‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 11 sur 159 · LES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LES FRANÇAIS

Ce père donc prêchait Tan mil six cent cinquantedeux dans la chapelle consulaire, à tous les Francs catholiques et hérétiques, durant tout le carême, sans rien relâcher pourtant des soins qu'il prenait pour maintenir la congrégation , et sans perdre aucune visite des malades et des autres chrétiens , à qui il se donnait incessamment. Le même durant quelques autres années faisait presque toutes les congrégations, rien ne pouvait limiter son zèle, comme nulle langue orientale ne bornait sa capacité. Après le carême, la peste s'étant répandue dans la ville, il fut prié par trois divers marchands de s'enfermer avec eux; mais ne pouvant se donner à trois, il s'abandonna pour le service de l'un d'eux, qui fut bientôt atteint de la peste.

Pour ce qui regarde les Vénitiens, les Anglais, les Flamands et les Hollandais , j'ai trouvé dans nos mémoires, que notre missionnaire servait toutes ces nations avec beaucoup de zèle; mais n'ayant rien remarqué d'extraordinaire dans les conversions qu'il faisait, je ne les poursuivrai pas en détail, qui serait trop long à dé-

duirc, et qui ne répondrait pas assez à.réclat de ses autres actions.

LtS CHRÉTIENS DU PAYS EN GÉNÉRAL.

Les impôts, dont le pacha chargea cette année la ville d'Alep, étant intolérables^ nos pères jugèrent qu'il fallait faire aux chrétiens une double aumône spirituelle et temporelle ; et se résolurent de jeûner eux-mêmes , ou du moins de relrancher une partie de leurs repas , pour soulager les malades. Ce père qui fait le sujet de tout ce chapitre, comme il avait une connaissance universelle des simples et de la composition même des remèdes, était sans cesse attaché au chevet des malades, et imitait Jésus-Christ, médecin des âmes et des corps, qui n'a jamais guéri les corps, sans guérir les âmes. 11 est à propos de remarquer ici un point de la justice turque^ punissant d'avanie ceux qui se sont blessés par hazard, soit par chute ou par quelque autre accident , sous prétexte qu'ils se sont battus et qu'ils ont contrevenu à la loi du prince ; ce qui les oblige de cacher leur mal, se persuadant que la peine pécuniaire est un mal encore plus grand , et appréhendant , ce qui arrive d'ordinaire, que tout le quartier ne soit puni : ce qui les obligeait presque tous de s'adresser au père pour recevoir du secours de ce médecin charitable, qui ne voulut point renfermer son zèle dans la ville d'Alep ; mais ayant composé plusieurs livres de dévotion en la langue du pays, et les ayant écrits lui-même, avec beaucoup de soin, en envoya jusqu'à Césarée de Gappadoce , et s'insinua par ce moyen, non-seulement dans les maisons

d'Alep, où il n'avait pas la liberté (rentrer puisqu'un livre entre partout, mais encore dans les provinces étrangères.

Il remédia aussi aux grands désordres du Levant qui sont les superstitions, et le recours aux magiciens, dont le nonibre est assez grand parmi les cbrétiens mêmes , à qui la pauvrclc et les maladies conseillent ce mal. Il est vrai que le pacha en chAtiait quelques-uns d'amendes pécuniaires , mais il ne les faisait pas revenir à eux : ce pouvoir était résené aux hommes apostoliques, et nommément au Père, qui trouva une plus douce manière de guérir les malades par le moyen de l'eau bénite , avec l'invocation de saint Ignace , qui réussit mer\'eilleusçnient en plusieurs rencontres.

Page 1