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Parfois, et le cas est fréquent, le refugié ne peut s’aventurer dans les rues du village ou dans les envisons de son refuge, parce que ses ennemis l'y guettent ou que la tribu qui le poursuit est en guerre avec celle qui lui a donné asile, et pourrait l’envahir. Alors les hôtes du réfugié emploient le moyen le plus sûr et le plus poétique à la fois pour le soustraire au danger qui le menace.
Comme les femmes sont sacrées chez les Arabes et qu’ils mettent leur honneur à ne point toucher à celui qu’elles protégent, on donne an réfugié une escorte de deux femmes. Ce faible concours suffit pour le sauver et le faire passer à travers les embûches que ses ennemis lui auraient tendues.
Ce mode de salut n’est-il pas un trait de mœurs touchant et poétique de la vie arabe ?
Jl existe donc un asile dans les villages et les maisons des Arabes ;
mais ceux-ci poussent encore beaucoup plus loin la loi de refuge. :
I! en existe une figuration dans certains actes, qui peuvent metire un terme aux querelles et sauver celui qui est sur le point de succomber.
Si, dans la rue, au moment d’être pris et tué par ses ennemis, le fugitif, qu’il soit Européen ou Arabe, prononce le nom de quel-
que scheikh en renom et s’écrie, en demandant pitié, qu’il se met
sous la protection de ce scheikh, la poursuite s’arrête à l'instant
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même. Les persécuteurs s'emparent du fugitif, le conduisent chez le scheikh dont le nom a été invoqué, et s’en remettent à sa décision. Ne pas respecter cet usage serait s’exposer à la colère du scheïkh, qui considérerait l'infraction comme un manque de respect pour son nom.
L’Arabe peut aussi, en faisant un nœud à l’une des franges de sa kouffièh?, et en prenant Dieu (Allah) à témoin, conjurer le danger qui le menace pendant une querelle dans laquelle il serait sur le point de succomber. Gelte opération, au milieu d’une lutte, est trèsdifficile. Mais si le poursuivi réussit à faire ce nœud du salut et à invoquer Allah, ses persécuteurs acharnés se changent soudain en protecteurs dévoués. Ils le mettent en lieu de sûreté, et, si cela est nécessaire, jusque sous la tente des femmes, qui est un refuge inviolable. Puis l'affaire est instruite, et si le poursuivi est reconnu coupable, il est livré à celui qui le réclame en premier.
‘ La Kouffich, que l’on nomme aussi Keffiéh, Kefiec ou Kouffi (de l'italien cuffia, bonnet), est une pièce d’étoffe à franges dont les Syriens se couvrent la tête pour se garantir du soleil et souvent du froid vif des hautes régions du Liban. L’étoffe est en soie ou en soie et coton, à raies de couleurs diverses et brillantes. Les Kouffièhs des nomades
sont généralement en coton et soie, largement rayées de jaune et de brun, et proviennent de Bagdad.
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La langue arabe est aussi un élément constitutif de ce qué j'ai appelé la nationalité arabe. La langue arabe est parlée par tout le monde, en dehors du pelit nombre de Turcs conquérants et des quelques tribus de Turkomans. L’arabe est la langue populaire de l'Arabie, de la Palestine et de la Syrie‘. Les Chrétiens de toutes les sectes, les Musulmans, les Juifs, les Métoualis, les Ansariëhs, le riche comme le pauvre, c’est-à-dire les gens de toute religion et de toute condition parlent l’arabe.
La différence entre l'arabe vulgaire et l'arabe hittéral consiste dans l’omission, dans l’arabe vulgaire, des inflexions finales, qui marquent les modes des verbes et les cas des noms dans l’arabe écrit, et dans l'introduction de mots étrangers, turcs ou italiens par exemple, dans le langage vulgaire.
Suivant M. E. Renan, l'arabe vulgaire et l'arabe littéral dérivent
! L’arabe se parle encore en Égypte et dans l’Afrique septentrionale (Algérie et Maroc).
Il existe une grande différence entre le langage des Arabes syriens, des Égyptiens et des Berbères ou Mogrebins ; mais les différences qui distinguent le langage de ces diverses fractions de la langue sémitique ne sont pas, de bien loin, aussi grandes que celles qui séparent, par exemple, les langues latines actuelles des idiomes qui les ont engendrées. Entre les trois dialectes arabes parlés en Syrie, en Égypte et dans lAfrique septentrionale , il y a absolument le même rapport qu'ont entre eux les dialectes de la langue allemande. Un Suisse allemand et un Poméranien ne se comprennent presque pas, €hacun parlant allemand à sa façon; et cependant l’allemand littéral est le même pour tous deux. De même un Syrien et un Marocain se comprennent à peine, et tous deux se
rencontrent sur l’arabe littéral du Koran.
