XXXV. — La terre-sainte franche et tributaire
II ne faut pas prouver que la Terre-Sainte est tributaire; il y faut payer le tribut de toutes choses, jusqu'aux arbres, qui sont dans les comptes des exacteurs, et sont tous taillables. Mais il est question de montrer que cette terre conserve toujours son affranchissement dans la servitude même. Certes il y a dans l'empire turc des endroits, qui par une admirable disposition de la Providence, sont libres de la domination de Mahomet, et que Jésus-Christ s'est réservés. Je compte sept lieux de refuge.
Devant l'Église du saint sépulcre on voit une mosquée qui était autrefois une église des chevaliers de Malte , dans laquelle ceux qui font les cris publics sur les tours des mosquées , n'ont jamais pu prononcer les paroles ordinaires dont ils se sei'vent pour assembler les peuples. Dieu maintient visiblement les droits de son Église.
La mosquée qu'ils appellent à Damas, de saint Thomas, est semblablemenl privilégiée. Jamais les infidèles a'ont essayé d'y faire leurs prières , qu'ils n'aient été tourmentés par une puissance surnaturelle. Comme cette ville de Damas est toute noble et la capitale d'un ancien .royaume , la justice de Dieu s'y fait connaître plus sensiblement. On dit que sous leur grande mosquée il y a des trésors des reliques des saints qu'ils ont essayé de profaner^ mais au moment de leur attentat il en sortit du sang qui leur a donné horreur de leur dessein.
A deux milles environ de Jérusalem, au chemin du désert de saint Jean, il y a une belle église de Géorgiens , où Ton voit sous le maître autel , Tendroit d'où le bois de la sainte Croix a été tiré. Le lieu est trop beau pour ne donner de la jalousie aux mahométans , qui s'étant assemblés, il y a quelques .années , dans la forteresse de David , pour délibérer s'il fallait ôter aux^ chrétiens , et convertir en mosquée ce temple , par un manifeste jugement du ciel , ils furent dispersés par la foudre.
Auprès de Bethléhem on voit la vallée de Ramathain, où l'armée de Sennacherib fut défaite par un ange dont l'épée vola sur cent quarante-cinq mille de ces impies. Ce châtiment fut éclatant, et il semble encore que le même exécuteur de la vengeance de Dieu fasse mainbasse dans le village de Béthiala qui est sur la colline voisine , que les Grecs habitent sans crainte et où les infidèles n'oseraient demeurer.
Il ne faut point passer sous silence le magnifique temple que sainte Hélène fit bâtir au-dessus de la sainte grotte de Bethléhem , où la multitude et la beauté des colonnes qui le soutiennent, font un chef-d'œuvre d'architecture et où les histoires de l'Ancien Testament, qui sont les figures de Jésus-Christ , sont représentées sur les murailles par un ouvrage à la mosaïque. Adrichomiusdit qu'on y voyait des tables d'albâtre, qu'un sultan voulut enlever et faire transporter à Babylone pour la décoration de son palais , mais qu'il sortit de l'épaisseur de la muraille, un serpent d'une prodigieuse grosseur , qui rompit quarante de ces tables et les fit éclater en un moment par la force de son venin , ce qui étonna
le sultan et le détourna de son crime. Certes, il est bien juste que le lieu de la naissance du Sauveur ait sa sauvegarde. On ajoute que les Arabes qui ont voulu souvent ôter le plomb du toit , ont toujours été punis par de funestes chutes ou d'autres sortes de châtiments tous visibles.
On voit encore dans une église qui est auprès de Tripoli de Syrie un tableau de saint Théophile , auquel un Turc d'une main sacrilège creva les yeux avec un bâton; mais au moment qu'il eut commis cet attentat , une main invisible lui jeta une corde au cou, le tira avec violence hors de l'église et l'élevant en l'air l'attacha à un arbre. Mais comme il criait au secours , on jugea bien d'abord que c'était un coup de la justice divine. C'est pourquoi on l'avertit de faire un vœu à Dieu d'honorer son saint qu'il avait outragé et d'entretenir une lampe allumée devant son image, ce qu'il fit avec un heureux succès de sa délivrance. Cette lampe est. une preuve de l'immunité de cette église.
Tous les peuples du Mont Liban sont informés de ce qui arriva à un scheik de la montagne ; ce seigneur mahométan vola la maison du feu patriarche , qui est mort depuis avec une haute réputation de sainteté. II enleva ses soies, son bétail, ses chevaux et ce qui pouvait composer son retenu. Mais la Vierge , à qui l'Église du patriarchat est dédiée , s'intéressant à cette injure , apparut à la femme de ce Turc et lui dit d'avertir son mari de rendre tout ce qu'il avait volé. La mahométante appréhendant cet avis qui lui venait du ciel , ne manqua pas de raconter sa vision à son mari qui en railla. La mère de Dieu favorisant d'une seconde vision
cette femme, ajouta des menaces et dit que si ce profanateur né faisait au plus tôt la restitution de ce qu'il avait dérobé il perdrait son fils et puis son cheval, et enfin qu'il serait puni en sa personne. L'avis réitéré fut inutile, et partant , le fils meurt, ensuite ce qu'il prisait davantage , son cheval, et enfin , la Vierge elle-même le frappa en sa personne , ce qui le fit revenir à lui-même, rendre le vol et avertir le pacha de Tripoli et l'aga du château , avec qui il avait partagé le larcin , de rendre ce qu'ils en avaient. Cette obéissance fut suivie d'une prompte guérison et sert encore de preuve immortelle de la justice de Dieu vengeur des Saints Lieux.
L'induction que nous avons faite de ces effets miraculeux est appuyée d'une figure de l'ancien testament, et d'un point de l'histoire du quatrième des rois, qui est tel. Salmanasar , roi des Assyriens, fit de la Samarie une de ses provinces , et pour s'assurer davantage de sa conquête, transporta les notables du pays nouvellement conquis et même une grande partie du peuple, dans les cités de la Médie et envoya une colonie de Babyloniens et de ses autres sujets en Samarie , pour y habiter et garder les villes. Mais le Seigneur envoya des lions qui les tuaient , parce qu'ils ignoraient la loi d'Israël et le culte du Dieu vivant. A quoi Salmanasar pourvut par un prêtre mené captif en Médig, qui fut renvoyé en son pays pour instruire les nouveaux habitants des cérémonies d'Israël. Appliquez cette histoire à l'état présent de la Palestine , et dites que les lions que Dieu envoie pour punir les infidèles, sont les anges qui ne peuvent souffrir qu'une terre si sainte soit profanée et souillée de leurs vices.