‹ La syphilisation étudiée comme méthode curative et comme moyen prophylactique des maladies vénériennesChapitre 78 sur 90 · C0R0I.LA1BES · texte numérisé non relu

C0R0I.LA1BES

suis toujours prêt à admettre les corollaires légitimes qui en émanent, bien que je ne puisse pas me les expliquer, intimement convaincu que l'observation et l'expérience sont les seules bases de notre science. Nous savons en effet qu'il reste encore beaucoup de mystères scientifiques, devant lesquels se sont arrêté la Physiologie et la Chimie moderne, malgré les immenses progrès qu'elles ont fait. Je suis du reste persuadé que les théories nesont utiles qu'en tant qu'elles sont subordonnées aux faits et qu'elles n'en empêchent pas les utiles applications. Ce n'est donc pas sans hésitation que j'entreprends de traiter la question ardue que j'ai posée plus haut.

La syphilisation agit-elle par saturation, par neutralisation du virus vénérien , par une modification spéciale du sang, ou du système nerveux , par révulsion ou par un autre moyen inconnu ?

Examinons en premier lieu la succession des phénomènes qui s'observent dans l'organisme d'un individu soumis au traitement syphilisant.

Les ulcères artificiels sécrètent une quantité plus ou moins considérable de pus virulent.

Ils sont plus larges et durent plus longtemps, s'ils sont en petit nombre; c'est le contraire quand ils sont nombreux.

Durant leur période de progrès et de transformation, ils produisent un pus virulent qui est absorbé lorsque le travail inflammatoire n'est pas excessif.

La syphilis primitive ou constitutionnelle, dont est atteint l'individu inoculé, disparait plus rapidement, et l'amélioration de son état général est plus prompte, lorsque les ulcères artificiels sont nombreux sans l'être trop, qu'ils ne présentent pas le caractère phagédénique, qu'ils donnent du pus séro-purulent et abondant , qu'ils ont une certaine extension , que leur durée n'est pas trop courte ; en un mot , lorsqu'une dose quelconque de virus est journellement et

successivement introduite dans le sang pendant quelques mois.

L'individu sur lequel on a pu produire un nombre suffisant d'ulcères artificiels, arrive peu-à-peu à un état tel que du pus virulent porté sous l'épiderme, ou sur une blessure, ne peut plus y déterminer un ulcère vénérien.

De l'examen de ces phénomènes observés dans le traitement syphilisanl il naît spontanément une foule de questions.

I" Le pus virulent de l'ulcère primitif est-il toujours absorbé?

Le pus virulent du chancre, quand ce dernier n'est pas excessivement enflammé, qu'il n'est ni gangreneux, ni phagédénique, est toujours facilement absorbé dès que la sécrétion de l'ulcère a commencé ou peut-être même aussitôt qu'il a été inoculé. En effet, on voit souvent, une syphilis constitutionnelle être la suite d'un ulcère vénérien primitif, bien que celui-ci ait été exporté quelques jours après sa naissance, qu'il n'y ail pas eu d'infection nouvelle, et qu'après l'excision, la blessure n'ait pas pris l'aspect vénérien , et se soit proroptement cicatrisée. J'ai vu deux cas de celte nature , et tous les praticiens ont dû certainement en observer de semblables. 11 serait assez difficile du reste d'expliquer comment un second, un troisième ulcère, nés quelques jours après le premier, sur le même individu, n'ont plus, et ne peuvent plus avoir le développement el la durée de celui-ci, si l'on n'admet pas que l'absorption du pus du premier ait déjà produit sur l'organisme un effet tel qu'un ulcère successif ne puisse plus avoir un développement identique. Si l'absorption du -nrus a été nulle ou presque nulle, pourquoi les inoculations successives ne produiraient-elles pas des résultats identiques à la première V De plus, quand par suite d'une inflammation excessive le pus cesse d'être virulent, ou ne peut plus être absorbé, comm/

je l'ai déjà dit, alors les ulcères successifs se développent comme si les antécédens n'avaient jamais existé, et cela arrive parce que l'organisme n'a pas encore ressenti l'influence d'une bonne dose de virus absorbé.

L'inoculation du pus chancreux est donc suivie immédiatement de l'absorption du virus; celle-ci a une marche rapide pendant la période de progrès de l'ulcère qui en est. le produit, et une marche très-lente pendant sa période de transformation.

