individus, dont la bonne santé n'a encore été altérée en rien, jusqu'à présent. Cela me fait espérer que le traitement sy pbilisant en détruisant, ou décom posant le virus syphilitique, en dé truit aussi dans l'organisme toutes les causes ou au moins toutes les prédispositions qui pourraient permettre le développement d'une nouvelle manifestation de symptômes syphilitiques. Il faut en outre observer que quelques sypbilisées exposées à des causes rhumatismales, ont été sujettes a des maladies accidentelles qui ont parcouru leurs périodes ordinaires et ont cédé aux mêmes moyens empluyés chez les malades qui n'ont jamais été affectés de syphilis, Les cicatrices que laisse la syphilisation sont bien un grave incon vénient, parecque ce sont des traces indélébiles du traitement qu'onasubi; mais il faut remarquer qu elles se rétrécissent, et qu'après quelques mois, elles deviennent des taches blanches, semblables à celles de la vaccine ou d'une piqûre de sangsue; les plus

fietites disparaissent même, et dans a majorité des cas , ces cicatrices sont petites, superlicielles , peu visibles; elles ne sont difformes que dans le petit nombre des cas où les chancres artificiels sont devenus phagédéniques ou gangreneux.

Les premiers chancres artificiels laissent les cicatrices les plus visibles; aussi on pourrait pratiquer ces premières inoculations sur les régions latérales et postérieures du thorax et éviter ainsi en partie cet inconvénient.

Mercuriel.

de Sédillot , de mercure gommeux de Plenck et autres semblables : eh bien ! pendant l'administration de ces préparations mercurielles, on observe fréquemment des stomatites assez intenses, des inflammations gastro-enlériques très-graves accompagnées de diarrhée rebelle; l'individu devient plus impressionable aux vicissitudes atmosphériques, il est sujet à des inflammations plus ou moins graves, a des douleurs rhumatoïdes.

L'action chimique du mercure altère la crase du sang, diminue sa plasticité,engendre une disposition au scorbut, fait prédominer le système lymphatique, enfin affaiblit considérablement l'individu. II est vrai (pie bien employé, il n'a pas toujours ces inconvénients, ou ceux qu'il présente offrent peu d'importance, mais il est toujours cerlain (pie pendant la cure mercuriclle, l'état de santé du malade s'améliore lentement , et que l'on n'observe point chez lui ce bienêtre nrogressil que l'on remarque chez le syphilisé, pendant ce nouveau traitement.

Quant a l'usage du deuto-chlorure de mercure, qui est encore préconisé par une foule de praticiens, je dirai que celui qui regarde ce remède comme funeste ne se trompe peut-être pas: car il favorise quelquefois le développement de la phtbisie tuberculaire et de lésions cérébrales trèsgraves. Depuis plusieurs années, j'en ai entièrement abandonné l'usage, pareeque j'en ai vu les graves inconvéniens. J'ai vu à la suite de l'administration de faibles doses de sublimé corrosif, se déclarer l'épilepsie chez un individu de 30 ans qui avait toujours été sain et robuste ainsi que ses parents. Esquirol et d'autres praticiens citent de pareils exemples.

J'ai vu deux cas d'aliénation mentale à la suite de l'usage de cette préparation mercuriclle. Je sais que chaque année on reçoit à'I'urin, dans le Manicôme, divers individus, surtout des militaires , venant de l'hôpital des Invalides d'Asti, affectés de démence, avec parésis, occasionnée par l'usage du sublimé corrosif.

Syphilisant. Mercuriel.

Soit pendant son action, soit après, ce traitement donne lieu à des troubles des fonctions du tube digestif, comme je l'ai déjà dit. Ces maladies souvent graves et fréquentes dans notre Syphilicôme, où jusqu'à présent elles étaient les causes principales des terminaisons fatales, sont devenues depuis deux ans toujours moins fréquentes et moins graves. C'est pour moi une consolation de pouvoir constater ce fait, que j'attribue à ce que le mercure n'a plus été employé que dans quelques cas de syphilis constitutionnelle, où l'on n'avait pu mettre en pratique la syphilisation.

Après une cure mercurielle faite avec la prudence convenable et assez prolongée pour que la guérison soit radicale, l'individu jouit d'une bonne santé; cependant dans beaucoup de cas, il se trouve affecté de lésions aux gencives, aux dents , de lésions du système circulatoire et nerveux ou d'autres , qui font toujours désirer au praticien une autre méthode curative, qui ait moins d'inconvénicns.

Pourvu qu'ils soient virulens, les chancres ressentent assez promptement les salutaires effets de la cure syphilisante : ils s'arrêtent immédiatement dans leur période d'accroissement et ne tardent pas à se cicatriser.

