‹ La syphilisation étudiée comme méthode curative et comme moyen prophylactique des maladies vénériennesChapitre 80 sur 90 · L . . . . et comme lui, médiTiii · texte numérisé non relu

L . . . . et comme lui, médiTiii

contracta à la verge un chancre qm était complètement cicatrisé le 17 juin. Déjà, dès le 11 juin, syphilidc cxanlhémiilique , plaques muqueuses sur les amygdales des deux côtés. Engorgement des ganglions cervicaux postérieurs, et d'un ganglion sous-maxillaire.

Le 2 juillet, sur le bord droit de la langue et vers sa base, ulcération d'apparence particulière, comme par érosion. D'après l'opinion de M. L , cette ulcération, qui d'ailleurs avait paru huit à neuf jours après l'engorgement du ganglion sous-maxillaire, était un accident consécutif.

Le 8 juillet, sur les plaques muqueuses ulcérées que M. L

considère comme consécutives, fut

SUR LA SYPHILISATION.

pris le pus que ce docteur s'inccula au bras gauche et qui donna lieu aux résultats déjà indiqués.

des individus qui, ayant une syphilis constitutionnelle, contractent de nouveaux chancres.

5° Il est à remarquer que les plus intenses proviennent du pus du syphilisé de M. Auzias, parvenu à son soixantième chancre.

6° Le phngédénisme non serpigineux D'à pas dépendu de la source à laquelle le pus avait été emprunté, car le plus grand nombre des chancres qui ont été produits par le pus provenant du syphilisé ont pris indifféremment la forme pha gédénique, tandis que parmi trois chancres produits par le pus fourni par un malade du service de M. Ricord, affecté d'un chancre phogédénique non serpigi neux, un seul a pris la forme phagédé nique.

7° Le phagédénisme des premiers chancres n'a pas été atténué par les chan cres qui ont suivi et qui sont devenus phngédéniques ;\ leur tour.

8° Le phagédénisme a donc semblé tenir à l'état général du malade influencé par le siège, car tandis que le plus grand nombre des chancres inoculés au bras ont pris cette forme, les chancres inoculés à la verge avec le même pus, et le même jour sont restés très-restreints, et ont vite marché vers la réparation.

9" Les inoculations successives, faites dans le sens de la syphilisatioD, et qui ont affecté une marche si grave, non seu lement n'ont pas influencé favorablement les accidens de la syphilis constitutionnelle, mais bien au contraire ces accidens ont semblé prendre une nouvelle intensilé au fur et à mesure que les chan ores d'inoculation tendaient au phagédé' nisnie.

10" Il est à remarquer que tandis que toutes les inoculations faites avec du pus d'ulcères primitifs, ont été suivies de ré sullats positifs, des inoculations secondaires appartenant aux formes les plus graves et dans toute leur intensilé, sont restées sans effets. (Union médicale. 15 nuv. 1851).

M. Ricord présente lui-même dans la séance du 18 novembre 1851, à l'Académie de médecine de Paris un malade, médecin étranger, le même docteur L. . . . , et il dilî (Gazette Médicale, N° 47).

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« Il est utile de rappeler d'abord que l'on a cherché dans « ces derniers temps à établir deux points: l°quelasyphi- « lis constitutionnelle ne peut être acquise qu'une fois, et « prévient la reproduction de nouveaux accidens de même « nature : 2° que par des inoculations successives du pus « chancreux , de manière à en saturer en quelque sorte « l'économie , on prévient le développement de la syphilis « constitutionnelle, et l'on rend les individus inaptes à cono tracter de nouveaux accidens syphilitiques. C'est dans « le but de s'assurer de la vérité de celte dernière pro- « position que M. le docteur L.... s'est soumis à des ino- « culations îépétées.

« M. L s'est ainsi produit successivement dix-sept chan-

« Cres, dont la plupart ont pris depuis le caractère phagédé- « nique, comme cela a lieu habituellement chez des indice vidus qui, ayant une syphilis constitutionnelle, contracte lent de nouveaux chancres.

« Le phagédénisme du premier chancre n'a pas été at- « tenue par les chancres qui ont suivi, et qui sont devenus « phagédéniques à leur tour. Loin que les accidents de « syphilis constitutionnelle, qui se sont manifestés depuis, « aient été favorablement influencés par les inoculations ul- « lérieures, ces accidents, au contraire, ont semblé prendre « une nouvelle intensité au fur et à mesure que les chan- « cres d'inoculation tendaient au phagédénisme.

« Sur quelques questions de M. Velpeau, fut nommée « une Commission composée de MM. Velpeau , Ricord, « Lagneau, Roux et Régin pour examiner le malade séance « tenante » .

Avant tout, il est nécessaire que je constate que M. Ricord et son interne parlent tous les deux de chancres, et que M. Vidal et M. le docteur L — lui-même parlent d'inoculation faite le 8 juillet avec du pus pris sur des tuber-

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cules muqueux des amygdales d'un sujel ayant la vérole conslitutionnelle. Je ne sais pour quel motif M. Ricord et son interne n'ont pas dit que l'ulcération qui en fut la conséquence eut une période d'incubation de 10 jours, et non une rapide évolution, comme celle que l'on voit après les inoculations faites avec le pus chancreux.

Dans la séance du 22 novembre de la Société de chirurgie, après un discours de M. Cullerier, auquel M. Ricord s'est associé de cœur, de pensée et de sympathie, M . Larrey croit devoir , comme président de la Société, protester en son nom contre la dangereuse doctrine de la syphilisation dite préventive, dans Yintérét de la science, de la morale et de V humanité .

Le beau triomphe que M. Ricord avait obtenu à la Société de chirurgie, ne lui suffisait pas encore , ne le tranquillisait pas assez. C'était un vote de l'Académie de médecine , qui lui fallait, mais le moment opportun n'était pas

encorevenu. M. le docteur L avait été examiné une seule

fois, le 50 novembre 1851 , par la Commission, dont M.

Ricord faisait partie; M. L n'a plus voulu se soumettre

depuis lors à l'examen de la Commission; mais celle-ci, nommée le 18 novembre 1851, ne fit son rapport à l'Académie nationale de médecine que dans la séance du 20 juillet 1852. Pourquoi ce retard? Nous le verrons tout-àl'heure.

M. Ricord savait très-bien, que malgré le vote de la Société de chirurgie, malgré les singuliers articles contre la syphilisation dictés par MM. Castelnau et Latour, je n'en poursuivais pas moins tranquillement et froidement mes études sur la syphilisation. M. Ricord savait très-bien qu'une Commission nommée par notre Académie Médico-Chirurgicale de Turin, continuait depuis le 26 mai 1851, ses investigations sur les faits de syphilisation qui se passaient en

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public dans mon hôpital, et M. Ricord, qui a beaucoup d'esprit , comprit très-bien que si une Commission composée de cinq honorables confrères assistait toujours à mesexpériences, ce fait seul suffisait pour faire connaître que la syphilisation était digne d'être étudiée. M. Ricord savait que MM. les docteurs Flarer de Pavie, Romand (de Paris), inspecteur général des établissements de bienfaisance, Seutin de Bruxelles, Richard Adolphe, chirurgien du Bureau central des hôpitaux de Paris, m'avaient fait l'honneur de venir examiner mes malades, et que , me témoignant leur satisfaction d'avoir vu les faits de syphilisation , ils m'avaient encouragé à poursuivre mes recherches. M. Ricord connaissait peut-être que M. Charles Murchison médecin anglais, qui a aussi visité le syphilicôme de Turin, avait lu à cet égard à la Société de physiologie d'Edimbourg, un Mémoire qui a été publié dans les rapports de cette Société: M. Ricord savait très-bien que j'avais publié dans la Gazelle Médicale N° kO, 1851, une lettre à M. Diday , dans laquelle je donnais quelques détails sur le progrès de mes études sur la syphilisation et que dans la Gazzetta Mcdica Italiana — Stali Sardi, N° h9, 8 décembre 18S1 , j'avais examiné le fait présenté par lui à la Société de chirurgie. La Commission à laquelle M. Ricord appartenait aussi, a reçu un exemplaire de cet article, mais elle s'est bien gardée d'en parler dans son rapport ni dans ses discours, parce qu'il ne fallait pas tout dire à MM. les Académiciens. Un fait de syphilis primitive et constitutionnelle guéri par la syphilisation, était publié par M. Zelaschi , et fut immédiatement traduit en français, et inséré dans les Annales des maladies de la peau et de la syphilis publiées par M. Cazenave, et ce fait, quoique déplorable selon M1. Ricord, et les expériences de syphilisation qui étaient faites par plusieurs confrères en Italie et ailleurs, lui annonçaient

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que la syphilisation vivait toujours. Dans le même temps, de longs débats eurent lieu à la clinique de M. Ricord, entre lui et M. Auzias-Turenne, dont quelques observations de syphilisation chez l'homme, commençaient à être connues à Paris.

Enfin , M. le Préfet de police, après des instances réitérées de M. Auzias, avait écrit vers la fin de février au Ministère sarde, pour avoir des renseignemens sur les résultats de mes expériences, el au célèbre M. Scutin à Bruxelles pour avoir son avis sur la syphilisation. Voici ce que M. Seutin a eu la bonté de m'écrire le 9 mars 1852 : « Il y « a peu de jours j'ai été consulté par M. Pietri Préfet de « police de Paris à l'effet de lui faire connaître si ou pour- « rail autoriser M. le docteur Auzias à faire des essais de « syphilisation. Dans ma réponse affirmative, je lui ai rap- « porté ce que j'avais vu à votre clinique, et que je consi- « dérais comme un devoir d'humanité de favoriser les expé- « rimenlations de ce genre ».

Le Ministère sarde ne croyant peut-être pas que les renseignements sur le résultat de mes expériences, demandés par M. le Préfet de police, dussent être présentés à des Médecins, ne m'en parla point, il se contenta d'envoyer à M. le Préfet un petit rendu-compte qu'il avait reçu dans le mois de mars sur l'état de mes observations. Ce document était insuffisant, et M. le Préfet voyait très-bien que l'on ne pouvait porter aucun jugement sur la syphilisation, avant que la Commission de Turin, qui s'en occupait depuis très long-temps, eût publié le résultat de ses études. Mais M. Auzias désirant avoir un service dans l'hôpital de S. Lazare, afin d'y étudier la syphilisation sur une plus grande échelle, continuait à demander à M. le Préfet de Police l'autorisation nécessaire.

C'est au commencement de juillet que M. le Préfet uomma

une Commission composée de MM. Mélier, Marchai (de Calvi), Denis, Ricord et Conneau, chargée d'étudier la syphilisation. Elle a tenu sa première séance le 12 juillet.

M. Ricord s'apercevanl alors que, malgré lui, M. Àuzias avait ohtenu de faire examiner par une Commission la question de la syphilisation, et que celle-ci courait la chance d'entrer aussi dans les Hôpitaux de Paris, sachant que M. le Préfet de police m'aurait fait demander toutes les observations de syphilisation que j'avais recueillies, reconnut bientôt la nécessité de porter au plutôt un coup mortel, si la chose était possible, à la nouvelle doctrine, ou pseudodoctrine ainsi qu'on aime à l'appeler.

Alors il n'oublia pas que lui aussi était un des membres de la Commission nommée par l'Académie de Médecine de Paris le 18 novembre 1 85-1 , pour examiner M. le Docteur L... Il s'empressa donc de tirer la Commission académique de la torpeur dans laquelle elle était plongée depuis si longtemps, et dit à M. Régin, son rapporteur, que le temps était venu de faire son rapport sur un malade qu'il n'avait vu qu'une seule fois, le 50 novembre de Pannée précédente.

En effet, M. Régin présente à l'Académie nationale de médecine son rapport sur un fait relatif à la syphilisation, dans la séance du 20 juillet 18"J2, et quelques jours avant, M. Diday élève et ami de M. Ricord, fit paraître dans la Gazette Médicale de Paris n. 28 (10 juillet) un examen critique de l'observation publiée par M. Zelaschi six mois auparavant. M. Ricord n'ignorait pas que MM. Castelnau et Latour étaient très-disposés à lui prêter leur appui contre la syphilisation, et qu'ils auraient frappé sans aucun égard et la syphilisation et les syphilisateurs , et il crut en conséquence que le moment était venu d'obtenir une victoire complète.

Tout étant ainsi préparé pour le grand débat contre la

SUR Là SYPHILISATION. 1kl

syphilisation, qui, jeune et timide , n'avait pas encore cru devoir se présenter à l'Académie de médecine de Paris avant la publication d'un certain nombre de faits, et qui, chose bien singulière , y avait été introduite non par ses partisans, mais par son plus grand adversaire, M. Ricord, le 20 juillet dernier commença le procès.

Aucun des Académiciens ne s'était donné la peine d'étudier la syphilisation , aucun n'avait traité , ni avait vu traiter la syphilis par la syphilisation. Le grand consistoire n'était donc composé que de juges qui voulaient tuer la syphilisation. Mais ils n'ont pas pris garde que la nouvelle doctrine, telle qu'elle leur a été présentée, n'ayant encore pour base qu'un petit nombre de faits bien observés et authentiques, ne méritait pas encore d'être jugée par l'Académie. Ainsi croyant frapper de leur anathème académique la syphilisation, ils n'ont tué qu'un fantôme.

La syphilisation a eu l'honneur d'occuper l'Académie nationale, de médecine de Paris pendant six séances. Au milieu d'un auditoire très-nombreux, d'éloquents et brillants discours ont été prononcés. Le rapport de M. Bégin, défavorable à la pratique de la syphilisation, a été suivi de deux longs discours faits par le même orateur. MM. Ricord, Velpeau, Lagneau, Gibert, Larrey, Micbel-Lévy et Gerd\ ont parlé contre la syphilisation et ont proposé de la condamner.

Deux seuls membres de cette nombreuse Académie, MM. Malgaigne et Depaul ont eu le courage de soutenir que la syphilisation ne pouvait pas être jugée avant d'être étudiée, et qu'il fallait attendre la publication des faits. La modération de ces deux honorables confrères a été blâmée par l'Académie entière, et les journalistes, en les appellant des quasi-sypbilisateurs , ont cru les stigmatiser. Hélas! Pourquoi mettre tant de passion dans une question scientifique si délicate et si importante?

L'Académie de médecine qui avait entendu plusieurs fois ses plus grands orateurs traiter d'immorale, d'absurde, de ridicule cette pauvre syphilisation , se crut en droit d'adopter dans la séance extraordinaire du 21 août, à l'unanimité, excepté MM. Depaul etMalgaigne, qui se sont abstenus, les conclusions du rapport de la Commission, et elle a ainsi proclamé un anathème solennel contre la pratique de la syphilisation , comme moyen prophylactique et comme méthode curalive de la syphilis.

L'Académie, dit-on, avait rempli un grand devoir d'humanité , de dignité scientifique et d'honorabilité professionnelle; mais elle savait qu'une Commission , nommée par M. le Préfet de police, était encore chargée d'étudier la syphilisation. Il fallait donc lui faire connaître officiellement le vole de l'Académie , afin qu'elle n'attendit pas les documens qu'elle avait demandés à l'étranger, pour donner son jugement, et pour que cette Commission (c'est M. Latour ami de M. Ricord qui le dit) « vienne corroborer de son « assentiment la solennelle unanimité de l'Académie de mé- « decine ». — « Le plus redoutable adversaire de la syplii- « lisation devant l'Académie (ce sont encore les paroles de « M. Latour, Union médicale, n° 103), M. Ricord, fait « aussi partie de la Commission administrative , et partout « où se trouvera ce puissant athlète, nous ne prendrons nul « souci des prétentions de la nouvelle doctrine ».

Cependant M. Ricord et les autres membres de l'Académie ont cru que, pour être bien sûrs d'arrêter d'un seul coup les progrès de la syphilisation à Paris, il fallait de plus adopter la conclusion suivante proposée par M. Michel- Lévy: « L'Académie décide que le rapport et les docu- « mens fournis par la discussion sur la syphilisation seront « adressés au Ministre de l'intérieur » . Ainsi cette proposition, mise aux voix par M. le Pré-

SUR LA SYPHILISATION. 7'»5

sident, fut également adoptée à la même unanimité. L'Académie de médecine a cru que le dernier mot sur la syplnlisation avait été prononcé par elle : consumatwn est. Mais voyons si le jugement a priori, qu'elle a donné, est juste et fondé.

