LA COMPAGNIE DE JÉSUS Y ENTRETIENT
n est malaisé de décrire parfaitement un pays qu'on n'a point vu; et si on erre aisément dans les dimensions et les bornes , on ne le fait pas moins dans la connaissance de l'intérieur des provinces et des villes qui le composent. Le théologien du dernier patriarche catholique d'Ethiopie , appelé Abba Grégoire , a bien reconnu cette vérité , quand il dit, passant par Seyde, que nos géographes ne s'étaient guère trompés dans la description des frontières de l'Ethiopie et des côtes de l'Afrique ; mais qu'ils avaient rempli tout le dedans de monstres et de chimères qui ne furent jamais : si peu ce pays-là nous est connu , et si peu nous connaissons les autres parties du monde que nous n'avons pas parcourues. En effet , plusieurs discourent de la Syrie et passent pour habiles dans leurs traités imprimés qui se trompent néanmoins en beaucoup de choses , et entraînent plusieurs autres dans leurs erreurs.
La Syrie est une partie de l'Asie , située entre l'Asie- Mineure qu'elle touche au septentrion vers la montagne Amanus et l'Arabie pétrée qu'elle regarde au midi avec le désert d'Egypte : du côté du couchant elle a la
mer Méditerranée el le fleuve Euphrale à rorient. Sa longitude est de cent-soixante-sept lieues françaises, et se prend de la montagne Amanus , qui fait une partie du mont Taurus jusques au delà de Gazes , capitale de ridumée. Sa latitude est de cent lieues, et a pour ses deux termes la Méditerranée et TEuphrate vers la ville qu'on nomme Tapsacus.
La Syrie est une si grande province que les anciens écrivains Font partagée comme en diverses Syries , à savoir la Cœle-Syrie , qui comprend la contrée nommée Décapolis , à Tentour du Jourdain; le pays de. Damas ; les montagnes du Liban; les plaines d'Antioche ; la Syrophénicie; et la Palestine divisée en deux provinces, qui sont la Judée et Tldumée : ou selon l'étendue que le vulgaire lui donne , divisée en quatre : l'Idumée , la Judée , la Samarie et la Galilée. J'ajoute à ces six contrées la pays de Palmyre.
La Cœle-Syrie comprend nommément la Décapolis , soit Césarée de Philippe , Asor , Nephtalie , Saphet ou Béthulie, Corosaïm, Gapharnaùm, Belhsaïda , lotapata , Thibériade , Scytliopolis, appelée autrefois Betsan. Outre ces dix villes dont la plupart ont ser^'i d'objet à la mission du Fils de Dieu , cette partie de la Syrie en renferme plusieurs autres moins considérables, suivant la description qu'en fait Adricliomius.
Le pays de Damas , outre cette vjlle qui contient le beau monde de la Syrie , a plusieurs lieux circonvoisins fort remarquables : Darie , d'où l'on découvre toute la plaine semblable à un paradis terrestre; Sardinèle qui dédaignait tous autres habitants que les chrétiens, et les faisait mourir avant que l'année fût finie, comme l'as-
sure Adrichomius; Cidenaïa, que l'image incarnée de la Vierge rend si célèbre, et semblables lieux, dont l'antiquité a effacé les marques.
La Syrie du Liban n'a rien de plus beau que la ville de Balbcch, qui porte encore les marques de la magnificence de Salomon en ses murailles , dont les pierres sont de trente pieds de longueur; et le château , dont la cour est en forme d'amphithéâtre , entourée de colonnes de vingt pieds de hauteur , toutes d'une pièce , et d'une structure qui n'a point sa pareille. Je parlerai ailleurs de Cannobin , le siège du patriarche des Maronites , du fleuve saint et de la contrée du Quesroan.
Les plaines d'Antioche enferment dans leur étendue les villes d'Antioche , Haman , ou Apamée qu'on voit sur le chemin de Damas ; Laodicée et Séleucie. Ces quatre villes si renommées faisaient une riche contrée appelée Tetrapolis. Je ne dis rien de Tourtouze et de Labely.
La Syro-phénicie s'étend le long de la côte de Sour jusqu'à Tripoli. Les villes principales sont Tyr, nommée Sour; Seyde, Bayrouth et Tripoli composée de trois villes. Quant à la Phénicie qui avance ses limites de Tyr jusqu'à Gazes , je la confonds «ivec la Palestine , ou la Galilée , la Samarie , la Judée et Idumée , que nous expliquerons en détail dans la suite de cet ouvrage.