La cure mercurielle est nulle pour les chancres, dont elle retarde même très-souvent la cicatrisation. Ce fait est maintenant connu et admis de tous les praticiens, aussi me limiterai-jeàciter uncasrécent qui confirme mon assertion. Une nourrice avec son enfant se présentent au Syphilicôme ; elle était affectée de chancres à la vulve et à l'anus, et d'un bubon inguinal virulent. Quoique le nourrisson, âgé de d2 mois, ne présentât aucun symptôme syphilitique, l'infection étant postérieure à l'accouchement, je crus devoir soumettre la nourrice à une cure mercurielle externe: 78 frictions de trois grammes chacune faites régulièrement avec l'onguent napolitain, n'ont produit aucune modification salutaire sur les chancres; elles en ont même retardé peut-être la cicatrisation que l'on n'obtint qu'au moyen d'une cure antiphlogistique et par la cautérisation répétée.

Ainsi, parmi les Observations consignées dans ce travail, si on voft que

Syphilisant.

L'induration des chancres , dite spécifique, disparait par le traitement syphilisant.

Cette même cure ne prévient, ni n'empêche le phagédénisme et la

gangrène des chancres, mais qu'on le remarque bien , elle n'amène ja mais ces efléts (v. p. 501 et suiv.

hien plus, dans beaucoup de cas où les chancres artificiels étaient fort nombreux, l'affection phlogistique interne concomitante, au lieu de déterminer la gangrène, ne produisit dans les chancres qu'un léger degré de phagédénisme, tandis que le contraire arrivait , si les chancres artificiels ou contractés dans le coït étaient peu nombreux.

Les bubons virulens éprouvent une salutaire modification par la-cure syphilisante.

Son action est très-légère et même nulle sur les bubons non virulens.

Le traitement syphilisant est peu efficace dans les bubons iudolens.

L'écoulement urétral produit par des chancres endo-urétraux, ou des tubercules muqueux, disparait sous l'action de la syphilisation.

La syphilisation ne produit aucun effet sur les excroissances.

Mercuriel.

j'ai administré le mercure à quelques femmes, pour des chancres, on saura que j'en ai agi ainsi soit pareequ'il existait dans ces chancres une induration plus ou moins manifeste que je regardais alors comme spécifique, soit pour prévenir la syphilis constitutionnelle chez des femmes qui disaient vouloir abandonner la prostitution.

L'induration remarquée par Hunter et par M. Ricord disparait aussi après un long traitement mercuriel.

Les mercuriaux ne préviennent ni le phagédénisme, ni la gangrène; ils en favorisent plutôt le développement, et nuisent toujours, lorsque les chancres sont déjà phagédéniques ou gangreneux.

Les mercuriaux n'ont aucune action sur les bubons virulens, lorsqu'ils n'en activent pas le développement.

Leur action est faible et lente sur les bubons non virulens.

Unis à l'iode, ils sont utiles dans la cure des bubons indolens.

Les mercuriaux ont peu d'action sur la blennorrbagie urétrale, excepté quand elle est produite par le pus des tubercules muqueux.

Le mercure ne produit aucun effet sur les excroissances; elles repullulent après des traitements mercuriels répétés longtemps, elles résistent pendant des mois entiers à tous les moyens curatifs, pour disparaître tout à coup sans cause connue lorsque la faculté végétative reproductrice est épuisée.

Syphilisant.

Les tubercules muqueux condylo- «nateux ne disparaissent ordinairement, que par le moyen d'une syphilisatîon complète.

Les syphilides disparaissent peu à peu sous l'action d'un traitement syphilisant bien dirigé.

Les ulcères secondaires culanés ou des muqueuses, les ulcères profonds •lu tissu cellulaire sous-cutané cèdent aux inoculations syphilitiques.

Les douleurs ostéocopes , la périostite disparaissent par le moyen de la syphilisation, mais son action est lente et peu efficace sur les exostoses, les caries, les nécroses; aussi dans quelques cassera-t-il nécessaire d'administrer en même temps de légères tloses d'iodure de potassium.

La syphilisation est très-avantageuse dans riritis syphilitique.

Après la cure syphilisanle, on n'a observé jusqu'à présent que trois cas de syphilis constitutionnelle et ils ont cède à l'emploi de la même méthode curative.

Mercuriel.

Les tubercules muqueux se ressentent assez promptementde l'action des mercuriaux.

Les syphilides disparaissent un peu plus rapidement par l'usage du

La cure mercurielle fait cicatriser ces ulcères, mais l'effet est plus sûr et plus prompt si on unit l'iode au mercure.

Les maladies des os causées par la syphilis, se ressentent peu de l'action du mercure, mais disparaissant assez promptement par un traitement iodico-mercuriel.