Je ne passerai pas en revue tous les longs discours qui ont été prononcés pendant la discussion sur lasyphilisalion. Ils ont été lus avec empressement par tous les médecins et tous ont pu y voir les allégations , les doutes , les contradictions, les dénégations, les réticences sur lesquelles ils ont fondé la tache d'immoralité et d'absurdité contre la syphilisation et les syphilisateurs.

Je me bornerai à examiner le vole de l'Académie sous le point de vue des faits, par lesquels seuls, selon moi , la syphilisation peut être légitimement jugée , car, comme disait M. Ricord, « dans des questions aussi graves, il « faut voir, voir avec calme et sans prévention; les doclri- « nés et les systèmes ne doivent faire qu'une sage opposite tion sans s'exposer à être rappelés à l'ordre par des faits « nouveaux » .

J'examinerai donc :

1° Si la syphilisation a été étudiée par l'Académie ;

2° Si le fait de M. le docteur L... est un fait de syphilisation, et s'il a été bien examiné et exactement rapports par la Commission ;

3° Si les faits de syphilisation publiés jusqu'alors étaient suffisants pour que l'Académie , appuyée uniquement sur eux, put donner un jugement définitif.

La syphilisation a-t-elle été étudiée par l'Académie de médecine de Paris?

L'Académie de médecine de Paris n'a pas étudié le phé-

Ik'i ÉCRITS

nomène singulier de la diminution successive des chancres jusqu'à la non réceptivité. Elle ne l'a pas même vu une seule fois. Elle ne l'a pas cherché, et n'a pas voulu le voir. Aucun orateur n'a pu le mettre en doute. Elle l'a tacitement adopté sans l'examiner et tout en repoussant la pratique de la syphilisation, elle a admis, sans s'en apercevoir, que la syphilisation est une réalité. Chose étrange! Un corps scientifique qui se croit autorisé à hlàmer l'application d'une semblable découverte, ne cherche pas à la vérifier, ne veut pas l'examiner: il croit mieux faire, il ne veut pas qu'elle soi! appliquée, il la blâme, parecque cette pseudo-doctrine, dit-il, choque le bon sens et la raison, parce qu'elle est contraire aux connaissances syphilografiques reçues et proclamées par les grands maîtres, et il croit ainsi avoir donné un jugement fondé, et avoir édifié le monde médical par son vole solennel !

Mais si la syphilisation est une réalité, si une grande quantité de virus introduit dans l'organisme le rend réfraetaire à de nouvelles inoculations syphilitiques, et le fait rentrer dans l'état normal, si l'individu chez lequel on a fait développer un très-grand nombre de chancres , jouit d'une santé parfaite depuis un temps assez long qui laisse l'espoir de le croire guéri radicalement, n'est-il pas permis d'étudier une méthode de traitement qui produit de tels résultats? Non! vous répond l'Académie de médecine de Paris: la syphilisation est immorale, absurde, ridicule, elle ne doit pas être étudiée. L'Académie en admet l'existence , mais elle en repousse la pratique soit comme moyen prophylactique, soit comme méthode curative de la syphilis.

Le fait de M. le docteur L.... présenté par M. Ricord à l'Académie de médecine est-il vraiment un fait de syphilisation?

SDR LA SYPHILISATION. 745

A-t-il été bien examiné, a-t-il été exactement rapporté par M. Bégin?

Je prie d'abord le lecteur de relire l'observation telle qu'elle a été présentée par MM. Ricord et Musset, et rectifiée par M. Vidal, que j'ai insérée au commencement de cet article. Ensuite je le prierai d'examiner avec moi ce. fait que M. Ricord a promené de la Société de chirurgie à l'Académie de médecine.

Les dix ou douze chancres artificiels produits chez M. le Dr L... dans le mois de décembre 1850, et dans le mois de janvier 1851, quoique étant les premiers inoculés, se sont cicatrisés dans l'espace de cinq à dix jours, d'après M. Musset, et en quatre jours, d'après M. Bégin.

Dans les nombreuses inoculations faites par moi , j'ai toujours vu que les 10 ou 20 premiers chancres, surtout s'ils ne sont pas inoculés en même temps , ont une durée beaucoup plus longue. Je suis par conséquent autorisé à croire qu'à cet égard l'observation n'est pas très-exacte.

Le 8 juillet, il s'inocula sur le bras du pus pris sur les tubercules muqueux ulcérés des amygdales d'un autre médecin allemand, et non pas du pus virulent d'un chancre. Je n'admettrai pas avec M. Ricord que l'ami de M. L. . . . eût des chancres à la gorge , car je ne voudrais pas risquer d'offenser la moralité de ce jeune confrère. Après une longue période d'incubation (10 jours), qui ne s'observe jamais après l'inoculation du pus chancreux , et que l'on voit toujours après l'inoculation des accidents secondaires. M. L... a vu paraître une papule qui, plus tard, s'est couverte de croûtes, qui après leur chute laissèrent à découvert une ulcération indurée.

Comme il est facile de le voir , jusqu'à présent il ne s'agit pas de syphilisalion , car aucun des syphilisateurs n'a jamais cru que l'on devait inoculer le pus des tubercules muqueux.

Du mois de juillet , au 1 7 octobre , il n'a plus fait aucune inoculation, et le 1er octobre, il fut atteint de syphilis constitutionnelle, c'est-à-dire, de syphilide papuleuse et de tubercules muqueux aux amygdales. Le 17 octobre il s'est inoculé sur le bras gauche du pus pris sur un chancre, et il a successivement renouvelé l'inoculation les 24, 25, 28, 29 et 30. Le nombre des inoculations laites du 17 au 50 octobre, fut de 11 seulement, selon M. Musset, et de 17, selon M.Ricord. Toutes ces piqûres ont produit des chancres plus ou moins phagédéniques, et ils étaient tous dans leur période de progrès , c'est-àdire, ils se trouvaient dans la première période d'évolution, quand M. Ricord fit présenter avec empressement M. le

Dr L à la Société de chirurgie par son interne, dans la

séance du 12 novembre, c'est-à-dire, 13 jours après la dernière inoculation (je prie le lecteur de bien noter ce fait), et le 18 novembre M. Ricord le présenta lui-même à l'Académie nationale de médecine.

Jusque là on ne voyait que deux choses dans ce fait: 1° une syphilisation commencée depuis peu de jours pour guérir une syphilis constitutionnelle consécutive à 10 ou 12 chancres inoculés dans les mois de décembre 1850, et janvier 1851 , et à une ulcération produite par le pus des tubercules muqueux dans le mois de juillet. Cette syphilisation, quoique à peine commencée , n'avait pas été bien conduite, car on avait d'abord inoculé le produit d'un accident secondaire, et on avait laissé un intervalle trop long (ce qui est toujours fâcheux) entre les inoculations de janvier 1851, et du 17 octobre. Aussi j'écrivais le 8 décembre 1851, dans le num° k9 de la Gazzetta medica Italïana degli Stati Sardi: « M. le Dr L.. .. ou ne connait pas la « syphilisation, ou il a été mal conseillé. Les expériences « faites par lui dans des intervalles de cinq et de quatre

SDR LA. SYPHILISATION. 747

« mois, non seulement ne pouvaient pas empêcher le dé- « veloppement de la syphilis constitutionnelle , mais elles « étaient capables d'en rendre l'évolution plus facile. Parmi « les observations que je publierai, il s'en trouvera quelques « unes , dans lesquelles il a suffit de suspendre pendant « un mois l'inoculation multiple et souvent renouvelée du « virus syphilitique pour voir bientôt paraître la vérole « constitutionnelle. Il verra dans ces faits, qu'en renouve- « lant les inoculations plus fréquemment et en grand nom- « bre, non seulement l'évolution des accidens secondaires «s'est arrêtée, mais a disparu entièrement, grâce à la «syphilisation. J'avais déjà publié ce fait dans la lettre « que j'ai écrite le 12 septembre 1851 à M. Diday (Ga- « zetle médicale de Paris n° 40) , et je regrette bien que « M. le docteur L . . . n'y ait pas fait attention avant de « reprendre ses expériences. Une observation récemment « publiée par M. Zelaschi confirme ce fait.

« Pourquoi M. le docteur L . . . s'est-il inoculé le 8 juil- « let le pus des tubercules muqueux ulcérés ? Ne savait-il « donc pas que le pus, qui jusqu'à présent fut employé « pour syphiliser, a toujours été celui du chancre? Est-ce « qu'il ne connaissait pas que les pustules ou tubercules « muqueux communiqués soit par l'inoculation , soit par «l'acte vénérien, produisent presque toujours, après le « second ou le troisième mois, la vérole constitutionnelle, « ordinairement sous la forme de syphilide papuleuse ou « tuberculeuse, comme le démontre l'observation de tous « les jours. Si donc il voulait empêcher l'évolution des acci- « dens secondaires, ne devait-il pas continuer les inocula- « tions dans les mois de janvier et de juillet, et non pas les « suspendre jusqu'au mois d'octobre? L'inoculation dans le «courageux confrère allemand a été fort- mal conduite». 2. Les chancres artificiels inoculés dans le mois d'octobre

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sont devenus phagédéniques, ils ont pris presque la même extension et ils n'ont été nullement influencés par les inoculations faites dans les mois de décembre 1850, janvier et juillet 1851. Le 18 novembre, les chancres artificiels n'avaient pas encore modifié la syphilis constitutionnelle.

Voici la réponse que j'avais faite dans le même article: « Les chancres inoculés eurent presque la môme étendue , « parce que les inoculations ont été faites dans un intervalle « de temps très-court, et les premiers chancres n'avaienl « par conséquent pas pu exercer une influence, sur le déve- « loppement des seconds et successivement. Ainsi tous les « chancres artificiels inoculés dans le mois d'octobre à « M. L. . . . pouvaient être considérés comme le produit « d'inoculations faites en même temps. Les inoculations « faites en janvier ayant donné lieu à des ulcères qui se « sont cicatrisés du 5me au 10me jours, n'ont pu avoir « aucune action sur celles qui ont été faites en octobre. « L'inoculation de juillet faile avec du pus de tubercules « muqueux ne peut pas être placée parmi les inoculations « de syphilisation, parce que nous ne savons pas encore si « l'inoculation d'un tel pus peut exercer ou non une action « syphilisante. Si les chancres inoculés dans le mois d'octo- « bre, les seuls dont on doit tenir compte pour la syphi- <( lisation, n'ont pas encore produit un bon effet sur la « vérole constitutionnelle , on doit l'attribuer à leur courte « durée et à leur nombre encore insuffisant » .

M. Ricord en présentant M. le Dr. L à l'Académie

de médecine avait dit, que le chancre phagédénique se manifestait habituellement chez des individus qui , ayant une syphilis constitutionnelle , contractent de nouveaux chancres.

M. Ricord trouvera dans mon travail des observations qui lui prouveront que la syphilis constitutionnelle n'est

sur la syphilisation.' 749

pas la cause du phagédénisme des nouveaux chancres.

D'ailleurs les chancres de M. L avaient été inoculés

avec le pus pris sur un individu en voie de syphilisation , qui ne portait pas de chancres phagédéniques, et sur un individu atteint d'un chancre tendant au phagédénisme; et les chancres artificiels sont devenus également phagédéniques, ce qui prouve que le pus chancreux, pris dans la période aiguë du chancre simple ou phagédénique, étant toujours le môme, produit des chancres qui restent simples, ou deviennent phagédéniques , selon les différentes conditions de l'organisme.

L'histoire de M. le Dr. L... en était à ce point, quand il a été présenté le 18 novembre à l'Académie de médecine.

Voyons maintenant si les détails que M. Bégin en a donné dans son rapport pourront démontrer que chez M. L. . . il y a eu une véritable syphilisation.

« La Commission, dit M. Bégin, s'est occupée immé- « diatement de l'accomplissement de sa tâche , cl ce rap- « port vous aurait été soumis depuis long-temps , si diffé-

« rentes circonstances n'en avaient relardé la rédaction

« je croyais nécessaire d'attendre le résultat du traitement « que M. L... allait commencer ». Quel est donc le traitement que M. L. . . . allait commencer après s'èire présenté à l'Académie avec 17 chancres artificiels selon M. Ricord, et 20 selon M. Bégin?

M. Bégin ne le dit pas.

« Notre sujet M. L. . . . ne s'est plus présenté.... Afin « de préciser exactement les faits , votre Commission a « convoqué le 30 novembre M. L...»

La Commission n'a plus examiné M. L . . . . depuis le 30 novembre 1851 , et elle n'a fait son rapport que le 20 juillet 1832.

La Commission a reçu de M. L.... lui-même quelques détails que M. Bégin a reproduit dans son rapport.

M. Musset, interne de M. Rieord, en présentant M. le

Dr. L à la Société de chirurgie, M. Rieord lui-même

en le présentant à l'Académie de médecine, et M. Bégin, ont dit que, depuis le mois de décembre 1850, M. le Dr. L . . . . s'était soumis à des inoculations syphilitiques, répétées, dans le but de vérifier sur lui même les idées émises relativement à la syphilisation. Et M. Bégin d'après

les détails donnés par M. le Dr. L a dit: « le 10 octobre,

l'auteur de cette curieuse observation se disposait à commencer un traitement hygiénique ainsi qu'il l'appelle, lorsque son attention fut attirée sur la doctrine de la syphilisation » . Singulière contradiction ! Les 10 ou 12 chancres des mois de décembre 1850 et de janvier 1851, et l'inoculation avec du pus des tubercules muqueux pratiquée en juillet, n'étaient donc pas Mies dans le but de vérifier les idées émises sur la syphilisation.... Je vois avec plaisir cet aveu du malade lui-même, car je m'étonnais que des expériences pratiquées dans un tel but par un médecin, ne fussent pas faites régulièrement et d'une manière suivie, condition indispensable pour en obtenir un bon résultat.

M. Bégin dit ensuite que, depuis le 17 octobre jusqu'au 30 novembre, jour où M. L .... se présenta devant la Commission , vingt chancres furent inoculés , et il acceplc sans aucune observation les propositions suivantes , que M. le Dr. L. . . lui avoit données. Voyons si elles ne méritaient pas un examen.

« 1 . Des douze chancres ayant la première origine, ceux « qui ont excédé le dixième jour sont tous devenus pha- « gédéniques, à l'exception d'un seul placé à la verge.

« Des huit autres, provenant de la seconde source, un « seul qui se trouvait au centre du phagédénisme est de- « venu phagédénique » .

Le phagédénisme ne se manifesta dans les premiers chan-

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cres qu'après le dixième jour. Ceux des chancres artificiels qui n'ont pas dépassé le dixième jour, quoique de la même première origine, et situés aussi sur les bras , ne sont pas devenus phagédéniques.

Ce fait ne devait il pas prouver à M. Bégin que le même pus a produit des chancres d'abord simples, qui sont restés simples jusqu'au dixième jour, et que ceux qui ont excédé cette époque de leur durée sont devenus phagédéniques? Le pus étant le même pour tous les chancres artificiels de la première origine, et tous ayant été inoculés sur les bras, on ne pouvait chercher dans la qualité du pus, ni dans leur siège la cause du phagédénisme. Il était donc bien naturel de voir s'il ne s'était pas manifesté dans l'organisme une condition patologique spéciale après le dixième jour; si

M. L ne s'était pas trop fatigué pendant cet espace de

temps, s'il n'avait pas trop exercé ses bras, si toutes ses fondions étaient dans l'état normal etc. , M. Bégin Jl'a-t-il fait? Non certainement. C'était cependant un point trèsimportant.

Après le dixième jour ils sont devenus phagédéniques à V exception d'un seul placé à la verge.

