‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 49 sur 159 · I. — La terre des kelbins et des nessériens · texte numérisé non relu

I. — La terre des kelbins et des nessériens

A deux journées de Tripoli, entre cette ville et Tortose que les anciens appelaient Anteradus, ville située proche de la mer , on trouve la terre de cette malheureuse nation qu'on appelait des Assassins à l'orient de Tortose et plus éloi^ée de la mer. C'est une agréable contrée composée de plaines et de montagnes.^ La plaine a six milles de largeur et onze de longueur, comme dit Adrichomius, qui compte un miUe pour une lieue de France. Elle est toute verdoyante et couverte d'arbres fruitiers, arrosée de belles eaux et riche en ses pâturages. Du côté de l'orient quelques montagnes d'une médiocre hauteur l'environnent. C'était là que les Assassins, peuple de soixante mille âmes, habitaient autrefois. Us avaient dix fortes places ou dix châteaux considérables qui servaient de retraite à ces impies, portant leurs mains sacrilèges sur les princes et les rois. Le supérieur, à qui ils rendaient une étroite obéissance, était choisi dans l'assemblée de ces états criminels. Les historiens l'appellent le Vieux de la montagne. Ses sujets , au premier signe de ce monstre, se précipitaient du haut de leurs châteaux dans les fossés et préféraient l'honneur de lui obéir à leur propre vie, comme nous hsons dans l'histoire des guerres saintes de l'Orient. C'est merveille qu'une si cruelle religion, ou plutôt une secte si monstrueuse, ait pu durer et se maintenir dans sa vigueur, quatre cents ans; mais enfin l'an de Notre-Seigneur 1172, la lecture de l'Évangile éclaira ces sarrazins, qui envoyèrent une

ambassade à Alméric, roi de Jérusalem, et le prièrent de leur procurer des prêtres pour leur conversion et leur instruction en la religion chrétienne. Le député dé la nation, ayant obtenu tout ce qu'il souhaitait, fut tué en chemin par les Templiers, ce qui la détourna de son dessein. Elle fit néanmoins comme un cinquième Évangile, et gardant d'un côté quelque apparence du christianisme, et de l'autre quelques restes de l'Alcoran , s'engagea dans une nouvelle superstition. Adrichomius ap-~ pelle les descendants des Assassins : Bédouins et Turcomarins. En effet, les Bédouins de ce temps, me semblent être plus affreux que les autres Arabes, et ne sont pas éloignés de ces contrées que j'ai décrites. Peut-être sontils descendus des anciens Assassins ; il y a néanmoins plus d'apparence que les Kelbins , logés à deux petites journées de Tripoli dans la montagne et les Nessériens répandus dans la plaine vers la mer, sont les véritables successeurs de la nation des Assassins. Voici en peu de paroles ce que j'en ai pu apprendre de quelques Grecs qui y ont été plusieurs fois , et dont le témoignage me parait assez raisonnable.

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