Les mercuriaux guérissent auss»

l'iritis syphilitique.

On est encore bien incertain si le mercure peut prévenir la syphilis constitutionnelle. Quelques praticiens ne savent traiter les chancres que par l'administration du mercure , et quelque petite qu'en ait été la dose, si l'individu est exempt de syphilis constitutionnelle, ils l'attribuent aussitôt à l'action du mercure. Si au contraire, ce qui arrive souvent, la syphilis constitutionnelle apparait, c'est que la dose a été insuffisante ou qu'il a été mal préparée. Ne serait-il pas plus logique de dire que dans le premier cas, la syphilis constitutionnelle n'a pas paru parce qu'heureusement les chancres ne donnent pas toujours lieu à l'infection générale, et que dans l'un et l'autre cas, le mercure n'a produit aucun effet salutaire.

Quoiqu'il en soit, c'est un fait connu de tous les praticiens, qu'on voit fréquemment des individus, qui ont subi une cure mercurielle pour guérir d'un chancre, être sujets à la syphilis constitutionnelle. Conséqiiemment l'observation démontre ici la supériorité du traitement syphilisant sur le mercuriel.

Syphilisarit.

Jusqu'à présent, on n'a pas encore vu reparaître de symptômes de syphilis constitutionnelle chez les indivi

Mercuriel.

Les récidives de syphilis constitutionnelle sont encore malheureusement assez fréquentes après une lon-

dus qui en avaient été guéris pangue cure mercurielle ou iodico-mer-

curielle bien dirigée; aussi les praticiens ont-ils souvent été obligés de répéter le même traitement mercuriel pour guérir la même maladie qui avait reparu plusieurs fois.

une syphilisation complète et bien dirigée.

Au premier aspect, cette nouvelle méthode curative parait un peu longue ; si cependant elle est bien dirigée, il suffit de moins de 3 ou i mois pour la terminer. Mais si l'on observe que jusqu'à présent les récidives sont inoins fréquentes après la syphilisation , qu'après l'usage des mercuriaux, que probablement elle prévient, sinon pour toujours, au moins temporairement, une nouvelle infec tion, la longue durée du traitement sera bien compensée par ses salutaires effets. Lisez les Observations faites à cet égard, pag. 60lJ et suiv.

A moins qu'il n'y ait une inflammation viscérale ou vasculaire , la syphilisation peut être pratiquée dans toutes les saisons, et probablement à tout àtre, parce qu'elle améliore toujours 1 état général de l'organisme.

C'est tout au plus si dans certains cas de cachexie syphilitique ancienne et grave, il conviendrait d'administrer, quelques jours avant la syphilisation, de légères closes d'iodure de potassium, pour diminuer l'altération de la crase du sang et remonter un peu l'organisme.

Cette nouvelle méthode curative préserve le syphilisé si ce n'est pour toujours, au moins temporairement, de toute nouvelle infection vénérienne.

La cure mercurielle paraît plus courte que la syphilisante. Cependant les fréquentes récidives après l'usage des mercuriaux, ont fait dire à M. Fticord dans sa dernière lettre sur la syphilis, que: «Six mois de traitement à une dose journalière qui influence les accidens que l'on a à combattre, et qui indique, après qu'ils ont été détruits, que le médicament agit encore par ses effets physiologiques connus , constitue aujourd'hui le traitement rationnel auquel beaucoup de praticiens s'arrêtent, et qui semble donner les cures les plus soutenues».

Le traitement mercuriel est nuisible s'il existe chez le malade une inflammation interne quelconque, dans les cas de scorbut, de prédisposition à la phthisie, aux maladies mentales, aux inflammations du tube intestinal.

Car il arrive assez souvent que des individus guéris radicalement ou en partie de la syphilis constitutionnelle par les mercuriaux administrés à haute dose, sont sujets, pendant le reste de leur vie, à des maladies graves et incurables.

Ces faits, connus de tous les praticiens , devraient engager les adversaires de la syphilisation à ne pas la condamner sans la soumettre à la sanction de l'expérience.

Les préparations iodico-mercurielles ne sont pas prophylactiques, aussi chez quelques individus est-il nécessaire de revenir plusieurs fois à ces mêmes préparations.

De l'élude de ce parallèle entre le trailement syphilisant et le traitement mercuriel, on déduira facilement que chacun d'eux présente ses avantages et ses inconvéniens.

En proposant l'étude de la syphilisation , je n'ai point prétendu conseiller l'abandon absolu du traitement mercuriel, dans tous les cas de syphilis, car je suis persuadé que l'observation des faits , et quelques années d'études pratiques sont encore nécessaires pour établir avec précision les cas, où la nouvelle méthode conviendra mieux que l'ancienne , et ceux où l'on devra recourir à un traitement mixte.