M. Musset dit que M. Ricord pratiqua à M. L...., le 2'i octobre , une inoculation sur la muqueuse du prépuce, avec du pus d'un chancre phagédénique non serpigineux, et que le 25 octobre M. le dr. L. . . . s'inocula lui-même à la verge avec du pus du premier chancre.

M. le Dr. L... dit: sont devenus phagédéniques à l'exception d'un seul placé à la verge.

M. le Dr. L.... ne dit pas dans quelle période de son évolution se trouvait son chancre à la verge quand le phagédénisme s'est manifesté dans les chancres du bras. C'était là cependant une circonstance très-nécessaire à faire connaître, car M. L.... saura très-bien que les chancres

qui se trouvent dans la période de progrès , deviennent facilement phagédéniques si pendant celte période il se manifeste une condition inflammatoire de l'organisme, capable de produire ce fâcheux résultat; que le phagédénisme se déclare beaucoup plus rarement dans les chancres qui se trouvent dans la seconde période d'évolution , période que j'appelle de transformation , et qu'il ne se montre presque jamais quand les chancres parcourent leur dernière période, que j'appelle période de cicatrisation. Très-probablement on aurait pu par cette considération expliquer pourquoi les chancres du bras, qui n'ont pas excédé le dixième jour, et le chancre de la verge qui à son dixième jour était peut-être déjà entré dans la période de transformation, ne sont pas devenus phagédéniques. Il est trèspossible , je l'admets même , que le siège des chancres comme les cuisses et aux bras, puisse les rendre plus ou moins enflammés à cause des mouvemens fréquens auxquels ils sont sujets ; mais d'après ce que j'ai vu , je ne puis croire que le phagédénisme tienne au siège des chancres.

« Des huit autres , provenant de la seconde source, un « seul qui se trouvait au centre du phagédénisme est dc- « venu phagédénique » .

M. L . . . . a ainsi pu donner une nouvelle preuve à M. Bégin , que le phagédénisme ne dépend pas de la qualité du virus, car de huit chancres, un seul est devenu phagédénique , parce qu'il a été placé au centre du phagédénisme , et l'inflammation des autres chancres s'est propagée jusqu'à lui. Les autres ne sont pas devenus phagédéniques parce que la cause interne qui avait produit le phagédénisme des premiers chancres, avait déjà perdu de son intensité.

2. « Le phagédénisme des premiers chancres n'a pas « été atténué par les chancres qui ont suivi » .

Les chancres qui ont suivi les phàgédéniques n'ont pas atténué le phagédénisme des premiers, parceque le phagédénisme n'étant pas un effet direct du virus, mais une complication, ne dispanit que quand la cause interne est vaincue. Par conséquent , les chancres phàgédéniques n'éprouvent l'influence des nouveaux chancres que quand Je phagédénisme a disparu.

5 . « Le phagédénisme tient , en partie , au siège des « chancres. »

J'ai déjà examiné cette proposition en répondant à la première.

h. « Les premiers chancres n'influent en rien sur la « grandeur des suivants et réciproquement ; seulement le « développement des derniers se ralentit » .

Les chancres, dès qu'ils deviennent phàgédéniques, perdent en grande partie la faculté syphilisante , parce que l'absorption du pus virulent devient plus difficile soit à cause de l'engorgement considérable des tissus qui environnent le chancre , soit à cause du mélange du pus virulent avec les matériaux décomposés par le phagédénisme. Ainsi les chancres phàgédéniques, surtout si le phagédénisme se manifeste dans les premiers jours de leur développement, n'exercent presque aucune influence sur l'étendue des chancres successifs. C'est précisément ce qui est arrivé àM. L...

Cependant il admet que le développement des derniers se ralentit. M. L . . . établit une comparaison entre les premiers chancres devenus phàgédéniques, dont le développement est irrégulier et la marche rapide , et les derniers chancres qui ont parcouru régulièrement leurs périodes.

Ayant vu une différence dans l'évolution des derniers , il a dit que leur développement s'est ralenti. Cette différence ne tient pas du tout à l'action syphilisante des pre-

75ï écrits

niiers chancres phagédéniques, mais plutôt à l'absence dit pbagédénisme dans les derniers , car quand les premiers chancres exercent leur salutaire influence sur les suivants, ce n'est pas le développement des derniers qui se ralentit, mais ce sont toutes les périodes de ceux-ci qui ont successivement une durée plus courte.

5. «Enfin, les inoculations n'ont pas eu d'influence « directe sur le développement de la syphilis constitution- « nclle » .

Vingt chancres, dont plusieurs sont phagédéniques, ne pouvaient certainement pas exercer une influence sur la syphilis constitutionnelle. Il faut pour cela un nombre de chancres non phagédéniques, beaucoup plus considérable. Mais un fait que j'aime à constater ici , c'est que M.

L , le 50 novembre 1851, dit que les inoculations

n'ont pas eu d'influence directe sur le développement de la syphilis constitutionnelle, et M. Ricord, le 18 novembre 1851, en le présentant à l'Académie de médecine a dit que, « les accidens de la syphilis constitutionnelle ont semblé « prendre une nouvelle intensité au fur et à mesure que « les chancres d'inoculation tendaient au phagédénisme » .

M. Bégin, sans examiner les cinq propositions que nous venons de voir , les publie dans son rapport, dans lequel, après avoir donné quelques détails sur l'examen que la Commission a fait de la personne de M. L... il dit; « Sauf « un certain degré d'amaigrissement et un aspect de souf- « fronce générale, la santé de M. L... paraît satisfaisante; « il est rempli de courage et de confiance, et annonce l'in- « tenlion de recourir enfin contre sa maladie, déjà ancienne « et devenue sérieuse, aux moyens réguliers de la théra- « panique.

« Nous regrettons de n'avoir pas revu M. L mais

« quel qu'ait été le résultat du traitement qu'il a pu mettre

SUR LA SYPHILISATION . 755

« en usage, ce résultat ne saurait altérer en rien les ren- « seignemens fournis par les expérimentations auxquelles « il s'est livré ».

A peine M. Bégin avait-il fini de lire son rapport, que M. Ricord qui était aussi membre de la Commission, et qui certainement a dû lire le rapport avant sa présentation à l'Académie , demande à présenter quelques renseignemens sur l'état de M. L. . . et il dit que chez M. L. . . la syphilis a suivi très-régulièrement toutes [ses évolutions ordinaires, et qu'il en est maintenant aux symptômes tertiaires.

Ainsi M. L... qui est visible pour M. Ricord, ne le fut qu'une seule fois pour la Commission, et M. Ricord n'a pas voulu voir, que le fait incomplet, tel qu'il a été rapporté par M. Bégin, n'a aucune valeur et ne méritait pas d'occuper l'Académie.

Voici la sage observation faite à cet égard par MM. Malgaigne et Depaul. M. Malgaigne, séance du 29 juillet, a dit : — « Dans la dernière séance, lorsque M. Ricord vous « exposait l'opiniâtreté de M. L... à poursuivre ses inocu- « lations, beaucoup en ont ri, et j'en ai ri moi-même, « bien que ce fût une histoire fort triste à tous les points « de vue. Mais pourquoi M. L. . . persiste-t-il dans cette « périlleuse pratique?

« Il se peut qu'il ait, lui aussi, ses vues théoriques, mais « il a par dessus tout, ceci : il a vu ou il peut avoir vu des « sujets syphilisés » ; et dans la séance du \ 7 août il a ajouté: « On vous a présenté M. L... un jour dans un état « déplorable, soit; moins déplorable cependant que celui « de M. P.... — M. P...'. est guéri; qu'est devenu M. « L...? Il ne reparait plus; la Commission ne l'a plus revu; « elle ne l'a vu qu'un jour , et a laissé son observation en « suspens. Or , tandis qu'il se dérobe à la Commission , « M. L.... est parfaitement visible à l'un des membres de

u la Commission, qui, après la lecture du rapport, est venu « nous en donner des nouvelles. Tout ce que j'ai vu depuis « quelques jours, me ferait vivement désirer de voir M. L...; « c'est bien le moins, pour le bruit qu'on fait de son obser- « valion, qu'on veuille bien nous la donner complète ».

Dans le discours prononcé par M. Depaul dans la séance du 29 juillet, on lit : « Vous n'avez pas oublié, Messieurs, « qu'en vous présentant, il y a quelques mois, M. le Dr. « L... notre collègue, M. Ricord, vous dépeignit son état o avec des couleurs si sombres, que beaucoup d'entre vous « durent le croire bien près du tombeau ; j'avoue , que <( j'avais conçu moi-même sur son compte de très-sérieuses « inquiétudes, et je déclare que ma surprise et ma joie ont « élé grandes , quand je l'ai vu au commencement de la « séance venir prendre place au milieu de l'auditoire qui <( nous écoule; je puis assurer que son apparence extérieure « n'a rien que de très-rassurant. Cela vous étonnera sans « doute, si vous vous rappeliez que M. Ricord nous disait, » dans la dernière séance, que rien n'avait pu le corriger, « et que depuis qu'il avait cessé de réclamer les soins de « M. Auzias , il se soumettait à chaque instant à de nou- « \ elles inoculations syphilitiques » .

M. le Dr. L. . . continua-t-il depuis le mois d'octobre à s'inoculer? . . .

Mais, M. Ricord, vous qui, seul parmi les cinq membres de la Commission, aviez le bonheur de pouvoir l'examiner, pourquoi n'avez vous pas dit à l'Académie combien de piqûres M. L. . .se faisait chaque fois ; quel est l'intervalle qu'il mettait entre les inoculations, et s'il y avait encore chez lui développement du chancre artificiel?

D'après tout ce que nous venons de voir, l'observation de M. L. . . dont on a fait tant de bruit, et d'après laquelle on a porté l'Académie de médecine de Paris à donner un

SUR LA. SYPHILISATION. 757

jugement définitif contre la pratique de la syphilisation, est incomplète et imparfaite. Elle n'a pas été soigneusement examinée par la Commission , et ne fut pas exactement rapportée par M. Bégin, conséquemment elle n'était d'aucune

valeur

Les faits de syphilisation publiés jusqu'à présent étaientils suffisants pour que l'Académie de médecine de Paris appuyée sur eux, pût porter un jugement définitif?

Si le fait de M. I ne peut avoir aucune valeur, comme

nous venons de le voir lout-à-1' heure, il faut croire nécessairement que d'autres faits bien observés et authentiques seront venus instruire l'Académie sur les mauvais effets de la syphilisation, et l'aient portée à donner son jugement définitif. Quels sont donc ces faits?

On lit dans le rapport de M. Bégin, qu'il a vu indépendemmcnl de M. L. . . deux autres syphilisés ou prétendus tels, comme il aime à les appeler. Est-ce qu'il a donc cru que M. L . . . était syphilisé, parce qu'il s'est inoculé une vingtaine de chancres? Mais suivons ce que nous dit M. Bégin à l'égard des deux syphilisés; « Un d'eux portait sur « différentes parties du corps , à la suite de plus de soixante « inoculations, autant de cicatrices d'un gris brunâtre, ar- « rondies , tranchant sur le fond très-blanc de la peau , et « lui donnant un aspect tigré. Chez l'autre, les deux bras « étaient couverts , au milieu de leur région externe , de « huit à dix cicatrices étendues , les unes d'un rouge « cuivré, d'autres croùteuses et de plus récentes encore .( incomplètes ». Voilà tout ce que M. Bégin a cru devoir annoncer à l'Académie; ces deux individus ont- ils été présentés par lui aux autres membres de la Commission? M. Bégin ne le dit pas. Ont-ils été inoculés pour guérir d'une

maladie syphilitique? Quel en fut le résultat? Leur organisme est-il dans un état satisfaisant? Ces observations prouventelles pour, ou contre la syphilisation? M. Bégin ne crut pas nécessaire d'entrer dans ces détails.

MM. Malgaigne et Depaul dans leurs discours, ont reproché à la Commission de n'avoir pas parlé de MM. Laval et Pages, deux jeunes confrères syphilisés, probablement les mêmes individus dont a parlé M. Bégin , des 18 observations de syphilisation, quoique incomplètes, de M. Marchai (de Calvi), de l'observation de M. Zelaschi, et lui ont demandé pour quel motif elle n'a pas tenu compte de tout ce qui avait été écrit jusqu'à présent sur la syphilisation en Italie et en France.

M. Ricord parla aussitôt des faits de Mademoiselle X, de M. .1. , de l'observation de M. Gossclin , et chercha à démontrer que tous les faits connus jusqu'à présent étaient défavorables à la syphilisation. Les allégations de M. Ricord furent appuyées par M. Bégin.

Voyons en peu de mots si de toute cette longue discussion peut naître une idée juste sur la valeur des faits dont on a parlé.

M. Laval s'est inoculé plusieurs fois le virus chancreux. Il a cru être arrivé jusqu'à la non réceptivité. Mais, selon M. Ricord , l'immunité n'a pas duré chez lui. Ce jeune confrère s'est présenté à des membres de la Commission qui n'ont pas voulu le voir, mais quoique syphilisé depuis plusieurs mois, aucun symptôme de syphilis constitutionnelle n'a paru chez lui , et il jouit d'une bonne santé. Ce fait était digne d'être vérifié, examiné, et puisque le sujet se prêtait facilement à de nouvelles inoculations, c'était un cas très-intéressant pour constater si réellement l'individu syphilisé conserve entièrement ou en partie l'immunité contre de nouvelles inoculations du pus chancreux.

SUR LA SYPHILISATION. 759

Fut-il examiné par l'Académie ou par la Commission ? nullement.

M. Pages s'inocula plusieurs fois le pus chancreux, et quoique M. Ricord fût le premier et le plus acharné adversaire de la syphilisation, il n'hésita pas à lui faire plus de hty inoculations. Ayant suspendu la syphilisation pendant quelque temps, il fut atteint de la vérole constitutionnelle. Je ne parlerai pas des lettres échangées à ce sujet, mais tout ce que j'en veux conclure (c'est M. Malgaigne qui parle) c'est que « si ce sujet a eu la vérole , c'est qu'il a voulu « l'avoir , comme il déclare lui-même; et, chose assez sin- « gulière, il prend parti contre M. Ricord pour M. Auzias ! « Quant à son déplorable état , je suis en mesure de rasce surer l'Académie. M. P... sort de chez-moi il n'y a pas « une heure et il se porte à merveille. Et comment s'est-il « guéri ? Je lui laisse la responsabilité de son dire : par la, « syphilisation » .

Ce fait ne valait-il donc pas la peine d'être examiné et étudié par l'Académie? Il me paraît que oui. Cependant il ne le fut point.

M. Marchai (de Calvi) fit au Val-de-Grâce des essais de syphilisation sur 18 vénériens. Il a obtenu une notable amélioration des accidents syphilitiques chez les individus soumis aux inoculations du virus chancreux. Mais M. Larrey défend à M. Marchai la continuation de ces expériences, qui conséquemment sont restées incomplètes. Cependant M. Marchai croit à ces succès, et s'était engagé à les communiquer à l'Académie. M. Marchai, médecin militaire trèsdistingué , méritait certainement toute la confiance de l'Assemblée nationale de médecine. Mais M. Ricord a proclamé que M. Marchai est un spirituel confrère, dont l'enthousiasme est Vêtat normal , et l'Académie qui n'avait pas vu un seul fait de syphilisation, ne voulut pas examiner les 18 faits

que M. Marchai avait vus el étudiés, parce que cet honorable confrère, ayant vu, est devenu enthousiaste de la nouvelle doctrine.

Quant à l'observation publiée par M. Zelaschi, je nie bornerai à insérer l'analyse succinte et précise qu'en a fait M. Malgaigne.

« Un homme se présente à M. Zelaschi avec un ehan- « cre rongeant de trente-cinq jours de date que la caulcri- « sation avait exaspéré. Pendant dix-huit jours M. Zelaschi « l'ait dix-sept inoculations ; le chancre marche toujours. « Le praticien effrayé, s'arrête ; et pendant quarante jours, « notez ceci , il essaie d'arrêter son chancre par un traile- « ment plus rationnel. Rien n'y fait; le chancre continue « sa marche ; il s'y joint une syphilide et des douleurs « ostéocopes. M. Spérino est appelé. 11 veut que l'on rc- « commence . Maintenant , Messieurs , écoulez ; la chose « en vaut la peine. En huit jours ko inoculations. Le dou- « zième jour de ce traitement nouveau, la syphilide s'arrête, k les douleurs diminuent. Le dix-septième jour, plus de « douleurs; le chancre commence à se cicatriser. Bref, en « moins de deux mois , la guérison est complète.

