PREMIERE PARTIE
l'Établissement et le progrès des missions de la compagnie de jésus en syrie.
Les missions de la Syrie ne sont pas des missions royales qui mettent aux pieds des missionnaires des têtes couronnées à baptiser , et qui leur donnent des princes pour auditeurs à enseigner. Elles ne sont pas de ces missions éloignées qui peuvent tirer une partie de leur réputation de la longueur des voyages , dont la première découverte anime le courage des hommes apostoliques et enflamme leur zèle. Elles n'ont pas l'avantage de celles qui fournissent souvent l'occasion du .martyre et qui couronoent d'ordinaire leurs ouvriers avec l'épée des tyrans. J'avoue que ces missions ont peu d'éclat, soit parce que l'on n'y dresse point de nouvelles églises et qu'on n'y pense qu'à la réparation des anciennes , qui tombent de vieillesse ; ou encore parce qu'il y faut servir Dieu avec une main toute cachée et brider d'un zèle invisible. Mais, si je l'ose dire, elles sont
saintes , parce qu'elles sont consacrées par la mission de Jésus-Christ qui les a cultivées. Étant saintes , elles sont encore grandes et royales : témoin ce religieux monarque saint Louis qui , durant cinq ans , n'a pas moins fait le missionnaire que le roi , dans les villes d'Acre , de Sydon , de Jaffa et dans plusieurs autres de la Syrie , comme nous l'assure un grand Pape dans la bulle de sa canonisation. Je pourrais même les appeler divines , puisque nous avons l'honneur de marcher sur les pas de Jésus-Christ , d'achever avec le secours de ses exemples et de sa grâce ce qu'il a commencé , et de commencer par ce même lieu qui a terminé sa course du côté de la Phénicie. Ce que j'expliquerai plus particuhèrement lorsque je marquerai les confins de ces anciennes villes de Tyr et de Sydon.
TRAITÉ PREMIER