2° La quantité de pus syphilitique que l'organisme peut absorber simultanément peut-elle varier, ou est-elle toujours identique?

Si les ulcères existent en grand nombre simultanément, ils restent petits, prennent peu de développement, sécrètent une petite quantité de pus, et leur période d'accroissement est très-courte; si au contraire les ulcères sont en petit nombre, ils s'élargissent et se développent considérablement, ils produisent une plus grande quantité de pus , et durent beaucoup plus long temps. Ce fait ne prouverait-il pas que l'économie ne peut absorber qu'une quantité donnée de virus?

En effet, une grande quantité de pus virulent, introduit simultanément par divers points, ne détermine que de petits ulcères , qui ne peuvent pas fournir beaucoup de pus contagieux.

Ne serait-il pas prouvé par-là , que de ces ulcères en grand nombre mais petits, ou en petit nombre mais grands, l'économie ne peut absorber qu'une quantité déterminée de virus dans le même temps?

Des chancres nombreux, nés simultanément, produisent bien sur la syphilis constitutionnelle existante un effet salutaire, mais il ne dure pas; tandis qu'une petite dose de virus donné par des chancres suffisamment développé* ,

et pendant un espace de temps beaucoup plus long, guérit l'infection générale de l'individu , et n'en permet plus la réapparition.

Donc, pour obtenir un effet syphilisant salutaire, il ne convient pas de porter dans le sang une trop grande quantité de virus en même temps; il faut au contraire en inocula seulement une certainedose simultanément, et faire ainsi une irrigation virulente et continue jusqu'à ce que tout symptôme-dc syphilis constitutionnelle ait disparu, et que l'organisme ne soit plus susceptible de recevoir une nouvelle inoculation.

Ne serait-il donc pas permis d'en inférer, qu'il faut que l'organisme en absorbe une dose un peu considérable . pendant un espace de temps plutôt long, si l'on veut en obtenir un bon effet? N'en résulterait-il pas qu'une certaine quantité de virus porté dans le sang, y agit d'une manière différente , suivant qu'elle y est introduite dans l'espace de peu de jours, ou pendant un laps de temps plus long?

5° Le virus syphilitique ne subit-il aucune altération dans le sang, ou est-il expulsé par les divers émonct aires, ou bien y subit-il une décomposition, une altération, une transformation?

Il existe des individus ordinairement d'une robuste constitution, qui après avoir eu un ou plusieurs chancres guéris par de simples moyens locaux , ne sont jamais atteints de syphilis constitutionnelle. Dans ce cas, il est à présumer que le virus a été éliminé.

II en est d'autres chez qui un petit ulcère primitif donné bientôt lieu à une infection générale.

Dans cet autre cas, on doit penser que le virus porté dans le sang y a trouvé des conditions favorables pour se développer, qu'il s'y est modifié de manière à perdre en partie

son caractère contagieux, mais aussi à pouvoir agir d'une façon délétère sur un tissu , sur un système , ou sur un viscère, selon l'idiosyncrasie de l'individu.

Soit dans les premiers, soit dans les seconds, l'organisme peut toujours donner accès à de nouvelles doses de virus, et par là même contracter de nouvelles infections. Au contraire, si l'individu a subi un traitement syphilisant, si une notable quantité de virus a été portée successivement dans son sang, il n'est plus, du moins pour un certain espace de temps, sensible à un nouveau contact du virus, ni susceptible d'être atteint d'une infection générale.

Il suit de là, que l'action du virus sur l'organisme est diverse selon qu'il y est porté en grande ou en petite quantité. Entré en petite quantité dans le système sanguin, s'il n'en est pas éliminé par les efforts de la nature , il ne subit probablement aucune altération, conserve ses propriétés virulentes et donne lieu à l'infection générale; porté au contraire à doses considérables et successives dans le sang, il y subit une transformation qui le rend inoffensif pour l'économie. De plus, il produit dans l'organisme un état singulier qui guérit une syphilis confirmée, préexistante, et ne permet plus au virus porté sous l'épiderme d'y déterminer un ulcère d'une durée et d'une extension notable.