« Eh bien ! l'observation est-elle si déplorable? D'abord, a le malade a guéri; c'est un grand point. Puis il a guéri « sous l'influence de l'inoculation ; dites encore que c'est « une coïncidence : du moins confesserez- vous qu'elle n'a « pas nui à la guérison. Et au total c'est encore une vieil lime qui vous échappe » .

L'Académie a-l elle pris en considération la communication que M. Malgaigne lui a fait à cet égard? Non, parce que M. Ricord a dit que le fait de M. Zelaschi est déplorable. Cependant si l'état déplorable de M. L... ressemble à celui du sujet, dont M. Zelaschi a publié l'histoire, je m'en réjouis avec le jeune confrère allemand , car le syphilisé de M. Zelaschi jouit d'une santé parfaite.

SUR LA SYPHILISATION . 761

Mlle X — avait attrapé une superbe vérole constitutionnelle. Après sept mois environ, on lui fait des inoculations; elle ne guérit point, et aujourd'hui c'est M. Ricord qui la traite. Elle a ce qu'elle avait auparavant, des accidens secondaires. On a interrompu chez elle les inoculalions pendant trois semaines. Elle n'a rien gagné, à ce qu'il paraît, mais comme a dit très-bien M. Malgaigne, elle n'a pas perdu grand chose.

C'est un fait incomplet, car on n'a pas continué les inoculations de manière à obtenir au moins un certain degré de syphilisation.

« M. J (a dit M. Malgaigne) ayant la vérole, se fait

« inoculer, et parcourt une série de 150 inoculations que « la mort termina, dit M. Ricord, il y a quelques jours « seulement. Cela est bien concis, Messieurs, dans la bou- « che de M. Ricord ; et l'imagination alarmée se figure les « accidens vénériens les plus graves conduisant l'infortuné « jeune homme au tombeau. Je ne veux pas entrer dans « la discussion de ce fait, dont nous avons déjà trois ver- « sions différentes; je prends la plus défavorable à la syphi- « lisalion. Les piqûres d'inoculation auraient engendré quoi? « un érysipèle! Rassurons-nous donc; une piqûre de sai- « gnée en aurait pu faire tout autant, et plût au Ciel que « les inoculations syphilitiques n'engendrassent jamais pis « que des érysipèles ! »

MM. Guilbertet Mialet, qui ont constamment soigné M. .1. .. leur ami, disent que M. J avait des taches en novembre et décembre 1851, qui ont disparu pendant les inoculations syphilitiques; que son état général s'était amélioré, et qu'il a succombé à la suite d'un érysipèle compliqué d'aceidens ataxiques.

Dans les nombreuses inoculations faites par moi, je n'ai jamais vu un érysipèle produit par les piqûres des inocula-

7C2 ïciuts

lions. Un seul cas d'érysipèle à la tête dans une femme qui Otait déjà en partie syphilisée, fut observé par moi, mais il a disparu en peu de jours , quoique très-grave, par le tartre stibié à l'intérieur. J'ai bien vu plusieurs fois des érysipèles, qui sont très-fréquents dans mon hôpital , se manifester aux parties génitales et aux aines, lorsqu'il existait des chancres, mais j'ai toujours reconnu que si l'érysipète se développait de préférence dans ces parties déjà un peu enflammées, il était toujours produit et soutenu par une cause intérieure, car mes malades ont guéris en peu de temps sans moyens locaux.

Ainsi j'ose croire que si M. Picdagnel au lieu de se borner à l'examen de la localité, cl de conclure que les inoculations avaient été la cause de l'érysipèle, eût plutôt conseillé les moyens dont l'utilité est confirmée journellement par l'expérience dans le, traitement de l'érysipèle, M. Ricord n'aurait peut-être pas pu avec ce fait effrayer l'Académie de médecine de Paris.

Un l'ait très-incomplet fut publié dans le N° 7 de la Gazette des hôpitaux, 18o2, par M. Archambaull interne du service de M. Gossclin, dont une sage critique a déjà été faite par M. Zelasclii, Gazzelta deW ' Associazione Medica — Stati Sardi — N° 5, 1852. Une jeune fille atleiule de tubercules muqueux à la vulve et à l'anus et d'une syphilide papuleuse sur tout le corps est soumise à l'inoculation syphilitique. On lui fait vingt piqûres, dont une partie sur l'abdomen, et les autres sur les extrémités. 11 en résulte des chancres plus étendus sur les cuisses; la coloration delà syphilide est un peu moins prononcée le 28me jour après la première inoculation, et kO jours après, la syphilide est presque éteinte sur la face. On ne croit pas devoir continuer à la syphiliser, et on a recours au traitement mercuriel.

Ce fait, dont a parlé M. Ricord, ne prouve donc ni pour, ni contre la syphilisation.

SUR LA. SYPHILISATION. 76Ô

Finalement, dans la dernière séance, 21 août, M. Malgaigne a ajouté: «j'ai dit dans la précédente séance, que « j'étais en mesure de présenter à l'Académie un sujet, qui « a acquis une complète immunité, et qui défie qu'on pro- « duise chez lui une inoculation. J'ajouterai aujourd'hui « deux nouveaux, faits que je tiens de deux hommes, dont « on ne récusera pas le témoignage, MM. Gosselinet Vidal. « Je déclare que pour ma part ma conviction est entière sur « l'immunité acquise par des inoculations successives et mul- « tipliées, et je maintiens l'offre que j'ai faite de soumettre « à une Commission un individu complètement syphilisé».

L'Académie ne crut pas à propos d'accepter l'offre de M. Malgaigne. Elle était suffisamment instruite sur la syphilisation.

Il me reste à dire un mot sur l'appréciation de mes expériences faites par quelques orateurs, et sur les égards qu'ils ont eu pour un confrère, qui, depuis près de deux ans, fait tout ce qu'il peut dans sa honne foi pour découvrir, par de longues études, ce qu'il y a de hon et d'utile dans la syphilisation.

Avant tout, il faut que je fasse observer que dans le petit Mémoire que j'ai lu à notre Académie de Turin le 25 mai 1851, je ne faisais qu'annoncer les premiers résultats que j'avais obtenus par lasyphilisation, et que je l'ai écrit dans le seul but d'inviter l'Académie à m'aider de ses conseils, dans une étude si délicate, si grave et si importante. J'eus bien soin de faire connaître cette circonstance dans la lettre que j'ai écrite le 12 septembre 1851 à M. Diday (Gazette Médicale de Paris, n. 40), et si MM. Larrey, Cullerier, Latour, Caslelnau s'étaient donné la peine de la lire, ils n'auraient, peut-être, pas dit et redit plusieurs fois, risque ad satietatem, que mon Mémoire du 25 mai «. ne résiste ni « à la lecture, ni à la discussion ». Ils auraient, peut-être,

76't ÉCRITS

suivi la modération et la prudence de l'honorable M. Cazcnave , et ils auraient dit avec lui que « pour examiner , « pour juger les nombreuses et graves questions qu'il sou- « lève, il faut attendre la publication des observations qui « lui ont servi de base, le résultat des faits qu'il annonce ».

Ils auraient probablement dit avec M. Hiffelsheim (Gazette Médicale de Paris, N° hS, 1851) que « la question « de la syphilisation est à résoudre], mais non à rejeter à « l'avance. Les pièces du procès se rassemblent, et nous « croyons du devoir de tout esprit sage de se garder, en si « grave matière, de toute prévention pour ou contre , et « de se rappeler que les grandes découvertes se présentent « souvent avec les allures du paradoxe » , et ils auraient conclu avec M. A. Dcchambre (Gazette Médicale de Paris, N° 52, 1852). «Ne soyons pas si fiers. Nous marchons ici « à tâtons les uns et les autres, et, avant tout, cela vaut « mieux que de voir les portes du progrès fermées de- « vant soi » .

M. Bégin a dit : « les expériences de M. Spérino, depuis « quinze mois , sont encore vainement désirées. Comment « expliquer ce silence? »

M. Bégin savait très-bien qu'une Commission assistait à mes expériences, et que par conséquent je ne pouvais déférer au public mes observations de syphilisation avant que le rapport de la Commission ne fût présenté à l'Académie. Si M. Bégin se fût donné la peine de lire ce que j'ai écrit dans le N° k9 de la Gazzetta Medica Italiana degli Stati Sardi , le 8 décembre 1851; dans la lettre écrite, le 50 mars 1852, à M. Calderini, rédacteur en chef des Annali miversali di Medicina , Milano, livraison du mois d'avril ; dans un article de M. Galligo, Gazzetta Medica Italiana Federativa Toscana, N° 15, 15 avril 1852, dans lequel M. Galligo de Florence a cru devoir publier une partie de deux

SUR LA. SYPHILISATION. 765

de mes lettres; si M. Bégin avait lu ma lettre relative à la syphilisation, qui a été publiée dans le mois d'avril 1852 dans le Giornale délia R. Accademia Medico-Chirurgica di Torino , dans la Gazzetta Medica Italiana , Stati Sardi, et dans la Gazzetta deW Âssociazione Medica degli Stati, Sardi, il aurait dû donner à mon retard dans la publication des faits, et au silence que j'avais gardé jusqu'alors à cet égard, une interprétation plus honorable, et plus digne d'un confrère.

Je m'étais proposé, comme je le disais tout-à l'heure, de ne publier les faits recueillis par moi, qu'après que le rapport de la Commission aurait été présenté à l'Académie de Turin; mais le rapport de M. Bégin, l'inopportune et trop précoce discussion de l'Académie de médecine de Paris sur la syphilisation, et une pressante invitation que M. Mélier, en sa qualité de Président de la Commission administrative, chargée d'étudier la syphilisation , m'avait faite par une lettre du 50 juillet, m'avaient persuadé que je ne devais plus retarder la publication du résultat de mes études, et je répondais le h août à M. Mélier, que j'allais donner mon travail à l'éditeur, pour le lui envoyer aussitôt qu'il serait imprimé. Mais le vote de l'Académie de Paris, envoyé, à la Commission administrative, rendait parfaitement inutile l'envoi des mes observations à M. Mélier.

J'ai donc écrit, le 7 septembre 1852 à M. Mélier la lettre suivante:

« Monsieur et très-honoré Président,

« Dans la réponse que j'ai eu l'honneur de vous adresser « le k août , je vous ai promis que je vous aurais envoyé « dans peu de temps toutes les observations de syphilisa- « tion', que par votre lettre du 50 juillet vous m'aviez de- « mandées.

« Ma délicatesse qui m'a toujours retenu jusqu'à pré-

766 écrits

« sent de porter à la connaissance du public les observa- « tions de sypbilisation recueillies par moi, me conseillait o de ne publier le travail que je fais imprimer sur la syphi- « lisation, qu'après que la Commission nommée par notre « Académie lui aurait présenté son rapport , mais votre hôte norable invitation , et l'espoir d'arrêter un jugement pré- « coce de l'Académie de médecine de Paris, dont vous êtes « le digne Président, m'avaient arraché la promesse con- « tenue dans ma réponse.

« Actuellement, le vote de votre Académie, et son envoi « au Ministère de l'intérieur devant, selon moi, rendre parce faitement inutile la communication que je m'étais engagé « à vous faire, et cela d'autant plus que des membres trôs- « influens de la Commission instituée par M. le Préfet de « police, ayant pris part au vote sus-énoncé de l'Acadé- « mie, ne sauraient émettre dans le sein de cette Commis- « sion un jugement contraire à celui qu'ils ont prononcé à la « séance de l'Académie du 21 août, je ne me crois plus « tenu à remplir l'engagement que j'avais pris avec vous. « Mon travail sur la sypbilisation ne sortira donc que « lorsque la Commission , j'espère dans le mois de novembre « au plus tard, aura présenté son rapport à l'Académie mé- « dico-chirurgicale de Turin. Vous verrez alors que l'illustre « corps scientifique que vous présidez, aurait mieux fait de « ne pas précipiter son jugement définitif sur la grande ques- « tion de la sypbilisation.

« Turin, le 7 septembre 1852 ».

M. Ricord dans son premier discours a dit: « M. Spé- « rino se mit à faire un retour sur son passé , et se prit « d'étonnement de voir que des accidens qui , quand un « sait les reconnaître, quelque soient leur siège , leur nom- « bre, leur étendue et leur durée, ne doivent pas être suivis

SUR LA SïPHILlSATION. 767

« d'accidens consécutifs , ne donnaient jamais lieu à la sy- « philis constitutionnelle, et que des filles publiques qui en- « traient au syphilicôme avec ces accidens , n'en avaient « pas d'autres plus tard , et qu'enfin des inoculations arti- « ficielles exploratrices n'empêchaient pas celles, auxquelles u on les avait empruntées, de guérir. M. Spérino ne savait « pas, ou avait oublié qu'il ne faut qu'un chancre, pourvu « qu'il soit de bonne qualité, pour produire l'infection, que « les filles publiques soient de Turin, ou qu'elles arrivent « de la province ».

M. Ricord n'a pas reproduit exactement mon idée à cet égard. Voici ce que j'écrivais le 12 septembre 1851 à M. Diday (Gazette Médicale de Paris, n. ftO) :

« J'avais observé depuis très-long-temps que, dans les « deux sexes, le bubon virulent, inguinal, fémoral ou pu- « bien est beaucoup plus fréquent à la suite d'un chancre « petit, induré ou non, mais qui guérit en peu de jours, « qu'après les chancres simples, indurés, phagédéniques ou « gangreneux, mais très-grands, et qui suppurent pendant « long-temps. J'avais vu beaucoup moins fréquente la sy- « philis générale après les chancres qui ont une grande « extension et une durée très-longue. J'avais même ob- « serve plusieurs femmes, qui portaient des chancres énormes « pendant des années, sans être atteintes de la vérole cons- « titulionnelle. J'avais vu que les femmes qui avaient eu « souvent des chancres et successivement à des intervalles « très-courts, sont rarement atteintes d'accidents secondaires « syphilitiques , et que ceux-ci au contraire s'observent à « chaque instant chez les femmes qui viennent de la pro- « vince, et qui n'ont eu qu'une première et unique infec- « lion, qui n'a été considérée par elles-mêmes que 'comme « une chose de peu d'importance. J'avais vu, bien avant « que M. Auzias-Turennc eût présenté sa lettre, le 18 no-

« vembre 1850, à l'Académie des sciences, sur l'inocula- « tion de la syphilis, que les individus portant de larges cl « profonds bubons chancreux , chez lesquels, pour prouver « la virulence du pus inguinal, j'avais fait quatre ou cinq «inoculations, ces bubons , quoique très-graves, guéris- « saient beaucoup plus vile que lorsque je ne faisais pas « naître des chancres artificiels » .