Maintenant , il me suffit de conclure , d'après le parallèle que je viens d'exposer, que les avantages obtenus par la syphilisation sont de nature à la faire déclarer digne d'être soumise à un examen attentif.

Peut-on conseiller la syphilisation comme un moyen prophylactique de la syphilis ? — Quelle utilité résultera-t-il pour l'humanité de la pratique de la syphilisation?

Les faits de syphilisation connus et étudiés jusqu'à présent, ne nous permettent pas encore de résoudre ces questions d'une manière définitive. Je me bornerai donc à exposer les inductions qui me paraissent découler plus naturellement de l'examen de ces observations.

La propriété prophylactique absolue de la syphilisation est encore douteuse ; il y a des cas dans lesquels l'immunité parait se maintenir, mais il y en a d'autres dans lesquels elle n'a été que temporaire. Peut-être devra-t-on l'attribuer au défaut de méthode , à des circonstances individuelles , ou à des causes inconnues que le temps et de nouvelles

études viendront nous révéler. Quoiqu'il en soit, voici maintenant l'état de la question: — Il est vrai que les nouveaux chancres contractés par quelques uns des individus, chez lesquels l'immunité se perdit quelques mois après qu'on les eut syphilisés, furent simples, petits et de peu de durée , comme ceux que l'on observe sur la fin de la syphilisalion; on peut donc avancer presque avec certitude , que même dans ces cas, l'influence salutaire de la syphilisalion se fait encore sentir dans les nouveaux chancres; — mais je le répète, il est nécessaire de faire encore de nouvelles études à cet égard, pareeque la question de la prophylaxie de la syphilisation, avant de pouvoir être résolue, a hesoin d'être appuyée par une expérience de plusieurs années et un grand nombre d'observations, car c'est peut-être une des plus importantes de toutes celles que soulève la syphilisalion (v. page 609 et suiv.)

La propriété curalive de la syphilisalion est évidente, et j'espère que désormais on n'osera plus la mettre en doule. En outre, il paraît probable que dans la majorité des cas, la cure syphilisante, bien conduite, non seulement guérit radicalement les accidens secondaires, mais devient un moyen prophylactique pour le syphilisé. On me dira peut-être que cette question ne pourra être résolue que dans quelques années; je prierai alors le lecteur de lire ce que j'ai écrit à ce sujet, en parlant de la syphilisalion comme moyen curatif radical de l'infection constitutionnelle {v. page 588 et suiv.)

Cela posé, devra-t-on syphiliser l'homme sain pour le préserver de la syphilis?

Je réponds négativement , soit à cause des raisons que j'ai déjà données (p. 77), soit pareequ'il est de cerlains cas, dans lesquels la faculté prophylactique de la syphilisalion se perd, en partie.. Je conclus donc avec MM. Malgaignc, Depaul,

el plusieurs autres Irès-honorables confrères, qu'il n'est pas convenable de syphiliser l'homme sain.

Devra-t-on mettre en usage la syphilisation dans le traitement de la syphilis primitive?

Le chancre n'est pas toujours suivi de l'infection générale, aussi je crois que l'on ne devra dans ce cas pratiquer la syphilisation que chez les prostituées, parcequ'alors on remplit une double indication : on les préserve de l'infection générale et d'une nouvelle vérole.

La syphilisation devra-t-elle être appliquée au traitement de la syphilis constitutionnelle?

On pourra, el même on devra l'adopter spécialement poulies prostituées chez lesquelles la syphilisation guérira l'infection générale sans détériorer leur organisme, comme on l'observe après de nombreux traitemens mercuricls; elle offrira de plus à l'observateur de nombreuses occasions d'étudier de mieux en mieux sa vertu prophylactique. La syphilisation sera ensuite d'un précieux recours dans plusieurs cas: lorsque les mercuriaux ne sont pas tolérés par l'économie , lorsqu'il existe des contre-indications manifestes à leur administration, lorsque des traitements mercuriels répétés n'ont pas guéri radicalement l'individu atteint de syphilis constitutionnelle , et qu'ils n'ont pas empêché cette dernière de reparaître sous de nouveaux symptômes.

Si de nouvelles modifications introduites par l'expérience dans ce nouveau mode de traitement viennent confirmer sa vertu prophylactique sinon dans tous, du moins dans plusieurs cas, sinon pour la vie de l'individu, du moins pour plusieurs années , alors on devra pratiquer la syphilisation sur une échelle plus vaste.

Quelle utilité en retirera l'humanité? — Avec la syphilisation nous pouvons espérer de voir disparaître peu à peu du milieu de la race humaine cette maladie terrible et générale qui la ronge et l'abâtardit graduellement.

662 coholuires.