« L'inoculation du vaccin, dit le célèbre Liebig, détruit la réceptivité de l'économie pour la variole en annihilant , éloignant par un travail particulier de décomposition les matières dont la présence constituait la réceptivité. Mais cette réceptivité peut se reproduire chez le même individu; elle doit donc être détruite de nouveau par une seconde , une troisième inoculation ».

Eh bien ? L'action chimique du virus syphilitique, qui a déjà produit la syphilis constitutionnelle , ne peut-elle pas

être annihilée par ce même virus rendu plus aclif lorsqu'on l'introduit en plus grande abondance dans l'économie?

Si on interrompt le traitement syphilisant avant d'avoir obtenu la non réceptivité, on voit se manifester les mauvais effets ordinaires du virus, par une syphilis constitutionnelle. On doit reprendre alors et multiplier les inoculations, activer ainsi l'action du virus sur l'organisme par des doses nouvelles et successives , et on voit aussitôt disparaître les accidens de l'infection générale, celle-ci se dissiper entièrement et l'individu réacquérir la santé. Ce fait ne démontre-t-il pas que le virus syphilitique, activé par des doses nouvelles et répétées, produit dans l'organisme une action chimique contraire à celle de ce même virus porté en petite quantité.

. Mais , m'objectera-t-on , l'immunité dans quelques cas dura peu de temps?

Je répondrai à cela que la réceptivité nouvellement acquise peut être aussitôt détruite par de nouvelles inoculations , précisément comme pour le vaccin.

k° L'organisme, qui par suite du traitement syphilisant a repris son état physiologique, rentre-t-il dans les mêmes conditions organico-vitales qu'avant? Le virus a-t-il détruit dans le sang et dans les solides les molécules aptes à recevoir le virus? Celui-ci a-t-il imprimé au système nerveux une nouvelle sensibilité à l'égard du virus?

Si l'effet salutaire du traitement syphilisant n'était que temporaire, si, comme le mercure, il neutralisait simplement le virus préexistant, si l'organisme après ce traitement se trouvait dans le même état qu'auparavant, l'effet de la syphilisation ne devrait pas se maintenir après la fin du traitement, c'est à dire que l'individu guéri par la syphilisation, comme celui qui est guéri par le mercure, serait aussitôt

susceptible de contracter de nouvelles infections qui pourraient être suivies de symptômes généraux.

Ceci n'ayant été observé que très-rarement , on doit en conclure que le virus a produit sur l'organisme un effet, qui persiste après le traitement sypliilisant et empêche qu'il reçoive une nouvelle dose de virus.

Mais cette singulière modification, qu'on ne peut jusqu'à présent expliquer que par des hypothèses, est-elle produite dans le sang ou dans les solides organiques ? Je crois qu'elle est produite dans le sang d'abord, puis dans tous les matériaux composant l'organisme.

En effet, c'est dans le torrent circulatoire qu'est transporté immédiatement le virus absorbé , et c'est encore le sang qui sous l'influence de la syphilisation n'étant plus susceptible de ressentir l'action du virus, n'en permet plus de nouvelles introductions, et ne laisse plus se produire dans les points inoculés le travail phlogislique spécifique de l'ulcère primitif.

Mais les matériaux composant le sang se renouvellent continuellement, et après quelque temps il paraîtrait qu'on ne devrait y rencontrer les molécules qui ont été en contact avec le virus, et qui en ont subi l'action syphilisante.

Il est probable que le sang modifié par le traitement syphilisant transmet à l'économie des matériaux qui ont perdu en tout ou en partie la propriété de ressentir l'action du virus syphilitique.

Les individus syphilisés , qui une fois hors de l'Hôpital ont subi de nombreuses saignées, et chez qui on peut dire que la masse entière du sang a été rapidement renouvelée par les soustractions sanguines, ont perdu en peu de temps l'immunité acquise et ils ont contracté de nouvelles infections.

Cette considération ne prouverait-elle pas que dans la

reproduction lente, successive et toute physiologique des matériaux du sang, l'effet de la cure syphilisante est transmis des uns aux autres, et que celte action chimico-vilale encore inconnue entretient l'immunité? Tandis que par la reproduction rapide d'une grande quantité de sang à la suite de larges déperditions, de nouveaux matériaux se forment subitement et rendent le sang apte à recevoir encore le virus syphilitique?