M. Ricord , ancien praticien, a le courage de dire dans une séance de l'Académie de médecine de Paris, qu'il y a des accidens syphilitiques primitifs , des chancres qui m doivent jamais donner Heu à la syphilis constitutionnelle, et il ose prononcer qu'il ne faut qu'un chancre, pourvu qu'il soit de bonne qualité, pour produire l'infection ! Esl-il-possible ! J'en suis vraiment étonné ! El il n'y a pas eu un Académicien, qui ail eu de son côté le courage de lui demander : Est-ce que vous croyez, M. Ricord, qu'il y ait des chancres de bonne et de mauvaise qualité? Est-ce que vous croyez qu'il y ait plusieurs qualités de virus syphilitiques? Comment! Vous, M. Ricord, qui tourniez en ridicule la distinction du pus virulent faible ou fort, supérieur ou inférieur, émise par M. Auzias, vous allez la soutenir à l'Académie de médecine? Est-ce que vous avez changé à cet égard vos anciennes convictions? Est-ce que vous croyez que les variétés des chancres dépendent de la qualité du virus ehancreux ? N'avez-vous donc pas vu que le virus pris sur un chancre simple, pendant sa période de progrès, inoculé en même temps sur plusieurs individus , produit chez l'un un chancre simple, chez un autre un chancre phagédénique ou gangreneux , suivant les différentes conditions de l'organisme dans lequel nait le chancre artificiel? Estce que vous n'avez pas vu dans votre pratique, que deux ou trois jeunes gens, après avoir fréquenté la même femme, se présentent à vous l'un avec un chancre simple, l'autre avec

un chancre phagédénique ou gangreneux, et que si vous ne vous bornez pas à examiner la localité, si vous faites de la véritable médecine, et si vous portez aussi votre examen sur l'état général de l'individu , vous y trouvez toujours la cause de toutes ces variétés de chancres? Est-ce que vous n'avez pas publié que le chancre simple, quoique plus rarement que le chancre induré, donne aussi lieu à la syphilis constitutionnelle? N'est-ce pas vous, M. Ricord, qui avez écrit: « Tous les chancres, à quelque variété qu'ils appar- « tiennent fournissent du pus contagieux à leur période de « progrès ou d'ulcération spécifique, et ce pus inoculé donne « lieu à une pustule et à une ulcération toujours les mêmes « au début, qu'il ait été fourni par un chancre régulier, « par un chancre induré ou par un chancre phagédénique « diphtéritique. Les différentes variations ne se produisent « ensuite dans le chancre d'inoculation comme dans les « autres que sous l'influence des idiosyncrasies des malades, « des conditions hygiéniques, dans lesquelles ils sont placés, « des maladies antérieures ou concomitantes qui peuvent exis- « ter, et des résultats nuisibles de quelques agents thérapeu- « tiques mal administrés.

« L'induration de la base ou des bords du chancre n'a « d'importance réelle dans le diagnostique, que lorsqu'elle « existe ; car, je le répète, des chancres privés de ce carac- « 1ère n'en conservent pas moins toutes leurs propriétés, tant « sous le rapport de la contagion, que sous celui de la pro- « duction des accidents consécutifs.

« Il n'est plus permis, depuis mes expériences, de rester « dans le doute sur la nature du virus qui produit les chan- « cres phagédéniques. Ce virus est identiquement le même « que celui qui donne naissance aux autres variétés. La » forme phagédénique, comme les autres, n'est qu'une con- « séquence des conditions idiosyncrasiques de l'individu qui

« subit l'infection et ne dépend nullement des conditions « actuelles des ulcères de l'individu qui transmet ; — ce qui « est vrai, c'est que les bubons sont rares à la suite du « chancre phagédénique gangreneux, et qu'il arrive assez « souvent même qu'on les voit disparaître ou s'affaisser, « lorsque déjà ils avaient commencé avant le développement « de la gangrène » .

Pourquoi voulez vous donc, |M. Ricord, abandonner ces saines doctrines, et aller chercher le pus convenable, le pus de bonne ou de mauvaise qualité, afin que ces mots appuyés de voire autorité, puissent exercer une fâcheuse influence sur l'Académie , contre la syphilisalion ?

Ayez la bonté, M. Ricord, d'examiner dans votre pratique les fails, que j'ai énoncés à cet égard, et vous les trouverez vérifiés par vous-même.

Dans son premier discours, M. Ricord, qui fait aussi parlie de la Commission administrative, a cru que sa délicatesse lui permettait de publier dans le sein de l'Académie des renseignemens , qui avaient été envoyés à cette Commission, et il a dit : « Ce qu'il y a de certain c'est qu'il y « a des morts qu'on n'attribue pas à la syphilisalion, mais « qui sont dans des proportions considérables pour un hôpital « des vénériens ; ce qui ressort des renseignemens que cette « Commission a déjà reçus , c'est que des femmes sont « revenues avec de nouveaux accidens » (M. Ricord aurait dû le connaître auparavant , car j'en avais déjà parlé dans l'article publié le 8 décembre 1851 dans la Gazzetta Médita Italiana); « enfin ce qui parait encore certain, c'est « que dans une maison de refuge de Turin , on refuse de « recevoir les femmes qui sortent du syphilicôme à cause « des accidens qui se reproduisent » .

Voici ma réponse qui a été lue dans la séance de l'Académie de médecine de Paris le 1 7 août.

SUR LA SYPHH.ISAT10K. 771

A M. le Président de l'Académie de Médecine de Paris.

« M. Ricord, dans le discours qu'il a prononcé contre la syphilisation dans la séance de l'Académie de médecine (3 août), a dit : Ce qui parait certain, c'est que dans une maison de refuge de Turin on refuse de recevoir les femmes qui sortent du syphilicôme à cause des accidens qui se reproduisent. M. Ricord savait très-bien que ce renseignement ne méritait pas trop sa confiance, mais puisqu'il a cru devoir le publier, je vous prie, Monsieur, de communiquer à l'Académie la déclaration de deux honorables confrères , M. Frôla médecin de la maison de refuge, dont a parlé M. Ricord, et M. Sella, tous les deux membres de la Commission académique qui étudie avec moi la syphilisation. On y verra d'une manière bien nette que ce que M. Ricord s'est empressé de publier à cet égard est entièrement faux , et que d'autres femmes syphilisées ont été reçues encore récemment dans le même établissement.

« M. Ricord a dit qu'il y a des morts qu'on n'attribue pas à la syphilisation , mais qui sont dans des proportions considérables pour un hôpital des vénériens (1). Il aurait dû ajouter que dans le document, où il a puisé cette notice , il a aussi lu que les deux femmes mortes dans l'été de 1851, par suite de maladies internes non vénériennes, avaient eu l'une cinq inoculations (piqûres) et l'autre deux seulement. Et M. Ricord qui certainement a plus d'une fois fait un nombre d'inoculations plus considérable, n'aurait pas dû faire peser sur la syphilisation la mort de deux femmes dont j'ai voulu par délicatesse parler dans le document qu'il a lu. M. Ricord en trouvera les observations dans un travail qui sera le résultat de mes études sur la syphilisation et qui paraîtra dans quelque temps.

(1) J'affirme sur l'honneur que cette assertion est entièrement erronée.

« M. Ricord , dont le mérite est aussi connu en Italie, s'est peut-être placé trop haut, selon moi , pour déprécier les connaissances scientifiques de ses confrères et pour lancer un jugement qui, je le crois, est peut-être trop précoce, soit sur la question de la prophylaxie , soit sur celle du traitement des maladies vénériennes par la syphilisation.

«Le 25 mai 1851, je publiai que le temps seul et les faits scrupuleusement observés pourront résoudre les grandes ai/estions de la syphilisation. C'est encore la même réponse que je crois devoir faire aujourd'hui à M. Ricord.

« Grâce à vos sentiments d'impartialité et d'amour de la vérité, j'espère que vous aurez la bonté de présenter au plutôt à l'Académie de médecine celle lettre elle document qui l'accompagne, car je désire que cette Assemblée scientifique très-respectable puisse apprécier à sa juste valeur les renseignements que M. Ricord a cru pouvoir lui présenter. « Turin, le 9 août 1852 ».

M. Ricord dans le discours qu'il a prononcé dans la séance du 17 août a dit : « Une lettre particulière que « M. le Président de la Commission instituée par M. le « Préfet de police a reçue, nous permet de croire qu'il s'en « faut de beaucoup que tout soit en faveur des prétenlions « de M. Spérino ».

M. Ricord, il s'agit ici de science, et il faut procéder loyalement et franchement. L'insinualion, dont vous vous êtes servi pour étouffer la syphilisation, ne peut être louable sous aucun rapport. Si vous avez confiance dans la lettre particulière, dont vous avez parlé à l'Académie, il fallait tout dire, il fallait la lire toute entière. Cette lettre particulière dit ou des vérités ou des mensonges. Dans les deux cas, vous êtes obligé de la publier, car la personne, qui l'a écrite, doit avoir le courage de la soutenir.

SDR Là SYPHILISATION. 773

Vous étiez donc bien impatient de connaître le résultat de mes expériences? Pourquoi voulez-vous les juger d'avance à la suite d'une lettre particulière ? Vous avez donc pu supposer que j'aurais caché quelques insuccès, que je n'aurais pas dit dans mon travail tout ce qu'il y a de bon ou de mauvais dans la sypbilisation? Attendez-en la publication : autrement vous risquez de tomber dans l'erreur. Si je pouvais espérer que vous aurez la patience nécessaire pour lire tout mon ouvrage , je suis convaincu que vous changeriez d'opinion à mon égard : j'en suis sûr , vous ne vous appuieriez plus sur des lettres particulières. Vous seriez bientôt convaincu que le désir de découvrir ce qu'il y a de vrai et d'utile dans la syphilisalion, m'a guidé constamment dans mes études, car je ne tiens pas du tout au titre de savant, mais plutôt à celui d'ami de l'humanité et de bon citoyen. J'espère d'ailleurs que la Commission académique de Turin rendra justice à la loyauté, avec laquelle mes expériences ont été faites et les résultats en ont été recueillis.

M. Ricord fait ensuite savoir à l'Académie que je ne connais pas le chancre induré ; que selon moi le chancre induré serait fréquent chez les femmes ; que mes quatre observations, que M. Diday a publiées dans le N° 33 de la Gazelle Médicale, ne sont pas précises, et que mes malades « étaient dans les conditions idiosyncrasiques défavorables « a l'évolution de la syphilis » .

Vraiment je serais bien malheureux , si après avoir eu l'honneur de fréquenter pendant les deux années 1836 et 1837, la savante clinique de M. Ricord, et si après 15 ans de service dans un grand hôpital , je n'avais pas même appris à connaître les chancres indurés! Cette connaissance est-elle donc si difficile à acquérir? Mais M. Ricord me répond , les chancres indurés ne sont pas fréquents chez les

77* iCRITS

femmes. J'en conviens, mais comme l'on prétend que la syphilis constitutionnelle suit plus souvent les chancres indurés , quand j'ai voulu pratiquer des inoculations pour voir si elles faisaient guérir les chancres , j'ai cherché le plus possible les femmes qui portaient des chancres , dont l'induration Huntérienne était évidente. C'est pour cela que dans mes observations M. Ricord a trouvé qu'il y avait un grand nombre des chancres indurés. Mais le chancre induré ne parait qu'une fois, et c'est un grand maître qui vous le dit. Je respecte son autorité, mais avant tout je sais que dans les sciences naturelles l'observation est tout. Or j'ai vu bien des fois des individus, chez lesquels un chaucre induré avait disparu par un traitement mercuriel, être atteints quelque temps après d'un autre chancre qui présentait tous les caractères du chancre induré Huntérien.

Quant à l'induration des chancres artificiels , on verra dans mon travail que le développement et la durée de l'induration sont subordonnées à plusieurs conditions inhérentes à la méthode de syphilisation.

Enfin, je demanderai à M. Ricord ce qu'il a voulu dire, quand il a laissé tomber du haut de son banc d'académicien ces sybilliques paroles : « que mes malades étaient dans des « conditions idiosyncrasiques défavorables à l'évolution de :« la syphilis » . Ici j'avoue tout bonnement mon ignorance, je ne comprends pas du tout ce que M. Ricord a voulu dire par cette phrase, et je lui serais bien reconnaissant s'il voulait m'instruire à cet égard.

M. Ricord après avoir parlé des quatre observations publiées par M. Diday, a dit:

« Mon savant ami, M. Diday, a publié ces observations sans commentaires , mais en voici une que je dois à son

SUR LA SYPHILISATION. 773

amour pour la vérilé, et que je vous demande la permission de lire :

Mon cher maître et ami ,

Quoique mon opinion diffère un peu de la votre sur l'avenir de la syphilisation, je partage en grande partie votre avis sur son impuissance actuelle. Je vous écris donc aujourd'hui pour vous rappeler un fait que j'ai incidemment consigné dans la Gazette Médicale, année 1851, page 81G, ligne 3 (1).

Comme il appartient à l'un de mes confrères qui se propose de le publier, je ne puis, malheureusement, en donner qu'un court sommaire. Mais je puis vous dire, et vous autorise formellement à déclarer à l'Académie que l'expérience dont il y est question, fut faite par M. Rodet, mon successeur actuel à l'Antiquaille, homme intelligent, très-sérieux et fort peu passionné; que je suivis, moi, presque jour par jour, les expériences; que M. Spérino, et l'inventeur de la syphilisation, avec qui j'en causais, ne purent expliquer cet insuccès flagrant de la syphilisation curative, qu'en invoquantjune exception individuelle fort étonnante à leurs yeux.

J'ajoute, au sommaire contenu dans l'article de la Gazette Médicale, que cet individu (qui n'ayant au début qu'un chancre phagédénique, dut trèsprobablement à la syphilisation son infection constitutionnelle) passa trèsrapidement, au bout de deux mois, aux accidens plus profonds, tels que testicule vénérien, ulcères de la gorge, et ne put être guéri de sa vérole constitutionnelle évidente, que par l'association de l'iodure de potassium au mercure.

Ce fait s'est passé publiquement à l'hospice de l'Antiquaille, en novembre, décembre 1851, janvier, février, mars 1852; citez-le hardiment, mon cher maître, sans crainte qu'on vous démente ou qu'on puisse apporter une interprétation de ses circonstances capables d'innocenter la syphilisation. Sous ce rapport, ainsi que sous celui de son authenticité, il me semble incomparablement plus précieux que ceux qu'on a jusqu'à présent avancés; parce que, chez ce malade, toutes les règles tracées par M. Spérino, quant au nombre et aux intervalles des inoculations, ont été trèsrigoureusement suivies par l'expérimentateur.

(I) Sans vouloir oter à celui de mes confrères auquel appartient l'honneur de le faire connaître dans ses détails, je dois à la vérité de dire dès à présent qu'un individu jeune, sain et bien portant jusque là, affecté d'un chancre primitif phagédénique récent au gland, a été soumis, dans l'espace de sis semaines, a plus de SO inoculations successives, réitérées tous les trois, quatre ou cinq jours, au nombre graduellement progressif de G, 10, 12 et 18 chaque fois, sans qu'il ait retiré de l'opération, conduite selon les règles que M. Sperino a suivies, d'autre bénéfice que: i° l'agrandissement continu de son chancre primitif; 2° la couversion des dernière* pustules d'inoculation en chancres phagédéniques ; 5° lo développement de symptômes secoodaires (papules cuivrées, céphalées, engorgement des ganglions cervicaux) qui commencèrent à se manifester au bout de six semaines d'expériences, et après 70 inoculations au moins.

Je ne nie point pour cela les succès obtenus par d'autres observateurs. Mais évidemment une méthode qui, très-fidèlemenl suivie, laisse la porte ouverte il de pareils mécomptes, ne peut se dire maîtresse de l'avenir.

776 écrits

Aussi je crois rendre un véritable service à votre cause en vous rappelant, la veille du jour de votre réplique — que je voudrais bien pouvoir entendre — que vous avez dans votre camp et tout à votre disposition, uni' arme aussi forte.

Et malgré cela, mon cher maître, je suis de ceux qui souricut à l'idée de voir quelque chose sortir de la syphilisation. Mais je voudrais deux choses :

1° Qu'on négligeât l'inoculation pour chercher la vaccination; 2n Que ce fût vous qui vous missiez à la tète de ce travail d'investigation.

Je vous serre les mains du meilleur de mon cœur.

DlDAV.

C'esl avec regrel que je vais déchirer le voile qui couvrait un fait qui me concerne, en même temps qu'un confrère très-distingué; mais la lettre de M. Diday, que M. Ricord a cru pouvoir présenter à l'Académie , el la critique que M. Bégin a fait de mes observations publiées par M. Diday, m'obligent à le faire, afin que le public puisse porter un jugement impartial.

La lettre publiée dans le N° ^0 de la Gazette Médicale lS"il, dans laquelle je répondais aux objections scientifiques que M. Diday m'avait fait l'honneur de présenter au public, fut très-bien accueillie par M. Diday, et me procura la réponse suivante :

Lyon, C octobre 185t.

