‹ La syphilisation étudiée comme méthode curative et comme moyen prophylactique des maladies vénériennesChapitre 81 sur 90 · Roséole sur tout le tronc, douleurs articulaires · texte numérisé non relu

Roséole sur tout le tronc, douleurs articulaires

1852, 2 janvier. — La roséole disparait, mais le malade accuse des douleurs dans les testicules, dont le volume est augmenté.

On continue le même traitement, et on couvre les testicules d'une couche de coton cardé.

5. — Plus de traces des éruptions; cessation des douleurs orcbitiques ; état général excellent.

On continue le même traitement jusqu'au 19 janvier , où on substitue les pilules de proto-iodure de mercure ou sirop de Larrey ; le 29, on prescrit le sirop de Boutigny. Le 5 février on unit l'iodure de potassium, et on reprend le sirop de Larrey ; le malade guérit, et sort le 15 mars de l'Hôpital.

MM. Diday el Rodct ont cru avoir conduit cette expérience suivant mes principes ; mais quelque soit la haute estime que je professe pour les profondes connaissances scientifiques de ces deux praticiens, je me permettrai de faire les considérations suivantes.

1° Le jeune-homme soumis aux inoculations syphilitiques était doué d'un tempérament sanguin et d'une forte constitution , et il était affecté d'un chancre phagédénique. On lui prescrivit pendant huit jours la liqueur de Wan Swiélen , et on en continua encore l'usage deux jours après qu'on eût commencé les inoculations.

Je n'ai jamais donné ce conseil. Je n'ai jamais dit qu'il convint de faire précéder les inoculations par l'usage du deuto-chlorure de mercure ; au contraire , j'ai toujours recommandé de préparer le sujet que l'on veut syphiliser , surtout s'il se manifeste quelques tendances à une réaction interne , avec des bains , des purgatifs , des boissons tempérantes el autres semblables. Persuadé que le phagédénisme ne peut pas être vaincu par de nouvelles inoculations , dans le but de prévenir les inconvénients qui pourraient en résulter , j'ai recommandé d'enlever la cause qui pourrait le déterminer , avant que l'on ne commençât la cure syphili- .sante , de les suspendre ensuite lorsque cette grave complication se manifeste , el de ne les recommencer que lorsque le phagédénisme a disparu.

2° On cautérisa à plusieurs reprises les chamres pjJuigédéitiqiies du gland.

Je suis loin d'avoir donné ce précepte. J'ai toujours prescrit les émolliens locaux , parce qu'en détruisant le trop d'inflammation de l'ulcère , ils favorisent l'absorption du virus.

5° On pansa plusieurs fois les chancres artificiels avec le vin aromatique, et une solution de sublimé corrosif.

Je demanderai à ces Messieurs dans quel écrit j'ai dit de de faire aux chancres des pansements capables d'en troubler la marche, et en empêcher les salutaires effets. J'ai toujours fait des applications émollientes sur les chancres artificiels , parce qu'il est nécessaire que l'absorption du virus se fasse pendant un certain espace de temps , si on veut obtenir une syphilisalion complète et efficace.

Le pus virulent mêlé à du vin aromatique n'est plus inoculable. MM. Diday et Rodet connaissent mieux que moi ce fait. Pourquoi donc ont-ils maintenu du vin aromatique en contact avec une surface ulcérée qui devait absorber du virus?

La solution de sublimé corrosif se trouvant continuellement mêlée au pus virulent des chancres artificiels a nécessairement dû en altérer la composition chimique, soit par son action caustique , soit peut-être encore par ses propriétés antisyphilitiques. Pourquoi donc ont-ils pansé les chancres artificiels avec cette préparation, s'ils voulaient apprécier les effets de la syphilisation ?

MM. Rodet et Diday savaient que si les surfaces ulcérées absorbent facilement les préparations d'iode , ainsi que l'a récemment démontré M. Bonnet de Lyon, il en devait être de même pour le sublimé corrosif dissout dans de l'eau. Était-ce donc dans le but d'étudier les effets de la syphilisation mise en usage isolément , et de suivre mes conseils , qu'ils ont non seulement empêché le plus qu'il leur fut possible, l'absorption du virus syphilitique, mais qu'ils ont en même temps introduit par toutes les voies le remède capable d'en altérer la composition , et d'en arrêter les effets syphilisants ?

J'ai donc le droit de conclure, que l'insuccès de la première expérience de MM. Rodet et Diday doit être attribué à des causes étrangères à la syphilisation. Les moyens ctiralilV; qu'ils mirent en usage en môme temps que la syphilisation empêchèrent que l'organisme n'absorbât, dans le temps voulu , la dose de virus nécessaire pour produire une syphilisation vraie , et leur malade fut atteint de symptômes d'infection générale , comme si on ne lui avait pratiqué aucune inoculation.