Le pays de Palmyre a tiré son nom d'une ville inconnue à plusieurs géographes , qui est néanmoins l'une des plus admirables du monde , digne de son fondateur, le plus auguste des rois, Salomon, et de son restaurateur rempereuç Adrien *. Soit que l'on considère sa situation
* Adrichoin. in Tribu Manasie , Num., 73.
au milieu d'une terre toute arrosée de fontaines et toute couronnée de palmes , et ce qui est plus merveilleux , environnée de vastes sablonnicres ; comme en France Fontainebleau , et en Espagne TEscurial , qui dans des pays stériles renferment l'abondance de toutes choses ; soit que vous regardiez la majesté de ses bâtiments qui surpassent toutes les plus glorieuses marques de l'antiquité romaine ; soit enfin que vous remarquiez dans les anciennes histoires son importance , d'autant qu'elle faisait les limites de deux grands empires , des Romains et des Parthes, exempte néanmoins de la domination de ces deux Etats, et entièrement libre. Cette belle Palmyre, la palme des villes , que Salomon appela Thadamore , au rapport de Joseph, et que le vulgaire appelle Theudemor, est marquée par quelques voyageurs de notre temps , à cinquante lieues de Damas du côté du levant , vers l'Euphrate. Rien ne lui manque , que des habitants , dont elle est entièrement dépourvue. C'est une solitude dans une ville, que la crainte des Arabes errants rend inhabitable. Alep ou Bérée appartient au pays de Palmyre , comme Alexandrette , bourg considérable pour sa plage, située aux confins de l' Asie-Mineure , joignant la Cilicie ou Caramanie.
La Syrie que nous avons décrite est le théâtre de cinq missions de notre Compagnie , qui en a établi deux dans les deux ports les plus célèbres de Tripoli et de Seyde , deux autres dans les deux principales villes , Damas et Alep ; et la cinquième dans la partie du Liban, appelée Quesroan, qui est un lieu de sûreté au milieu de tant de nations ennemies ; le centre de Tripoli, de Damas et de Seyde.
Ajoutons une nouvelle mission aux précédentes et pensons à la conversion des Kelbins ou Nesseries , qui attendent depuis tant de siècles des hommes apostoliques, pour se remettre dans le sein de l'Eglise y dont ils ont perdu la foi , bien qu'ils en conservent plusieurs cérémonies.
11. — Les avantages que fournit la syrie pour sanctifier ses ouvriers.
Agir , souffrir , et méditer sur les mystères de la religion chrétienne, sont à mon avis, les trois devoirs d'un homme apostolique. L'action lui est absolument nécessaire pour la conversion des peuples ; les souffrances pour sa propre perfection, et la méditation des mystères de notre salut , pour se tenir uni avec la cause principale qui le met en œuvre , et lui soutient le courage parmi les actions héroïques , et les souffrances insupportables. Or les missions de Syrie et nommément celles qui sont plus voisines de la terre sainte , donnent de grands secours à l'homme de Dieu pour s'acquitter de son emploi , et remplir toutes les obligations de sa vocation apostolique.
Commençons par les croix , et considérons qu'on ne peut voir la terre sainte , sans compatir à Jésus^hrist qui l'a arrosée de son sang et de sa précieuse sueur , qui a semé partout ses bienfaits, et n'y a reçu que des outrages ; et parlant , qui a laissé , par son exemple , cette grande loi aux chrétiens , et particulièrement aux missionnaires , de faire du bien pour le mal , et de souf-
frirle mal que les hommes rendent d'ordinaire pour le bien. Mais cette compassion n*est pas la seule croix de l'homme de Dieu ; il doit encore compatir aux chrétiens qui sont les membres de Jésus-Christ , et qui , dans cette déplorable Syrie , mouillent leur pain de leurs larmes , et gémissent depuis si longtemps dans cette cruelle servitude , que nul ne peut connaître , que celui qui veut entrer en société de leurs souffrances. Les coups de bâton , les prisons , les chaînes de fer, la perte des biens et de la liberté sont leur partage; et de quelque côté que l'on se tourne on ne voit que misères. Mahomet triomphe dans le domaine de Jésus-Christ , et les mahométans s'y élèvent sur les ruines des chrétiens. Toutes les nations ennemies du Sauveur s'y sont assemblées , le Turc, l'Arabe, le Maure, le Juif, le schismatique, l'hérétique , et celui qui fait profession de la sainte loi', estl'objet d'une persécution universelle. Il y a peu de vieux missionnaires en ce pays, qui n'aient porté les chaînes , avec le Turc criminel, dans le fond d'un cachot, bien que le bruit de semblables chaînes ne s'entende pas de loin, et que les souffrances pour être ici communes et ordinaires, ne passent point pour illustres. Je connais peu de marchands, qui ayant demeuré quelques années en ces lieux n'aient reçu de notables affronts et qui ne ris^juent tous les jours la perte de leurs biens , de leur vie et de leur liberté.