Ce ne sera pas une utopie, nous en avons la ferme espérance, mais elle ne peut se réaliser que par le concours actif: 1° des médecins attachés au service des Hôpitaux vénériens; 2° des Gouvernements. Je m'explique: on n'aura recours pendant quelques années à la syphilisation, comme moyen curatif, que dans les cas de syphilis constitutionnelle. Lorsque des prostituées entreront à l'Hôpital atteintes de syphilis primitive, leur traitement sera purement local et antiphlogistique , on ne leur administrera aucune préparation mercurielle, et on ne soumettra à la syphilisation que celles sur lesquelles on voudra expérimenter sa vertu prophylactique contre une nouvelle infection , ou contre la syphilis constitutionnelle.

Lorsqu'elles rentreront avec des symptômes de syphilis constitutionnelle, on les soumettra aussitôt à la cure syphisante complète, et l'on ne recourra aux remèdes proprement dits anlisyphilitiques que pour les prostituées qui seront grosses, ou celles dont l'étal morhide , p. e. une phlogose interne , une cachexie vénérienne avancée contre-indiquera la nouvelle méthode curative. En surveillant attentivement leur état sanitaire pendant plusieurs années successives, on obtiendra des lumières suffisantes pour juger si le traitement syphilisant, dans le but de les préserver d'une nouvelle infection, devra s'étendre ou non à toutes les prostituées aussitôt qu'elles se présenteront avec un ulcère vénérien primitif.

Que les Gouvernements exercent la plus grande surveillance sur la prostitution, spécialement sur la prostitution clandestine, non seulement dans les grandes villes, mais encore dans les provinces; qu'ils protègent, si je puis m'exprimer ainsi, les prostituées renfermées dans les maisons de tolérance, celles qui se soumettent régulièrement à la visite hebdomadaire du médecin, celles enfin qui subiront le traitement

syphilisant. Que sous leur influence, les directions des Hôpitaux vénériens favorisent le plus possible les éludes sur la syphilisation, en avertissant les prostituées infectées qu'elles doivent se soumettre au traitement qui leur sera prescrit par le médecin honoré de la confiance du Gouvernement et du public; en dernier lieu, que les Gouvernements n'oublient pas que pour empêcher la diffusion de la maladie vénérienne, il est nécessaire d'exercer une rigoureuse surveil- ■ lance sur le soldat, qu'il est nécessaire d'avoir des hôpitaux spéciaux où puissent être soignés les malades des deux sexes, et qu'enfin, comme cela se pratique dans le grand Syphilicôme de Vienne, les malades prennent l'obligation, en entrant , de ne pas sortir avant que le médecin ne les déclare radicalement guéris.

Ces règlements sanitaires , cette immunité acquise par l'organisme contre une nouvelle infection , immunité sinon constante du moins temporaire , ne produiraient d'autre avantage que celui d'empêcher les individus syphilisés de servir de véhicules au virus syphilitique pendant ce laps de temps , que nous devrions considérer ce résultat comme un grand bienfait pour la société.

Les prostituées déjà soumises à la syphilisation, qui rentreront à l'Hôpital avec une nouvelle maladie vénérienne , subiront de nouveau le traitement syphilisant , en un mot elles seront revaccinées.

Ce nouveau traitement donnera naissance tout au plus à des ulcères petits et de courte durée , et suffira pour rétablir cet état singulier de l'organisme où il perd la propriété de contracter le virus syphilitique.

L'expérience ayant prouvé le peu de gravité de cette seconde syphilisation , la promptitude avec laquelle on l'obtient, et ses résultats avantageux sur l'économie, ne pourrat-on pas , selon les cas , la répéter une seconde et une

troisième fois , quand la santé publique l'exige ? La vertu prophylactique de ce traitement ne serait que temporaire , qu'il rendrait déjà un grand service à l'humanité , en restreignant les foyers d'infection syphilitique.

Lorsque de nouvelles recherches cliniques auront fait reconnaître que la cure syphilisanle bien dirigée et complète, non seulement guérit radicalement l'organisme de la syphilis constitutionnelle , mais encore le préserve de nouvelles infections, alors il conviendra de syphiliser non seulement les prostituées atteintes d'un chancre, mais encore les militaires et les jeunes gens reçus dans les hôpitaux civils. On soumettra spécialement au traitement syphihsant les individus atteints de syphilis constitutionnelle , et en général tous ceux qui voudront s'exposer' impunément à un foyer d'infection.

De cette manière, la syphilis commencerait à disparaître peu à peu de la classe pauvre ; la jeunesse infectée porterail le virus sur des tissus qui ne pourraient plus le contracter ; Je jeune homme emporté par la passion , mais désireux de conserver sa santé intacte , ne s'adresserait qu'aux femmes prémunies contre l'infection par une bonne cure syphilisanle ; graduellement ainsi la syphilis se limiterait presque exclusivement aux personnes placées hors de la surveillance du Gouvernement, et qui elles-mêmes chercheraient bientôt à guérir par le moyen des mercuriaux ou de la syphilisation.

