I. — L'ÉTAT DU QUESROAN
Son assiette a du côté de l'orient le pays de Balbec , où l'on voit cette admirable tour, dans laquelle le peuple dit que sainte Barbe fut emprisonnée ; du côté de l'occident la Méditerranée ; au septentrion le pays de Gebail, que les Latins appellent Bibjion, et au midi celui des Druses.
Quant au nom et à l'histoire du Quesroan, cette partie du Liban est appelée par les arabes Galad Kharegeh, qui veut dire le pain de dehors , et par les latins Libanus exterior. En effet, c'est le dehors du Mont-Liban tourné vers la Méditerranée ; il n'y a que quatre cent cinquante ans qu'on l'appelle ainsi, du nom du roi Quesras, le dernier des princes chrétiens et catholiques qui y régna. L'histoire du pays en parle de la sorte. Le Quesroan était un paradis terrestre pour la fécondité des biens, la douceur de l'air et la bonne intelligence des chrétiens qui l'habitaient; les Sarrasins s'étaient souvent efforcés de s'en rendre absolument les maîtres ; mais leurs efforts furent inutiles, et partant ils se contentèrent d'un hommage de quelques présents. L'hérésie, qui a toujours été la ruine des États, causa la perte de celui-ci par deux religieux du temps du patriarche Luc, qui enseignèrent que Jésus-Christ n'était pas homme > mais seulement Dieu, et que son corps n'était pas véritable, mais fantastique. Cette erreur fut reçue d'une partie de ces peuples ; l'autre néanmoins qui était la plus considérable s'y opposa, ce qui alluma une guerre intestine, et en-
suite fournil aux mahométans l'occasion d'attaquer par quatre endroits les habitants de ces montagnes, ils furent sept ans à les réduire par la voie des armes et du fer, à laquelle il fallut ajouter celle du feu qu'on mit du côté de la mer , dans les broussailles et semblable matière , dont la terre qui n'avait point été cultivée depuis longtemps était couverte. La flamme s'étendit à la faveur du vent, et mit en cendres toute cette contrée, où l'on ne voit aujourd'hui que des ruines d'églises, et de pitoyables masures toutes calcinées. Il était bien malaisé qu'un pays si désolé se pût remettre en son premier état; mais enfin depuis quelques années, on a commencé à l'habiter de nouveau avec tant de bonheur qu'il est le plus paisible de la Syrie , le mieux peuplé de chrétiens, et assez abondant en richesses, qui sont les soies, les vins très-excellents, les pâturages et le bétail. On y compte environ quarante villages, dont plusieurs sont comme de grands bourgs ; il y a trois rivières, dont la plus célèbre est celle du Chien qui traverse le milieu du pays et se rend dans la mer , où l'on voit à l'embouchure du fleuve, dans le fond des eaux, la statue de ce chien , qu'on y adorait autrefois ; et au-dessus de la base d'où, suivant la tradition de ces peuples , il aboyait si haut , qu'on l'entendait jusqu'en Chypre. Il y a néanmoins quelque apparence, que cette opinion populaire n'est pas tant fondée sur les hurlements de cette idole, que sur le bruit que fait la mer en cet endroit, quand elle est en furie, à cause de l'inégalité des rochers qu'elle rencontre.
Ce gouvernement est tenu par les émirs, qui sont les princes des Druses ; ils y ont en leur place un Heutenant
maronite, nommé Abounoufel, qui entretient ces contrées dans une paix admirable, et gagne toute sa nation par la bonté de son esprit. C'est de lui que nous avons une maison située dans Tun des plus beaux endroits du pays, nommé Antoura ; il nous comble tous les jour§ de ses bienfaits, et nous honore de sa protection.
Je ne dis rien des délices naturelles de ce climat, ni de la pureté de Tair. La fontaine qui passe par le village d'Antoura, lui donne son nom, et baigne les murailles de notre maison. Nous y avons une église qui fait le paradis de ses habitants. C'est la première que les Francs ont bâtie depuis qu'ils sont sortis de Syrie. On en jeta les fondements le jour de saint Pierre, et par un bon augure, on l'acheva un jour dédié au même prince des Apôtres.
