VI. —La visite des vaisseaux
Le port de Seyde est fort célèbre , bien qu'il soit trèspeu commode , depuis que l'émir Facardin le fit ruiner, pour en éloigner les galères turques et empêcher qu'elles n'y vinssent passer l'hiver : pourtant il est toujours fréquenté , et fournit aux missionnaires un riche moyen d'imiter Jésus-Christ qui prêchait si souvent, de la barque de saint Pierre , à ceux qui se trouvaient sur la côte de la mer Tybériade. Si nos églises sont faites en vaisseaux , les vaisseaux peuvent devenir des églises flottantes , par les plus saintes fonctions de notre ministère. Si des pêcheurs ont été faits apôtres , les hommes apostoliques y deviennent pêcheurs d'hommes. Nous savons par expérience qu'on n'y entre jamais avec zèle , que l'on n'en sorte avec profit. Il est juste de secourir volontiers ceux dont la vie est un perpétuel danger, et qui,
se trouvant si peu éloignés de leur éternité, y pensent si peu. J'avoue que Thumeur de cette sorte de personnes manque de douceur : quand vous commencerez à leur parler , peut-être ne trouverez-vous point d'oreilles qui s'ouvrent à vos discours , mafs si vous continuez, vous ne trouverez point de cœurs qui vous soient fermés. J'ai vu quelqu'un de nos missionnaires , qui avait coutume de dresser des chapelles dans les vaisseaux , proposer les actes du chrétien écrits en gros caractères^ établir avec l'agrément des capitaines , quelques peines pour faire cesser les jurements et les blasphèmes, traiter avec chaque parlicuherde l'affaire de son salut, avertir les matelots d'acquitter leurs vœux, recommander à tous l'usage de la contrition si nécessaire aux personnes de cette sorte, leur enseigner la manière de consacrer ses actions ; de peur que leurs travaux , qui sont si effroyables durant leurs voyages , tant de mauvaises nuits, de jours de tempêtes et de tourmentes ne soient inutiles. Nous avons vu des matelots qui passaient toutes les nuits en communication avec Dieu ; qui du haut des mâts et de la hune faisaient leurs prières , qui dans l'extrémité du danger et au fort des orages, avaient toujours leur esprit en même assiette , autant disposés à recevoir de la main de Dieu les chaînes de Tunis que des chaînes d'or. Vous diriez que de semblables hommes sont exempts des passions humaines , que les tempêtes avaient produit le calme dans leurs âmes, et qu'une vie exercée par tant de périls, les a garantis de tous nos troubles.
Un canonnier, après quelques instructions qu'il reçut d'un de nos Pères , lui assura que s'étant trouvé dans
un horrible naufrage auprès de Candie , comme il coulait au fond de la mer , se souvint de sainte Barbe et lui fit celte prière : glorieuse Vierge , verrez-vous du ciel , mon naufrage et ma perte sans me donner quelque secours ; on a toujours dit que ceux qui vous invoquent pendant leur vie , ne meurent point sans recevoir le sacrement de communion. Vous ne manquez pas de pouvoir, soyez-moi donc propice et assistez-moi. En même temps qu'il faisait sa prière , il se sentit élevé du fond de la mer par une main secrète , et porté sur le bord , où il fit ses humbles remercîments à cette sainte , dont la protection est si magnifique.
Les occupations ordinaires de nos missions dans les vaisseaux qui se trouvent au port, sont de catéchiser et d'exhorter les marins , de leur faire'^des conférences spirituelles , d'ouïr leurs confessions et d'accorder leurs différends : les confessions générales exercent bien leur zèle et leurs malades les obligent à des visites plus fréquentes.
VIL — Les EMPLOIS de nos missionnaires dans la ville