II est probable , et c'est le vœu le plus ardent de celui qui écrit ces lignes, que sinon la génération présente , du moins la future jouira de ces heureux résultats.

La syphilisation sera encore probablement appliquée dans la suite avec avantage dans le traitement de maladies étrangères à la syphilis, surtout dans les suivantes.

Cancer. — Monsieur Alquié , et avec lui d'autres pra-

ticicns, avaient déjà cru retirer un bon effet, dans quelques cas, de l'inoculation du pus d'un ulcère syphilitique sur le cancer lui-même.

MM. Auzias-Turenne el Didot , croyant trouver un antagonisme entre la syphilis et le cancer , pensèrent que les individus syphilisés se trouvaient par- là même prémunis contre l'affection cancéreuse. Ils appuièrent leur assertion sur la non existence du cancer dans les pays chauds , en Egypte , par exemple , où la syphilis est , dit-on , endémique. Us prétendirent aussi n'avoir presque jamais trouvé de cancer chez les prostituées.

Les faits que j'ai observés dans ma pratique ne confirment pas entièrement la dernière assertion de M. Auzias , mais ces deux assertions ne seraient pas parfaitement exactes , que la gravité de la maladie cancéreuse autoriserait toujours à en chercher la guérison par le moyen de la syphilisalion. Que M. Auzias en poursuivant ses recherches, obtienne par la syphilisation seule un heureux et durable résultat , et il aura acquis un droit à la reconnaissance éternelle du monde médical. Mais examinons rapidement les faits dont parle M. Auzias.

Une femme, à qui Lisfranc avait exporté à deux reprises un cancer aux mamelles, ne put être soumise à une troisième opération , parce qu'elle avait les glandes axillaires et sous-claviculaires engorgées ; elle contracta la syphilis, subit un traitement mercuriel, el le cancer guérit avec la syphilis. Cette observation est incomplète, mais la résolution du cancer, due à l'infection vénérienne ou peut-être au mercure, constitue un phénomène remarquable et aurait mérité que l'auteur l'eût publiée d'une manière plus circonstanciée.

Quelques inoculations de pus vénérien, pratiquées par M. Auzias sur une femme affectée de cancer, suspendirent la marche progressive de la maladie , qui ne reparut pas après l'exportation.

Chez une aulre , un des ulcères inoculé prit la forme scrpigineuse, mais finit par guérir spontanément. Le cancer demeura slationnaire.

Une femme de quarante ans , appartenant à une famille dont plusieurs membres avaient été affectés de cancer, présentait à la mamelle une tumeur grosse comme une petite noix, dure, bosselée, et accompagnée de douleurs lancinantes:

M. Auzias la soumit à des inoculations syphilitiques réitérées: elles déterminèrent une syphilis conslitulionnclle, qui persista une année entière. Le cancer s'affaissa , le volume de la tumeur diminua et les douleurs lancinantes disparurent. M. Auzias lui fit subir un traitement mercuiïel , et rapporte en terminant , que cette personne , à part une dermitc squameuse peu douloureuse et sans importance , jouit par la suite d'une santé excellente.

Sur ces trois faits exposés rapidement et extraits du Cours de syphilisation publié par M. Auzias, on pourrait demander pour le premier cas, si le cancer n'a pas plutôt été guéri par l'exportation; pour le deuxième, si l'état stalionnaircdu cancer a élé véritablement l'effet de l'inoculation des ulcères syphilitiques, ou si ce n'était pas un de ces cancers à marche lente et presque insensible pendant plusieurs années; pour le troisième cas , on pourrait demander encore si le cancer a élé modifié par la syphilisation , ou bien par la syphilis constitutionnelle et le mercure; cette femme, en effet, ainsi que les autres dont parle M. Auzias, ne furent pas véritablement syphilisées , elles eurent seulement quelques ulcères syphilitiques qui les exposèrent à contracter l'infection générale. Quel est le motif pour lequel il n'a pas continué les inoculations syphilitiques? Pourquoi leur a-t-il administré le mercure ? L'auteur ne le dit pas.

Quoiqu'il en soit, j'espère qu'il publiera en entier les observations dont il n'adonné qu'un apperçu, et lors même que

le cancer ne serait pas guéri par la syphilisation , mais par la syphilis constitutionnelle et par les mercuriaux administrés consécutivement, ainsi que paraissent l'indiquer les observations de M. Auzias, il me semble qu'un résultat semblable serait toujours digne de fixer l'attention des praticiens. M. le Docteur Borelli , Chirurgien ordinaire de l'Hôpital St-Maurice , praticien distingué , ardent investigateur de la science , a fait une tentative d'inoculation syphilitique chez un individu attaqué de cancer, et je crois devoir rapporter ici cette observation qu'il a eu l'obligeance de me communiquer.

