SUIVI PAR NOS MISSIONNAIRES
Pendant la vie apostolique de Jésus-Christ , les ténèbres étaient répandues sur Sidon la grande , et la lumière paraissait avec éclat aux portes mêmes de la ville et sur le grand chemin de Tyr , où passait cet admirable missionnaire, l'Homme-Dieu. Je ne dis rien de la montagne qui dominait l'ancienne Sidon , d'où Jésus regarda cette
cité , rebelle depuis tant de siècles , et lui prépara par ses regards la grâce de sa conversion. On voit un vieux tamarin qui servit de couvert à Jésus , et cela ne paraîtra point extraordinaire à ceux qui connaissent le pays du Levant , où , durant trois saisons de l'année , les maisons et les toits sont des arbres de la campagne. On ne trouve guère d'autre logis. Au reste , cet arbre devenu un si auguste sanctuaire, outre la tradition qu'il ne faut pas mépriser, a pour marque l'ancien cimetière des Francs et des Maronites, et les ruines de leur église consacrée par l'ombre de ce précieux tamarin. C'est là que nos missionnaires commencent leur mission en prêchant aux Maronites, en accompagnant les corps morts des Francs, et demandant à Jésus-Christ la grâce de suivre ses exemples en suivant ses pas.
Allons maintenant jusqu'à l'endroit où la Chananéenne, oppressée d'une violente douleur et accablée de ses maux domestiques , se jeta aux pieds de celui qui rompait toute sorte de chaînes, et guérissait avec sa parole les maladies du corps et de l'esprit. Elle en obtint le salut et la délivrance de sa fille démoniaque. Je ne suis point du sentiment d'Adrichomius , qui met l'accomplissement de ce miracle auprès d'une porte de Seyde , appelée la porte de Damas , sur le chemin qui mène *à Césarée de Philippe , parce que l'évangéliste nous assure qu'il se fit aux confins de Tyr et de Sidon^ c'est-à-dire sur les limites communes de ces deux villes. Or, Sidon avançait ses bornes jusqu'à Sarepta, qui était de son domaine et qu'on appelait Sarepta des Sidoniens. En effet, on montre à un mille de l'ancienne Sarepta y une chapelle sur le bord de la mer , que les
chrétiens avaient autrefois bâtie pour marquer ce miracle , et que les Turcs , qui se saisissent de nos plus augustes sanctuaires , ont changée en mosquée. La Chananéenne donc sortit de Cana sa patrie, qui était proche de la mer , entre Sour ou Tyr et Sarepta , sitôt qu'elle apprit le passage de Jésus-Christ : elle le rencontra après avoir fait quelques milles, et l'aborda avec ses prières doucement violentes , qui touchèrent le cœur de ce divin Maître et tirèrent de sa bouche un éloge si admirable. Ici nos missionnaires ne peuvent que gémir, et déplorer le malheur des habitants d'un si saint lieu , où , selon la loi des mahométans , on ne leur donne pas la liberté de prêcher l'Évangile.
Cependant le Père Quaresimius , qui fait d'ailleurs de si belles réflexions sur les Saints Lieux, ne s'est pas rendu attentif à la distance qu'il y a de Tyr à Sarepta , lorsqu'il met vingt milles d'un lieu à l'autre. Il est certain qu'il double le chemin , d'autant que Sarepta , qu'on appelle aujourd'hui Serphet, est presque le milieu du chemin de Seyde à Sour , auquel on ne compte qu'environ dix-huit milles.