Monsieur et trés-honorc Confrère ,

Votre lettre, insérée dans le dernier N° de la Gazette Médicale de Paris, m'a causé une extrême satisfaction. Pour un ami sincère de la science, il est très-doux de se voir réfuté aussi complètement. Je ne demande qu'à éprouver souvent de pareilles défaites; et je me féliciterai toujours de les avoir provoquées, puisque votre victoire tourne au profit de l'humanité. Recevez donc, je vous prie, mes remerciments les plus vifs. Il m'est très-agréable d'ajouter à l'estime dont j'étais pénétré pour votre personne, le plaisir de savoir qu'une découverte de cette importance est déjà assise sur des bases solides.

Je me complais dans l'espérance d'aller passer quelques jours auprès de vous pour étudier par moi-même cette grande question. Si, sous les auspices de notre ami commun M. le Dr. Pétrequin, je pouvais compter sur votre bienveillance pour me permettre de suivre les malades jour par jour, je

SUR LA SYPHILISATION. 777

me déciderais aisément, ce me semble, à m'absenler quelques semaines. Mais tant d'obstacles peuvent retenir chez lui un médecin qu'il ne faut pas trop me bercer de cette idée Et cependant je sens que ce serait là une des plus précieuses distractions et l'un des plus attachants sujets d'étude que je pusses me donner.

En attendant, Monsieur et très-honoré collègue, pour mon instruction personnelle et pour me mettre à même de répéter vos essais, je vous serais infiniment obligé de me rendre un service. Je désirerais que vous eussiez la bonté de m'envoyer deux observations, l'une montrant l'influence de la syphilisation sur la marche d'un chancre primitif, j'entends par là un chancre primitif tel qu'on les remontre ordinairement dans la pratique, et non pas un chancre datant de un ou deux ans. — L'autre observation montrant l'influence de la syphilisation sur des accidents secondaires bien caractérisés.

Vous voudrez bien, Monsieur et très-honoré confrère, être persuadé que si je vous demande ces observations ce n'est point pour les critiquer. Elles resteront entre mes mains, et ne serviront qu'à m'iostruire par les détails de la maladie dont la syphilisation aura modifié la marche. Vous pouvez donc me les envoyer sans façon, rédigées par un de vos élèves, et écrites en italien. La seule chose à laquelle je tiendrais beaucoup, c'est qu'elles continssent l'exposé exact et détaillé des différentes phases de la maladie.

Lorsque j'aurai quelques résultats, à mon tour, je m'empresserai, s'ils sont dignes d'intérêt, de vous les faire connaître ; car je ne me comple. point parmi ces syphilographes qui jugent sans essayer, peut-être même sans avoir bien lu, et dont les décisions sont d'autant plus tranchantes qu'elles sont moins motivées. Je sympathise, au contraire, de tout mon cœur et de toute ma foi avec les chercheurs scientifiques tels que vous; et quand le succès vient couronner leurs courageuses tentatives, sachant à quel prix il a été obtenu, je ne leur marchande ni ma reconnaissance ni mon admiration.

Si vous avez l'obligeance de me répondre, je vous prierai de vouloir bien me dire si, dans votre opinion, la syphilisation est un moyen sûr de guérir ces vastes chancres serpigineux qui durent pendant des années sans se compliquer d'aucun symptôme constitutionnel.

Didaï.

Je lui ai envoyé cinq observations , dont quatre , qui furent publiées récemment par M. Diday, et la cinquième qui a été publiée dans le mois de décembre 1851 par M. Zelaschi.

Ne voulant envoyer à M. Diday aucun des faits sur lesquels la Commission avait fait des éludes particulières, j'ai dû me borner à lui envoyer les quatre observations

778 écrits

dans lesquelles la maladie syphilitique ne présentait rien

de bien important.

Voici ma réponse à la gracieuse lettre de M. Diday.

Monsieur et très-honoré Confrère

Absent de Turin depuis quelques jours, j'ai trouvé en rentrant chezmoi voire lettre qui m'a donné une très-douce satisfaction et qui est non moins honorable pour celui qui l'a écrite, que pour celui qui l'a reçue.

Monsieur et très-honoré Confrère, je serais heureux si je pouvais étudier avec vous la grande question de la syphilisation, et je suis sûr que par vos connaissances scientifiques et par votre éminent talent , vous me seriez d'un grand secours. Tachez de venir au plus lot passer quelques semaines avec moi, et donnez-moi d'avance l'avis du jour de votre arrivée, afin que je puisse aller vous rencontrer et vous accompagner chez-moi, où vous serez comme chez-vous. Vous suivrez jour par jour les malades; nous ferons ensemble toutes les expériences que vous croirez à propos de me conseiller, et l'étude de la syphilisation sera faite par nous comme par deux fnres.

Parmi les inquiétudes, les ennuis et les difficultés de pareilles expériences, j'ai vraiment besoin de trouver dans un médecin aussi distingué et consciencieux que vous , Monsieur, un confrère qui me donne sa main amicale. Ainsi je vous attends sans faute.

Je vous envoie les observations que vous désirez avoir. Peut-être vous trouverez qu'elles manquent de quelques minutieux détails, mais étant toujours chargé de nombreuses occupations, je prends surtout les notes qui me paraissent les plus nécessaires.

Nous causerons de cela plus longuement quand j'aurai le plaisir de vous avoir avec moi.

Dans la lettre que M. Cuérin a eu la complaisance d'insérer dans la Gazette Médicale de Paris , j'ai vu avec regret que l'on n'y a pas mis la date qui se trouvait à la fin — Turin le 12 septembre 1881.

J'ai fait prier par un ami, M. Guérin de la publier dans un prochain N°, mais si vous aviez la bonté de lui en écrire un mot, je suis sur que ma prière serait exaucée. Voici pourquoi je tiens à ce que la lettre que je vous ai adressée porte sa date.

Depuis celte époque, deux femmes parmi les presque-syphilisées sont rentrées à l'hôpital, une le 27 septembre avec une petite déchirure vulvaire qui suppurait, mais qui ne donna rien par l'inoculation chez trois autres malades. La petite plaie était cicatrisée le sixième jour, et la femme sortit de l'hôpital le huitième. L'autre malade est rentrée le 6 octobre avec une plaie, résultat d'une déchirure à la fourchette où il y avait une cicatrice très-vaste, mais qui a quelques caractères du chancre. Cette femme n'avait point été syphilisée complètement, car elle avait eu une métrite très-grave qui nécessita plusieurs saignées et des fièvres intermittentes, qui ont interrompu le cours des expériences.

SUR LA SYPHILISATION. 779

Ces demi-insuccès, que je publierai certainement avec tout ce qui pourra infirmer mes allégations, étant arrivés en octobre, il est juste que la lettre publiée le 4 octobre, et dans laquelle <j'ai dit qu'aucune femme syphilisée n'était rentrée jusqu'à présent dans l'hôpital, porte sa date du 12 septembre ■

J'ai vu des chancres très-vastes qui duraient depuis très longtemps , sans être compliqués d'aucun symptôme constitutionnel , guéris par la syphilisatiou, et je vous en ferai voir encore quelques cas à l'hôpital, qui sont en voie de guérison.

Ainsi je vous prie, M. et très-honoré collègue, venez avec moi le plustôt possible, et lâchez de pouvoir y rester le plus long temps que vous pourrez. Faites agréer mes adieux à M. Pétrequin que j'eslime et admire autant que j'aime.

Turin, le 15 octobre 1851.

Ces observations furent publiées à mon insu le \k du mois d'août dans la Gazette Médicale par M. Diday, et en même temps il écrivit à M. Ricord que chez le malade, sur lequel M. Rodel a fait des inoculations, toutes les règles tracées par moi ont été suivies, et que « M. Spérino et « l'inventeur de la syphilisation, avec qui j'en causais, ne « purent expliquer cet insuccès flagrant de la syphilisation « curative, qu'en invoquant une exception individuelle fort « étonnante à leurs yeux » .

Je suis donc forcé de publier la correspondance qui a eu lieu entre nous à cet égard:

Lyon, 2i décembre 1851.

Monsieur et très-estimé Confrère

Je me reproche d'avoir beaucoup tardé à répondre à vos offres d'hospitalité si gracieuses, puis à l'envoi des deux Numéros de journal, que vous avez bien voulu m'envoyer.

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre critique sensée de l'observation relative à M. le docteur L. Vous avez raison sur tous les points; et la syphilisation serait heureuse si elle n'avait à craindre que des objections de cette force.

Je n'ai pas profité de votre amicale invitation, quelque désir que j'en eusse, d'abord à cause de quelques pressantes occupations , puis parce que l'un de mes confrères de Lyon s'est trouvé en mesure de me faire assister à un essai de syphilisation sur l'homme. Nous avons opéré en suivant pas à pas vos préceptes et votre exemple ; et cependant le résultat n'a point été satisfaisant. En attendant que mon con-

frère publie le fait dans tous ses détails, vous en verrez une mention sommaire, mais fidèle dans l'un des prochains Numéros de la Gazelle Médicale de Paris. Ce mécompte , que nous n'avons su comment expliquer, m'a peiné et attristé: car je m'étais aisément accoutumé à la perspective que vos inoculations semblaient ouvrir à la science. Je ne désespère pas encore pour cela de l'avenir de la syphilisation ; rmiis je vous avoue que des cas semblables donnent profondément à réfléchi]'; et j'ai élé heureux de ne pas l'avoir sous ma responsabilité personnelle.

Je serais heureux , Monsieur et cher confrère, de recevoir vos publications instructives. Vous m'aviez converti à la cause de la syphilisation. C'est encore par vous que j'aimerais à voir consolider celte conversion, que la marche des événements pourrait rendre chancelante. Je vous promets, dans tous les cas, d'attendre sur ce point l'exposé de votre opinion avant de m'en former moi-même une définitive.

DlDAÏ.

Voici comment j'ai répondu à M. Did.vy.

Turin, le 31 décembre 1831.

Monsieur et très-estimè Confrère,

J'ai lu dans le K° 52 de la Gazette Médicale de Paris, que j'ai reçu ce matin, la mention sommaire du fait dont vous m'aviez écrit, et je vous assure que ce mécompte m'a beaucoup étonné. Je me suis dit: pourquoi sur plus de 70 cas de syphilisation pratiquée par moi je n'ai pas eu jusqu'à présent un pareil mécompte? Un seul fait semblable m'aurait aussi certainement peiné et attrislé. Permettez-moi cependant d'analyser le fait en peu de mois, et de vous dire franchement mon opinion.

J'avais déjà publié que le phagédénisme et la gangrène des chancres dépendaient des conditions particulières de l'individu qui les porte. Ce fait dont je suis convaincu depuis plusieurs années sera démontré d'une manière certaine par mes expériences. Toutes les fois que l'individu soumis à l'expérience est très-vigoureux, plélborique, atteint d'un orgasme cardiovasal, ou d'une phlogose viscérale ou vasculaire, cet individu sera sujet à voir devenir phagédéniques tous ses chancres, surtout s'ils sont les premiers. Ainsi je crois qu'il ne faut pas commencer l'expérimentation sans préparer son malade par un peu de régime, par des purgatifs, des bains etc. et même par des saignées, s'il porte un chancre phagédénique ou gangreneux. Monsieur, vous avez eu tort de commencer l'expérience chez un individu qui portait un chancre phagédénique, sans avoir préalablement vaincu chez lui la condition vasale, cause du phagédénisme. Si vous lui aviez tiré un peu de sang, vous l'auriez certainement trouvé couenneux.

Parmi mes observations j'en trouve une seule qui a un peu de ressemblance avec le fait rapporté par vous. La voici en peu de mots. Une jeune femme entrée à l'hôpital avec un chancre à la fourchette, très-large, phagédénique, qui fait des progrès rapides, et qui devenant gangreneux a détruit une portion des tissus de la fourchette, presque toutes les caroncules

SUR LA SYPHILISATION. 781

et une partie du vagin. Elle portait aussi un bubon inguinal et elle avait de la fièvre. Je lui faits 4 saignées: sang très-couenneux, tartre stibié à l'intérieur, purgatifs, lotions fréquentes du chancre avec l'eau froide. La gangrène est bornée en peu de jours et la fièvre tombe, mais son pouls est toujours un peu dur et fréquent. Elle est habituellement constipée. Elle demandée être inoculée, et elle a toute confiance en moi. Je lui fais en peu de jours plus de 80 inoculations. Les chancres artificiels. qui en sont le résultat sont phagédéniques, mais les premiers toujours plus larges que les seconds et successivement. Je fais rester la malade au lit, je fais penser tous les chancres avec du cérat et des cataplasmes émollients, je la purge, je lui ordonne un bain général presque tous les jours, et je lui administre du nitre à l'intérieur. J'insiste sur l'inoculation, quand tout symptôme d'irritation vasal a disparu, et dans huit jours tous les chancres artificiels sont cicalrisés comme par enchantement. Les nouvelles inoculations ne donnent plus que de petits ulcères de peu de durée, et enfin elle est guérie de son chancre vulvaire et du bubon.

Quant an développement des symptômes secondaires, dont vous parlez, je n'accepte pas encore la céphalée et l'engorgement des ganglions cervicaux postérieurs, car je doute fort que ces deux symptômes annoncent plutôt chez lui un principe inflammatoire ou rhumatismal, que vous auriez dû vaincre avant de le soumettre à l'inoculation. Quant aux papules cuivrées, je vous assure que cela m'étonne, car j'ai bien vu dans quelques cas des syphilides naître parce que j'avais dû suspendre l'inoculation pour plus d'un mois, mais j'ai vu aussi que ces syphilides mêmes ont disparu, en reprenant la syphilisation.

Ainsi, Monsieur, le fait dont vous avez parlé fera beaucoup de mal à la syphilisation, car tout le monde a confiance dans votre loyauté, dans votre talent et dans votre amour de la science. Si le jeune homme qui en est l'objet, a toute confiance dans son médecin, je le supplie de ne pas abandonner la syphilisation. Ne lui cautérisez pas les chancres phagédéniques, faiteslui un traitement antiphlogistique, et faites-lui ensuite 20 piqûres tous les six ou huit jours, couvrez les chancres avec un cataplasme, ne lui donnez pas de mercure, je vous en prie, et vous verrez que dans peu de temps il sera complètement guéri.

Je vous serais infiniment obligé si, reprenant les expériences sur votre jeune individu, vous eussiez la bonté de m'en écrire un mot de temps en temps. J'espère que vous en obtiendrez un bon résultat, et que vous voudrez bien ôter de suite aux nombreux lecteurs de la Gazette Médicale la mauvaise impression qu'aura produit le mécompte que vous avez publié.

Selon M. Ricord mes observations étaient sans importance; mais M. Bégin dans son dernier discours en a tiré un parti plus grand encore pour engager l'Académie à approuver son rapport.

M. Bégin savait très-bien que mes quatre observations

782 écrits

avaient été traduites et publiées par M. Diday. M. Bégin savait aussi qu'elles étaient sorties de mes mains le 15 octobre 1851 , et que par conséquent je n'avais pu les compléter avant de les publier. Il avait certainement lu les paroles suivantes dont M. Diday a fait précéder ces observations.

« Je dois dire comment elles sont venues en ma posses- « sion. L'année dernière après avoir lu le remarquable « mais trop laconique travail de M. Spérino, je lui écrivis « pour lui demander de me mettre à même de juger, d'a- « près des faits détaillés, les points les plus litigieux de sa « doctrine. Mon honorable confrère répondit de la manière « la plus gracieuse à ce désir, en m'envoyant, le 15 octobre « 1 85 J , les quatre observations qu'on va lire. Je crois donc « être endroit aujourd'hui, sans être taxé d'indiscrétion, « de les reproduire, aussi liléralement traduites, que cela « m'a été possible du texte italien, d'ailleurs si simple et si' « clair, qu'une erreur dénaturant le sens aurait été trèsci difficile à commetlre». Cependant il a plu à M. Bégin de dire : « quant au résultat final , il est laissé dans « l'ombre; sous ce rapport les observations ne sont pas « achevées. De quels privilèges pratiques jouissent des « filles presque syphilisées, l'auteur ne le dit pas. Quoique « les filles dont il est queslion soient sorties du syphilicôme « depuis 9, 10 et 11 mois, et qu'il eût été facile de « les soumettre à une certaine surveillance, M. Spérino ne « dit rien ni de ce qui peut leur être advenu, ni de leur « état actuel ».

