‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 111 sur 159 · DE SION · texte numérisé non relu

DE SION

Bien que j'aie déjà décrit le saint Cénacle , qui fait la beauté et la gloire de la sainte montagne de Sion , je ne veux pas néanmoins oublier le cimetière des chrétiens, qu'on appelait autrefois la possession des gens de bien, où fut enseveli saint Etienne, Nicodème, Gamaliel et Abiba, avec plusieurs saints personnages. Auprès de ce champ était la maison de la Vierge , dont il ne paraît à présent qu'une vieille muraille ruinée , que les chrétiens ont en très-grande vénération , . d'autant que la mère d'un Dieu y a demeuré vingt-quatre ans , depuis l'Ascension de son Fils jusqu'au dernier jour de sa vie. En cette maison , les apôtres qui assistèrent à sa mort

furent miraciileus ment transportés , pour entendre les derniers oracles et recevoir les derniers soupirs de leur reine. On voyait antrefois un petit bâtiaient voisin, où saint Jean TÉvangéliste , selon l'ancienne tradition, disait la messe devant la Vierge , et où ce divin pasteur communiait son incomparable brebis. Il ne reste pour marque de cette église qu une citerne qni était dans l'enclos. Les Turcs ont voulu bâtir sur ce lieu ; mais par une vertu divine, kurs ouvrages ont toujours été ruinés.

XLY. — Lk sépclcrb de la vierge.

Ce tombeau est la gloire de la ville de Jérusalem , et ensuite il donne le nom i Tune de ses portes , appelée de Notre-Dame. U faudrait avoir la plume de saint Jean Damascène , pour en dire les excellences. C'est le sein de la mort et la source de la vie , et Tendroit du paradis terrestre d'où sctrtit par une résurrection miraculeuse, Tarbre qui a donné la vie.

Cet admirable sépulcre est au milieu de la vallée de Josapbat ^ auprès de la sainte grotte , où Jésus sua sang et eau , et du village de Gethsémani. Je ne dirai pas les mystères qui y ont été accomplis, mais il suffit que toutes les nations chrétiennes Thonorent avec un grand nombre de lampes , et que les Turcs mêmes , qui ont fait une mosquée, l'aient en vénération. U est au fond d'une grande église souterraine , dans laquelle on descend par cinquante degrés; et pour ne diviser la famille, on voit dans le même enclos, d'un côté , les sépulcres de saint

Joachim et de sainte Anne, et de l'autre de saint Joseph ; mais tous vides de leur dépôt.

Parlons à ce divin sépulcre , comme à une créature qui serait raisonnable , et employons les termes de saint Jean Damascène *, qui montrent la résurrection de la Vierge. Où est cet or pur que les apôtres avaient caché dans ton sein , terre d'un divin miracle ? Où est cette table animée ? où ce nouveau livre , dans lequel le verbe fut écrit d'une manière ineffable , et sans le secours d'une cause mortelle ? où l'abime de la grâce? où l'océan des guérisons miraculeuses? où enfin, le corps très-aimable et très-saint de Marie? Approchez, dit le sépulcre, et ne cherchez pas dans mon sein ce qui est dans le ciel. Je ne suis plus responsable du trésor que vous m'avez confié, d'autant qu'il a fallu céder aune souveraine vertu qui me l'a arraché. Je n'ai plus le corps, maisje conserve le baume qu'il m'a laissé ; les Anges me révèrent bien que je sois vide, parce que la grâce habite dans mon cœur. Je suis le remède des malades , la terreur des démons , et la cité de refuge pour ceux qui recourent à moi : approchez avec foi, et puisez les grâces du ciel et d'une si belle source; puisez de mes eaux vous qui êtes altérés ; achetez mes richesses sans aucun prix d'or et d'argent.

De ce dialogue de saint Jean Damascène , et de tout ce chapitre , j'infère que toutes les maisons de la Vierge, sont des sources de miracles , et que le ciel y déploie extraordinairement ses bontés. D'ailleurs il est certain que je pouvais trouver sept maisons de la Vierge dans la seule ville de Jérusalem, à savoir : de la Conception,

* Orat. 2» de Âssunipi.

— 8S8 — de la Présentation, du jardin de Joseph d'Arimathie, où elle se renfermait durant le temps de son deuil; du saint Cénacle, du lieu de sa demeure durant son veuvage ; de Textrémité de la montagne des Olives vers le septentrion, où elle se retirait en faisant la visite de ce saint lieu , et où elle reçut la palme avec la nouvelle de sa mort ; et enfin de son sépulcre. Tellement il est vrai que la Vierge est la ûlle , la mère et Thonneur de Jérusalem.

XLVI. — CO!îCLUSION DE CE DEUXIÈME TRAITÉ PAR UNE RÉFLEXION IMPORTANTE SUR LA DESCRIPTION DE JÉRUSALEM.

H serait nécessaire , pour Téclaircissemenl de cette partie, de donner la carte de Jérusalem et d'en faire un nouveau plan; mais nous vivons dans un pays dont les habitants savent mieux manier le cimeterre que le burin. Il me suffira de dire que l'ancienne Jérusalem du temps de Jésus-Christ avait la figure d'un fer de cheval; ce qu'Adrichomius n'avait pas remarqué, et nul des géographes n'a assez fidèlement exprimé. Le rond de ce fer se prenait dans la ville basse, et renfermait les quartiers du Temple , de la porte de Notre-Dame , de celle d'Hérode et de Damas. Les deux bouts du fer touchaient, d'un côté la forteresse de Sion, et de l'autre la montagne de Gihon. Entre les deux bouts, dans l'enfonçure du milieu, se trouvait le Calvaire, qui étant hors des portes, faisait néanmoins par une admirable disposition de la Providence, comme le cœur de la ville engagé

dans Jérusalem, bien qu'il en fût dehors, ce que peu de personnes remarquent.

Jérusalem donc avait au midi la cité de David, au septentrion la porte de Damas, à l'orient le temple de Salomon, vers l'occident la forteresse de David, de laquelle .on descend au Calvaire.

Au reste, bien que la Jérusalem d'aujourd'hui renferme le Calvaire et le mont Gihon, elle n'est pas pourtant différente de celle de Jésus-Christ, puisque ces deux Jérusalem, qui n'en font qu'une, ont les mêmes aspects, les mêmes portes , les mêmes montagnes , les mêmes principaux sanctuaires, et ce qui est très-considérable, comme le même centre ou le même cœur. Mais que dirons-nous de la parole de Jésus-Christ sur la ruine de Jérusalem, où il ne devait pas rester pierre sur pierre? J'y ai répondu en touchant sommairement le renversement de cette ville, que trois empereurs romains ruinèrent. Il ne faut pas néanmoins donner une si rigoureuse explication à cette prophétie du Sauveur, qu'on n'y apporte quelque tempérament, puisque personne ne peut douter qu'il ne reste encore aujourd'hui quelques parties de l'ancienne piscine, du temple, et de plusieurs autres vieux bâtiments.

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TRAITÉ TROISIÈME

LE> UZV\ SAIXTS DE TOUTE L% PALESTÎXE.

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