IL — L'ÉTAT SPIRIRUEL DU QUESROAN.
Le naturel de ses habitants est très-bon , c'est une terre capable de porter d'excellents fruits, mais peu cultivée; leur humeur est fort douce, et leur manière d'agir paisible; ils ne rebutent jamais personne, et ne pouvant donner ce que l'on désire , du moins donnent-ils de bonnes paroles , et quelque espérance de faire ce qu'on leur demande. Ils ont presque toujours en bouche que Dieu est bienfaisant , que c'est lui qui a le gouvernement de toutes choses, et qu'il fera réussir celle qu'on leur propose. Une forte idée qu'ils ont de la divinité, leur fait prononcer à tout moment le nom de Dieu ou quelqu'un de ses attributs pour le louer. Le blasphème fait un
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momtn fort nr? parmi eoi. S'ils sont malades, ou si qudqoe autre adrer^tf knr arrîre. ils disent qii*eDe Tient de Dien. (jauid ûs se renojiitrent ks uns les antres , ti>n5 leurs rf>mpliinent5 ne s«>nt qne bénédictions de Ken. Cest roerreille cc>mbien ïk s«>nt îngénieox â les inrenter et à y rêpi>ndre. S'ils rencontrent nn prêtre , ils Ini baisent la main, et Ini demandent sa bénédiction : qnekjnes-nns le prient de faire des prières sor leurs têtes : ils ont fort peu de manraises paroles en boncfae, et ce n'est point lenr a:»utoroe de parler des femmes ni en bien . ni en mal ; qne si par hasard ils en nomment quelqu'une , ils ajoutent s«^us correction et nommément quand ils parlent à des religieux. Les femmes y sont plus retirées qu'en aucun lieu de l'Orient ; celles qui sont de condition , ne sortent jamais de la maison et les autres rarement ; que si elles sont obligées de se produire , c'est avec un grand voile sur leur visage qui tombe jusqu'au talon et les couvre entièrement. Sitôt qu'elles voient un homme de loin , elles se cachent davantage. 11 y a des églises presque dans tous les Wllages, et dans la plupart deux , ou dans la même église deux appartements bien fermés. Les femmes ne vont jamais dans celui des hommes, et les hommes n'approchent pas de celui des femmes. Les hommes et les femmes ont des curés différents , qui font tous les jours la prière publique le soir et le matin.
Rien n'est observé plus exactement parmi les maroni- . tes, que le jeûne et une très-rigoureuse abstinence ; rien n'est puni plus sévèrement, par les confesseurs, que l'infraction de cette loi , qui a toute sa vigueur parmi les grands et les petits , les riches et les pauvres. Le larcin
parmi eux est en horreur, et, si Ton marche la nuit, l'on ne sait ce que c'est qu'une mauvaise rencontre. Vous ne trouverez point d'hôtellerie dans tout le Quesroan , non plus que dans tout le Levant ; mais vous n'y trouverez personne qui ne vous donne à manger et qui ne vous fasse un accueil plein de charité.
Pour ce qui regarde l'état religieux , il y a cinq monastères de l'ordre de saint Antoine. Les religieux y sont bons et simples, et leur vie, c'est de prieV, jeûner et labourer la terre. Il y a aussi un monastère de religieuses du même ordre , qui est d'une haute réputation de sainteté. Tout leur bâtiment ne consiste guères qu'en une église , où ces filles sont logées comme des colombes dans leurs nids , dans de petits recoins pratiqués entre l'élévation de la voûte et de la terrasse ; à peine y a-t-il plus de place que pour leurs corps , et ces cellules sont si basses , qu'elles ne s'y peuvent tenir debout. Pour les parloirs , on n'en sait pas le nom , moins encore la forme; tout l'emploi de ces servantes de Dieu n'étant que de chanter le divin office , méditer , prier et travailler. Les prières se commencent dès les deux heures environ du matin, et le travail dès le point du jour, dans leurs jardins qu'elles cultivent et dans les terres du monastère , où ces mains vierges manient la bêche. L'obéissance qu'elles rendent à leur supérieure est admirable; leur pauvreté est grande et leur simplicité comme divine : elles reçoivent les discours de Dieu et les exhortations avec une soumission d'esprit sans pareille , et se nourrissent de ces entretiens.