Si nous sommes enfermés avec eux dans un même camp , et dans le milieu des villes , nous y vivons sous la clef et la domination du Turc, et craignons de moment en moment qu'on ne nous intente de ces procès qu'on appelle avanies , dont on ne sort jamais qu'en payant les
dépens , ou par argent ou par bastonnades. Si les actions de charité nous obligent de passer par les rues et les places publiques , nous nous exposons aux railleries , aux mauvaises rencontres , à des coups qui n'ont point de retour, et des^els on n*ose se plaindre. Si nous sortons quelquefois du camp, comme il nous est libre, pour respirer un air plus pur, dans ces délicieuses contrées de la Syrie, il faut prendre garde de n'être pas seul , et de ne pas s'écarter de plusieurs lieues , dans des pays inconnus, pour ne tomber entre les mains des* Arabes, qui sont à nos frontières, et se répandent assez souvent hors leurs limites. Et si nous entreprenons de longs voyages, ce sont à dire le vra* de longs martyres , et les dangers paraissent infinis. Combien de caravanes volées, combien de religieux assassinés et de chrétiens dépouillés? Combien de funestes aventures qui deviennent ordinaires, et ne surprennent pas beaucoup , quelque grandes qu'elles puissent être. Ce n'est pas sans sujet que les souverains pontifes considèrent le pèlerinage de la Terre-Sainte comme un petit martyre , et distribuent si abondamment leurs grâces aux pèlerins chrétiens , qui par les dangers de la mer courent à ceux de la terre , et après avoir évité les mains des corsaires, se voient assiégés de nations larronnesses de quelque côté qu'ils se tournent. La mer est une grande forêt , et même la plus grande qui soit dans le monde , disait un célèbre historien , qui avait fait le voyage de la Terre-Sainte durant le siècle d'or de Jérusalem, et des victoires des chrétiens '. Mais si ce
' Marinus sanutus parte, i. Secret., cap. 23.
bon esprit Toyait la domiiution des ennemis de la foi qui s«>nt également les maîtres de la mer el de la terre , en qnels termes pijorrait-îl s'en expliquer ?
n est donc vrai qu'on missionnaire de la Syrie doit beaucoup compatir aux chrétiens , s«>it francs oa originaires ; S4:*it libres ou escIaTes ; maronites et grecs ; syriens et arméniens. D doit entrer en communauté de souffrances a^ec eux , et gémir s«3us une même chaîne. En un mot, U doit se persuader que le chrétien ici n'est pas mieux traité , que le juif parmi les chrétiens de rEurope. Ce qui s'entend particulièrement des ecclésiastiques et des religieux que l'on y regarde comme la lie du monde, et on croit qu'en leur ouvrant les portes des villes, on ouvre un port à leurs misères « et qu>nsnite on exerce un souverain acte de charité , comme vers des personnes qui ne trouvaient pas de quoi vivre dans le pays de leur naissance.
Au reste , ces souffrances ne sont pas languissantes et oisives ; il est question d'agir et de prêter quelques secours â tant de pauvres nations , qui ne le refusent pas, et qui le demandent. Lies Grecs et les Syriens ouvrent leurs maisons aux hommes apostoliques; ils ouvrent même lés portes de leurs églises et leurs chaires. Les Curés agréent notre assistance , les Evêques nous prient de cultiver leurs vignes, et cette Église de l'Orient lassée de ses misères et aveuglée de ses larmes , attend de rOccident les plus pures lumières de l'Évangile , et le retour de la charité qu'elle nous a fait autrefois.
J'avoue que la moisson n'est pas si abondante dans la Svrie que dans les provinces de la Chine; mais elle n'en est pas moins nécessaire , puisqu'il importe plus de
conseinrer ou de recouvrer les anciennes conquêtes, que d'en faire de nouvelles, et que la miséricorde vers nos frères est plus pressante que vers les étrangers. Cependant le nombre de ceux qu'il nous faut instruire n'est pas si petit , que l'on n'y compte quarante mille chrétiens dans une seule de nos villes , qui est Alep , assemblés presque tous dans un même quartier , par un ordre de la douce Providence, afin que le secours soit plus prompt et plus aisé , et qu'il coûte moins d'outrages à un homme apostolique, qui, rencontrant un plus grand nombre de chrétiens que d'infidèles , reçoit autant d'honneur que d'injures.
Que dirai-je de la ville de Damas , qui n'est pas un moindre théâtre à l'homme de Dieu et le commet avec les plus savants des schismatiques et des hérétiques; Tripoli, Bayrouth, Seyde, Acre et la montagne du Liban lui fourniront de grands emplois. Le seul Quesroan qui n'en est qu'une partie lui fera voir jusqu'à trente mille Maronites zélés pour la religion romaine , autant que leur pouvoir se peut étendre , et fidèles sujets du pape.
De ce discours j'infère que ni les emplois, ni les souffrances ne manquent point à nos missionnaires. Que ceux-là étant dépouillés du grand éclat , n'en sont pas moins utiles et se trouvent aussi méritoires; et que celles-ci sont plus universelles et plus fréquentes qu'en tout autre royaume.
