LE DES PEUPLES
le Liban maronite. Le patriarche, à partir de son élection, ne met
plus les pieds dans les villes. Sous le titre de patriarche maronite
d'Antioche, de Damas et de Jérusalem, il est, en somme, et sauf
Ics liens qui le rattachent à Rome, à la fois un chef de religion et un chef politique. Le nombre des Maronites soumis à son palriarcat est de 500,000, dont plus de 200,000 sont répandus en Égypte, en Galilée, en Grèce, à Chypre et en Asie-Mineure; celui des Maronites groupés dans le Kessrouan et dans le Liban septentrional, presque sans mélange d’autres populations, est de près de 170,000. Le patriarche, comme les évêques el les prêtres séculiers, a commencé par faire partie de l’ordre régulier. C’est l'élection de leurs compagnons qui les élève aux fonctions du sacerdoce séculier. Les prêtres sont très-nombreux et très-pauvres : ils ne vivent que du produit des messes, des dons des fidèles et du revenu du petit domaine qu’ils possèdent et qu'ils font valoir de leurs mains. Leur action est-Lrês-grande dans ce pays, où chacun vit un peu à sa guise et où ils sont les seuls liens politiques qui les rattachent à un centre
commun. Les couvents sont très-nombreux: on en compte près de 200. Presque sur chaque sommet on aperçoit de ces Deirs, qui res-
semblent {plus à des châteaux forts qu’à des maisons religieuses. Le patriarche me parla longuement de la visite que le prince Na-
poléon fit au Liban, ct de l’enthousiasme qu'il excita. Le patriarche
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fat au devant de lui, entouré de près de 20,000 Maronites armés, dont beaucoup de cavaliers. Cette brillante escorte émerveilla le
prince par ses fantasias et ses costumes.
Depuis quelque temps les Turcs avaient débarqué un bataillon d'infanterie sur le littoral, non loin du port de Djouniè. Les soldats ottomans campaient près d’un petit bois de pins. Le son des clairons arfive jusqu’à nous. « Les voyez-vous, me dit le vieux patriarche avec passion, ce sont des soldats turcs; ils sont les premicrs qui foulent notre sol depuis bien longtemps. Je ne leur conseille pas de s’aventurer davantage!» En effet, ces troupes, que Davoud-Pacha avait fait débarquer sur le littoral, ne devaient point le quitter. La sagesse du gouverneur général l'avait décidé ; mais, toujours faute de s'entendre, les Maronites interprétérent cetle mesure, qui avait un caractère purement préventif et de prudence, en lui donnant l'importance d’une mesure agressive.
Quelques jours après mon séjour, Davoud-Pacha fut lui-même à Béquerké rendre visile au patriarche. L’entente cordiale se rétablit entre Son Éminence et Son Excellence le gouverneur général ; au grand désespoir des Turcs, qui en voulurent beaucoup à Davoud-Pacha de cette démarche habile, conciliante et courageuse.
Toujours la même question !
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Avant de quitter la résidence de Béquerké, le patriarche me fit visiter sa cellule, celles des évêques qui l'entouraient, et quelques-unes de celles des prêtres et des frères. Pour la dimension, celle du patriarche est à peu près aussi exiguë que celle des frères. C’est une toute petite pièce de trois à quatre mètres de côté, dont les deux tiers sont occupés par un plancher ou estrade assez semblable à un lit de camp de corps-de-garde, sauf qu’elle est parfaitement horizontale. Cette estrade est recouverte d’une natte de joncs; quelques coussins, une petite couchette, un bahut et une espèce de bureau constituent tout l’ameublement de cette chambrette ; et l’on est touché en pensant à cette existence simple et pastorale d’un personyage, en somme, fort important. Les cellules des évêques sont un peu plus petites et plus simples, si c’est possible.
Le patriarche se nomme Pierre-Paul Mussadet, il est très-aimé par les Maronites, plus peut-être qu’il ne l’est à Rome ; car Rome veu introduire dans le pays des Jésuites, les Lazaristes et les Franciscains, à tout prix, à l'exclusion des fréres maronites. La civilisation y gagnerait peut-être; mais les Maronites tiennent à leurs instilutions, et, jusqu’à un certain point, résistent, non à l’invasion des ordres occidentaux, mais à l'absorption.
‘ Massade est un nom d’origine italienne ou française. Il est très-répandu. Le nom de mon hôte, Ferzan, révèle aussi une origine occidentale.
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Je quittai avec regret le séjour hospitalier du Bratraque, comme le nomment les Maronites, et, laissant mon cheval à mon Moukre (guide ou palfrenier), je descendis à pic la montagne, et j’arrivai à Zouk, près d’une heure avant une petile caravanne.
Bientôt je dus quitter aussi mon hôte et son excellente famille. Je
repassai par Nahr-el-Kelb, et me trouvai de nouveau à Beyrouth où,
grâce à la double recommandation des consuls anglais et français,
je pus faire les préparatifs d’une excursion dans le Schouf, c'est-à-
dire dans la contrée habitée par les Druses. Je fus spécialement
adressé à l’émir Mellchèm-Ræssläne, Moudir (préfet) de Schouf.