LLE DES PEUPLES
morceau d’églantier, était d’une longueur fantastique, il avait cerlainement deux mètres de long. Quand la fumée du tabac se répandit, la conversation s’ergagea. Son Éminence parlait italien, et moi français; nous nous comprenions très-bien. Cetle première conversalion m’apprit qu’il a étudié à Rome: que son peuple et lui aiment la France et espèrent beaucoup d'elle; qu’il a connu un grand nombre d'officiers de l'expédition, et qu’il est heureux chaque fois qu’un de nos compatriotes vient le visiter, Je rendis en marques de déférence et en protestations de sympathie toutes les politesses que me fit le vénérable prélat. Lorsque ma cigarrette fut terminée, on me dit qu’on avait retardé pour moi la messe, et que l’on attend ma présence pour commencer l'office. Je fus très-
touché de cette prévenance rouvelle.
La chapelle de la résidence est petite, mais convenablement ornée. On me plaça derrière un prie-dieu recouvert d’un tapis ; l’office commença. Le prêtre officiant portait le costume sacerdotal catholique romain ; l’autel ne différait en rien des autels catholiques ordinaires. La messe, dans tous ses détails. est célébrée par les Maronites ainsi que le prescrit la loi romaine. Seulement elle est dite en
syriaque, et l’évangile est récité en langue arabe. Le jeune Syrien
qui sert la messe entonne, de son côté, un chant nasillard, tandis que le prêtre chante sa messe d’un ton grave et solennel.
Les Maronites ne joignent pas les mains pour prier , ils croisent les bras sur la poitrine. Beaucoup s’assoient à la turque dans l'église; peu s’agenouillent pendant l'office. Les femmes sont sépa-
rées des hommes par un grillage.
Après la esse, je fus reconduit auprès du patriarche ; nous causâmes encore, et bientôt arriva l'heure du repas. Ce repas excellent fut servi à la franka, c’est-à-dire, avec une table mise à l’européenne, .et arrosé d’un vin d’or exquis. Le patriarche ne mangea pas de viande et ne but pas de vin, parce qu’on s’abstient rigoureusement de ces deux choses, pendant tout le carême , à la résidence.
C’est ici le moment de parler du Koubitz ou pain arabe. Ce pain est plat et mou comme un morceau de cuir. Celui que je mangeai chez le patriarche était exquis. Le morceau qu’on me servit, plié en quatre sur mon assiette, était de la taille d’une serviette. Ge pain se déchire, et les morceaux servent à appréhender la nourriture et s’interposent entre la main et les mets graisseux dans les repas où l'on n’use pas de fourchettes.
Durant le diner j'appris encore bien des choses intéressantes sur
TT