II. — L'ÉTABLISSEMENT DE LA MISSION DE SAINT IGNACE A SEYDE
La maladie contagieuse n'est pas si malfaisante , qu'elle ne donne la vie aussi bien que la mort ; elle n'est pas si stérile, qu'elle ne produise quelques fruits de religion et de piété. Ainsi saint Louis, lorsque la contagion était répandue dans la ville de Seyde , donna de rares exemples d'une vertu toute royale et toute chrétienne , en servant les malades , qu'il allait même chercher sur les grands chemins, et les portait sur ses épaules. Ainsi plusieurs religieux prodiguent leurs vies en ces pays du Levant, et meurent d'un martyre de charité *, dit l'Église dans le martyrologe romain, au vingt-huitième jour de février. Le père François Rigordi, l'an 4644, touché de ce beau motif de charité, s'exposa dans la ville de Damas, et après y avoir donné des preuves de son zèle , fut invité par les Français qui étaient dans Seyde, d'y venir rendre le même service. Il ne voulut pas perdre une si belle occasion : mais Dieu se contentant de sa bonne volonté , lui en flt trouver une autre , qui fut l'établissement de notre mission. Il fit d'abord toutes les actions d'un missionnaire de notre compagnie, et prié par le révérend père Creuset Observantin , commissaire de la Terre-Sainte , de prêcher dans la paroisse dont il avait charge , durant TAvent et le Carême , il s'en acquitta avec beaucoup de fruit et de
* Quos velut martyres religiosa piorum lides venerari consuevit.
satisfaction de tous ses auditeurs. Voilà les premiers commencements de cette maison , qui ne doit pas craindre la peste, puisque cette maladie lui a servi comme d'établissement. Notre emjploi est d'y entretenir la dévotion parmi les marchands , dans une congrégation dédiée à la Vierge ; à visiter les vaisseaux qui viennent de la chrétienté , et instruire les matelots francs ; à prêcher aux Maronites et aux Grecs de la ville ; à étendre la mission jusqu'aux villes et villages voisins ; à consoler les esclaves ; à enseigner i, la jeunesse les points importants de la religion chrétienne et la former à la vertu , afin qu'elle soit constante et fidèle au milieu de tant de nations débauchées.