Quelqu'un peut-être croira que je donne ici l'idée d'une île fortunée, et que je décris les avantages du siècle
d'or, mais je le prie de considérer que cette nation des Maronites étant toute chrétienne , toute catholique , et comme toute religieuse depuis douze siècles , le christianisme et l'état religieux joints ensemble , ont dû pro- . duire ces beaux fruits , et nommément à la frontière de la Terre-Sainte , où le sang de Jésus-Christ a pu conserver ces chrétiens dans toute la vigueur du christianisme et dans les règlements des anciens Pères. Mais comme les choses excellentes dégénèrent beaucoup quand elles viennent à déchoir , aussi le mal qui s'est glissé parmi tant de biens , et qui en gâte aujourd'hui la pureté , n'est pas médiocre, outre que le naturel de ce peuple étant bon et facile, il est aussi fort inconstant. Après avoir ouï un prédicateur avec tous les témoignages de conversion , après avoir promis de faire une bonne confession , quand il faut venir aux effets on les trouve bien souvent comme insensibles. C'est la coutume parmi eux, qu'à chaque proposition que fait le prédicateur , la plupart des auditeurs répond tout haut qu'il a raison, qu'il faut faire ainsi, que ce qu'il dit est véritable; mais étant hors de l'Eglise, ilsne s'empressent guère, et ne font point ce qu'ils ont promis. Pressez-les une seconde fois , ils répondront toujours que cela est vrai ; ils ajouteront que Dieu est bienfaisant , que toutes choses réussiront bien, et après tous ces beaux discours ils n'en font rien. La source de leurs désordres vient du voisinage des Mahométans et des Druses , avec qui ils conversent d'ordinaire , et dont ils ont tiré, quatre choses; la première est une grande ignorance de nos mystères, comme les Mahométans et les Druses ne discutent jamais des points de leur secte ; aussi nos chrétiens ne cherchent guère l'é-
claircissement sur les articles de notre foi. La seconde est pour les femmes, dont on ne saurait assez louer la modestie; mais cette trop grande retenue cause un grand désordre, qui est que les plus qualifiées n'entendent presque jamais la messe ni les dimanches , ni les plus grands jours de Tannée , et en cela consiste la grandeur des dames; à proportion qu'elles sont belles ou relevées de condition , elles paraissent moins dans les églises. Ainsi Ton dit d'une telle : celle-là n'entend la messe que le jour de Pâques , et même ce n'est pas toutes les années , c'est-à-dire qu'elle est la plus belle et la plus noble du pays. Les filles aussitôt qu'elles sont à marier ne l'entendent point, ni les deux premières années de leur mariage. Elles se trouvent aux bains et aux noces, et jamais à l'église. Au reste, l'indévotion des femmes et leur extrême ignorance, qui est notablement plus grande que celle des hommes, en tout ce qui regarde les mystères de notre religion , causent la perte de la jeunesse , qui ne reçoit de ses parents aucune instruction. 11 faut avouer que la condition des enfants est pitoyable par la faute des mères; mais la condition de ces femmes chrétiennes, n'est pas moins malheureuse par leur propre faute; puisqu'en cela elles sont semblables aux femmes mahométanes qu'on bannit des mosquées , et que l'alcoran même ne reçoit point dans le paradis. Je m'étonne qu'il y ait une femme de cette secte , cette superstition étant si désavantageuse à ce sexe ; mais je m'étonne davantage que les dames chrétiennes de la Syrie , autrefois si illustres en pieté , et du temps de Jésus-Christ ses fidèles suivantes, soient si fort dégénérées. Le troisième malheur de cette terre d'ailleurs si heureuse est l'ava-
rice et l'usure des infidèles par la contagion transmise aux chrétiens. Le mal a fait un si grand progrès et s'est tellement fortifié dans les esprits, que le patriarche permettant de donner de l'argent au denier huit , il en est pourtant à qui cette indulgence ne suffit pas , et qui , sans litre même et sans aucun prétexte , sont des monstres d'usure. Sur ce négoce criminel sont fondées certaines familles assez considérables , et du sang des pauvres , qui est l'argent , sont cimentées de riches maisons. La quatrième plaie est la violence et l'injustice qu'ils apprennent des Musulmans. Il est certain que les présents corrompent ouvertement la justice de Syrie : qu'en jugement celui qui donne plus au juge que sa partie, n'est que trop souvent renvoyé absous ; qu'un homme qui accuse un innocent devant le juge , s'il fortifie l'îiccusation d'un présent, ruine l'innocence et enrichit le juge qui tire des deux côtés, de l'accusateur et du criminel prétendu. Je ne veux pas croire que ce vice se soit établi parmi les Maronites , on craint néanmoins qu'il ne s'y glisse , comme l'esprit de vengeance , qui est Tune de leurs passions dominantes, s'est introduit peu à peu; c'est redoubler la fureur du mal , que de se venger de son ennemi.
