‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 30 sur 159 · La ville de tripoli · texte numérisé non relu

La ville de tripoli

La ville de Tripoli, après Alep et Damas, est la plus peuplée de la Syrie ; elle en contient trois , ou plutôt trois quartiers de ville séparés l'un de l'autre, le château, le sérail et la ville ; son port qui en est éloigné de deux milles, est également beau et fort bien défendu par plu-

' De terra sancla, 1. vu, c. 1.— Pereg., 8.

sieurs tours à deui cents pas Tune de l'autre. Le camp du port qui sert au logement des étrangers est extrêmement grand et commode , mais celui de la ville parait encore plus agréable. Sa plaine est belle à merveille , et abondante en toute sorte de fruits. Son air n'y est pas si pur , à cause des eaux qui descendent du Mont-Liban , et des neiges fondues , qui se mêlant avec le fleuve Saint envoient des vapeurs malignes , et gâtent les aqueducs des fontaines , outre qu'il y a des collines et des vallées dans la ville , qui empêchent la circulation de l'air. Cette cité est bâtie au pied du Mont Liban qu'elle voit à l'Orient comme elle regarde la Méditerranée vers l'Occident. Elle est opposée à Seyde vers le Midi , et à Alep vers le Septentrion. Adricomius * loue beaucoup l'ancienne ville , dont la nouvelle n'est qu'une faible copie. Elle faisait une péninsule , comme Tyr, arrosée de beUes sources d'eau douce. Les Sarrazins s'en saisirent l'an 636 depuis la naissance de Jésus^ihrist , au rapport de Guillaume de Tyr; mais Beaudoin , premier roi de Jérusalem , après un siège formé l'an H09, la prit et l' érigea en comté, dont il investit Bertrand , fils du comte Raymond de Toulouse : la possession pourtant n'en fut pas longue. L'an 1289, les mêmes Sarrazins la reprirent par le moyen des mines qu'ils firent de bien loin, et desquelles, sortant tout d'un coup , parurent au milieu de la grande place ; et ensuite l'ancienne Tripoli fut pillée , brûlée et rasée. La nouvelle fut depuis bâtie par les mêmes Sarrasins qui l'ont transmise aux Turcs. Il ne faut pas oublier le puits où furent jetés tant de Francs cruellement assassinés , et

' In locM exterù verbo Tripolis vitriacus.

que Ton voit hors des murailles, vers TOccident, et comblé de pierres. Cette cruauté des infidèles obligea le Pape de fulminer une excommunication contre tous les marchands francs qui iraient y habiter : et cette peine ecclésiastique produit encore aujourd'hui son effet , cai* très-peu de personnes y réussissent et le négoce est loin d'y prospérer ; bien que selon les canons mêmes , la longueur du temps diminue la force de cette censure. Cette ville est composée de vingt ou vingt-cinq mille personnes, presque tous mahométans, à la réserve de mille chrétiens, dont environ sept cents Grecs, et trois cents, tant Maronites que Syriens, sans compter le petit nombe des Francs.

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