‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 39 sur 159 · VII. — La ville de bayrouth voisine du quesroan · texte numérisé non relu

VII. — La ville de bayrouth voisine du quesroan

Cette ville est toute sainte , et si je le puis dire de la sorte, c'est une petite Jérusalem, où Jésus-Christ a été outragé en son image, et glorifié par ses miracles. C'est le plus bel endroit par lequel je puisse considérer cette ville, éloignée de vingt milles de Sidonet ancienne colonie des Romains, dont les habitants avaient le droit de bourgeoisie; elle fut embellie par le vieil Hérode, enrichie de portiques, de théâtres, d'amphithéâtres, de bains et de plusieurs magnifiques bâtiments par le roi Agrippa; elle est délicieuse en ses fruits et pour la beauté de sa plaine, située sur les rives de la mer *. Ces avantages ne sont pas peu considérables; mais le plus grand c'est son crucifix , travaillé des mains de Nicodème, donné pour héritage àGamaliel, et deux ans avant la prise de Jérusalem par Tite et Vespasien, envoyé à Bayrouth. Ensuite, après avoir reçu tous les outrages de la Passion, qui fut renouvelée sur cette image par un juif impie, il devint une fontaine de sang très-

* Adrichomius in locii exterii. Nom. 10.

abondante et une source de miracles. D est encore aujourd'hui dans un lieu souterrain , au-dessous de Téglise de Saint-Sauveur, changée maintenant en mosquée. La source des bénédictions n'est pas tarie parmi les ennemis de l'Église, d'autant qu'ils y recourent et, par le simple attouchement , reçoivent bien souvent la guérison de leurs maladies. Je ne veux pas m'étendre sur l'histoire de cet incomparable crucifix ; l'auteur qui porte le nom de saint Athanase, en a fait un beau sermon n^porté dans le concile de Nicée. Je dirai seulement, que ce sang dont la couleur n'est pas encore effacée ne découla pas du corps de Jésus-Christ , et ne fut pas produit par la statue, mais dans la statue, par une opération merveilleuse de Dieu , qui voulait faire éclater la gloire de son Fils, et la grandeur du sacrilège des Juifs. Au reste c'était une substance de sang , formée d'une manière extraordinaire; car je ne suis point du sentiment de ceux qui ne lui donnent que la couleur, et n'en font qu'une illusion des yeux.

Après ce premier sanctuaire , je suis obligé d'en ajouter un second, puisque le nom de saint Georges, étant en si grande vénération dans toutes ces contrées, je ne puis ici taire les marques de son combat et de sa victoire. A environ un mille de la ville de Bayrouth vers le septentrion , on voit une grotte , dans laquelle s'était , dit-on , caché , selon la créance commune du pays , un formidable dragon, qui s'étant saisi de la fille même du roi de Bayrouth , fut tué par ce saint cavalier, avec tant d'adresse et de vigueur, qu'il délivra la princesse, et rendit ce trésor au Père inconsolablement afDigé. A un miUe de la grotte, sur le grand chemin de Tripoli, tous

les peuples arabes, turcs, schismatiques, hérétiques et catholiques, visitent une ancienne église de ce martyr, toute noircie de la fumée des flambeaux qu'on brûle devant son image. La fontaine qui coule auprès de Téglise, donne des eaux si pures, qu'elles ne s'infectent jamais. On en peut boire sans crainte après quelque malade que ce soit, et ménie ceux qui sont affligés de maladies contagieuses ne les gâtent point.

Si ces remarques contribuent à la dévotion , celle qui suit peut augmenter le zèle de nos Missionnaires par une douce considération tirée de la tradition de ces peuples, qui croient que Jésus-Christ a prêché vers Bayrouth , et a répandu les lumières de son Évangile jusqu'aux portes de cette ville , comme nous le prouvons ailleurs. Ainsi notre mission est la mission de ' Jésus-Christ, ou , pour parler aux termes de r.ipôtre , l'accomplissement de la sienne '. En effet, Jésus prêcha aux portes, et ses missionnaires prêchent dans la ville; il n'y entra point pour garder la loi qu'il avait établie •. Nous avons le bonheur d'y entrer, et d'y prêcher la parole que Jésus nous a confiée. 11 arriva ces années dernières, que plusieurs mahométans ayant demandé au feu P. François Lambert quelle était sa religion, au milieu d'un marché public , ce fervent missionnaire ne craignit point de publier hautement la vérité , avec tant de marques de zèle, que les auditeurs maures l'ouïrent paisiblement, sans contestation et avec approbation. Comme cette ville est appelée par les Français le Paris des Maro-

* Quaresmius terras sancte, I. vu, c. H. Pereg., 8.

* In viam genlium ne abieritis. Matth., x.

nites, cô seigneur, l'honneur de leur nation, qui nous a établi au Quesroan , ne se lassant point de nous faire du bien, nous y a voulu donner une maison, où les missionnaires de la montagne descendront de temps en temps pour y faire les fonctions de la mission , avec grande liberté sous'son autorité.

Ne sortons pas de Bayrouth , sans dire que le P. Jean Amieu y trouva son tombeau , comme la Providence y avait marqué son théâtre. Il fut enseveli à la porte de de l'église de Saint-Georges des Maronites, dans laquelle il avait si bien prêché.

Je ferais tort au zèle et à la vertu des révérends pères Capucins , si après avoir parlé d'une ville qui depuis longtemps est le siège de leur résidence , et me trouvant auprès des montagnes des Druses , où il y a une seconde mission de ces hommes apostoliques , je ne disais que ces ouvriers sont également heureux et infatigables. Certes leurs travaux sont suivis de beaucoup de conversions, leur parole est ouïe avec applaudissement, les peuples les recherchent, mais ils ne manquent pas de personnes qui les persécutent. Encore aujourd'hui le Liban leur fournit autant de croix que de palmes. Nous espérons néanmoins que la persécution cessera bientôt, et qu'on ne fera plus d'obstacles à un zèle si raisonnable.

TRAITE SIXIEME

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