Voici quatre plaies d'ignorance, d'indévotion , d'usure et d'une double injustice , qui sont plus dangereuses que toutes les plaies de l'Egypte. Admirons néanmoins la Providence de Dieu, qui a conservé la foi de ces peuples dans cette ignorance ; l'amour de la parole de Dieu dans cette indévotion ; la pratique de l'aumône dans cette avarice ; la bonté et la douceur du naturel dans l'esprit de vengeance. Ainsi ces âmes sont
composées de bien et de mal , de simplicité et de finesse, de la terre et du ciel. C'est comme une troisième essence que je ne comprends point. Il faut travailler à dégrader cette forêt, ou plutôt à émonder ces arbres , et imiter la grâce qui ruinant le mal , et introduisant le bien, perfectionne la bonté naturelle et la consacre.
III. — Des emplois de nos missionnaires dans la résidence DE saint JOSEPH d'ANTOURA , AU QUESROAN.
Ils ne se proposent pour but, que de guérir les quatre maladies dont nous avons parlé , et de ruiner ces quatre péchés capitaux.
Pour l'ignorance de ce peuple, il est difficile de la guérir tout d'un coup , et il n'appartient qu'à Dieu de produire dans les âmes de grandes lumières universelles, et une science infuse qui éclaire un homme en un moment de tous les mystères de notre foi. Nos missionsionnaires donc ont commencé par l'instruction particulière donnée au milieu des rues , sur les chemins , et dans les maisons. L'attrait de la conservation et les vertus qu'on pratique dans la société humaine , ont un peu poli ces esprits, mais les catéchismes et les sermons ont produit de grands fruits. Il ne faut pas croire que nos discours soient achevés dans une heure et que l'impatience des auditeurs règne ici comme dans l'Europe : un sermon dure dix heures , que le prédicateur emploie bien agréablement, avec un peuple qui se nourrit de la parole de Dieu, et redouble son attention
à mesure que Tenlretien est plus long, durant lequel on interroge les auditeurs , et ils répondent avec humilité , les grands mêmes et les plus âgés paraissent comme disciples , et ne rougissent pas de se faire instruire. C'est les obliger, que leur faire quelque demande, et les tirer de Terreur, dans laquelle ils ont vécu. Il est arrivé quelquefois, que quinze des plus vieux et des premiers du lieu ont récité en public dans une même conférence toute la doctrine chrétienne, et ensuite se sont estimés heureux de recevoir quelques chapelets, médailles ou images, et semblables petits présents. Au reste^ la \ie des missionnaires est une «course perpétuelle d'un village à l'autre , et d'une maison à l'autre , pour la consolation des malades et pour Tinstruction de ceux qui ne viennent guère à l'église. 11 est nécessaire de combattre tout à loisir les doutes et les erreurs que la conversation avec les Turcs et les Druses leur laissent. Certes ils ont de la peine à se bien persuader que la seconde personne de la sainte Trinité soit Fils de Dieu , que Jésus-Christ qui est Dieu soit mort , que Dieu ait un fils : ce n'est pas croyable, disent-ils avec les Turcs ; comment peut-il avoir un fils? 11 n'est pas marié, et s'il est Dieu, comment peut-il mourir? Cependant la plus forte raison qu'on puisse apporter à ces vieux chrétiens , novices en la religion , c'est le bon exemple , et nommément l'abstinence et le jeûne, lis ne peuvent concevoir ce qu'ils voient très-souvent, comment un prédicateur demeure un jour entier avec eux, et ne mange qu'une fois , ne buvant que de l'eau. Ce raisonnement d'action et de vie religieuse^ leur parait convainciml.
