‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 138 sur 159 · XXXII. — Les églises dédiées a saint joseph · texte numérisé non relu

XXXII. — Les églises dédiées a saint joseph

Je ne puis sortir de ce chemin , sans dire un mot à certains auteurs modernes , qui condamnent d'excès la dévotion de ce siècle , envers saint Joseph , et la blâment

comme une nouveauté inconnue aux premiers siècles Si ces écrivains étaient sortis des délicieuses villes de France et avaient visité la Palestine , ils auraient vu i Nazareth les ruyies d'une belle église , que sainte Hélène fit bâtir à Tépoux-viergc , saint Joseph , proche du lieu , d'où les anges ont tiré la sainte chapelle de Lorctte. Ils auraient pareillement remarqué auprès de Bethléhem, une ancienne église de la même impératrice , qu'on appelle la maison de saint Joseph et dans le magnifique sanctuaire du sépulcre de la sainte Vierge en Gethsemani, Tautel, le sépulcre de ce divin patriarche , cette religieuse princesse ayant jugé que la dévotion vers Jésus et Marie n'était pas bien accomplie, si par un même mouvement de cœur , on n'était porté à honorer saint Joseph , que la très-auguste Trinité a marqué des traits d'une divine ressemblance et comblé de tant de litres de grandeur et de pouvoir. Certes la dévotion qui se soutient sur des preuves si visibles de l'antiquité, n'est pas nouvelle et on ne peut diminuer l'honneur due au saint époux , qu'on amoindrisse celui que nous rendons si légimement à l'épouse vierge. Condamnons donc les crimes du siècle et ne faisons pas mourir à coups de plume ce peu de dévotion qui lui reste; travaillons à la rendre plus sainte et n'essayons pas de la faire moins religieuse; favorisons les causes justes, sans ruiner , sous de beaux prétextes de prudence et de modération, les intérêts de Dieu.

XXXIll. — Nazareth et ses environs.

Nazareth la plus méprisée des villes de la Palestine , de laquelle on doutait si elle était capable de produire quelque bien , Nazareth devenue la fleur des villes , a donné au monde la fleur des hommes, THomme-Dieu et le plus qualifié des hommes de Dieu, saint Joseph. Nazareth est une si belle contrée , qu'André de Jérusalem ne craint point delà comparer avec le paradis terrestre * ; pour moi je la préfère , d'autant qu'elle a donné un Adam réparateur du premier et une Eve dont la vie a été la correction de la première. Nazareth est une fleur, disent quelques auteurs , qui en a produit trois, Jésus, Marie, Joseph. Mais je suis d'avis qu'elle partage sa gloire en cette sorte : Jésus y a été conçu , Joseph y est né et Marie est fille de Jérusalem. Ainsi la moindre des villes est la mieux partagée ; s'il est loisible néanmoins de séparer ces trois personnes qui sont comme une Trinité et ont vécu ensemble si longtemps, sous un même couvert de Nazareth et sous un même ciel qu'elles faisaient par leurs brillantes lumières et le feu de leur amour.

Cependant recueillons quelques fleurs dans une contrée où toutes les beautés du monde sont assemblées. Voyons les retraites adorables d'un Dieu, et l'un des plus agréables endroits de la Terre-Sainte. J'y passai un nuit

' Nazareth, dil-il, jSden hortum sBinulata ; ipsius Eden condilionem, sinu 8U0 completilur.

dans une chambre ouverte de tous côtés et assiégée de trois ou quatre cents Arabes , qui avaient mis leurs tentes dans la petite plaine de Nazareth. Mais ces bienheureux moments s'écoulèrent sans aucune crainte : les Arabes nous visitèrent dès le soir, par leurs présents de lait , de beurre et semblables rafraîchissements ; et cependant le ciel nous en départit d'autres qui étaient infmiment plus doux. Jamais nuit ne fut plus lumineuse , et l'oratoire de la Vierge fut une source de grâces bien abondante.

Le lendemain, dès le lever du soleil , nous fîmes nos visites à la boutique de saint Joseph , à la Synagogue , que Jésus-Christ consacra si souvent par sa présence , et qui est encore tout entière ; au saint genou de la Vierge , qu'on montre imprimé dans le roc ; lorsque cette divine Mère , voyant qu'on allait précipiter son fils du haut de la montagne voisine , fut touchée d'une sainte frayeur , et recourut à la prière , ainsi que la tradition nous l'apprend : je ne dis rien de la fontaine qui est au bas de Nazareth , où la source des eaux vives, Jésus y a puisé tant de fois de l'eau, comme on peut croire, et la Vierge l'aura pareillement sanctifiée. Je ne m'arrête pas aussi auprès de la fontaine, qu'on nomme des apôtres , qui est au-dessus du village : mais il ne faut pas oublier , pour honorer l'Époux-Vierge , que c'est dans sa maison ou dans sa boutique , que Jésus, après le re • tour d'Egypte, donna de si longues preuves de son humilité et de son obéissance ; travaillant avec ee saint ouvrier et par son ordre ', dit saint Justin, martyr. Certes, il

* Solebat enim dum inler bomines degerel, aratra fabricare, jugaque;

faut distinguer deux maisons de Jésus , et deux anciennes églises de Nazareth. La première est celle de l'Annonciation. La seconde est celle qui fut dédiée à saint Joseph et qui était sa propre maison : Jésus les a honorées de sa demeure de plusieurs années, comme saint Jérôme s'en explique *. Il faut prendre ces paroles du lieu où Jésus a travaillé avec saint Joseph; ce qui est encore confirmé par Bède. En effet en ces pays d'Orient , la maison de la demeure et la boutique , sont toujours séparées. •

Je laisse plusieurs particularités que je décris ailleurs, et nommément dans le chapitre des diverses demeures de la Vierge.

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