‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 47 sur 159 · DE SEYDE ET DANS LES VILLAGES VOISINS · texte numérisé non relu

DE SEYDE ET DANS LES VILLAGES VOISINS

Le p. Jean Amieu a signalé son nom parmi les chrétiens maronites et grecs ; il leur paraissait si nécessaire, que les villages le ravissaient à la ville. Parmi les familles qu'il a converties, les grecs, les maronites et les schismatiques l'aimaient également et n'étaient qu'un cœur et une âme après ses discours. Combien d'esprits a-t-il ' reconciliés ensemble? Combien de chutes a-t-il arrêtées?

n faisait des excursions de temps en temps aux villages éloignés de plusieurs lieues, et y prêchait avec un grand feu de l'amour de Dieu : il allait aux plus proches après l'exhortation qu'il avait faite le matin dans la congrégation de Seyde et retournait sur l'heure de midi , sans avoir pris aucun rafraîchissement, s'épuisant doublement par ses travaux apostoliques et par un jeûne rigoureux. Son exemple est encore suivi aujourd'hui par nos Pères, qui durant TAvent et le Carême nommément, ne font du camp des Francs , de la ville et des villages que l'emploi d'un même jour. Certainement nous devons beaucoup à l'évêque des grecs , qui d'ailleurs ayant été gagné à l'Église romaine par un de nos Pères , s'estime notre obligé. Ce catholique prélat nous ouvre très-volontiers son église et son cœur , et témoigne hautement à ses auditeurs que l'Église des Francs et des Maronites est toute sainte et la véritable Église. Ces conquêtes sont des coups d'État parmi un peuple qui est schismatique, sans connaître presque le schisme, et ne peut guère . périr que par la mauvaise conduite des pasteurs et par les pernicieuses maximes qu'ils peuvent débiter. Gagnez-en un , vous les gagnez tous ; gagnez-les tous à la réserve d'un , vous n'avez rien fait. Vous ne baptiserez pas ici des rois, mais vous essaierez d'acquérir à la religion orthodoxe des têtes consacrées. Ce bon prélat nous témoigne bien tant d'affection qu'il reçoit , même dans sa chaire, ceux que nous lui amenons; comme si notre seule amitié était une juste approbation.

Voulez-vous gagner les Grecs? Ne méprisez pas une nation qui s'estime avec quelque sujet : employez l'amour et les raisons, le respect, l'Écriture sainte et le

témoignage de leurs docteurs; n'ouvrez pas moins la main que la bouche; consolez un peuple toujours persécuté et qui a la tête sous le fer du cimetére; possédez la doctrine de leurs anciens pères , et vous abolirea les dogmes des enfants. L'art de gagner les hommes n'est pas tant une habitude de l'entendement que de la volonté. En effet , le seul catholique qui est aujourd'hui dans une ville célèbre de l'Orient, c'est un Arménien qu'un de nos Pères convertit il y a trois ou quatre ans, par ses raisons et par ses services durant son séjour à Alep, mais beaucoup plus par les services qu'il rendit à cet homme malade, que par les raisons qu'il apporta à cet esprit encore hérétique : il le gagna doublement par un excès de charité , et lui donna les premiers traits de sainteté avec la santé du corps , lui conservant même ses biens que le pacha eût confisqués s'il fût mort, comme étant étranger. Il publie partout le bienfait qu'il a reçu , et , au milieu d'une nation toute schismatique , il compose lui seul l'Église romaine.

Page 1