Monsieur et très-honoré Confrère.

Dans les premiers jours du mois d'octobre passé je m'adressais a votre complaisanee bien connue, pour avoir du pus d'un ulcère syphilitique en voie de progrès, dans l'intention de l'inoculer expérimentalement sur un individu atteint d'une affection eancéreuse, que je jugeais au dessus de tous les moyens thérapeutiques connus.

Je voulais par cette expérience juger de la valeur des assertions avancées par les promoteurs de la syphilisation , dans la séance solennelle de l'Académie de médecine de Bruxelles, au mois d'avril de cette année, à laquelle assistèrent les champions les plus distingués pour et contre la syphilisation, non seulement de la capitale de la Belgique , mais encore ote la France, MM. Ricord, Auzias-Turenne , Dechambre etc

Vous m'aviez souvent manifesté le désir de voir expérimenter la syphilisation comme moyen curatif du cancer, vous condescendîtes aussitôt à ma demande, et vous m'envoyâtes du pus recueilli au Syphilicôme que vous dirigez comme médecin en chef.

Bien que pour des raisons qu'on verra plus bas, les résultats de cette inoculation n'apportent pas de grandes lumières sur la question, je me rends cependant de bon cœur à l'invitation que vous m'avez faite de les communiquer, persuadé que sur le champ de l'expérience, le moindre grain ne tombe pas en vain et fructifie toujours pour apporter son utile contingent au grand édifice auquel nous travaillons tous, je veux dire, la thérapeutique.

Turin, 27 décembre 1852.

G, B, Borelli.

Inoculation du pus syphilitique sur une personne affectée de cancer.

. Un individu, âgé de 37 ans, cultivateur do la province de Casai, l'ut reçu dans l'hôpital de S. Maurice et Lazare le 2-2 septembre 1852 pour y être traité d'un énorme cancer siégeant sur le dos de la main droite. 11 avait commencé sept ans auparavant par une tumeur dure et indolente, qui peu à peu, soit par suite d'applications irritantes et caustiques, soit par suite de l'usage habituel du membre etc.... avait attaqué presque tout le dos de la main , soit en largeur, soit en profondeur. 11 était accompagné d'un gonflement et d'une induration remarquables de tout le bras et de l'épaule, surtout dans les régions sus et sous-claviculaires avec des tubercules cutanés siégeants principalement le long du côté interne du même membre, tuméfaction et induration des glandes sous-axillaires. La figure du malade présentait l'aspect de la cachexie cancéreuse. L'odeur sui generis insupportable qu'exhalait la vaste plaie rugueuse me fit recourir à une solution de chlorure de chaux pour toute médication. Je me crus autorisé, par l'état de l'individu, à lui pratiquer les inoculations du pus syphilitique.

1. Dans la matinée du 3 octobre passé, je pratiquais cinq piqûres sur la face interne de Pavant-bras, et cinq autres sur celle du bras du côté malade (le droit), avec la pointe d'une lancette imprégnée de pus syphilique que M. Sperino m'avait envoyé le jour même , renfermé dans le tube d'une plume à écrire, et que j'avais délayé préalablement dans une goutte d'eau. Itien n'apparut sur le lieu de l'inoculation, si l'on en excepte ce point de sang coagule qu'on remarque après les plus petites blessures.

2. Huit jours après, je reçus du même Docteur du pus syphilitique , et je pratiquais quatre piqûres sur la face interne de l'avant-bras droit (le malade) et autant sur celle de l'avant-bras gauche. Les piqûres du côté droit ne donnèrent aucun résultat, une seule du côté gauche produisit vers le troisième jour une pustule miliaire qui disparut en peu de temps, sans autre conséquence. Le pus de l'inoculation avait été recueilli huit heures avant l'opération, et avait été délayé dans une goutte d'eau, comme la première fois.

ô. Au 15 octobre, je reçu de nouveau du pus virulent, et je pratiquai trois heures après, l'inoculation sur la face interne de l'avantbras gauche par trois piqûres. Le lendemain, une de ces piqûres n'était plus apparente, les trois autres étaient environnées d'une légère aréole rouge. Au troisième jour, une des piqûres commença à se transformer en pustule. Le 18, cette dernière s'était développée pendant que les autres disparaissaient. La pustule prit dans les jours qui suivirent, un développement de plus en plus grand, et s'affaissa dans son centre. Finalement, elle s'élargit, prit un centimètre de diamètre, et resta stationnaire; diverses piqûres , que l'on fit sur elle, laissèrent sécréter une humeur blanchâtre, puriforme, mais elle ne passa jamais à l'état d'ulcère. Je dirai par anticipation , que cette dernière transformation eut lieu un mois après, lorsque le malade fut transporté dans un autre hôpital.

