‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 40 sur 159 · I. — La ville DE SEYDE · texte numérisé non relu

I. — La ville DE SEYDE

L'on peut juger de la grandeur de cette vUle, appelée dans rÉcriture sainte Sidon la grande, par ses propres ruines, qui s'étendent du port jusqu'à une montagne éloignée d'environ trois quarts de lieue. Cette ville fut la première à construire des navires et à les lancer sur la mèr ; elle a toujours fait grand commerce des richesses que la terre lui donne, et même aujourd'hui la Seyde qui reste, et qui n'est qu'une ombre de l'ancienne, n'est pas si peu considérable, que son gouvernement ne rende au Grand Seigneur cent trente mille écus, dont elle est redevable à l'échelle des Français, sans lesquels elle ne serait quasi qu'un village. Tout son bonheur lui vient de Marseille , et quand elle perd cette communication elle devient une solitude. On y voit néanmoins deux châteaux , qui mesurent sa longueur du septentrion au midi. L'un a été bâti sur un rocher dans la mer, par les chevaliers Teutoniques , l'autre est sur une colline et l'ouvrage des Templiers ; Âdrichomius en met un troisième qui , du milieu de

la ville, communiquait avec les deux premiers. J'apprends du même que cette nouvelle Seyde fut réparée par saint Louis, Tan de Notre- Seigneur 1250, et que Tan 1289, eUe fut reprise par les Sarrasins sur les chrétiens qui s'en étaient emparés l'an HH, avec une armée navale composée de Danois et de Nomiégiens, et une armée de terre de Beaudoin, roi de Jérusalem. Mais voici la plus belle remarque de Sidon, ville cananéenne, nourrie depuis tant de siècles dans l'idolâtrie de Baal et d'Astarot, et de la prétendue déesse Astarté, ville débauchée, qui inspira l'adoration des idoles au plus sage des rois , Salomon , et corrompit un si grand cœur, par l'adresse de ses filles , ville toujours rebelle à Dieu, qui, étant marquée dans le partage de la tribu d'Aser, se défendit toujours contre ses maîtres, et s'opposa à son bonheur. Cette viUe donc si criminelle , le fut pourtant moins que Corozaim et Bethsaîda, et même que Jérusalem : elle se trouva moins éloignée de l'Évangile que la Judée , qui en était comme l'héritière. En effet, Jésus -Christ la justifia en la comparant aux plus criminelles ^ et lassé , dit Adrichomius ' , de demeurer toujours avec des juifs infidèles , pour donner au monde un bon présage du transport de l'Évangile , des juifs aux gentils, s'avança jusqu'aux Hmites de Tyr, et de là jusqu'à celles de Sidon, et prêcha comme nous avons dit auprès de Bayrouth, d'où il retourna sur ses pas à la mer de Galilée*. Il est malaisé d'expliquer ces dernières paroles de saint Marc ', sans favoriser Sidon

• In Azer num. 77. ^

* Et itenim exiens de finibus Tyri venit per Sidonem ad mare Galiles. » Marc, vu.

d'un double passage de Jésus , de l'allée et du retour. La vue de cette divine Écriture et de la côte de cette mer, me confirme dans cette pensée, autrement Jésus- Christ eût tourné le dos au lieu où il voulait aller. Pour passer par Sidon en allant à la mer de Galilée, il a fallu venir d'un lieu plus éloigné que Sidon, et y passer une seconde fois : rare louange du lieu de notre mission , qui fut celui de la mission de Jésus, afin que nous marchions sur les pas de notre Maître. Incomparable bonheur de Sidon privilégiée, qui répondit par son obéissance à l'invitation du Sauveur , et accomplit ses désirs , en recevant avec une merveilleuse promptitude l'Évangile, et ce grand prédicateur saint Paul, qu'elle accueillit et honora particulièrement pour les chaînes dont il était chargé. Ce que j'insère avec évidence du congé que le capitaine de cent hommes donna à cet apôtre, lorsqu'il le menait à Rome^ d'aller voir ses amis dans cette cité, qui sans doute étaient chrétiens *.

Tout cet éloge est une conviction de la sainteté de notre mission engagée dans la Terre-Sainte ; établie sur le chemin , et sur les pas de Jésus-Christ , honorée de la présence de saint Paul, lorsqu'il passait en conquérant de l'Évangile ; ennoblie de ses chaînes , qu'il portait en ses voyages de Syrie à Rome ; marquée du premier christianisme et de la vertu de ses premiers fidèles. Nous ne pouvons pas regarder les ruines de Sidon , sans nous proposer toutes ces grandes raisons de zèle, et ces beaux motifs de l'amour divin.

* Adricbomius in Azer num. 7TAct. xxvii.

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