‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 5 sur 159 · I. — La ville d'alep · texte numérisé non relu

I. — La ville d'alep

C'est la première des villes que l'on rencontre en descendant du septentrion vers le Midi , et la principale de la Syrie pour l'étendue du commerce. Ce nom d'Alep n'est pas moderne , étant tiré de l'arabe Halip , qui si-

gnifie Laît , d'autant que plusieurs estiment qu'Abraham tenait ses troupeaux dans cette contrée riche en pâturages du côté de la Caramanie qui est celui de la montagne. Cette célèbre ville est ceinte d'un tour de muraille peu régulière, et remparée de tours, qui ne se défendant pas l'une et l'autre, ne mettent guère à couvert sa place. Sa figure est ovale , comme aussi sa citadelle qui est au milieu, et dont les murailles ne sont plus entières, mais d'une ancienne forme et presque sans fossés. Toutes ses fortifications consistent en un talus au pied ; c'est pourquoi le fameux Béchire, qui a été pacha depuis l'an 1652, sous le grand visir, n'eut pas beaucoup de peine à s'en rendre maître avec quatre mille hommes.

Quelque faible néanmoins que soit cette ville, elle est très-bien bâtie au-dedans, composée d'un grand nombre de belles maisons, et de deux cents mosquées, dont deux des plus grandes sont toutes couvertes de plomb, et enrichies de beaux dômes. La principale est toute ouverte vers le- ciel : de sorte que du grand camp des Français on peut voir le dedans. On y remarque la chaire de saint Jean Damascène, toute de pierre, engagée dans une corniche de la mosquée, bâtie à jour en forme de balustre , et élevée à vingt-cinq pieds de terre. Ainsi les Musulmans honorent la chaire, et méprisent le saint, grand ennemi des brise-images leurs alliés. Le mépris outrageant qu'ils en conçoivent, éclate en ce que de l'église de ce grand homme, qui regarde la mosquée, ils font un lieu public pour ceux qui vont s'y purifier, suivant la loi de Mahomet. Une petite rivière arrose les murailles vers l'orient ; le terroir est de grand rapport, et produit toute sorte de fruits , vers le septentrion et h le-

— levant; mais il est stérile vers le midi, et plus encore vers l'occident, nommément vers x\lexandrette, où Fair trèsmauvais accompagne la stérilité de la terre.

Les richesses de cette ville , et son plus bel ornement , sont ses bazars ou grandes rues marchandes, toutes couvertes , à la réserve des fenêtrages qui les éclairent du côté du toît. Elles sont longues à perte de vue, et assez étroites, bordées de part et d'autre de boutiques avec un bel ordre, chaque rue n'ayant qu'une sorte de marchandises. Le silence y est observé comme si le commerce était un mystère. Quant au peuple d'Alep, il est d'un beau naturel, et ne rebuterait pas, ce semble, l'Évangile, si la porte en était ouverte. Il aime les Francs et ne hait point les chrétiens, dont le nombre fait environ la cinquième partie de la ville, à laquelle je souhaite l'accomplissement du beau nom d'IIierapolis, que quelques auteurs lui donnent.

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