Poursuivons le voyage de Jésus-Christ , de Sidon à la mer de Galilée. Il laissa des marques de sa Mission auprès de Tyr , du côté de l'Orient , où l'on voit au milieu des sables une pierre qui servit de chaire à ce divin prédicateur. C'est le sentiment d'Adrichomius , qui ajoute que de son temps cette pierre ne paraissait jamais couverte ni de sable ni de neige , par une respectueuse déférence , que les éléments ont pour le Créateur du ciel et de la terre. 11 y a beaucoup d'apparence que Jésus-Christ , après avoir suivi la montagne
de rAntiliban , passa plus avant dans la plaine d'Acre. Il approcha de cette ville, que les chrétiens devaient un jour habiter comme une seconde Jérusalem, et qu'ils changèrent depuis en une Babylone ; il la regarda sans doute , et par ses divins regards , la disposa à recevoir l'Évangile que saint Paul lui porta et que nous y avons prêché , invités par les marchands Francs et priés par les Révérends Pères de la Terre-Sainte. Ce fut en 1657 que M. le consul de Seyde , de qui dépend l'échelle d'Acre , pressa un de nos missionnaires d'étendre son zèle jusque-là , ce qu'il fit neuf ou dix jours avant les fêtes de Noël , et durant les fêtes avec tant de succès , soit dans le vaisseau , soit dans le camp , qu'ils se confessèrent tous avec des marques bien particulières, et des preuves sensibles d'une extraordinaire dévotion. Les uns disaient qu'on ne passait pas plus chrétiennement les fêtes dans la ville de Marseille , qui est néanmoins si dévote à célébrer nos mystères. Les autres avouaient, qu'après avoir vécu avec moins de dévotion , ils avaient commencé à mieux connaître la grandeur de nos sacrements , et à confesser leurs péchés avec plus de regret. L'un d'eux , étonné d'une flamme qui éclata pendant la nuit , remplissant sa chambre , et ensuite troublé d'un grand spectre durant une autre nuit, fut obligé de penser plus sérieusement au salut de son âme. Un autre fut éclairé d'une lumière intérieure , qui lui fit voir l'état de sa conscience et tous ses péchés en détail. Cette vue très-claire le confondit , et produisit de saints mouvements de contrition qui furent suivis d'une confession très-exacte.
Notre missionnaire fut extrêmement consolé, quand
il se vit au milieu de trois grands vaisseaux remplis de chrétiens, qui entendirent les trois messes de Noël , et sanctifièrent cette fête par une communion générale. Cette nouveauté a je ne sais quoi de doux et de surprenant. Il y a du plaisir à voir les larmes des pénitents qui se confondent avec les ondes , et des soupirs qui se mêlent avec les vents , pour faire oublier tous les péchés et tous les crimes d'une vie licencieuse, qu'on mène assez souvent en ces longs voyages de mer , où l'on est privé du secours de TÉglise et des sacrements.
L'accueil que firent ces Messieurs de Saint-Jeand'Acre au Père qui leur donna ce secours, et le fruit qu'il tira de son voyage, l'obligèrent à revenir en l'année 1659 , aux mêmes fêtes de Noël , où il renouvela ce qu'il avait fait l'année précédente; outre cela, un autre Père de notre Compagnie fit en 1659 la Mission, en passant par quelques villages voisins de Nazareth , de Thabor , de Saphuria, Debora et semblables, avec un fruit inconcevable. Les Grecs qui sont répandus en divers endroits de la Terre-Sainte , et les Maronites que la persécution des Amédies a dissipés , avaient tant besoin de cette assistance qu'ils ne recevaient d'aucune part, qu'ils coururent d'abord au médecin de leurs plaies , et comme ce missionnaire avait une grande connaissance de leur langue , ils redoublèrent leur confiance , et ce bonheur qu'ils n'attendaient point leur apporta une double consolation.
TRAITE SEPTIEIIK.
DES l!SSi>:5S lECOUTERTEfu
le suis da sentiment i'an h-r-mme ^?stii>lique qui nous assure, après avoir Tîsitê tous k-s peuples de rOrient, que SI pins grande secte c*esl rathêiszne. En efiel, noos voyons que toutes les sectes et les hérésies se terminent k ce dernier degré d'impété , qui est de ne connaître point Dieu ni sa Providence, afin qu'elles soient comme saint Panl les a décrits . hommes sans Dieu \ aussi la dernière religion de ces s«:-rtes d'esprits est de n'en avoir point. Dans cet abime se s-L«nt précipitées plusieurs petites nations de la Syrie, qui ne sont ni chrétiennes ni mabométanes, qui font néanmoins profession de TAIcoran arec les turcs et de l'Évangile avec les chrétiens. Elles ont forgé un troisième composé d'erreur et de mensonge, et pour montrer qu'elles se défient de leur cabale « on plutôt qu'elles la condamnent , elles ont soin de ne rien publier; elles n'ont ni églises, ni mosquées, ni livres, ni docteurs. Je mets en ce rang les Kelbins ou les Nessériens, les Druses et les Arabes errants ; c'est le monde qui ne connaît point Dieu *, et ne croit que ce qu'il voit.
* SÛM beo in hoc mondo. Ad Eph. n , \i.
* Et ■■Ados eom non cogtkoiii. Joaon. i , iO.