Quant à la méditation des mystères de notre religion, il est vrai que cette terre nous élève plus facilement vers le ciel, et que ces mystères nous devenant comme sensibles, nous sont plus intérieurs. C'est sous cet arbre que Jésus mon maître s'est reposé autrefois ; il a mar-
elle par ce chemin, dit rhomme de Dieu; il a bu des eaux de celte fontaine ; il a honoré ces rues de sa présence ; voilà son désert, c'est ici le lieu de son baptême, cette petite ville a été sa nourrice ; il a passé vinjft-lrois ans de sa vie cachée dans le petit cercle de ces montagnes ; là il a répandu du sang, ici il a versé des larmes. Semblables considérations sont bien douces. De moi qui n'ai pas eu en partage cette aimable Syrie, et qui me vois à la veille de mon départ pour la Perse, j'estime que la condition de ces missionnaires est heureuse, et que travaillant en esprit, ils peuvent devenir merveilleusement spirituels. C'était le dessein de saint Jean Damascène, qui voulutvisiter Jérusalem et prendre l'esprit des apôtres sur la montagne de Sion, avant que de s'engager dans les combats avec les hérétiques, et s'enfermer dans le monastère de Saint-Sabas, où il a composé ces livres admirables qu'il a donnés à la postérité, et a mis dans un bel ordre les mystères de la théologie, que nos derniers siècles ont rendue plus méthodique et ont appelée scholastique. C'était encore le dessein de saint Jérôme, dont nous voyons dans la Bethléem d'aujourd'hui l'École, l'Étude et le Sépulcre. L'École , qui sert aux Arabes d'écurie , était l'académie des plus beaux esprits du monde , qui venaient des provinces les plus éloignées pour entendre cet oracle; FÉtudc , qui est maintenant sous terre , dont nous tirons tant de lumières pour l'interprétation de l'Écriture , était le lieu de ses profondes méditations et de ses rares productions. Son tombeau est dépouillé de ce précieux dépôt qu'il a possédé autrefois , et sert présentement d'autel à ceux qui veulent puiser l'esprit de ce divin
docteur, du lieu de sa mort, et des lumières de ses cendres.
Cet avantage de voir les lieux de notre rédemption, est le bonheur de ceux qui veulent cultiver la terre qu'on appelle avec raison Sainte et qui est si fort profanée. Ils peuvent recueillir les précieuses gouttes du sang qui est la source de leurs plus brillantes lumières; ils peuvent sanctifier Thomme intérieur par l'extérieur, et l'esprit par les sens, nommément par les yeux, qui forment les premières images de Jésus-Christ, et les envoient dans le fond de Tàme. Un semblable attrait n'est pas peu considérable ; c'est un bien également grand et inconnu, et si une simple vue dans le ciel doit être la récompense de nos travaux, cette vue les consacre en ce monde et les marque du sceau de Dieu.
Voilà donc la mission sainte, sans pompe et sans vanité ; où l'on ne voit pas cette vaste étendue de mers et d'empires, mais où l'on ne rencontre pas moins de périls; sans aller chercher les tyrans du Japon , on y souffre des persécutions dont la longueur égale la violence et la force des autres qui sont plus sanglantes et plus courtes. Ces missions ne nous fournissent pas les moyens de faire de nouveaux chrétiens, mais elles nous obligent de conserver ceux que la longueur des temps perdait et qui ont tant coûté à Jésus-Christ. Je me trompe et je donne trop à ma retenue, puisque je dois découvrir, sur la fin de ce traité, des nouvelles missions, qui nous donneront les avantages des autres plus libres, plus assurées et peutêtre aussi plus éclatantes. Et partant, si quelqu'un est touché de ce zèle judicieux, d'ôter aux royaumes chrétiens ce qu'ils ont de trop, pour donner quelques
secours à tant de nations infortunées qui en sont dépourvues ; s'il veut suivre la croix de Jésus-Christ, jusqu'au lieu d'où elle s'est élevée, qu'il s'assure de trouver un emploi capable de satisfaire ses désirs. Il ne manquera pas d'occasions de faire du bien à tant de misérables qui lui tendent les mains et implorent son assistance. Il n'en rencontrera pas moins qu'il y a de malades dans un lieu tout infecté durant le mal d'une contagion publique. Il jugera qu'il a été injustement prévenu de l'inutilité prétendue de nos missions , auxquelles l'opinion chimérique a fait un mal si véritable, et les traits de quelques langues perfides ont laissé de si profondes blessures. Enfin j'espère queDieu lui donnera parmi les Turcs, la bénédiction d'un Jérémie dans l'Egypte, d'un Tobie dans l'Assyrie, et d'un Daniel dans le pays de Babylone, où il trouvera Jérusalem.