J'espère que mes Confrères de Lyon accueilleront favorablement ces Observations , et que la syphilisation trouvera dans leur concours l'appui dont elle a besoin.

Tels sont les principaux écrits qui m'ont paru offrir quelque importance.

Quelques journaux ont annoncé également des expériences suivies de succès faites en Prusse par M. Fouquet, cl d'insuccès en Belgique par M. Thirry ; mais je n'en parlerai pas, parce que je n'en ai pu trouver la description.

M. Melchior Robert de Marseille a publié dans l'Union Médicale num. ft2 — 1852, un article intitulé: Tentatives de syphilisation, accidens graves.

La lecture de celte annonce me causa d'abord une certaine inquiétude, et je parcourus aussitôt avec anxiété l'histoire de M. Robert; mais je fus bientôt tranquillisé, car je vis qu'il n'y était nullement question de syphilisation.

M. Robert inocula sur un chat le pus d'un chancre, et avec le pus de celui qui se développa sur cet animal, il se fit le 20 août 1852, une inoculation sur la partie inférieure et externe du bras gauche, et une autre le lendemain sur la partie supérieure et postérieure de l'avant-bras du même côté.

Aucune précaution hygiénique avant de faire ces inoculations, rien qui pût prévenir la manifestation d'une phlogose ulcérative intense.

Le 22 août. — Céphalalgie, inappétence, douleur sourde dans

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l'épaule gauche ; ces symptômes devaient l'avertir que le Tond sur lequel le virus avait été inoculé, devait être soumis à un traitement antiphlogistique ; mais M. Robert crut mieux faire en cautérisant les pustules naissantes avec la pâte de Vienne: il en résulta une escarre d'un centimètre de surface. Sur le soir, leucite, douleurs et engorgement des glandes axillaires. — L'auteur ne dit pas s'il y avait ou non fièvre.

Le 23. — L'inflammation des lymphatiques et l'adénite axillaire font des progrès: malaise, inappétence, frisson et chaleur à la paume des mains: diète, bain du bras et de l'avant-bras, cataplasmes de farine de seigle, pansement des chancres avec de la charpie sèche.

Le 26. — Erysipèle autour de l'escarre, phlegmon de l'avantbras, insomnie, céphalalgie, douleurs et frissons dans les membres : l'adénite et la leucite sont plus aiguës.

Le 29. — L'escarre se détache, le chancre est plus douloureux; œdème de tout l'avant-bras. M. Robert ne parle plus du traitement qu'il fit.

Le 5 septembre. — Ouverture d'un abcès épitrochléen ; le chancre du bras est phagédénique, gangreneux-, médication avec la liqueur de Labarraque: 1 gramme de tartrate de fer et de potasse, matin et soir.

Jusqu'au 10 septembre, la phlogose du bras continue à être trèsintense; la douleur est excessive; mais depuis, grâce au repos, à une diète légère, aux émolliens (pourquoi n'avoir pas recouru d'abord à ce traitement?), les symptômes inflammatoires vont en diminuant peu à peu, et le chancre du bras est cicatrisé le 15 octobre, l'abcès ganglionnaire le 29 du même mois, et le chancre de l'avantbras le 5 novembre.

Le simple exposé de ce fait suffit pour meltre en évidence les fautes que M. Robert a commises dans le traitement local et général des chancres qu'il s'était inocules; en outre, deux chancres n'ont jamais constitué et ne feront jamais un traitement syphilisant. Il aurait donc dû, à l'exemple de M. Diday, intituler son article: Observation de transmission de la syphilis de l'homme au chai, et du chat à l'homme, et non pas Tentatives de syphilisation — accidens graves. Cette observation ne l'autorisait nullement, du reste,

à jeter le mépris sur la syphilisalion, et à la déclarer opposée au bon sens et à l'expérience , dangereuse et digne d^être bannie de la pratique.

En accusant la syphilisation des fautes qu'il a commises dans le traitement local et général des deux chancres qu'il s'inocula, il peut se vanter d'avoir imité M. Ricord qui, après avoir fait pendant de longues années des milliers d'inoculations, dans le but d'éclairer son diagnostic, voudrait maintenant forcer la main aux Gouvernemens, afin qu'on proscrivît partout la syphilisation, parce que les inoculations ont donné , entre les mains d'autres praticiens, des résultats auxquels il ne se serait jamais attendu.

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