Je ne prétends pas donner à une telle observation une plus grande valeur qu'elle ne le mérite ; j'espère cependant que de nouvelles recherches éclaireront la question. Au reste, nous ne savons pas encore pourquoi les uns perdent les bienfaits de l'inoculation, tandis que les autres continuent à en jouir. Si l'on venait à reconnaître que les perles de sang, qu'une nourriture incapable de reproduire de bons matériaux etc. en sont la cause, ne serait-ce pas là un progrès? Je le crois, parée que le praticien saurait alors par quels moyens on peut conserver la non réceptivité ; et quand il convient de recourir à la vaccination et à la syphilisation, et maintiendrait ainsi pour toujours leur bienfaisante action.

Quant à vouloir attribuer les effets de la syphilisation à une puissante révulsion produite par plusieurs chancres artificiels, la chose ne me paraît pas probable pour les raisons suivantes:

Les plus énergiques révulsifs cutanés et intestinaux , les vésicatoires, les cautères, la gale suivie d'impétigo et d'eczéma etc. n'ont jamais pu triompher de la syphilis.

L'infection primitive ou constitutionnelle disparait plus ou moins rapidement soit lorsque les ulcères artificiels sont grands, douloureux, enflammés, soit lorsqu'ils sont petits, peu douloureux et de courte durée. Bien plus, les ulcères les plus enflammés , comme les phagédéniques et les gangreneux, ont une action syphilisante presque nulle et influent bien peu sur la marche des accidens syphilitiques existants.

Dans la première période du traitement syphilisanl, c'est- ;i-dire quand les premiers ulcères inoculés sont larges et en pleine suppuration, non seulement on ne remarque aucune amélioration dans la syphilis primitive ou secondaire qu'on a entrepris de guérir par ce traitement , mais celle-ci fait encore quelquefois des progrès, et ordinairement ne disparaît peu à peu que vers la fin du travail de syphilisation, quand les inoculations ne donnent plus lieu qu'à de petites pustules de courte durée , et par-là même incapables de produire une révulsion sensible.

Tous les moyens aptes à produire un orgasme dans les vaisseaux capillaires de la peau, comme les bains sulfureux, les frictions , la fatigue, une sueur abondante , etc. , favorisent le développement des syphilides. Si de nombreux ulcères artificiels agissaient seulement comme révulsifs, ne devraient-ils pas produire le môme effet ?

Enfin , quand la révulsion cutanée prolongée pendant plusieurs mois ferait disparaître la syphilis, cette guérison ne serait jamais que momentanée , parce qu'elle ne peut détruire et neutraliser l'action du virus syphilitique.

Au bout de quelque temps , et dans les derniers jours de la cure syphilisanle , quand les inoculations ne produisent plus que des pustules abortives qui exercent une action révulsive très-faible , on devrait voir se reproduire aussitôt la même forme de la syphilis qui avait déjà disparu ou d'autres symptômes de l'infection générale.

Je conclus de là que , jusqu'à présent , il est impossible de donner une théorie satisfaisante de la syphilisation ; que les effets salutaires du traitement syphilisant doivent s'attribuer à l'absorption prolongée d'une bonne dose de virus syphilitique ; que le principe vénérien agit sur l'organisme de deux manières absolument contraires , selon qu'il y est en grande ou en petite quantité ; que le virus rendu plus actif

parce qu'il y existe à hautes doses, détermine dans le sang une modification contraire à celle qu'il produit lorsqu'il s'y trouve en petite quantité , et que c'est probablement dan? quelques uns des principes composant le sang que le traitement syphilisant produit ses premiers heureux résultats.

Mais devra-t-on, ainsi que le font les adversaires de lasyphilisation, la condamner comme absurde parce qu'on n'a pu expliquer encore ce grand phénomène? Non certainement.

Il est beaucoup d'autres phénomènes dont l'action est inconnue et qu'on ne songe pas cependant à mettre en doute. Nous prescrivons tous la quinine , l'opium , le mercure, la helladonne, etc., bien que nous ignorions complètement comment ces médicamens produisent leurs salutaires effets.

Nous inoculons le vaccin sans savoir comment il préserve de la petite-vérole. Ne condamnons donc pas la syphilisation comme absurde, parce que nous ne pouvons pas encore nous expliquer comment elle agit.

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