Pour le second désordre , qui est celui des femmes , il est difficile de Tôter , la jalousie de celte nation n'étant pas médiocre : nos Pures néanmoins se sont mis en possession de les instruire : ou dans les grandes assemblées ou dans les églises : il en. est à qui le mari défend rentrée des églises ; il s'en trouve aussi que le curé ignorant éloigne lui-même de ces visites si saintes et si utiles. Un malhabile disait que c'est assez pour la femme de dire qu'elle croit tout ce que son mari croit. Il y a des brutes qui assurent que Jésus-Christ n'est pas mort pour les femmes , et partant que l'instruction de celles qui n'entreront jamais dans le ciel est inutile. Ils disent presque tous qu'elles n'ont point d'esprit , que les sciences ne sont pas pour elles , et que les vouloir enseigner c'est perdre le temps. Elles profitent néanmoins et apprennent les principes de la foi comme les hommes. Le temps est un grand médecin et un grand maître , j'espère que la continuation de nos emplois détruira tous ces charmes , et qu'ils seront tous informés de la beauté et de la nécessité de nos mystères. Que l'esprit de mensonge est ingénieux à tromper! Il défend aux Mahométans et aux Druses de publier ce qu'ils croient, parce que leur créance est incroyable et ridicule. Pour cette même raison , il avait établi parmi les païens une sorte de silence religieux sur les cérémonies secrètes , les sacrifices de nuit et des mystères ineffables ; le même démon ne veut point que les chrétiens s'instruisent de leur foi.
Quant au troisième et quatrième désordre , nos Pères s'emploient pendant la semaine à réconcilier les esprits divisés par la haine , et faire cesser les mauvais exem-
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pies. Ils accordent leurs différends, ils les empêchent de se faire des avanies les uns aux autres. Le discours serait trop long , si je voulais raconter en particulier les fruits que la conversation a produits et les accommodements qu'elle fait. La fréquentation des sacrements de confession et de communion que nous avons introduite, sert beau-' coup à éteindre ces feux domestiques , à mettre la paix dans les familles et à faire réparer les usures et les injustices. Si nous avions présentement des ouvriers et quelques petits fonds, nous pourrions accepter les offres que ces peuples nous font, et même quelques évêques, de nous donner des maisons et des monastères. Ainsi nous pourrions gagner en peu de temps une nation capable d'un grand bien , et qui a de grandes inclinations pour la vertu.
Il serait important d'établir parmi les Maronites , un séminaire pour la jeunesse , qui fit une partie de la résidence et de nos emplois , et la dévotion serait bientôt répandue partout, et tout ce que ces esprits peuvent avoir de sauvage serait bientôt civilisé : De là sortiraient de jeunes hommes bien instruits, capables ou d'aller à Rome pour y apprendre les sciences, ou si les parents ne voulaient pas souffrir cet éloignement , de sanctifier les familles et d'en bannir l'ignorance. Ce séminaire serait le sel de la terre et produirait mille biens. J'avoue que le collège romain des Maronites est déjà une source de bénédictions pour ce pays; mais comme les parents font beaucoup de difficultés d'y envoyer leurs enfants , étant trop attachés à leur présence , et que le nombre de ceux qu'on envoie ne peut pas être grand , il faudrait ajouter au collège le séminaire comme son
supplément. Si quelqu'un en France voulait être l'auteur de cette grande œuvre qui ne coûterait guère , il étendrait le dessein de Grégoire XIII, qui avait tant d'amour pour les chrétiens de Syrie ; il renouvellerait en peu de temps la face d'une nation entière, il unirait encore plus étroitement ces peuples à l'Église romaine, en les rendant plus savants de nos mystères. Cette union et cette intelligence doivent être le but de tous les missionnnaires, qui travailleront à les rendre unis. Il les faut cultiver , de telle sorte que la culture leur laisse cet air si louable de simplicité; cette déférence et soumission à l'égard du Saint-Siège.
rv. — Les emplois de nos missionnaires , pour les