IV. — L'ÉTAT DES DRUSES
Cette nation, dont j'ai marqué ailleurs l'origine, après la perte de la Terre-Sainte et l'éloignement des Français , se retrancha dans les montagnes du Liban et de l'Antiliban , depuis Bayrouth jusqu'à Sour , et maintint sa liberté ayec sa religion , jusqu'à ce qu'un malheureux Egyptien , faux apôtre , leur prêcha une nouvelle loi et leur laissa un livre intitulé de la Sapience et appelé Achmé.
Le premier précepte est d'être chrétien avec les chrétiens , juif avec les juifs , et turc avec les turcs. Le second est une défense de prier Dieu, parce qu'il est notre Père et connaît nos misères. En effet , les Druses n'ont point de mosquées , à la réserve de deux , dans lesquelles on ne fait point d'exercice de religion , l'une est à Baclin , qui est la demeure du grand émir , l'autre à Baye, où sept émirs, parents de l'émir Facardin qu'on avait décapité à Constantinople , furent tués par l'émir
Haiy, ennemi de Facardin. Le troisième leur recommande les quatre évangélistes qu'ils honorent à leur mode et dont ils lisent les évangiles. Pour le quatrième, ils ont en vénération Notre-Seigneur et la Vierge et ne s'embarrassent guère de la loi de Mahomet. Le cinquième ordonne que les hommes se confessent aux hommes, et les femmes aux femmes. La sixième règle la communion qui se fait avec un morceau de pain trempé dans le vin cuit. Le septième est pour les religieux qui ne portent point de gangearres ou de poignards, vivent dans les déserts, jeûnent beaucoup, vont de bourgade en bourgade et portent toujours leur Achmé qu'ils prêchent.
Leur prince, appelé émir, fait quelque reconnaissance au grand seigneur , lorsqu'il prend la succession de ce petit État de vingt lieues en longueur et de sept en largeur. II y a aujourd'hui deux jeunes émirs , qui sont frères , l'un nommé Achmet , qui est l'aîné , et l'autre Grokmas , le cadet , tous deux petits-fils de Facardin du côté de leur mère , fille du même Facardin , qui avait épousé l'émir Mermelhem. Ils envoyèrent à la Porte pour hommage des balles de soie pleines de sequins, et obtinrent avec son agrément la bacherie de Saphet.
Au reste , ces Druses , bien qu'ils n'aient qu'un ramas de plusieurs religions , ou plutôt un prétexte , ne sont pas si éloignés de la religion chrétienne. Il y a dans les montagnes , un seigneur druse qui fait bâtir à ses dépens des églises. Le feu prince Mermelhem avait beaucoup d'inclination pour les chrétiens ; il ordonna à ses enfants, un peu avant sa mort de s'en servir, louant
leur fidélité , et nommément du seigneur maronite-, nommé Abounaufel, dont il suivait lui-même tous les conseils.