Les observations sorties de mes mains le 1 5 octobre 1851 , sont publiées sans que je le sache: M. Bégin connait trèsbien cette circonstance. Mais pour pouvoir insinuer des doutes graves sur le résultat final obtenu sur les filles syphilisées* pour leur ôler toute valeur auprès de l'Académie , il ose

lui dire , que « ces filles sont sorties du syphilicôme depuis plusieurs mois, et M. Spérino ne dit rien». Et bien, oui M. Bégin, le résultat final est bon, vous en trouverez les observations complétées, et vous verrez que j'ai fait tout le possible pour pouvoir donner là dessus tous les détails nécessaires. (T. les Ofo.)

M. Bégin, pour être à même de prononcer un jugement équitable, aurait dû attendre la publication de mon travail.

M. Bégin y aurait vu que le phagédénisme et la gangrène des chancres, mieux étudiés par moi, sont devenus presque nuls depuis une année, parce que j'en ai reconnu la véritable cause, et que j'ai appris à les traiter d'une manière rationnelle qui n'a donné des résultats satisfaisans , et surtout à les prévenir. Il aurait pu constater que d'après les faits que j'ai observés, j'ai pu établir des préceptes qui rendront la pratique de la syphilisation plus efficace, plus prompte et plus certaine, et que dans ma lettre à M. Diday, Gazvtte Médicale de Paris, n. hO, 4 851, j'ai parlé de 20 et jamais de 30, 10, 60 inoculations à la fois. Il se serait de même assuré, que dans un seul fait observé dans l'hôpital, les inoculations trop fréquentes et trop multipliées qui ont donné de petits chancres d'une courte durée, et bientôt des pustules abortives, et la non réceptivité, avaient fait diminuer une syphilide papuleuse et pustuleuse, mais n'avaient pas introduit dans l'organisme une quantité suffisante de virus pour la faire disparaître, et que pour ne pas obliger la malade à rester plus long-temps à l'hôpital, j'ai cru devoir lui administrer le mercure. M. Bégin aurait pu se convaincre que la syphilisation bien conduite, laisse des cicatrices très-petites, que je n'ai pratiqué la syphilisation que sur des individus atteints de syphilis primitive ou constitutionnelle, en général assez grave, et telle que, sans la syphilisation , elle aurait exigé tôt ou tard l'emploi des

mercuriaux , et que je n'ai jamais fait d'inoculations sans le libre consentement du malade; finalement, M. Bégin(l) aurait vu que les corollaires déduits de toutes mes observations et insérés dans mon travail, sont vrais, parce qu'ils sont soutenus par l'expérience.

D'après ce que l'on vient de voir, les faits de syphilisation, dont l'Académie de médecine s'est occupée, n'ont pas élé examinés avec toute l'attention nécessaire, et ils n'étaient pas assez nombreux pour la porter à prononcer un jugement définitif. La seule conséquence qui en résultait, selon moi, c'est que les individus qui ont subi une syphilisation complète, ont vu disparaître la syphilis primitive, ou constitutionnelle, dont ils étaient atteints, et que leur état général s'est amélioré sous ce traitement. Ne devait-on pas en conclure que la syphilisation doit être soigneusement étudiée? . . . Non, vous dit-on: la syphilisation est immorale. Comment! Il est immoral d'étudier un moyen qui laisse espérer que l'humanité pourra se voir un jour débarassée du plus grand fléau qui l'afflige , de la maladie honteuse qui la tourmente depuis si long-temps! (2) Mais M. Bégin

(1) M. Bégin ne connaissant pas trop la langue italienne a dit à l'Académie, que dans le sypbilicôme de Turin il entrait tous les jours deux cents rerames, et il n'a pas compris que dans mon Mémoire ce nombre indiquait celui des femmes qui s'y trouvaient journellement en traitement.

(2) {Traité des maladies vénériennes, par M. Ricord, pag. 557 et suiv.): ;. Mais quels contrastes dans la science et dans ceux qui la pratiquent!

Car, tandis que les plus beaux encouragemens sont donnés d'un cùté, de l'autre, le blâme, ou tout au moins le ridicule sont les seules récompenses. Ainsi, lorsque chaque année on étale une liste des nombreuses médailles que l'Académie de médecine accorde à ceux qui, en propageant la vaccine , s'opposent aux ravages de la petite-vérole , on voit la même Académie éprouver une sorte de gêne lorsqu'on vient offrir à son jugement quelque remède peur arrêter un fléau bien autrement affreux. Sans doute, dans les moyens proposés pour prévenir la vérole, les coupables spéculations du charlatanisme ont eu, jusqu'à présent, la plus grande part; mais est-ce à dire qu'il en a toujours été ainsi, et qu'il en sera toujours de même? Non sans doute, et, dans le siècle où nous sommes, et auquel nous devons

SUR LA SYPHILISATION. 783

vous répond: la syphilisation laisse des traces indélébiles. C'esl-elle qui est honteuse. Mon Dieu! . . . quelques cicatrices sur les prostituées sont pour M. Bégin un grand malheur, et les tristes effets de la syphilis qui n'épargne qu'une petite partie de la société, qui produit de si tristes conséquences physiques et morales, qui fait dégénérer la race humaine, et qui fait même subir à de pauvres êtres innocens la punition des fautes de leurs pères, seront donc, selon M. Bégin, préférables aux petites traces que la syphilisation laisse sur quelques prostituées!!... Mais la syphilisation est absurde : le bon sens et la raison la condamnent . Nous ne pouvons pas expliquer comment elle pourra exercer une influence salutaire sur l'organisme. Conséquemmcnt , elle doit-être rejelée ; car nous la croyons une sottise, un mensonge, une mystification. . . . Mais, MM. les Académiciens, combien de mystères n'avons nous pas encore dans la science? Connaissons-nous comment le vaccin prévient la petite-vérole, comment agissent le quinquina, le mercure etc.?

Non ; mais l'expérience nous a prouvé que ces agens thérapeutiques sont utiles, et que le vacciné n'a plus ordinai-

appartenir, les soties préventions d'une prétendue morale fausse et mesquine, ne nous permettent plus de regarder les maladies vénériennes comme une punition que le ciel a réservée au liliertinage, et que l'homme

sage doit respecter Non, le véritable sage, le moraliste vertueux et

philanthrope dira, avec de Ilorne, qu'il faudra regarder comme le véritable bienfaiteur du monde, comme le conservateur de l'espèce la plus respectable, la plus faible et la plus souvent sacrifiée , celui qui découvrira le véritable secret de nous préserver de la contagion la plus terrible qui ait jamais menacé l'humanité. Honneur aussi à la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, qui n'a pas craint de mettre au concours cette importante question: « Quelles sont les mesures de police médicale les plus propres à arrêter la propagation de la maladie vénérienne? »

« Je fais ici le vœu que cet exemple ne soit pas perdu, et que des questions semblables soient de nouveau posées et moins restreintes; car il est certain que les moyens qui sont et devront être les plus efficaces, resteront presque toujours en dehors de ceux qui sont exclusivement du ressort de la police médicale proprement dite. »

786 écrits

rement la petite-vérole. ... Eh bien! l'expérience nous apprendra aussi ce qu'on peut espérer de la syphilisation. ÎSTe la jugeons pas d'avance, attendons, et examinons les laits; « car, nous l'a dit M. Ricord lui-même, les doctrines « et les systèmes ne doivent faire qu'une sage opposition, c sans s'exposer à èlre rappelés à l'ordre par des faits nou- « veaux »... Mais non; on vous répond, nous ne voulons pas voir, nous savons sans voir et sans examiner, que le spectacle donné par la syphilisation est immoral , alroce, barbare, et nous crions: anathème.

D'ailleurs , puisque l'Académie de Paris n'ignorait pas qu'une Commission locale, nommée par l'Académie de Turin , se donne depuis si long-temps , beaucoup de peine pour étudier la syphilisation, ne devait-elle pas différer son jugement, jusqu'à ce qu'elle eût connu le vote définitif de l'Académie de Turin? Craignait-elle que la lumière pourrait d'un jour à l'autre partir de l'Académie de Turin, éclairée par sa Commission et qu'elle oserait pénétrer dans le grand foyer des connaissances de tout genre, la France, pour ne lui laisser d'autre choix que celui de se soumettre à sa décision ?

Il est étonnant que des membres de la Commission nommée par le Gouvernement de la République pour étudier la .syphilisation, sans avoir examiné les faits, soient intervenus aux séances de l'Académie pour y faire opposition à la syphilisation! N'auraient-ils pas mieux fait de ne pas émettre leur opinion à cet égard , afin d'être toul-à-fait libres de donner leur avis au sein de la Commission? Comment celte Académie a-t-elle cru convenable d'adopter la proposition de M. Michel-Lévy , tandis qu'elle n'ignorait pas qu'une Commission administrative s'occupait d'éclairer le Gouvernement sur la question de la syphilisation? A-t-elle voulu imposer son vote à la Commission instituée par M. le Préfet

SUR LA SYPHILISATIOI». 787

de police de Paris? Pourquoi l'Académie de médecine de Paris ne prit-elle pas en considération la proposition aussi prudente que sage de MM. Malgaigne et Depaul de retarder son jugement jusqu'à ce que la question fût mieux approfondie ? Y avait-il réellement urgence de prononcer le blâme contre cette découverte, et de la flétrir avec les ternies dont quelques uns de ses orateurs se sont servis? Croyait-elle qu'en retardant de quelques semaines l'arrêt de mort prononcé en contumace contre les immoraux et barbares syphilisateurs pratiques, il pouvait se faire que leur doctrine vînt bientôt renverser celle que les grands maîtres actuels dictent si éloquemment du haut de leur chaire, sur les maladies vénériennes , n'ayant Je foi que dans leur infaillibilité ? Croit-elle enfin de l'avoir tuée par sa brusque décision ?

Mais , dira-t-on, comment se fait-il que tant de savants réunis dans une Assemblée académique aient pu , sur une question de la plus haute importance , prononcer un jugement solennel , dont les Gouvernements peuvent faire une loi , jugement qui , à tout homme impartial , doit paraître pour le moins très-hasardé et dicté avec une précipitation que rien ne pouvait justifier ?

Voici comment la chose est arrivée.

Dans tous les corps délibérants , les hommes spéciaux, éloquents et célèbres exercent sur l'esprit de leurs collègues une si grande influence que ceux-ci se voient toujours entraînés par une force occulte à partager l'avis de leurs chefs de file devenus pour eux des oracles infaillibles de la science.

Appliquons à notre cas cette incontestable vérité, d'où est née la phrase évangélique — In verbo tuo laxabo retem.

M. Ricord , une des illustrations de l'Académie de médecine de Paris, le plus distingué parmi les syphilographes,

788 écrits

ne pouvant se persuader que la nouvelle découverte méritait d'être sérieusement étudiée, croyant môme qu'elle pouvait èlre dangereuse , se mil à la léle de ses adversaires , et voulut la combattre jusqu'à ce qu'elle fût enterrée.

Maître de la position par la célébrité que ses travaux sur la syphilis lui avaient acquise à si juste titre, il n'eut qu'à se prononcer contre la nouvelle doctrine pour qu'un grand nombre de ses confrères, plus éclairés par les journaux de médecine rédigés selon l'esprit de M. Ricord, que par des études pratiques faites sur la sypbilisalion, se rangeassent, tout d'abord, les yeux fermés, de son côté.

Assuré de la majorité des voix de l'Académie, M. Ricord la fil mareber au pas de charge, et avec une prestesse toute militaire il parvint aisément à enlever le drapeau des partisans de la sypbilisation, qui, dans le champ de bataille, ne fut défendu que par deux Académiciens aussi savants que courageux et sages, mais qui malheureusement n'avaienl pas étudié pratiquement la sypbilisation. M. Ricord pouvait donc dire que la bataille était gagnée avant d'être livrée. Il croit peut-être à présent avoir rendu un grand service au genre humain, et ses admirateurs l'en auront cordialement félicité. Qu'il jouisse gaiement de son triomphe, mais qu'on se garde de le lui envier.

Rien ne pouvait m'arriver de plus affligeant que de me voir forcé d'examiner le vote de l'Académie de médecine de Paris , l'un des corps scientifiques les plus respectables. Existe- t-il dans le monde médical un seul individu qui n'admire l'immense savoir des illustres orateurs, qui par leurs brillants discours se sont distingués dans les séances de l'Académie sur ce sujet, et qui ne reconnaisse l'amour dont ils sont animés pour le progrès de la science qu'ils cultivent si honorablement? Le haut mérite de tant de

SUR LA SÏPHILISATION. 789

Célébrités aurait dû me conseiller le silence, mais convaincu par le résultat de mes études, que la syphilisalion est digne d'être soigneusement étudiée avant d'être jugée , j'ai cru devoir déférer au public mes observations critiques sur le jugement que l'Académie s'est trop empressée de prononcer.

Lettres de M. Marchal (de Calvi) sur la syphilisation.

M. Marchal (de Calvi), dont j'ai déjà eu occasion de parler dans mon examen du jugement de l'Académie de Médecine de Paris contre la syphilisation, ayant observé des individus guéris par la nouvelle méthode , écrivit quelques lettres à l'appui de la syphilisation. Elles sont empreintes du cachet de la sagesse du praticien qui désire le progrès de la science , mais qui cherche à l'obtenir avec la prudence et la circonspection qui en honorent les véritables sectateurs.

11 rejette pour le moment la syphilisation préventive dans l'homme sain , et je suis heureux de pouvoir sur ce point partager son opinion, ainsi que je l'ai déjà dit ailleurs ; mais il est disposé à l'accepter dans le traitement de la syphilis constitutionnelle , parce que , dit-il , les inconvénients de la nouvelle méthode sont locaux , tandis que ceux qui accompagnent l'usage du mercure atteignent l'ensemble de l'organisme.

On l'appela enthousiaste , parce qu'il n'avait pas voulu rejeter la nouvelle doctrine avant de l'avoir étudiée ; il répondit qu'il préférait celte maladie à celle de ceux qui ont la prétention de tout savoir , et de porter sur toutes les questions des jugemens sans appel.

M. Marchal avait fait quelques inoculations sur 18 militaires, lorsque des ordres supérieurs le forcèrent d'interrompre ses expériences. 11 vit disparaître dans l'espace de huit jours , à la suite de quatre chancres artificiels , une

induration luberculeu.se ulcérée ; il vil que le sujet qui en était affecté , entré à l'Hôpital faible et découragé, en sortit après un mois et demi, confiant et plein de vie. Il ajoute ensuite que si ce petit nombre de chancres artificiels n'a pas suffi pour le guérir radicalement et le préserver de la syphilis constitutionnelle , la valeur de la nouvelle méthode n'en est nullement infirmée ; car , dit-il , — « Est-ce que « M. Ricord n'a pas vu des accidents se produire et se re- « produire après plusieurs traitements ? Esl-ce que nous n'a- « vous pas tous été consultés par des malades , qui , ayant « reçu ses soins , ou ceux d'autres Confrères , se présen- « taient dans notre cabinet rassasiés de mercure et d'iodure « de potassium , avec d'aulres accidents? »

Il vit un jeune officier infecté depuis plusieurs mois, et dont le tempérament était affaibli par un usage immodéré de mercure et d'iodure de potassium , qui guérit complètement d'ulcères à l'arrière-bouche , au moyen des inoculations syphilitiques. Il ne se manifesta aucun symptôme secondaire malgré l'usage des Eaux de Barèges , qui , au dire de M. Marchai, ont (ainsi que celles d'Acqui) la propriété de faciliter le développement des syphilides.