A. Voulant reconnaître si l'humeur contenue dans cette pustule était virulente, je l'inoculai sur le bras droit par des piqûres répétées. Je n'en obtins pas plus d'efTçt que des inoculations précédentes.

5. Cette humeur inoculée par diverses piqûres sur la face interne de la cuisse d'un autre malade qui portait un ulcère à la base du gland et deux bubons inguinaux , produisit deux larges pustules , voisines et de forme ombiliquée , qui dans l'espace de 14 jours se convertirent en vastes ulcères.

6. Le pus de ces pustules inoculé sur la face interne de la cuisse du même individu, donna lieu aune pustule qui ne tarda pas à revêtir le caractère de l'ulcère huntérien.

7. L'humeur de la pustule de l'avant-bras gauche de l'individu affecté de cancer, inoculé sur le bras du même individu, donna une petite pustule, qui disparut en i ou 5 jours, sans passer à l'ulcération.

8. Finalement, pour vérifier encore une fois si le bras droit du malade cancéreux était réfractaire à toute inoculation , je lui en fis plusieurs sur cette région , avec du pus de l'ulcère du malade dont on a parlé plus haut, mais je n'obtins aucun résultat.

Ici se terminèrent mes expériences qu'il aurait été sans doute très-utile de continuer et de varier de diverses manières, si les conditions spéciales du sujet me l'avaient permis. Mais celui-ci ayant dû, par suite de la nature de sa maladie, être transporté à l'hôpital St-Louis, je me vis dans l'impossibilité de les continuer.

Je ne cherchais pas non plus à amener une véritable syphilisation par le moyen d'inoculations successives sur l'individu alïecté d'ulcères et de bubons.

L'hôpital St-Maurice n'étant pas destiné au traitement des maladies vénériennes, la syphilisation ne portant pas encore ce caractère de sécurité que lui souhaitent les amis de la science et de l'humanité, je ne me crus pas assez autorisé à le faire. En conséquence, par le moyen de cautérisations répétées, du lavage des ulcères artificiels avec une solution de deuto-chlorure laudanisé, de l'usage interne du proto-iodure de mercure, je parvins non seulement à faire cicatriser les ulcères, mais encore à guérir radicalement l'une et l'autre maladie ».

Favus. — Une femme (Observ. xcm) atteinte depuis l'enfance d'une teigne faveuse diffuse à tout le cuir chevelu , fut soumise à la cure syphilisante pour une syphilis Constitutionnelle, dont elle était affectée. Ce traitement fit aussi disparaître peu-à-peu le favus. INI. Mélier, ainsi que plusieurs autres médecins avaient visité celte femme, lorsque je commençais chez elle la syphilisation, et avaient confirmé le dia^ gnostic du favus.

Ce n'est pas certes d'après ce fait isolé que je proposerai de recourir à la syphilisalion pour le traitement du favus: je dirai seulement que cette nouvelle méthode curative pourrait être de quelque utilité dans certains cas d'affections culanées non syphilitiques , rebelles aux moyens thérapeutiques, et que sous ce point de vue encore les effets de syphilisation sont dignes d'un examen attentif.

Morve et farcin. — L'espèce d'analogie qui existe entre ces maladies et la syphilis m'avait conduit à une tentative de syphilisalion sur un cheval morveux, comme je l'ai rapporté page 27. Je me propose, grâce à la bienveillante coopération de MM. Lessona et Vallada, professeurs d'art vétérinaire, de reprendre ces expériences.

Les bons résultats produits jusqu'à présent par l'inoculation des virus contagieux doivent encourager les praticiens à en étendre de plus en plus l'application. L'inoculation du vaccin est un préservatif contre la petite-vérole et ses déplorables conséquences. L'inoculation préservatrice de la pneumonie épizoolique de la race bovine a donné dernièrement d'excellens résultats; celle du virus syphilitique répété à doses suffisantes, qui a déjà produit de si nombreux et salutaires effets , n'est-elle pas digne à son tour de provoquer les recherches les plus attentives? c'est pour moi une conviction profonde, persuadé que celle nouvelle découverte sera une des plus utiles à l'humanité.

De quelle manière agit la syplrilisation?

Peut-on expliquer d'une manière satisfaisante la syphilisation , que quelques uns traitent d'absurde, parce qu'elle renverse les idées scientifiques reçues? La Science peut-elle en expliquer l'action? Ami des faits et de l'expérience, je

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