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tous deux d’une même source, «d’une langue arabe ancienne, plus «riche et plus synthétique que l’idiome vulgaire, moins réglée «que l’idiome littéral, et dont les deux idiomes sont sortis par des «voies opposées. » Cet auteur ajoute que l’on peut comparer l’arabe primilif à la langue latine dans l’état où elle se trouvait antérieurement à sa régularisation grammalicale, à l’époque des Scipions; et que l'arabe littéral peul se comparer au latin des monuments du siècle d’Auguste, aussi bien que l’arabe vulgaire peut se rapprocher du latin simplifié qu’on parlait au sixième siècle, et qui avait beaucoup plus de la forme archaïque que de la forme de Cicéron ou de Virgile.
La langue arabe se compose généralement des mêmes mots que les idiomes sémitiques, comme l'hébreu et le syriaque par exemple. Elle dépasse cependant ces idiomes en richesse et en flexibilité. Pendant plusieurs siècles elle fut la langue dominante sur un espace immense, de Perse en Espagne. Aujourd’hui, comme je l’ai dit plus haut, elle n’est plus parlée que dans peu de contrées: elle est restée dans les autres pays musulmans à l’état de langue savante et sacrée.
Concentrée en Arabie , en Syrie et dans le nord de l'Afrique, elle peut servir de base à la détermination d’une nationalité arabe. C’est en Syrie surtout que cette nationalité subsiste, à l’état latent il est
vrai, mais subsiste réellement pour l'observateur. Parce qu’en
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Syrie ce n’est plus la religion qui impose la langue du prophète; mais, également et librement, les gens de toute religion et de toute condition parlent l'arabe comme une langue-mèêre et la considèrent, eux, incontestablement, comme un lien national. Cela est si vrai que les catholiques romains, latins, maronites ou grecs melchites, cui disent la messe en latin, en syriaque ou en grec, disent l'Évangile et font leurs sermons en arabe.
J'irai plus loin : les usages religieux, les traits caractéristiques des mœurs, les principes moraux du peuple donnent à tous les culles qui existent en Syrie une forme extérieure, une sorte de tonalité uniforme et de ressemblance qui frappe. L'Européen peu exercé que l’on conduirait, les yeux fermés, successivement dans une église grecque ou maronite, dans une mosquée ou dans une synagogue, aurait, par le seul secours de ses oreilles, grand’peine à reconnaître un culte de l’autre.
Pour beaucoup de gens qui connaissent le pays à fond, il existe en Syrie, en Palestine et en Arabie une nationalité arabe qui peut se dessiner aussi purement que se sont dessinées les nationalités slave, magyare ou italienne. Cette nationalité se poserait nettement le jour où la politique ou le despotisme turcs et les maladroites convoitises européennes n’y sémeraient plus la discorde et la haine, et
lui laisseraient un peu de champ libre.
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Les Arabes sédentaires de Syrie sont plus civilisés et plus civilisables que des Italiens des Abruzzes ou des Calabres. Si l’on espére des uns , pourquoi désespérer des autres ?
Je ne puis m'empêcher de dire aussi quelques mots de l'écriture arabe. L'écriture arabe actuelle ne remonte guère au delà de l’époque à laquelle vivait Mahomet. A cette époque il y avait plusieurs sortes d’écritures ; mais l'écriture du Koran prit forcément le dessus , c’est elle qui est encore en usage aujourd’hui. L'écriture actuelle se divise en deux branches : l'écriture cursive, qui est d’une origine antérieure à Mahomet, suivant M. Sylvestre de Sacy, et qui se nomme écriture neskhi, et l’écriture des inscriptions monumentales composée de lignes droites placées verticalement, comme dans l'écriture romaine. Celle écriture est nommée coufique, de la ville de Kou/u, d’où la tradition la fait sortir. La coufique a servi aux inscriptions des monnaies des Kalifes.
Les Arabes n’emploient point, comme nous, de plumes d’oie ou de plumes de fer pour écrire : ils se servent d’un roseau, à la façon des anciens. Ce roseau porte même encore, chez eux, le nom de Kalim, qui vient sans doute de l'antique dénomination du Calamus. Pour écrire , ils ne s’appuient ni sur une table ni sur un pupitre ; ils placent adroilement leur papier dans la main gauche, de façon
à ce que la longueur de l'index serve de point d'appui sous la
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portion de papier sur laquelle ils écrivent. De cette façon ils peuvent écrire dans toutes les attitudes et sans tout l'appareil qui nous est nécessaire. L'écriture arabe est si serrée et si brève, que quelques lignes représentent une page de nos écritures européennes. Aussi une lettre a-t-elle rarement plus de quatre à six lignes. Une page de grand format équivaut à un volume.
L’encrier arabe a aussi son cachet particulier; il est uniforme. C’est une sorte d’étui en métal, dans lequel on met les kalams, et au bout duquel se trouve fixé un encrier cubique , aux arêtes coupées. L’étui, qui est long, empêche l’encrier de tomber quand on le place sur le sol; on l’enfonce dans la ceinture comme le fourreau d’un poignard. Les scribes arabes ne quittent jamais leur encrier. Il y en a de fort beaux, en métaux précieux et ciselés. J’en ai même vu un, au bazar de Constantinople, qui était en superbe jade vert et
qu’on estimait à 2000 francs.
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