LES ARMÉNIENS
Des Arméniens , les uns sont catholiques, les autres schismatiques; les premiers sont de Perse, d'une province qui s'appelle Nakschivan , où ils ont un évêque et plusieurs religieux de saint Dominique , qui en ont charge. Ce prélat nommé Augustin, écrivit une lettre au Père, par laquelle il le suppliait d'avoir soin de ses brebis, de recevoir les chrétiens qu'il jugerait propres à la Confrérie du Rosaire , et d'en prendre la direction , de choisir quelque temps pour venir en son diocèse , où il souhaiterait de conférer avec lui. En un mot , il lui remettait toute cette nalion que ce fervent missionnaire cultiva avec beaucoup de zèle , exerçant lui seul toutes les fonctions de curé.
Les autres Arméniens qui sont schismatiques, ont fourni un beau sujet de. zèle et de patience au même Père , qui s'est opposé constamment à celui de leur patriarche qui faisait sa résidence ordinaire à Cis , capitale de la Cilicie , et qui , par un visage et un maintien afTreux , se rendait redoutable aux siens. Il a com-
Iwltaarec succès la superstition du sacrifice appelé Koriwn, qui est tel. Celui qui veut faire le sacrilice, mène un mouton au parvis de Téglise où le prêtre bénit an sel et le met dans la gorge de la victime, et ensuite faitquelques prières sur le couteau qui la doit immoler , ei snr la tête à qui il impose les mains , après on Tégorge. Ii'évêque et le prélre en prennent leur part , une partie est distribuée aux pauvres , une autre sert au festin , qui se fait avec une réjouissance publique. Ainsi les chrétiens judaïsent et renouvellent la cérémonie de J'Agneau pascal , abolie par Tunique sacrifice de l'autel. il a pareillement mis dans le décri quelques autres pernicieuses coutumes , qui ne visaient qu'à la corruption des mœurs et à la débauche de ces pauvres aveugles. 11 s'est entièrement acquis le patriarche des Arméniens Philippe , qui est celui de la grande Arménie , dont le siège est en Perseà Eschmiadzim. Ce véritable prélat étant venu à Alep, pour aller visiter les saints lieux , reçut le Père avec une grande démonstration de bienveillance , et témoigna qu'il était catholique dans son cœur, et Franc d'inclination; il s'en expliqua en quelques rencontres , et même en présence de i'autre patriarche dont j'ai parlé.
Touchant ses opinions sur les points de controverse , un nous assure qu'en la ville de Jérusalem, le patriarche Phihppe porta si avant les intérêts de la religion catholique , qu'il arracha des mains , du patriarche un livre hérétique, qu'il nommait les Canons aposloUques, et le jeta dans l'eau ; ce qui lit de l'éclat parmi les Arméniens.
Ne passons pas sous silence l'une des plus belles ac-
lions de ce missionnaire , qui est la conversion d'à évêque arménien , qui fut chassé ensuite par les sdii«— ' matiqucs , et se retira dans la Cappadoce en un monastère ou il est comme abbé , et où il vit religieusement^ et donne des exemples d'une rare piété. Ce prélat ne pouvant pas visiter le Père , ni recevoir ses visites , pour ne donner occasion à quelque avanie, s'est toujoun entretenu avec lui par le commerce des lettres. Son affection Ta porté si avant , qu'il a voulu même entrer dans notre Compa^ie : mais quelques grandes qualités qu'il eût , on n'a pas jugé qu'il fallût dessaisir l'Église des Arméniens de ce pasteur , vu nommément que le nombre des loups peut être grand parmi tant de sectes différentes.
Ajoutons que la bénédiction dont le ciel l'avait favorisé s'est répandue sur la parenté de ce prélat, avec de grands avantages que je ne puis expliquer. Je dirais en un mot , que ce Père a converti à la religion catho- ^ lique plus de mille Arméniens , dont il entendait les confessions et gouvernait les consciences. Il n'a guère moins empêché de chutes, qui ne sont que trop fréquentes parmi les chrétiens de ce pays , et ses exhortations ont si fort animé la nation arménienne , qu'un homme de cette secte extrêmement riche , s'étant fait turc à Goostantinople, son iils âgé de douze ans environ, vint trouver ce prédicateur , reçut ses instructions et le supplia , les larmes aux yeux , de demander à Dieu sa per^ sévérance en la religion catholique , en laquelle il se maintint contre les poursuites de son oncle , déserteur lui aussi de la foi.
Mais d'autant qu'un si grand nombre de conversions
peut laisser quelque doute flans les esprits et paraître
moins croyable , il faut remarquer que durant plusieurs
âMées, nul des missionnaires de ce pays n'a su TAr-
loàiien que celui de qui nous parlons. Ainsi , se trou-
Wtau milieu de vingt mille de ces chrétiens, conver-
<uit presque sans cesse avec eux , et étant encore Tavo-
tiséde quelques-uns de leurs patriarches et évêques ,
il a dû y ce me semble , produire des fruits considé-
mUes.