Des chancres indurés, des indurations consécutives, des tubercules muqueux et l'eclhyma syphilitique disparurent sous l'influence des inoculations. Les faits qu'il observa lui ont démontré — « que la syphilisation curative modifie uti- « lement la constitution lorsqu'elle a été altérée par une lon- « gue maladie et des traitements très-prolongés. »

M. Marchai termine sa dernière lettre sur la syphilisation par ces graves paroles , que j'adresserai volontiers à ceux qui font tous leurs efforts pour étouffer la nouvelle doctrine : « Il ne faut jamais prendre souci de la vérité ; tôt ou tard « elle doit prévaloir. » A ces sages paroles , j'ajouterai , que justice sera faite par l'opinion publique.

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Observation d'un cas de syphilisation par M. Rodet , Chirurgien en chef de l' Antiquaille de Lyon , suivie de quelques re flexions.

(Gazette Médicale de Paris , N° 59 , 1852.)

On donna, comme ayanl été conduit d'après mes principes, un cas d'insuccès de syphilisation, qui me fut rapporté par M. Diday (V. pag. 779); ce cas eut lieu dans le service de M. Rodet, et M. Diday le rapporta dans le N° 52 de la Gazelle Médicale de Paris , 1 8S1 , 27 décembre , et dans une lettre adressée à M. Ricord(V. pag. 775); il fut ensuite reproduit en partie, devint l'objet des commentaires de plusieurs Confrères, et fut publié comme un cas de syphilisation conduit d'après mes préceptes (1). En môme temps il fut un des principaux arguments sur lesquels s'appuya l'Académie de Médecine de Paris pour émettre son jugement contre la syphilisation. J'exposerai rapidement celte observation, et je la ferai suivre de quelques réflexions.

JOSEPH B., 27 ans, tempérament sanguin, forte constitution, entré à l'Antiquaille le 10 octobre 1851. — 11 était alors atteint d'une gale qu'il avait laissé trois mois sans traitement, et d'un chancre phagédénique sur le gland, à gauche du méat urinaire, et occupant une surface de 12 millim. sur 15 ; il n'offrait aucune trace d'induration.

11 octobre. — Antipsoriques ; — décoction de salsepareille; liqueur de Van-Swiéten, à la dose de 10 gram. par jour, et médication du chancre avec un mélange de 10 gram. d'eau distillée et 5 gram. de jus de citron.

18. — Le chancre n'est pas amendé; on en voit trois autres naissons qui proviennent de l'inoculation spontanée du pus virulent sur

(1) «Malgré son génie incontestable et son mérite d'inventeur, ce sont les paroles de M. Diday, M. Auzias-Turenne n'a fait jusqu'ici des expériences que sur des animaux ; je cite donc plutôt et j'aurais suivi préférablemeit M. Sperino qui a pratiqué souvent avec succès la syphilisation chez l'homme » .

des vésicules de gale, — deux sur le prépuce, un sur la peau de la verge. — Sept piqûres sur la partie interne de la cuisse droite, avec du pus de ses chancres. Pansement du chancre avec le vin aromatique, — on continue par erreur l'administration de la liqueur de Yan-Swiéten pendant deux jours.

20. — Six pustules : — sept autres inoculations sur la cuisse droite.

22. — Apparition d'un nouveau chancre sur le gland à droite du méat urinaire ; quoique récent, il a déjà fait des progrès.

25. — Six piqûres sur la cuisse gauche avec du pus des premiers chancres artificiels. On panse tous les chancres avec du vin aromatique.

25. — Les chancres du gland offrent un meilleur aspect: — dix nouvelles piqûres sur la cuisse droite avec du pus du premier chancre.

27. — Les dernières inoculations posiLives ont donné lieu à dus pustules beaucoup plus volumineuses que les autres. Tous les chancres artificiels sont enflammés et pansés avec l'onguent blanc. Douze nouvelles piqûres sur la cuisse gauche.

29. — Le premier chancre du gland prend un meilleur aspect, et inarche vers la cicatrisation. Les autres situés sur le pénis ont fait des progrès; ceux des cuisses sont slationnaires ; la zone inflammatoire qui les environne a diminué, mais les cuisses sont un peu douloureuses. Seize piqûres sur la cuisse droite avec du pus des premiers chancres artificiels.

50. — La douleur des cuisses est plus vive, tuméfaction d'une glande de la région sous-inguinale ; aucune induration dans les chancres du pénis, ni dans les artificiels ; — le dernier chancre né sur le côté droit du gland, prend l'aspect phagédénique; ceux des cuisses sont simples. Insomnie: — pilules de cynoglosse, cataplasme laudanisé sur les aines, médication des chancres artificiels avec 100 gram. de vin aromatique et 1 gram. de laudanum liquide de Sydenham.

51. — Huit petites pustules des seize inoculations du 29; le chancre du gland a fait de rapides progrès, les bords sont relevés et le fond est grisâtre et irrégulier ; les glandes inguinales sont moins tuméfiées et ne sont plus douloureuses; les chancres artificiels ne semblent pas faire de progrès.

Dix-huit piqûres sur la cuisse gauche.

SUR LA SYPUILISATION. 793

2 novembre. — Les dernières inoculations ont donné des pustules plus larges que les précédentes. Le second chancre du gland continue à s'étendre: médications avec des plumasseaux de charpie trempés dans un mélange d'eau et de jus de citron. L'état du malade est (\cellent.

4. — Le second chancre du gland marche vers la gangrène: on le panse avec une solution de sublimé corrosif. Les chancres artificiels restent stationnaires, mais la matière qu'ils sécrètent est plus abondante et plus séreuse.

5. — Le chancre du gland ne s'amendant pas, on le cautérise avec un crayon de nitrate d'argent, et on en continue le pansement avec la solution de sublimé corrosif. Deux piqûres sur la cuisse droite. (Où donc MM. Diday et Rodet ont-ils lu que j'ai conseillé de cautériser les chancres qui tendent à la gangrène, d'y appliquer du sublimé corrosif et surtout de continuer les inoculations pendant qu'il existe un chancre phagédénique?)

6. — Nouvelle cautérisation du chancre du gland avec le nitrate acide de mercure: les trois autres chancres du pénis marchent rapidement vers la cicatrisation; ceux des deux premières inoculations sont dans la période de transformation : — les piqûres du 5 n'ont donné lieu qu'à une seule petite piqûre. Deux nouvelles inoculations sur la même cuisse.

7. — Le chancre du gland s'est un peu étendu, mais il a pris un meilleur aspect : on le louche une fois par jour avec des plumasseaux de charpie trempés dans du jus de citron pur. Deux autres piqûres sur la même cuisse.

8. — Les inoculations du 5 ont donné lieu à deux petites pustules, et celles du 6 à deux autres. Les chancres des quatre premières inoculations sont cicatrisés. Ceux de la cinquième et de la sixième ont pris la forme de rupia ; ils sont petits, mais profonds et couverts d'une large vésicule pleine d'une sérosité d'un aspect trouble.

Deux piqûres sur la même cuisse.

10.— Les chancres du prépuce sont cicatrisés; il en est de même des premiers chancres artificiels.

Depuis le 5 novembre, les inoculations ne donnèrent plus naissance qu'à de petites pustules, et celles du 8 ont été abortives.

Trois piqûres sur la même cuisse, deux avec du pus des chancres artificiels, et l'autre avec du pus d'une des deux pustules de l'inoculation du 6.

11.— Sept piqfires sur la face interne de la cuisse gauche, avec du pus d'un chancre phagédénique en voie de progrès d'un autre malade.

12. — L'amélioration des chancres du gland continue; le second s'est un peu restreint, et son fond est couvert de bourgeons charnus.

Quatre des piqfires du 11 ont donné lieu à une petite pustule, et les trois autres n'ont laissé après elles qu'un point rougeâtre.

15. — Tous les anciens chancres artificiels se cicatrisent, il n'y a que ceux du 51 octobre qui sont stationnâmes. Ils n'ont que 2 ou 5 millim., et sont couverts d'une large vésicule d'un centim.de surface; les pustules de l'inoculation du 11 n'ont pas (ait de progrès.

Trois piqûres sur la partie antérieure de la cuisse droite, avec du pus de chancres phagédéniques datant d'un mois, sur un autre malade; trois à la région postérieure, avec du pus d'un autre chancre semblable existant depuis 20 jours; et trois à la partie inférieure, avec du pus d'un chancre de la même nature, à son 16rae jour.

14. — Le second chancre du gland a repris un mauvais aspect: on le cautérise de nouveau avec des plumasseaux de charpie trempés dans le nitrate acide de mercure , et celte cautérisation fait éprouver une assez vive douleur au malade. Des neuf inoculations du 15, trois ont donné lieu à de petites pustules et les autres à un point rougeâtre.

15. — Les piqûres du 15 ont toutes élé suiviesd'une petite pustule entourée d'un cercle d'un rouge vif; une seule resta sans effet. Les pustules de la partie antérieure sont grosses comme des lètes d'épingles; les autres sont plus petites.

On voit sur le prépuce et sur le gland des excoriations superficielles très-rouges et un peu douloureuses ; on les panse avec de l'huile d'amandes douces.

17. — Les deux chancres du gland se sont réunis en un seul: ils ont un plus bel aspect que pendant les jours précédens, et leur fond se couvre de bourgeons de bonne nature. La plupart des anciens chancres sont cicatrisés ; ceux du 51 octobre commencent à se dessécher.

18. — Le chancre du gland offre trois points gangreneux sur les bords, deux vers la partie inférieure près du méat urinaire, et un vers la partie supérieure. On cautérise ces trois points avec le

SUR LA SÏPHIUSATIO!» . 795

nitrate acide de mercure; le malade ne ressent presque pas de douleurs.

La pustule obtenue par les inoculations du 11 et du 15 est plus large, et le chancre qu'elle recouvre est étroit , profond et grisâtre. L'état général continue à être excellent.

19. — Les parties gangreneuses du chancre du gland conservent le même aspect. Nouvelle cautérisation avec le nitrate acide de mercure, et pansement avec une solution de 0, 10 gram. de sublimé corrosif, dans 30 gram. d'eau distillée.

21. — Le chancre du gland s'est beaucoup amendé ; son fond se couvre de bourgeons vasculaires; tous les anciens chancres artificiels sont cicatrisés; les premiers ont laissé des cicatrices de 7 à 8 mill., et les derniers n'en ont plus que 2 ou 5; les pustules des inoculations du 11 n'ont presque pas fait de progrès, elles sont grosses comme des têtes d'épingle; celles du 15 se sont un peu étendues, surtout les trois qui sont situées à la partie inférieure de la cuisse; elles manifestent une certaine tendance à prendre la forme de rupia.

22. — Huit nouvelles piqûres sur la cuisse gauche avec du pus de chancres phagédéniques d'un autre malade, datants de 59 jours, et une inoculation sur la cuisse droite avec du pus de son chancre du gland.

25. — Les inoculations du 15 ont un peu progressé, celles du 22 ont donné lieu à de petites pustules.

24. — Le chancre du gland a fait des progrès vers le méat urinaire : légère cautérisation avec le nitrate acide de mercure. Les inoculations du 15 sont très-enflammées; on les couvre de cataplasmes émoi liens.

27. — Le chancre du gland a pris un bel aspect ; l'inflammation des trois chancres artificiels du 15 a diminué, mais ils se sont étendus. Les autres n'ont pas fait de progrès. Des huit faites avec du pus d'un autre individu, deux ont avorté ; celle que l'on a faite avec le pus du sujet, est près de se dessécher; l'état général est bon.

29. — Le chancre du gland offre l'aspect d'une plaie simple, et se restreint rapidement.

Les trois inoculations du 15 situées à la partie inférieure de la cuisse gauche, se sont élargies, et tendent à se réunir; elles sont douloureuses. (,On ne dit pas si le maladde a marché, ou si l'on a appliqué sur les chancres quelque nouveau topique irritant). — Les

autres du 15 sont presque tous cicatrisés. (Ne pourrait-on pas attribuer au siège de ces ulcères qui les expose à être fréquemment irrités, le plus grand développement et l'inflammation plus intense qui s'est manifestée dans ces trois chancres?); ceux du 22 commencent à prendre la forme de rupia.

Huit nouvelles piqûres sur la cuisse droite : sept avec du pus des trois chancres artificiels du 13 novembre, et une avec du pus du chancre de la cuisse droite.

lrr décembre. — Petite pustule sur les points d'inoculation du 29.

2. — Les chancres inoculés le 22 novembre ont pris un mauvais aspect : ils sont larges, leur fond est gris, et ils suppurent beaucoup.

Dans la nuit précédente, le malade a souffert dans presque toutes les articulations; il a eu aussi un peu de céphalalgie susorbilaire. Un grand nombre de cicatrices se sont rouvertes; leurs surface devient humide et comme rongée. On voit près des articulations quelques pustules ombiliquées qui sont nées spontanément , quelques glandes inguinales se sont engorgées, mais elles sont indolentes. (L'auteur ne dit pas s'il s'est manifesté depuis le 29 novembre quelque cause capable de déterminer un peu de réaction vasculaire, et de donner lieu à la céphalalgie, et à une nouvelle inflammation des chancres artificiels).

4. — Le gland est presque guéri. Les trois chancres inoculés le 15 sont phagédéniques ; on les panse avec une solution de sublimé corrosif; ceux du 22 et du 29 sont également enflammés. Les ulcérations des cicatrices recouvertes d'une légère couche de pseudo-membrane. Toutes sont douloureuses. Papules rouges et couvertes de petites squames sur le ventre, la poitrine et le cou. La céphalalgie nocturne persiste.

5. — Les trois inoculations du lô se sont encore étendues et se sont réunies en une seule ; celles du 29 se sont couvertes d'une bulle pleine de sérosité; elles offrent une surface rouge, tuméfiée et douloureuse. Il ne s'est pas ouvert de nouvelles cicatrices. Douleurs à la région interne de la cuisse, plus aiguës pendant la nuit ; douleurs dans les jambes; le malade est plus pâle qu'à l'ordinaire; deux ou trois pustules impétigineuses au cuir chevelu. On continue à panser les chancres artificiels avec une solution de sublimé corrosif.

8. — Les chancres artificiels n'out plus fait de progrès, et ont pris un meilleur aspect. Leur base est moins enflammée et moins doulou-

SUR LA SYPHILISATION. 797

rcuse. Le dos et les épaules sont couverts d'un grand nombre de petites papules.

On abandonne la solution de sublimé corrosif (enfin ! il en était temps ! ) et l'on recours au vin aromatique uni au laudanum (pourquoi encore ce vin aromatique?) On panse les trois chancres du 15 novembre avec l'onguent digestif.

10. — Le gland est cicatrisé et n'offre plus de traces d'induration ; les inoculations des 15, 22 et 29 novembre vont un peu mieux. On les panse avec l'onguent digestif. Les érosions des cicatrices commencent à se dessécher.

12. — Les inoculations se cicatrisent; l'éruption papuleuse a fait des progrès; le malade est pâle et son corps est baigné de sueur.

15. — Il reste 17 ulcérations; une des inoculations des premiers jours de novembre, trois du 15, cinq du 22 et huit du 29 du même mois.

15. — Les trois du 15 novembre sont presque cicatrisées; toutes les autres sont slationnaires, excepté une de celles du 22, celle à laquelle donna lieu l'inoculation du pus du malade, qui est cicatrisée. Aucun nouveau symptôme d'infection générale.

18. — La céphalalgie nocturne se fait sentir à l'occipital; il y a une petite glande lymphatique engorgée sous l'apoplyse mastoïdienne gauche, et trois autres du côté droit et en dessus de la région cervicale postérieure. Une de ces glandes est un peu douloureuse.

Il y a sur le cuir chevelu une croule de plus que dans les jours précédens. Toutes les ulcérations commencent à se cicatriser.

On prescrivit : 1° 20 grain, par jour du sirop de Larrey, à prendre en deux fois matin et soir; 2° décoction de salsepareille et de liquirizia.

22. — Les trois chancres du 15 novembre sont cicatrisés; l'éruption papuleuse a un peu diminué.

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